Pp. 548-55o
5. P. 546 : a Sed et illud iam teneinus, quod maxime ad rem pertinet, sextarium sextam decimam partem esse modii, quae tertia pars est amphorae. »
6. Voici comment il conclut, avec une assurance naïve : a Hac ratione usus, compcrisse me arbitrer (nec temere, ul spero) amphoram esse octauam partem
i-ius nasis quod inodiuui uini dieiinus. ...In aridis autem pro amphora quadran-
tcm sextarii babemus, id est ternos bossellos... » Le muid étant de 268 litres el le boisseau de i3 litres, cela donnerait pour l'amphore une capacité de 33 ou de 3g litres, suivant qu'il s'agil de liquides ou de matières sèches. On
l52 GUILLAUME B1 DÉ.
A présent Budé va considérer 1rs mots qui désignent fies divisions du sextarius ' ; c'esl pour lui une occasion de rectifier certaines erreurs courantes <'i de corriger plusieurs affirmations téméraires des humanistes qui l'ont précédé2. Knlin. il étudie certains mots latins qui, dit-il, désignent des récipients d'un genre particulier plutôt que des mesures, au sens propre du mot3.
Le livre pourrait, sans inconvénient, s'arrêter après cette dernière étude. Lrs pages qui suivent n'ajoutent rien aux résultats essentiels de l'ouvrage. Budé y donne quelques détails sur des monnaies dont il n'avait encore parlé qu'en passant ' ; il revient
s'étonnera d'ailleurs que Budé n'ait pas choisi entre ces deux chiffres et qu'il ne semble pas donner à l'amphore une valeur invariable.
i. Cette étude nouvelle commence avec la paye 56o. Dans les pages précédentes, Budé a longuement discuté un texte de Pline qui semblait menacer certaines de ses conclusions.
2. Dans son souci de considérer toujours dans les textes anciens la vraisemblance générale du sens, Budé descend parfois à des minuties amusantes. Il discute gravement (pp. 566-5Ô7) sur ce que peut être la ration de vin d'un homme sain et tempérant. Il cite le nom et les hauts faits de quelques buveurs célèbres parmi les anciens et il ajoute (p. 568) : « quibus hodie si pares in Gallia inuenirentur, monstri instar haberetur, apud quos Germanorum militum bibacitas hoc bieunio inter miracula celebrata est. Quotidianis enim conuiuiis singuli quaternos quartarios absumere dicebantur » (Budé entend par quar tari us, voir p. 6i4j une mesure de \ chopines). Plus loin (p. 5qo), Budé- vient de rapporter la définition de la chénice donnée par Suidas : la aourriture d'un jour. Il se demande alors ce que cela représente au juste, et il convoque son boulanger pour savoir ce qu'il l'ait de pain avec telle quantité de farine. Je Fais grâce au lecteur des explications qui suivent sur la quantité de pain qu'un homme absorbe par jour. Voici seulement le début du passage qui me semble assez curieux (p. 592) : « Haec ego cum scriberem, pistorem arcessiri iussi, ideo mihi notum, quod pane ab eo utebar, et ipse emercandi frumenti causa interdum ad me uentitabat. Cum haec igitur ab eo sciscitarer, uix tandem extudi ut fateretur. Verebatur enim, ut sensi, ne quid in panificum nationem imprudens ell'aretur... » Budé obtient enfin que son boulanger réponde, <•! il nous» rapporte ses affirmations, mais en prenant soin de les contrôler (pp. 595-596) : « Compertum enim habeo ex iis qui ex iurisdictione hoc inquirere potuerunt, et ex Commentariis Decurionum [les magistrats municipaux], posse ex medimno non modo oelies duodenos, sed etiam eo atnplius senos octonosue redire, quod ill<' panifex fateri magis grauabatur, quam infitiari pergebat. »
3. P. 6q4« Cette partie du livre se termine avec la page 616, où Budé annonce : " Haec habuimus de mensuris quae diceremus. »
4. Par exemple, les monnaies divisionnaires de l'as. D'ailleurs, il semble avouer lui-même que cette étude eût été mieux placée en tête de l'ouvrage (p. 617) : " Verum enimuero iit unde exorsa est haec commentalio, eo tandem cludatur... » El il annonce qu'il va parler des monnaies dérivées de l'as.
