‹ Études sur l'humanisme français:Chapitre 88 sur 113 · MANUSCRITS · texte numérisé non relu

MANUSCRITS

i. Biblioth. Nationale. Ms. Fr. 1019a (papier); première moitié du seizième sièele. — Pas d'autre titre que la formule de dédicace qui adresse le livre au roi. Le texte en est conforme à celui de l'Arsenal, si ce n'est qu'ici Budé est appelé secrétaire [du roi] et maistre de su librairie. Il se peut, d'ailleurs, que celte formule soit exactement transcrite d'un manuscrit inconnu que le nôtre reproduirait fidèlement. En tout cas, elle nous révèle l'époque où fut faite la transcription que représente le ms. fr. 10192. C'est au début de l'année i522 que Budé fut nommé maître de la librairie ; au mois d'août de la même année, il devenait maître des requêtes et il l'était encore quand il mourut. A partir de ce moment-là. si, à défaut de tous ses titres, on avait voulu lui donner celui dont il s'honorait le plus, c'est celui de maître des requêtes qu'on aurait accolé à celui de secrétaire. C'est ainsi que les Commentarii linauae graecae, qui sont de 1029, portent sur la pag-e de titre : Gulielmo Biidueo, consiliario regio, supplicumque libellorum in regia magistro, auctore. Notre conclusion ne saurait être douteuse : le texte que représente, directement ou non, le manuscrit de la Nationale, date îles premiers mois de 1022.

2. Biblioth. Nationale, Nouv. Acquis, franc. Ô25g (parchemin); première moitié du seizième siècle. — Deux feuillets de garde ; puis, au recto du troisième feuillet, non numéroté, le titre suivant :

Commentaire et mémorial au roy francois premier de ce nomfaict

par monsr Bude son conseillier et maistre ordinaire des requestes

de la maison diidid seit/neur.

Suit la Formule de dédicace telle qu'elle figure dans le manuscrit précédent, c'est-à-dire avec la mention maistre de sa librairie. Notre manuscrit dérive donc de la version (pic représente le ms. IV. 1019:; d'autre part, le titre qui vient d'être transcril montre qu'il en donnera un remaniement postérieur, mais qui, de toute façon, ne saurait avoir m lien après la mort de Budé. Autrement, le reviseur qui a composé le

titre n'aurait pas manqué de mettre, par exemple : faict pur J'en morts1 Bade, etc., ou encore : faict par mons* Bade en son vivant ', etc..

i. Tesmoignage de temps, ou enseignemens et enhortemens pour l'institution d'un prince. — Composé par J'en maistre Guillaume Budé, Conseiller du Roy, <■! Maistre des Requestes ordinaire de son Hostel. — Lyon, Guillaume Gazeau, 10/17, m~8° (Biblioth. Nation, et Biblioth. de l'Arsenal).

Il faut noterqu'au recto du dernier feuillet figure la mention suivante: Imprimé à Lyon, par Denys de Harsy. M.D.XLIIH. Je pense qu'il y

tant voir une faute d'impression et lire : VII au lieu de ////. lue faute est ici plus vraisemblable qu'au feuillet de titre, car il est naturel de penser que les trois éditions de l'Institution ont vu le jour la môme année, à peu près en même temps.

Pas le moindre avertissement sur la manière dont l'éditeur serait entré en possession du manuscrit de l'ouvrage. Au recto du second feuillet (non numéroté) se trouve tout de suite la formule de dédicace à François Ier. Budé y est seulement qualifié de secrétaire du roi. A première vue, il semble donc que le texte utilisé dans cette édition dérive directement du manuscrit de l'Arsenal.

2. De l'institution du Prince ; Liure contenant plusieurs Histoires, Enseignements et saiges Dicts des Anciens tant Grecs que Lutins. Faict et composé pur Muistre Guillaume Budé, lors Secrétaire et maistre de lu Librairie, et depuis Muistre des Requestes, et conseiller du Roy. — Reueu, enrichi/ d'Arguments, diuisé par Chapitres, et augmenté de Scholies et Annotations, Pur Im ni l et puissant Seigneur, Missire sic lean de Luxembourg, Abbé d'fury. Imprimé par Nicole Paris, à l'abbaye de l'Arrivour, i547 > ' "- ' ' »' - (Biblioth. Nation.. Biblioth. de l'Arsenal).

