LES PREMIÈRES « ANNOTATIONS AUX PANDEGTES ». II
pour ne nommer que les pins grands., lui sont tous également familiers. 11 en cite de Longs passages <[ifil prend toujours soin de traduire '. Ce dut être une bonne fortune pour ses compatriotes. Les plus instruits d'entre eux ne savaient du grec que les éléments. Grâce à ces traductions de Budé, ils purent apprendre à déchiffrer un texte grec ; ils puisèrent enfin à la source de l'hellénisme, et ils prirent l'idée des joies que leur réservait la lecture des grands écrivains attiques. Ils purent aussi s'ouvrir l'esprit à des idées nouvelles dont la portée était immense.
Il nous faut aussi dire un mot des passages où Budé s'applique à l'exégèse des textes sacrés. Au cours de son ouvrage, on le voit citer l'Evangile de saint Luc; il en profite pour faire observer que le texte latin en usag^e n'est pas conforme à l'original. « Je n'ignore pas, dit-il, que de partout on jettera les hauts cris : cet interprète, que l'on croit, à tort, être saint Jérôme, jouit d'un crédit inébranlable ; la version usitée chez nous est considérée comme sacro-sainte, et beaucoup s'écrient qu'on n'y saurait toucher sans commettre un sacrilège. Pour moi, je tiens comme sacro-saint le récit de Luc qui, lui, a écrit du grec ; quant à notre version, je pourrais aisément montrer qu'en beaucoup d'endroits elle s'écarte du texte original, mais nos lecteurs seraient-ils seulement capables d'entendre la vérité? Tel est le caractère de ceux qui ont vieilli dans les erreurs de leurs ancêtres : comme dit Lactance, vous porteriez le soleil dans vos mains qu'ils ne souscriraient pas à une croyance plus vraie2. » Néanmoins il insistait, il revenait sur cette idée, nouvelle alors, que saint Jérôme n'est pas l'auteur de notre version du Nouveau Testament3. Valla, dans des Annotations remarquables, y avait
i. Pp. 33, 57, i65, 276, 548, etc. Cf., aux pages 44I-443, un long Fragment de Y Hercule gaulois, l'opuscule de Lucien si populaire au temps de la Renaissance, el encore, aux pages 540 el 665, descitations d'1 tomère et de Paul d'Egine. Ce sonl Là quelques exemples pris presque au hasard. Pour juger de l'importance des notes qui se rapportent .-m grec, il suffi! de voir le grand nombre de mots de cette langue qui oui une place dans l'Index du volume.
:>. P. i5o. Le texte de Lue (fui est le prétexte de ce développement se trouve toul •ni début du chap. x.
3. (.eiie affirmation avait particulièrement frappé Aléandre, quand il lui, sit*t leur apparition, les Annotationes in Pandectas,' il la relève comme tant soit peu scandaleuse dans un de ses volumes d'Aduersaria; cf. L. Delaruelle, Mélanges de l'Ecole de Home, t. XX | 1900), [>. 1?.. Il semble que Budé ait été
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déjà relevé de nombreuses el graves erreurs1. Budé, lui, en a noté beaucoup d'autres qui n'avaient pas encore été signalées ; il en cite quelques-unes2 et il les rectifie à l'aide du texte ijrec; il a fait mieux encore pour le début de l'Évangile de saint Luc ; il a cpllationné un très ancien manuscrit de l'abbaye de Saint- Victor3. Au reste, il est revenu plus d'une fois sur les fautes grossières que contenait la Bible latine alors en usage '. C'est un sujet qui lui tenait au Gœur : il était trop pieux pour ne pas souffrir de voir les livres saints défigurés de la sorte, et, dans son âme candide de savant, il ne pouvait concevoir qu'il y eût le moindre sacrilège à la constatation de contresens flagrants : « Attendons-nous, dit-il quelque part, à être moqués de ceux qui ne tiennent nul compte de la version grecque du Nouveau Testament ; leur seule raison c'est que notre traduction latine est reçue par toute l'Eglise d'Occident. On croirait vraiment qu'on a voulu en accepter expressément les erreurs et que, par un acte solennel, on lui a donné, sur l'original grec, une préférence éclatante. » De telles paroles portaient loin ; elles dénonçaient le conflit qui allait s'élever entre les philologues et les théologiens ; Budé aura lui-même contribué à le déchaîner par ces remarques si neuves qui continuent l'œuvre de Valla et qui annoncent celle d'Erasme.
le premier à la formuler, mais elle était implicitement contenue dans les remarques de Valla.
i. Cf. Laarentii Vallensis in latinam Noui Testamenti interpretationem Adnotationes (i5o5). C'est à Erasme qu'est due cette première édition d'un ouvrage resté jusqu'alors manuscrit. Le ton de sa lettre-préface (Opéra, t. III, col. 96-99) est plus modéré que celui du passage de Budé que nous citons plus loin.
2. Cf. Lucubr., p. 37"), dans une lettre à Erasme : « Habeo annotatiunculas aliquot in aouum testamentum, quas annotationibus in Pandectas, quas aliquando editurus sum inserendas seruabam. » Les « Annotations aux Pandectes » dont il est question sont le deuxième recueil qui devait paraître seulement en if)20. La lettre où se trouve ce passage doit être datée de c5i6 ; r\'., à la p. m, notre Répertoire analyt. et chronol.