sur certaines questions épineuses qu'il avait déjà discutées au cours des livres précédents1; il se laisse aller à eu traiter de nouvelles'. La partie proprement scientifique de l'ouvrage se termine aussi brusquement qu'elle avait commencé, sans que rien nous permette de jeter un coup d'oeil en arrière et de mesurer le chemin parcouru3.
J'aurais voulu, par cette analyse, donner une idée sommaire de l'ouvrage que nous étudions ; je me demande, en la terminant, si elle ne va pas à l'encontre de mon dessein, et si je ne dessers pas l'auteur en prétendant le faire mieux connaître. G'esl enlever à l'œuvre son véritable caractère que de la réduire à un petit nombre de conclusions générales. Le de Asse n'est pas seulement un traité des monnaies anciennes; la science de l'antiquité était encore trop peu développée pour qu'il pût être uniquement cela. C'est, en même temps, un recueil d'annotations aux principaux écrivains latins et grecs, principalement à Pline l'Ancien ; et c'est encore une collection précieuse de textes d'histoire ancienne. Les contemporains y voyaient un véritable « trésor », d'un prix inestimable pour la connaissance de l'antiquité. Pour apprécier celte partie de l'œuvre, il faudrait répéter ce que nous avons dit des
i. Voir, |>:ir exemple, p. G33 sqq., et p. 054 (;%l 'a manchette Lîbra auri in turc); ce second passage se réfère ;'i celui de la p. 255. Voir aussi p. fiGa sqq.
2. Il traite longuement une question qu'à vrai dire il avait déjà touchée eu passant (cî.Slipra, p. i5i, n. 3), celle de la culture de la terre chez les Romains d'autrefois et dans la France actuelle (pp. 672-G8/1). 11 en parle comme un homme à qui sont familières les choses de la vie pratique. Il remarque que, sur le terroir parisien, la culture de la vigne est très onéreuse, « cum multis in locis Galliae paruum sumptum quamuis feraces uites poscant. Quod et incuria dominorum, et ignauia uinitorum ita inueteratiun est ut constitui apud uns res ruslica nequeat, rusticis unanimi conspiratione tuentibus quod a maioribus acceperunl •> (p. 075).
3. De la page 693 à la page 698 s'étend un développement, sur la solde du soldat romain, qui apparaît pour la première fois dans l'édition de i5i6. Il <'s' immédiatement suivi de ces lignes : « Haec fere surit quae de re nuniuiaria mensurisque dicipotuerunt; cuius rei semina selihasse Hermolaus Barbarus... in glossematis illis gloriatus est quae in Plinium edidit... <> Presque tout de suite le développement dévie et tourne franchement à la digression.
l54 GUILLAUME BUDÉ.
« Annotations aux Pandectes ». lin nous permettra d'y renvoyer
le lecteur. Ici, nous voudrions insister sur les qualités nom elles qui se révèlent dans le deAsseet qui en faisaient alors la grande valeur scientifique.
