Cf. supra, p
7. Fo 4 ro. L'éditeur remplace par toulesfois (fo A 5 ro). Dans cette acception, Montaigne emploie encore si tout court, mais il lui arrive de le renforcer par pourtant (si pourtant, I, .").">), ou même d'employer si est-ce que (I, 5). Cela montre bien que la force adversative de si tendait à s'effacer.
8. Fo 38 vo ; l'éditeur (p. i58) met à la place combien que. Il convient d'ajouter que cette dernière locution esi employée par Budé assez fréquemment (voir les fos 10 ro, 12 ro, Go r°).
y. Voir, par exemple, f° 3<> v<\ où l'éditeur (p. 1 5q) corrige dont eu duquel. Dont est encore employé par Rahelais comme équivalent à d'où; mais M. BfUnot le range ainsi que ia soit que parmi les mots invariables, qui commençaient à tomber en désuétude (Brunot, dans /lis/, de la longue et de la littérat. franc., t. III, p. 85o et la note). Sauf erreur, ce passage ne se retrouve pas dans l,i refonte de ce travail, à laquelle nous avons déjà renvoyé.
10. F° 2 ro; l'éditeur (fo A 4 ro) imprime : au chapitre XVIII*. Cependant,
LE RECUEIL d'aPOPHTEGMES OFFERT A FRANÇOIS Ier. 2 10,
qu'on commence à écrire plutôt : « d'où il retourna » et « au chapitre xvm ». Evidemment Budé ignore les efforts faits autour de lui pour rajeunir la langue française et lui donner de nouveaux moyens d'expression.
C'est ce qu'on verra mieux en étudiant sou style même. Dans le développement des idées abstraites ce style ne cesse d'être obscur et traînant ' ; plus dégagé dans les récits, il manque encore de souplesse et garde toujours une certaine raideur ; à la longue, il est monotone. L'auteur ne sait pas varier les tours de phrase, ni ordonner diverses propositions en une phrase harmonieusement construite; ses périodes sont surchargées de qui. Il n'est pas préparé, on le sent, à écrire en français une œuvre littéraire. Comment, au reste, le serait-il? Il fait son unique lecture des auteurs latins et grecs; il ne s'est jamais exercé à écrire que dans leur langue ; quand il cause littérature avec ses plus doctes amis, c'est encore en latin qu'il s'exprime2. L'idiome maternel ne lui sert que pour les usages de la vie courante et il a, tout naturellement, employé dans son livre la langue qu'il parlait tous les jours.
Il y a là, croyons-nous, matière à réfléchir ; et le cas de Budé nous montre tout le tort que les humanistes pouvaient faire au développement normal de la liltérature et du génie français. Ils sont uniquement possédés par leur rêve d'appliquer le latin classique à l'expression des idées modernes et aux besoins nouveaux de la pensée; de la langue française, ils n'ont cure. Ils la laissent, si je puis dire, en friche, et abandonnent au peuple le soin
ou se trouvera encore dans Rabelais (par exemple, tout au début du prologue de Gargantua). Cf. Brunot, Hist. de la langue franc., t. II, p. 277.
1. On en a vu déjà plusieurs exemples. J'y ajouterai celui-ci (fo 'M\ r<>) : « Car il n'y a riens par quoy l'homme diffère tant des bestes brutes que par parler fondé en science, par lequel ung homme peult donner a entendre a l'autre toutes les conceptions formées en entendement humain, ce qui De se peult deuemeiit et entièrement faire sans faculté d'éloquence, qui procède et émane de multiplicité de sciences ou d'une excellence d'entendement inslruiet par grande expérience qui pourroit supplier la faculté de doctrine et des «lit 1rs lettres, lesquelles reuiendroienl de oostre temps s'il/, auoienf la faueur et aide des roys, en ensuiuant l'auctorité dessusdicte de Salomon ». A la tin de cette longue phrase, on remarquera l'emploi de Hz comme pronom du féminin pluriel. I est
un exemple d'une confusion qui se retrouve jusque dans Kmisanl (Brunot, o/j. cit., t. II, p. 3 1 3).