Au verso, privilège de cinq ans. accordé à Nicole Paris, imprimeur à

1. On voudra bien noter aussi <|u';'i l'ordinaire les manuscrits I el II ne conn;iissciii l'emploi ni de l'apostrophe, ni des accents. Pour !«• manuscrit II, la remarque ;< son importance. Il semble bien qu'après i53o l'usage de ers signes tend â se généraliser, (Voir tjrunotj Hist. d,e la, langue franc. t 1. IJ, p. o3.)

Troyes, pour ['Institution da Prime, ouvrage « qui par cy devant n'auoit esté mis en lumière », en date du <j mai 10^7 ' . Au recto du second feuillet, l'ouvrage commence avec la formule de dédicace à François Ier. Budéy est désigné comme secrétaire du roi et maistre de sa librairie. Gela suffit à montrer que le manuscrit utilisé pour l'impression est apparenté à ceux de la Bibliothèque nationale. D'autre part, les remaniements qu'on remarque déjà dans cette seule formule de dédicace, les promesses d' « enrichissements » que renferme le titre, tout contribue à nous faire craindre que le texte original de Budé n'ait subi, dans celle édition, des altérations considérables.

3. Le Hure (le l'institution iln Prime, au Roy de Fruitée ires, e/irestien Francoys premier de ce nom, faict et composé par M . Guillaume Budé son secrétaire et maistre de sa librairie. — Paris, .lelian Foucher, 10.47 ; in-S°. (Biblioth. Nat., Biblioth. delà Faculté des lettres de Paris et Biblioth. Mazarine; l'exemplaire de cette dernière bibliothèque, semblable pour tout le reste an premier, porte le millésime i548.)

Au verso, privilège accordé, comme celui de l'édition précédente, à Nicole Paris, imprimeur à Troyes. Mais la teneur n'en est pas la même ; la date diffère également : i3 septembre 1047. Malgré tout, il est vraisemblable que les deux éditions ont été faites sur le même manuscrit. Le titre de la seconde, avec la mention maistre de sa librairie, est aussi de nature à confirmer cette hypothèse.

< >n va voir maintenant, pour deux phrases isolées du manuscrit de l'Arsenal, ce qu'est devenu le texte originel dans 1rs différentes versions de l'ouvrage. Voici les abréviations dont j'userai pour désigner l'origine «les variantes2 :

A =r B. X., ms. fr. [0192.

B — B. N., ms. fr. uoiiv. acquis, fr. 6259.

C zz éd. lyonnaise de Guillaume < razeau.

I) — éd. de l'Arrivour.

E zzz édition parisienne *\e .lelian Foucher.

1. Bayle, dans son Dictionnaire, et Clément, dans sa Bibliothèque curieuse, affirmenl l'existence d'une édition qui aurail paru à l'Arrivour en i546. En tout cas, elle ne s'est pas retrouvée <!<■ nos juins. Tous ceux qui, à ma connaissance, "in cité ou décril l'édition de Jean de Luxembourg la donnent comme aj anl paru en 1 547-

2. Dans le relevé des variantes, on a négligé celles qui étaient purement orthographiques,

Dans le premier dos deux passages nus. de l'Arsenal, f° S r°) il est question d'Aristote :

Lequel Autheur en ce lieu, el aultres a monstre |)lus clairement et mieux que nul autre que cest que de. iustice, et dont vient l'auctorite et maieste rovalle.

(Voir .1 au f" S r°, H au I" r\ v°, C au I'" g v°, I) à la p. 21, E au

fo 11 v°.)

que e'est proprement que Iustice ABDE — d'où (IDE — vient, el est émanée AB - vient et procède l) — vient, et est deriuée E — maieste royale, Cest assauoyr par la precellente vertu d'aulcuns Roys ausquelz les peuples se sont iadiz voluntairement soubmiz pour estre par eulz regiz selon Iustice. AUDE

Voici maintenant une autre phrase du manuscrit de l'Arsenal, prise quelques lignes plus loin :

autrement c'est iniustice selon Aristote, car ce n'est pas a vng chascun rendre son droict, et ainsi estil des papes...