Et d'abord, c'est là son premier mérite, Budé a su voir la complexité du problème qu'il voulait résoudre : la lenteur avec laquelle il procède est inhérente aux difficultés qu'il trouve dans son entreprise. Il ne se laisse point décevoir par le désir d'arriver promptement à de spécieuses conclusions et il n'épargne aucune démarche pour atteindre à la vérité. Son sens critique, toujours en éveil, ne s'incline pas devant l'autorité îles anciens ; il ose ne pas les croire sur parole, il discute leurs affirmations. Quel qu'en soit l'auteur, il étudie les textes en eux-mêmes, et jamais il ne pense avoir rassemblé assez de témoignages sur la question dont il s'occupe. Il n'est pas non plus de ceux qui se reposent trop vite dans la satisfaction des résultats acquis; à chaque instant, on le voit revenir sur ses pas pour réfuter une objection imprévue, pour discuter un texte qui semble ruiner ses conclusions1. Il voit très nettement (pie, pour traiter à fond son sujet, il faudrait y faire entrer l'étude approfondie de l'antiquité tout entière. Cette obstination dans la poursuite de la vérité et, si je puis dire, cette souplesse de méthode, cette indépendance de jugement 2 et
i. Nous avons cite les principaux endroits de l'ouvrage où se montrent ces préoccupations. En voici un autre sur la difficulté d'atteindre à la vérité qui mérite d'être encore transcrit (p. 273) : " Equidem toi difficultatibus offensus, hanc Qostram commentationem subinde interpellantibus, marinum illum deum Protei nomine a poetis decantatum, retentare milii uisus sum... Hune Proteum non modo ego nunc captare, sed etiam uincire iam uideor, needum tameo satis arctis nexibus retinere. Siquidem ueritatem rerum nunc in uasto quodam sinu uetustatis abstrusam, nunc in mendis exemplarium uelut in alto quodam gurgite obscuritatis obrutam , in lucem ac soleni elicere conor... Veritatem i^-itur adhuc attigisse magis atque etiam nunc palpare, quam in potestate habere ipse mihi uideor. Idque adeo eo magis, quod numerosa quaedam cobors antiquorum scriptorum enarratrix ex aduerso stare midi uidetur, et Proteum ipsum altrinsecus retentare. Proinde instaurato commentandi impetu, rursus eodem incumbendum... »
■>.. De telles qualités ne vont pas sans une grande probité scientifique. Nous avons déjà remarqué comme Rude se montre désireux de faciliter à 9eS
lecteurs le contrôle de ses moindres conclusions. Il reproche quelque part à Barbaro d'avoir glissé sans rien dire sur les passades de Pline qu'il savait corrompus, mais qu'il était impuissant à corriger. Il se garderait bien, lui, d'agir
cette rigueur de critique sont, à ce qu'il me semble, parmi les mérites essentiels de l'œuvre '.
En voici un autre, dont le lecteur se sera déjà avisé : c'est remploi qui y est fait des documents archéologiques. Certes, Budé n'est pas le premier qui ait collectionné des médailles anciennes et qui ait pris plaisir à les décrire ; aussi n'est-ce pas là ce qui fait de lui un novateur. Mais il a très bien vu que ces documents archéologiques lui permettaient de contrôler les données de la philologie et il a su, d'un bout à l'autre de son livre, en faire un usage judicieux. Ce n'est pas en amateur qu'il s'occupe de ces monnaies anciennes. Nous avons vu avec quelle minutie il les décrit, avec quel soin il les pèse. Tout son système se fonde sur les résultats de ces pesées. Après cela, il n'importe guère que ses chiffres se trouvent inexacts; il était dans la bonne voie en in-
de la sorte (p. 552) : « Ego... ea quae occurrunt uitia, et commentantem me moraotur, si sanare ingenii ui non possim, commonefaciendis studiosis ueluti scalpro circunscribani, ne latius error serpat. Atqui sic existimo, praeuaricationis notait) ettus^ere eum medicum non posse, qui quae restituere sanilati nequit, uelut non animaduersa, silentio transmittit ». Ailleurs (p. i83), il offre de laisser consulter à tous les humanistes les manuscrits de Pline qu'il avait clic/, lui : < Ne quid autem comminisci uidear, pênes me futura antiqua exemplaria profiteur, ut nulli non adiré liceat, quem quidem initiatum his sacris esse sensero. »