•2. ( !f. supra, p. o3.
220 GIILLAl 'MF. BUDK.
de la transformer. C'est malgré lui, si je puis dire, que Budé s'est décidé à écrire un livre en français. Quand il veut faire œuvre durable, il s'exprime en latin; au besoin il emploie le grec. Lui-même ne nous dit-il pas que le grec seul, aujourd'hui, peut mener les humanistes à la gloire1? Donc c'est en grec qu'il écrira l'éloquente préface aux « Commentaires de la langue grecque ». Son exemple est suivi; ses lettres latines et grecques serviront de modèle aux humanistes de l'époque. Il semble que le français soit incapable encore de porter la pensée et d'être employé comme langue littéraire. La génération suivante luttera contre ce préjugé ; elle saura en triompher. Ce n'est pas à nous de dire comment; toutefois, ces indications étaient nécessaires pour faire entrevoir la conclusion qui se déglacera de notre étude. Déjà nous soupçonnons ce que l'on verra mieux dans le second tome de ce travail : que le triomphe de l'humanisme eût été la mort de l'esprit français.
i. Cf. L. Delaruelle, Répertoire analyt. et chronolog. de la corresp. de Guillaume Budé, pp. i34-i3f).
Note sur la bibliothèque de Guillaume Budè et sur un manuscrit de Pline l'Ancien qui a dû en faire partie.
J'ai dit plus haut (p. i4o) que Budé avait utilisé trois manuscrits de Pline dont un au moins était à lui. La question vaut la peine d'être traitée en détail, car nous pourrons ainsi redresser une opinion erronée, que semble autoriser un texte de Budé lui-même. Dans une lettre du 21 décembre 1627, Budé écrivait ceci à Jacques Sadolet (Lucnbr., p. 3o5) : « Quod librorum meorum Graecorum indicem mitti ad te postulas, ... rubore me suffusum esse scito : quippe qui nullos alios libros duntaxat memorandos habeam praeter eos qui in chalcotyporum officinis hactenus passim peruagati sunt, ne huiusmodi quidem omnes. Mauuscriptos satis multos olim domi habui, sed depositos et creditos. » Bemarquons d'abord que dans ce passage, Budé n'entend parler que des textes grecs. Il n'en faudrait nullement conclure qu'il n'a jamais eu de manuscrits anciens en sa possession, qu'il n'a jamais non plus cherché à s'en procurer. Dans une note écrite en i535, lui-même parle d'un manuscrit îles Offices de Cicéron qu'il a offert à une grande dame de sa connaissance. 1 Voir à la fin de l'Appendice 111. p. 276). Il a pris soin de nous renseigner sur les manuscrits de Pline qu'il avail eus à sa disposition. Il faut donc prendre à la lettre le passage cité |»lus haut : il ne prouve nullement que les manuscrits d'auteurs anciens aient été si rares dans la bibliothèque de Guillaume Budé.
Est-ce à dire <|ii'oli ail chance «le pouvoir jamais reconstituer celte
bibliothèque? M. H. Omont a Fort bien expliqué quel en a va il été le sorl et dans quelles circonstances «die avail Jeté dispersée 1 Notice sur les collections de manuscrits de Jean et </<■ Guillaume Budé, p. 101 «lu
Bulletin de la Soc. de l'hist. de Paris). En même temps, il a dressé la liste des manuscrits grecs de Budé, qui tous lui venaient de Georges Hermonyme. Four ajouter aux résultats de cette étude, il faudrait faire, dans les collections de la Nationale et ailleurs, de minutieuses recherches que nous n'avions pas le loisir d'entreprendre. Ici notre dessein est plus modeste et aussi plus précis. Il nous sera permis cependant, avant d'en venir aux manuscrits de Pline, de signaler deux volumes imprimés qui ont fait partie de la bibliothèque de Guillaume Budé.
