‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 56 sur 113 · LES PREMIERES « ANNOTATIONS AUX PANDECTES ». IIO · texte numérisé non relu

LES PREMIERES « ANNOTATIONS AUX PANDECTES ». IIO

italiens n'avaient pas négligé ces études ; mais, séduits par l'abondance des monuments antiques, ils donnaient volontiers dans les curiosités de l'archéologie '. Quelques-uns s'étaient attachés exclusivement à l'étude des magistratures romaines mais n'avaient, sur ce sujet, écrit que des résumés très secs et fort incomplets2. Souvent même ils n'étudiaient les institutions anciennes que pour expliquer, dans leur origine, celles de leur pays et de leur temps3. Ce n'est pas ainsi que Budé procède. Sa perspicacité sait reconnaître chez les écrivains les plus divers les textes qui peuvent éclairer la question dont il s'occupe. Il se borne à présenter ces textes au lecteur et à en déduire les conséquences. Il ne parle que des choses sur lesquelles nous pouvons être exactement renseignés, et il les étudie pour elles-mêmes. S'il consacre au Sénat cette digression dont nous avons parlé, « c'est d'abord, dit-il, que ces détails méritent d'être connus et ne se trouvent pas partout; c'est surtout pour détruire l'opinion que notre Parlement ressemble fort au Sénat romain »4. De plus, il montre, dans ces études, la tournure d'esprit d'un observateur toujours soucieux du détail concret. Nous l'avons vu décrire les faisceaux d'après d'anciennes peintures qui sont venues à sa connaissance. Ailleurs, il énumère les divers véhicules dont se servaient les Romains et il décrit le char du préfet du prétoire d'après une image qu'il a trouvée dans un livre5. On voit aussi qu'il a profité de son séjour à Rome pour

i. Cf., dans les Miscellanea de Politien, les chapitres l\~j et 70.

2. Tels sont, sur les magistratures et sur les sacerdoces des Romains, les traités de Pomponio F,eto, et ceux qui, œuvre d'un humaniste italien, sont, dans les éditions, attribués à L. Fenestella : cf. Pomponii Leti uiri clarissimi Opusi-ula... Opascala praetera duo L. Fenestellae. Le volume, dont on peul voir le contenu intégral au s 2 de notre Bibliographie, n'a en tout que trentedeux feuillets.

?>. ('A'., dans les Opéra Alar. Anl. Suhi-ll 'ici ', au fo io5 r°, le traité intitulé :

de Prastoris qfjicio libellas. La partie historique esl la moins importante et l'auteur étudie surtout les devoirs des magistrats qui lui semblenl être, dans la république de Venise, les successeurs des préteurs romains.

4. I'. 192. (ielte opinion prévalait à Paris, dans le monde du Palais, car, dans

ce même passage, Budé ajoute : < idque affirmantem magno assensu audiuimus haud ita pridem aduoeatum quendam primi oominis, cum causam non ignobilera in curia agerel celeberrimp conuentu. In qua mine haeresi aostratium plerosque esse uideo, loquendi quoque omnium ferme usu plenissime id attestante. » .">. I'. 5gg : ci Vidicerte nuper gestatorium currum Praefecti praetorio in quodam lihro pictum quadrirotum, aeratum, aut inauratum magnifica specie, extante in eo sella curuli. »

I l6 GUILLAUME BU DE.

contrôler, sur les monuments, plusieurs indications de Vitruve. A propos d'un passage sur les conduites d'eau, il note qu'on voit encore à Rouie les ruines de conduites bâties en pierres de (aille '.

II y a trouvé aussi des murs de brique crue comme ceux dont parle l'architecte romain ~. Enfin il aime les rapprochements entre les choses de l'antiquité et celles d'à présent : connaissant déjà celles-ci, on aura de cette manière plus de facilité à se représenter celles-là. S'il veut expliquer le mot pila : « Les pilae, dit-il, sont de ces ouvrages non façonnés que l'on construit dans l'eau comme on en peut voir un à Gènes; c'est ce que nous appelons un môle. » 3 II ne se contente pas de définir le mot subgrunda (entablement), il ajoute qu'à Lyon presque tous les toits sont munis de subgrundae4. On voit ici que, pour lui, il n'est pas de notion qui n'ait son importance. Tous les détails sont bons qui servent à enrichir notre connaissance de l'antiquité. Avec lui, nous sommes loin des cicéroniens qui, dans les écrivains anciens, voient surtout des modèles d'éloquence et de beau langage. Ce sont des faits que Budé leur demande, bien plus que des leçons ou des plaisirs esthétiques. En même temps qu'un lexique partiel, on pourrait dire qu'il y a, dans son livre, des chapitres détachés d'une vie privée et publique des Romains, chapitres très sommaires tels qu'on pouvait alors les faire, mais que personne, en tout cas, n'avait écrits avant lui.

Telle est, en résumé, la façon dont Budé a compris sa lâche d'annotateur des Pandectes. Ce que nous en avons dit est insuffisant encore à montrer le grand nombre et la diversité des choses nouvelles que contient ce livre si touffu. L'auteur y montre une connaissance du grec égale pour le moins à celle qu'il a du latin. Parmi les écrivains grecs Platon^ Aristote, Démosthène, Plutarque,

i. P. 593 : » Canales structiles semiruti hodie Romae uisuntur ".

2. P. 535 : « Lateritii igitur parietes Vitruvyo dicuntur, qui ex crudo latere Bebant, cuiusmodi parietum ruinas Romae dudum uidimus silicis duritia. »

/j. P. /|.V|. Cf. |>. 536 : " Sunl auteno imbrices tegulae conuolutae, quales Luffduui uisuntur. »

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