i. Ces mérites supposent chez Budé une idée très juste de ce que doit être l'œuvre scientifique. Il a, en effet, parfaitement compris que la science est une œuvre collective que chaque génération doit porter à un plus haut point de perfection (pp. 666-667) : u Hic etiam periclitari libel et aliquid comminisci, ut ineundae huius rationis formant aperiamus, utque si nobis collineare [c'est le mot que le sens général demande au lieu de collimare donné par les éditions] non contigerit, post nos existât aliquis, qui a scopo non aberret. Sic enint artes consummatae sunt, aliis super alios commentantihus... Hoc ueluti iure gentium utentes, post doctissimonim hontinum senteQtias, et nostram in médium saepe in hoc opère attulimus. Nec qui post nos sententiam dicturi sunt, assentiendi magis quam censendi exemplum ainplectentur, si operam prolixe lin ris impenderint : alioquin chartarum înani dispendio tôt libri noui
suh praela quotidie mitterentur... » Il y a dans ces lignes un accent tout 1-
veau, dont je crois (|u'on trouverait difficilement l'analogue dans les œuvres de l'érudition italienne. Nous avons déjà dit l'individualisme féroce qui s'y manifeste. Il faut ajouter qu'au début du seizième siècle, de grands savants italiens se montraient encore étrangers aux notions les [dus élémentaires de la probité scientifique. André Aiciat, par exemple, n'hésitait pas à fabriquer des inscriptions. (Voir, dans les Mélanges il»1 liossi, p. f\\, l'article de l'abbé Uuchesne sur saint Barnabe.)
l56 GUILLAUME BUDÉ.
stituant ces précisions mathématiques qui sont indispensables à la
science des monnaies.
Ce n'est pas tout : l'objel même de l'ouvrage, les préoccupations qui s'y traduise ni à chaque page achèvent de caractériser le savant qu'est Guillaume Budé. Il a compris tout»' la portée de son sujet pour l'étude de la vie économique des anciens. Ce n'esl pas une curiosité puérile qui lui fait rechercher le prix dont on a payé Bucéphale, ou celui qu'Antoine a donné pour la tète de Cicéron ' ; par delà les chiffres qu'il recueille de toute part sur le prix des choses dans l'antiquité, il entrevoit les phénomènes économiques dont ces chiffres sont la traduction, et ce sont ces phénomènes qui l'intéressent par-dessus tout. C'est là qu'est la grande nouveauté de son livre. Trop souvent les humanistes ne voyaient dans l'histoire romaine qu'une collection de biographies édifiantes ; l'antiquité leur apparaissait comme quelque chose d'uniformément majestueux. Budé a réaçi contre cette conception ; sous cette éternelle apparence de grandeur et de noblesse morale, il a su découvrir ces réalités de la vie courante qui sont comme le ressort de toute société humaine, et il a vu la place qu'il convient de leur faire dans l'étude de l'antiquité. Après cela dirons-nous, avec M. Brunetière, qu' « il y avait un « économiste » dans ce « philologue » 2 ? Réduit à cette formule , l'éloge semblerait un peu mince et j'aimerais mieux dire, pour mon compte, qu'il a montré, dans son de Asse, les meilleures qualités de l'historien.
Ainsi le livre est de ceux qui méritent pleinement leur renommée et qu'aujourd'hui encore, l'on ne peut lire sans admiration. Aux cens du seizième siècle, il apparut comme une œuvre colossale. L'érudition profonde qui s'y montrait les empêcha de voir les nombreuses erreurs (pie l'œuvre renfermait malgré tout. Nous avons, nous, des raisons nouvelles de souscrire aux éloges dont ils comblèrent l'auteur. Il serait injuste de considérer seulement ce qui reste du de Âsse comme œuvre scientifique : quel est le livre de science qui peut se liât 1er de vivre plus de cent ans? Nous scions plus équitables en tenant compte à Budé des qualités dont son œuvre témoigne et qui, en d'autres temps, eussent produit un livre moins imparfait. Ce sont, il me semble, toutes
i. Pp. 289 et 338.