Le premier est connu depuis longtemps et décrit dans l'édition que Vœmel a donnée de Démosthène (fascic. i, Haies, 1 856, p. 208). C'est une édition aldine de Démosthène qui se trouve maintenant à la bibliothèque royale de Berlin. En tète de cet exemplaire, on lit une note manuscrite dont voici la teneur :
Demosthenis hoc exemplar Geneuae accepi ex Bibliotheca Gui- Ihelmi Budaei uiri Graecaram literarum scientissimi, cul us manum in /lotis marginalibus habebis.
Un peu au-dessous : Wendelinus.
Sur ce théologien, on peut consulter YAllgemeine Deutsche Biographie. On verra que, dans les premières années du dix-septième siècle, il fit un séjour à Genève, où s'était réfugiée une partie de la famille de Budé : on s'explique donc qu'il ait pu recevoir en don une épave de sa bibliothèque. Pour les notes dont on a vu plus haut qu'il parlait, elles offrent différents caractères; quelques-unes signalent des variantes; d'autres, toujours assez courtes, transcrivent des gloses ; presque toutes sont de brefs renvois que Budé a notés pour sa commodité personnelle. En un endroit, il déclare s'être servi d'un manuscrit. C'est à la page i/jq, à propos du discours de la fausse ambassade | cf. Démosthène, p. 357, 10). Budé, trouvant dans son texte ï~v/yiziz a mis en marge : « Sic legit interpres el in manuscripto legitur. »
Je ne sache pas qu'on ait encore signalé le second volume dont QOUS avons à parler maintenant. Il se trouve à la bibliothèque de l'Université de Leyde (A <>. 758), où j'ai pu l'examiner rapidement. C'est, dans l'édition princeps d'Aristote, publiée par Aide Manuce, le tome qui contient YOrganon el qui parul en i'iuô. Au recto du feuillet de titre, en bas,
une noie dont nous ne savons pas l'origine :
Omnia quae in hoc libro sunt, a Budaeosunt annotata.
Coite affirmation est confirmée par l'examen des mites marginales : c'est bien la même main qui a annoté certains des manuscrits étudiés par M. II. Omont. Ces miles sont très nombreuses et certaines d'assez grande étendue. Elles emplissent les marges des Premières Analytiques et surtout des Secondes Analytiques : on y voit des textes grecs, des gloses latines, et même des figures géométriques. A partir des Topiques, on ne trouve presque plus de notes. A la lin du volume. Budé a dressé, en grec, la liste des ouvrages qui v sont compris.
Pour les manuscrits de Pline dont Budé s'est servi, c'esl par lui-même qne nous en connaissons l'existence, et c'est lui qui nous permettra d'en identifier au moins un. Il les a cités dans le de Asse chaque l'ois qu'il en pouvait tirer une lionne leçon pour les passages de Pline dont il axait à se servir. En un endroit, il semble dire qu'ils étaient sa propriété. Il vient de parler des renseignements inestimables qu'on trouvera dans Pline l'Ancien, pourvu qu'on en corrige le texte à l'aide des anciens manuscrits. Il ajoute alors [de Asse, Lyon, i55o) : « Ne quid autem comminisei uidear. pênes me futura antiqua exemplaria profiteor, ut nulli non adiré liceat, quem initiatum his sacris esse sensero. »
Ce passage semble bien clair, mais, dans un autre endroit (p. 3i5), Budé. voulant corriger le texte courant de Pline, s'exprime de la façon suivante : « Sic et in imprt ssis codicibus et in duobus antiquis legi, ut autem dictum est. /// uiio autan uenerandae antiquitatis qui in rébus meis erat, /ta legitur, etc. » On voit la conclusion que suggèrent les mots que j'ai soulignés. Budé avait à sa disposition trois manuscrits de Pline, mais, de ces manuscrits, un seul était sa possession. Aussi bien il dit ailleurs (p. i .">."» i : « Ego antiipiissiinum exemplar lialieo... » Il ne parle jamais aussi nettement dt's autres manuscrits qu'il a utilisés; on n'ose donc affirmer que Ceux-là aussi lui aient appartenu. Le p rem ici' des passages que nous avons cités signifierait seulement qu'il les avait clie/ lui et en possédait le libre usage. Il se peut, d'ailleurs, que Budé ail eu encore d'autres manuscrits de Pline. Souvent, il s'exprime ainsi : <• In antiquis nonnullis ... legitur » (p. 362), ou bien il dit se guider sur la leçon des anciens manuscrits : g admonitus ab antiquis exemplariluis... m i p. 363). Cependant, quand il prend la peine d'énumérer la leçon de ses manuscrits, d n'en nomme jamais que trois (cf., par exemple, p. i Xl'i i : deux de ceux-là sont appelés antiqui ; l'autre est Vantiquissimus -ou uetustissimus) qui, nous l'avons vu, est à lui.