(Voir C au I" 10 r°, A au f" 8 v°, B au l'° 5 r°, E au f° 1 1 v°, D à la p. 21 .)

Autrement c'est iniustice, selon Aristote : car ce n'est p;is à chascun rendre son droict, et ce qu'il luy appartient pour sa rate portion, de ce qui est à partir, selon priorité, et postériorité, bit ainsi est il des Papes... C

Autrement elle est. iniustice selon aristote, qui est qualité vicieuse (vicieuse autant que iustice est vertueuse// — iniustice, et appellée selon Aristote, une qualité vicieuse, autant que iustice esl vertueuse A') consistant cl (en HE) fraudant vng chascun de son droict et du bien qui luy appartient pour sa rate (ferme /■') portion île ce qui est a partir (lu bien public, Selon primate el postériorité. Et ainsi est il des papes... ABE

La ou si on laid aultreinent, elle [«rend le tiltre de SOD contraire, et dénient iniustice. Lequel vice (selon Aristote) est autant à hlasmer : comme Iustice, qui est si honorable, est à louer quand on l'exerce comme l'on doibt. D'autan) qu'il ne pourroit estre un plus euident viceet plus certain mal, que fraulder une personne de l'honneur qui Justement lu\ est deu. En quoy faisant, l'on offense soy propre, et les biens du public : desquelz les Princes doibuent estre plus curieux, que de leurs propres plaisirs. El ne pensés pas, que ceste Iustice distributive ne se puisse estendre que aux Princes séculiers seulement, lesquelz quelquesfois en abusent, qui est uni' belle et excellente louange pour ceulx, qui l'ont en honneur et recommandation. Mais on trouve quelques fois aulcuns Papes... D

On voit maintenant les résultats qu'on peut dégager de ce double tableau. Le texte 'I'' l'édition lyonnaise, qui est uotoiremenl le plus pur,

n'est pus copié directement ilu manuscrit original. I. es additions qu'on \ ndèvc ne sont pas seulement le fait de l'éditeur : celle qui porte sur la fin de la phrase autrement cest iniustîce... se retrouve, plus ou moins transformée, dans les autres états de notre texte. Ainsi tous les manuscrits ultérieurs procèdent de celui qui a servi pour l'impression de C ; celui-ci est donc le seul qui puisse représenter une revision du texte original, dont Budé serait l'auteur. Mais une pareille hypothèse est, par elle-même, bien invraisemblable. Le manuscrit dont C dérive date, à quelques années près, de la même époque que le manuscrit original. Nous l'avons déjà montré tout à l'heure; nous avons maintenant une nouvelle raison de l'affirmer puisque le texte de AB, qui en dérive. remonte aux premiers mois de l'année i522. Ainsi, moins de trois ans après la composition de son œuvre, Budé l'aurait remaniée et, le travail une fois achevé, il aurait gardé cette œuvre par devers lui, sans songer à la faire imprimer, sans même faire le nécessaire pour qu'elle le fût après sa mort ! Nous ne connaîtrions ce remaniement du premier texte que par une édition sans autorité, faite sur un manuscrit de rencontre ! La vérité est tout autre, lue fois son œuvre déposée dans la bibliothèque du roi, Budé ne pouvait empêcher qu'on n'en prît des copies et en même temps qu'on ne la remaniât; la chose dut se faire dans le temps que l'ouvrage avait encore l'attrait de la nouveauté. I ne première copie fut faite, que représente l'édition lyonnaise. De cette copie dérive le texte de A qui date de la première moitié de 1022. Celui-ci est à son tour la source du texte de B. Nous le soupçonnions déjà ; nous en sommes sûrs maintenant, car B reproduit A avec des additions ou des altérations qui lui sont propres ià l'addition de A : qui es/ qualité vicieuse , B ajoute à son tour : au/an/ que lustice est vertueuse; la leçon de A : consistant cl. devient dans B : consistant en). Enfin l'édition parisienne et celle de l'Arrivour semblent représenter un manuscrit unique, de même Famille que H. Les variantes que l'on rencontre dans la première, l'amplification démesurée qui caractérise la seconde sciaient dues à la fantaisie des deux éditeurs respectifs. Quanl au manuscrit de la Vaticane [Reg. [685), nous pouvons dire maintenant quelle place il faut lui attribuer dans la filiation des textes. Voici le titre que le copiste a mis en tète de l'ouvrage (au r° du 7'' feuillet, les six premiers ('tant des feuillets blancs ajoutés par le relieur) :