Il est facile d'identifier Vantiquissimus en s'aidanl des leçons que Budé en ;i extraites et qu'il a citées dans le de Asse. Selon Sillig,
i:>.C) GUILLAUME BUDÉ.
l'éditeur de Pline il. Y. p. 217), ce manuscrit sérail celui qu'on est convenu d'appeler d. el qui est le manuscrit latin 6797 de la Bibliothèque Nationale. Voici sur-quoi se fonde cette hypothèse. Budé écril à propos d'un passage de Pline {de Asse, p. 278; cl'. Pline. 35, 36; je souligne les mots qui soni du texte de Pline) : 0 nniis uetustissimus sic inpondo CXle\ denarii uerbum additum eral lectoris manu et C loco delètili scriptum. 0 II valait la peine de voir, sur le manuscril même, si <l présentait bien cette leçon. J'ai constaté qu en effel denarii y était l'addition manifeste d'un lecteur et, d'autre part, que le C de CXI était ('■eiil sur la place d'un grattage (f° 222 r"i. dette identité parfaite, dans un ras très particulier, entre la leçon de d el celle du uetustissiiniis, suffirait à montrer que ces deux manuscrits n'en l'ont qu'un.
< )n peut cependant fortifier cette démonstration. Budé a eu l'occasion d'étudier un passage de Pline (10, i4i-i42) où il était question. — dans les éditions du temps, — d'oiseaux payés chacun « sex nummis ». Il ajoute alors 1 p. i .">."> 1 : « Ego antiquissimum exemplar habeo, in quo hoc uerbum nummis deletitio loco scriptum erat, ut coniciam, etc. » Nous voyons en effet que, dans le- manuscril <l ', le mot nummis occupe la place d'une rature '.
Voici enfin une dernière preuve. Budé discute un passage de Pline s. [96) où le texte couranl parlait d'une somme de 4°°,ooo sesterces, quadringentis millibus sestertium ; mais, remarque Budé, les manuscrits autorisent une correction 1 p. iSfii : « In antiquis duobus e : • aplaribus quadringenties sestertium legimus; in uno antiquissimo quadringentis, sed ita ut conspicue deletilem membranae locum cerneres, et quadringenties principio fuisse intelligeres. a Or, le manuscrit d porte quadringentis (f° 64 v°), et cette leçon en a remplacé une autre. quia été effacée. La mention, faite par Budé, de cette rature est tout à l'ait caractéristique.
Je pense qu'il est inutile de poursuivre el de citer tous les endroits où le manuscrit de Budé offre la leçon qui esl celle de d. Il ne faudrait pas s'étonner s*il n'y avait pas partout concordance absolue. Budé a pu se romper ou bien manquer de précision en citant la leçon de son anhtquissimus. D'autre part, pour cette comparaison, il faudrait retenir seulement les passées ou il parle expressément de son d très ancien
1. Pour les leçons du manuscrit '/, on pourra se reporter à l'édition Jahn, dans la révision qu'en a donnée C. M ayhoff (chez Teubner). Pour les leçons des manuscrits inférieurs, il vaudra mieux se reporter à l'édition Silli^', plus complète.
m a mise rit » ; les antiqm ,simplement, sonl pour lui les deux manuscrits accessoires auxquels nous avons vu qu'il avait aussi recours. 11 semble donc hors de doute que Budé a possédé le manuscrit appelé <l. qui se trouve maintenant à la Bibliothèque Nationale (lat. 6797). Malheureusement, ce manuscrit ne renferme aucune note où l'on puisse voir la main de Budé; il nous est impossible de dire comment il est arrivé chez Budé ni ce qu'il esl devenu, après cire sorti île sa bibliothèque, (l'es! un manuscrit que Idn est d'accord pour attribuer au treizième siècle ; le P. Hardouin l'a utilisé pour sa célèbre édition de Pline (i685). Voilà
tout ce qu'on eu peut dire.
Il est plus malaisé de déterminer les deux autres manuscrits dont Budé s'est servi. L'enquête sommaire que j'ai laite ne m'a pas permis d'arriver sur ce point à un résultat. Tout prouve que ces manuscrits étaient de second ordre; Budé nous dit lui-même qu'ils étaient sur papier 1 p. 19^ > : cela seid leur assigne une date assez liasse. Pour les retrouver, il ne suffirait pas de considérer les divers manuscrits parisiens. A propos d'une phrase di- Pline (33, 1 .">-), Budé note que les antiqui y omettenl le mot crustarillS ; c'est une omission qui ne se trouve guère que dans <l et dans V, un manuscrit Vossianus de l'Université de Leyde. < >r. c'est à Leydeparmi les Vossiani, que M. H. Omont a retrouvé plusieurs des manus, crits grecs de Guillaume Budé. (Test dans la même bibliothèque que
nOUS-même avons retrouvé l'un de ses volumes imprimés. Il se pourrait qu'il s'y cachât encore tel OU tel de ses manuscrits. Nous nous contentons de signaler cette hypothèse, laissante d'autres le soin de la vérifier.
Extraits du manuscrit de l'Arsenal.
[F0 20 V0] Iule césar oncle dudit auguste comme récite plutarque après qu'il eut vaincu pompée et toute la puissance du sénat et peuple de rome, laquelle auoit subiugué la plus part du monde a nous et a eulx cong-neu, pardonna a cicero le grant orateur de rome qui auoit esté de party contraire a luy c'est assauoir de pompée, en faueur et pour l'honneur de son scauoir et de sa grant éloquence . laquelle science auoit fait cicero si grant a rome combien qu'il ne fust romain, qu'on disoit qu'il regrioit a rome pour la garant auctorité qu'il auoit tant ou S2nat qu'en autres assemblées ou l'on besongnoit par conseil et remonstrances et délibérations sans user de force d'armes . mais césar non content de l'auoir rappelle ;i rome, encores l'oyoit voluntiers parler et prier pour ses amvs qui estoienl en fnvte pour la cause dessusdicte, et pardonna a plusieurs pour l'honneur de luy, car f" 21 ru il faisoil propositions deuanl césar en suppliant pour eulx et faisant leurs excusalions et appoinctemens . entre lesquelz y en eut vng nommé liguaire contre lequel césar estoit tellement indigné qu'il ne vouloit aucunement escouter homme qui parlast pour luy impetrer grâce et sauluer la vie. iusques a ce que cicero luy fist requérir que son plaisir fust l'escouter parler pour liguiaire, et qu'il luy donneroit a entendre le cas qui estoit autre qu'il ne pensoit . ce (pie césar accorda en disant a reulx qui estoienl a IVulour de luy, il est arresté en mon opinion que liguaire mourra quelque chose que cicero saiche dire ne alléguer ou intercéder pour luv. ruais cela n'empesche point que ie ne l'oye voluntiers parler pour luv satisfaire. Ce fait se mist en sa chaize pour ouvr l'oraison de cicero.