Institution d'un grand Prince : Compose par M. Guillaume Bude . Secrétaire <lu B,ou et Maistre cle sa Lihmi rie

Le manuscrit appartient sûrement , cette dernière mention le montre, soit à la famille de .1, suit à celle de />'. C'est d'autre part le premier manuscrit où apparaisse ce titre de l'Institution du Prince, recueilli plus tard par deux des éditeurs. Il faut donc penser qu'il représente exactement le texte dont ils se sont servis et, par suite, qu'il est de même famille que H. Mais, coin me nous n'avons pu le collationner, c'est B que nous considérerons comme la source commune de I) et de E. Pour conclure, c'est le texte de l'Arsenal qui, seul, a qualité pour représenter l'œuvre de Budé ; tous les autres n'en sont que des remaniements dans lesquels l'auteur n'est entré pour rien. Malgré tout, il est intéressant d'étudier de près les procédés des reviseurs et de saisir sur le fait leur audace toujours croissante. D'abord cette étude nous fournira la confirmation des résultats auxquels nous sommes précédemment arrivés ; puis elle nous montrera comment les éditeurs de l'époque s'entendaient à dénaturer, à rendre méconnaissables les ouvrages posthumes qui leur étaient confiés. Et cela peut jeter quelque lumière sur d'autres problèmes d'histoire littéraire, sur celui, par exemple, du 5e livre de Rabelais.

Édition lyonnaise de Guillaume Gazeau. — Il importe d'y distinguer les remaniements qui proviennent du manuscrit et ceux qui peuvent être attribués à l'éditeur de i547- A l'éditeur on doit, évidemment, les accents, les apostrophes qui manquent dans le manuscrit de l'Arsenal et encore dans A. Il a introduit dans l'ouvrage quelques divisions essentielles; il y a distingué une épistre an Roy, un Prologue qui contient les réflexions morales de la première partie, et enfin une suite d'apophtegmes dont chaque groupe est rangé sous le nom du personnage qui les prononce. Enfin c'est à lui sans doute que doivent être attribuées des corrections comme celles d'un qui original (ms. de l'Ars., foa 38 r° et !\l\ r°) changé en lequel (fos 67 v° et 72 r°). Mais nous aurons occasion, à propos des autres éditions, d'étudier ces modifications inspirées par le désir de rajeunir la langue de Budé.

Restent les remaniements qui viennent du manuscrit inconnu sur lequel fut faite l'édition ; ce sont ceux qui onl passé dans les autres textes de Y Institution. La plupart sont faits d'après un procédé l'Ut

Commua au seizième siècle, qui consiste à redoubler une expression en

y ajoutant une autre expression presque synonyme ou même inutile au

sons. Je prends, <l;ms l'édition lyonnaise, quelques exemples de ces enrichissements :

M s. de l'Ars.

/■'(/il. de G. Gazeau.

f" 2 V par exercice f" 2 v : par acoustumance el exercice

— ledit prince... ilisoit — ledict Prince... disoit souuenl

f<i 5 v° : sire vous reueillerez... les f" 5 v : Sire, promptement vous resbons et Francs esperitz ueillerez... 1rs bons, francs, el solî-

des espritz

— instaurer — instaurer, el remettre sus

— la langue grecque... esl passée en — la langue Grecque... est passée, et Italie venue en Italie.

Dans d'autres cas. l'édition lyonnaise enregistre des additions <•< uisi-

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