délibéré de lu v prester l'oreille seulement, sans pource se condescendre a aucun pardon ou grâce faire a liguaire, et lenoil en sa main quelques mémoires ou requestes qu'on luv auoil présentez . quanl cicero fut vng peu aiiant entré en son oraison, il vsa de si gTande facunde f" 21 v°] et de si merueilleuse vertu d'éloquence, que enuiron la moitié de l'oraison on veioil césar prince de sa nature plain de bénignité et de clémence, changer couleur et muer visaige . maïs quant vint au poinct ou cicero auoit reserué la force et la vigueur de son éloquence, césar fut tellement transporté de plaisir et remply de l'esperit de ladicte oraison, partant et sortant de la prononciation et regard et gestes de l'orateur qui moult augmentoient son éloquence, qu'il gecta par terre les mémoires qu'il tenoit entre ses mains, et ne se pouoit arrester en sa chaize, mais le veioil on louer par fovs comme impatient et combatanl en soy mesmes de l'obtination et propos qu'il auoit fermez en sa pensée contre l'éloquence de cicero . iusques a ce qu'il s'en partit en fin de cause en confessant qu'il estoit contraint de pardonner a liguaire quelque chose qu'il oust dit au contraire par auant, ce qu'il fist, et neantmoins césar n'estoit pas homme aisé a abuser de langaige, car il estoit luv mesmes l'vng des grans orateurs de rome auant qu'il fust venu a la monarchie f" 22 r" ainsi que cicero et autres ont escript après sa mort.
(Pour la version des diverses éditions, voir l'édit. lyonnaise au f° 1:1 r", l'édit. de l'Arrivour à la p. 54, l'édit. parisienne au f° ^7. Le prototype de l'anecdote doit être cherché dans Plutarque, Cic, ch. 3g.)
[F0 41 v° Quelque foys auant ce temps il [Cineas trouua son mais- Ire [Pyrrhus] ioyeul.x et de I hayl [f° 42 r°] et soy adonnant a deui-
ser, et voyanl par luv que le roy son dit maistre faisoit son preparatif pour passer en italie, il lui commença a dire, sire les romains sont gens de grand renom, mais si vous en auez la victoire par bonne fortune, que ferons nous après . lui (dist pvrrhus) se les romains sont par inov vaincus ie ne trouueray nulle resistence en italie . après ceste responce cynée se tait quelque peu, et puis de rechef sire (dist il) l'italie mise en vostre obéissance que ferons nous après . a ce pyrrus respondil quelque
autre chose en faisant son compte de passer en sirile et de la en alrir-
que, si fault il sire nlisi cynée) que la guerre preigne fin. et puis après tout ce que vous auez dit parfait, il vous ennuyra quanl vous n'aurez
plus que faire . I10 i.lisl le rov ) alors sera\ ie de loisir pour prandre mes passe temps, et alors ferons nous bonne chère toy e| moy, et nous
v.'iii GUILLAUME BUDÉ.
donnerons prou de repos el « I < - bon temps. Kl sire (dit cy née) qui nous garde f" 42 v de ceste heure que o mis ne prenons ce hou temps el ce repos . n'auez vous pas ia assez mené la guerre el acquis assez de quoj pour prandre voz deduytz et esbatz . le roj entendil bien l'intencion de cynéequi saigement le cuydoil diuertir de mener la guerre aux romains, mais il rie peut vaincre son cueur, ii poursuyuit son entreprise dont il retourna en fin a grànl perte . et depuis il mena la guerre du costé de la grece et lui tué en prenant la ville d'arges d'vng coup de tuille ruée par une vieille femme ainsi que les fortunes de guerre aduiennent, et par auant auoil esté blecé en l'estomac par le lilz d'icelle femme contre lequel il combatoit a cheual quanl la femme dessusditte le frappa de la îuvlle ])ar vue fenestre.
(Cf. l'édit. lyonnaise au I" 711 r°, l'édit. île l'Arrivour à la p. [62, l'édit. parisienne au fo \\± v. Pour le récit original de Plutarque, voir la vie de Pyrrhus, eh. 14.)
SUR LE « DE ASSi: ».
[F0 93 r°] : Et ce liure sire contenant moult d'autres choses mis ie voluntiers el de cueur gay entre les mains des imprimeurs sur le temps de vostre couronnement parce (pic fo 93 v" par iceluy ie me attens d'auoir assez bien e1 conuenablement déclaré et explicqué l'excellence de la nation de france, la magnificence et honnesteté et opulence el grande félicité de vostre royaume, el ces prerogatiues el auantaiges que dieu et nature luy <»nt donnez . et pour ceste cause ay ie dédié le liure a l'honneur et fortune de france et a l'esperit angelicque protecteur d'icelle. et a la maieslé de vostre noble couronne, pour illustrer de ma part el selon mon moyen ou petit entendement le nom de vostre empire et royaume dont ie suis natif et mes enfans pareillement ainsi comme estoienl mes ancestyres, el en laisser pour le présent tesmoingnage entre les gens de scauoir, et qui s'adonnent aux bonnes lettres, et mémoire pour l'aduenir, et de vostre eureux el nouueau nom pareillement, equi ;an1 a la nation de france, lequel \ est imprimé en telle
lettre qu'elle se f" 94 r" list de tous quartiers el extremitéz de la chrestie'nté, el de telle encre qui ne s'cfiFacera de mil ans s'il ne vient vng second déluge, par le moyen des impressions, qui tousiours renouuelleut les liures quanl la matière d iceulx est de plaisir, et la forme a quelque grâce ou espèce de artifice. Pour retournera pompée, pline...
(Cf. l'édit. lyonnaise au l" 's"i r°, el l'édit. parisienne au I" [66 v ; manque dans l'édil . de l'Arrivour, p. 1 «s 7 . )
APPENDICK II,
Les remaniements du Recueil d'Apophtegmes : étude des manuscrits et des éditions.
Le manuscrit de l'Arsenal étudié précédemment renferme, nous l'avons vu, le texte original de l'ouvrage qui est connu sous le titre de ['Institution du Prince. Il présente des garanties d'authenticité qui nous obligeaient à le prendre comme base de notre travail; il nous reste maintenant à montrer que Budé n'entre pour rien dans les autres rédactions, soit manuscrites, suit imprimées, que l'on a conservées de l'ouvrage. <>n sait qu'il ne devait pas être imprimé avant l'année 1047, soit sept ans après la mort de Budé. <> ne sciait pas, il est vrai, le seul ouvrage posthume de Guillaume Budé. Déjà Roberl Estienne avait fait paraître, en t5445 le recueil des Forensia; mais il s'agissait là d'un ouvrage donl un avait trouvé l'ébauche dans les papiers de Budé; Louis LeRoj \ faisait allusion, presque au lendemain de sa mort, dans l'opuscule qu'il consacrait à retracer la vie du célèbre humaniste. Au contraire, il ne semble pas avoir connaissance du manuscrit de l'Institution du Prince D'ailleurs, M. Eug. de Budé a retrouvé, dans ses archives de famille, le cahier de notes qui a fourni les matériaux des Forensia; il n'y a découvert aucun manuscrit de Y Institution .
Déjà ces circonstances l'ont planer un doute très sérieux sur l'authen-
ticité de l'ouvrage publié en 10/17. Le doute se fortifie quand on en
vient à l'examen des manuscrits et des éditions. Nous allons donner une description sommaire des unes et des autres. Puis nous citerons, pour deux passages du manuscril de l'Arsenal, les variantes qu'on trouve dans chacune des versions postérieures; cela suffira, je pense, pour montrer le peu d'authenticité qu'elles présentent. Nous n'aurons plus qu'à préciser les remaniements par lesquels chacune <l elles se caractérise.
Parmi les manuscrits, il en est nu qui se trouve à la Bibliothèque Vaticane; c'est le i685 <\\\ fonds de la Reine. Quand j'ai eu l'occasion de l'examiner, je ne prévoyais pas l'utilité dont il pouvait être pour une
étude critique « I *^ Y Institution du Prince. Je n'en ai pris qu'une description sommaire, et <|iii, par elle-même, ne nous apprendrait pas jjrrand'chose. -Nous attendrons, pour en parler, d'avoir examiné les
autres textes de l' Institution et d'en avoir, autant qu'il est possible, déterminé la parenté.