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Études sur l'humanisme français. Notes biographiques suivies d'un appendice sur plusieurs de ses publications

Quand on étudie l'histoire de l'humanisme français dans le premier tiers du xvi® siècle, le nom de Bérault (Beraldus) est l'un de ceux que l'on rencontre le plus souvent dans les textes latins de l'époque. Bérault appartient à ce petit groupé d'humanistes parisiens qui s'enorgueillissent de l'amitié de Guillaume Budé ; nous le voyons en relations suivies avec Érasme. Les poètes latins de l'époque célèbrent son éloquence en termes enthousiastes ; cela ne suffit pas sans doute pour nous prouver qu'il ait eu du talent, mais enfin ces témoignages, que nous énumérerons en leur lieu, concourent à montrer qu'il a tenu une place importante dans le monde littéraire de son temps. En étudiant sa vie, nous verrons du même coup ce qu'était celle de ces humbles professeurs, aujourd'hui tout à fait oubliés, qui renouvelèrent en France l'enseignement de la langue latine et y firent pénétrer celui de la langue grecque. Par là notre travail, si modeste qu'il soit, ne laissera pas, j'espère, d'avoir une certaine utilité (j).

(1) Je dois au lecteur une explication sur les circonstances dans lesquelles ce travail n été exccufé. En 1902. j'ai publié, dans la Revue des Bibliothèques (pp. 420-445), des Notes biographiques sur N. B., suivies cC une bibliographie

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Nous ne possédons aucun document qui nous apprenne en quelle année était né Nicole Bérault (i). Les éditeurs de la France protestante écrivent à ce propos : « Les biographies usuelles le font naître en 1473; nous ignorons d'après quelle autorité « (2). Cette date, en tout cas, ne laisse pas d'être vraisemblable. Dans une lettre qui tigure en tête d'un opuscule de Jean Pyrrhus d'Angleberme, Bérault, s'adressant à celui-ci, parle de l'amitié étroite qui les unit : « Cette amitié, dit-il, nous l'avons formée jadis, quand nous étions enfants ; le temps et les années n'ont fait que la rendre plus solide » (3). Ainsi Bérault était le contemporain de Pyrrhus d'Angleberme. Celui-ci, disent les biographies, était né vers 1470 et la chose est bien confirmée par ce que nous savons de sa carrière. Nous avons là un ensemble de vraisemblances qui nous invitent à placer aux environs de 1470 la naissance de Nicole Bérault. Il appartient à la génération

de SCS œuvres et de ses publications. J'ai pu, depuis lors, réunir un certain nombre de renseignements qui étaient de nature à compléter heureusement ce que nous savions déjà sur Bérault. J'avais là les matériaux d'un court article qui aurait formé comme un appendice du premier. Cependant il m'a semblé préférable de refondre complètement mon ancien travail et de raconconter à nouveau, dans une étude plus ample, toute la vie de mon personnage. J'ai renvoyé à la Revue des bibliothèques pour quelques détails d'érudition et de bibliographie qu'il m'a semblé inutile de reproduire ici. Ce qu'il y a de nouveau dans la documentation de cet article, je le dois en grande partie aux recherches de Madame Godin, Secrétaire Général de l'Encyclopédie Nationale, et de M. Béraud, Conservateur des Hypothèques à La Rochelle. Celui ci, qui appartient à la famille de notre humaniste, n'a épargné aucune démarche pour retrouver, dans les bibliothèques où elles gisaient ignorées, certaines publications de Bérault ; il a mis à ma disposition des photographies de toutes les pièces intéressantes que contenaient ces volumes. Madame Godin a secondé ses recherches et les miennes avec une diligence et une bonne grâce parfaites. Tous les deux ont été pour moi de vrais collaborateurs et je suis heureux de pouvoir les en remercier.

(1) C'est la forme du nom dans toutes les pièces d'archives que nous possédons ; cf. infra^ p.

(2) Au t. Il de la 2^ édit. (1881), col. 299.

(3) Militia francorum regum pro re christiana, Paris, Josse Bade, février 1518. Sur l'auteur qui, lui aussi, a été en relations avec Erasme, voir J. Paql'Ikr, Jérôme Aléandre, thèse de Paris, 1900, pp. 46-47.

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qui a donné Érasme et Budé et il n'est leur cadet que de quelques années.

Il était Orléanais, les témoignages abondent sur ce point et il suffira de rappeler ici que sur le titre de plusieurs de ses opuscules, il se qualifie lui-même diAiirelius (i). Par contre sa famille, si l'on en croit Benjamin Fillon, était originaire du Bas-Poitou ; c'est vers le milieu du xv*^ siècle qu'elle serait venue se fixer à Orléans (i»). La chose, au reste, ne nous importe guère. Ce qui est plus intéressant, c'est de savoir que Bérault avait dans le pays de solides attaches. Sa tante, Madeleine Bérault, avait épousé un nommé Jean Chrestien (3); nous retrouverons leur fils Guillaume dans la suite de ce travail.

Nous ne savons presque rien des trente premières années de Nicole Bérault. Plus tard on le voit qualifié de « licencié en lois » (4). Il avait dû faire son droit à Orléans même, qui possédait une université des lois très renommée. Il y fut le camarade de Pyrrhus d'Angleberme (5) qui devait, nous l'avons vu, rester son ami. C'était le temps où Accurse et Bartole régnaient encore en maîtres dans les écoles des juristes. Une pareille discipline ne pouvait mener Bérault vers ces sources vives de l'humanisme auxquelles nous le verrons bientôt s'abreuver. Par bonheur, une occasion s'olïi it à lui de faire le voyage d'Italie (e). Pour un jeune Français

(1) Voir plus loin (p. 303) la description du Laurent Valla do 1522.

(2) B. Fillon, Recueil de notes sur les ojigines de Véglise réformée de Fontenay-le Comte et sur ses pasteurs, Niort, 1888, p. 57.

(3) DoiNEL, dans le Bulletin de la Société archéolog. et histor. de VOrlca nais. t. Vil (1878-1882), p. 245.

(4) Cf. infra, p. 257.

(5) Cela se conclut d'un passage du Dialogus de 1534, passage sur lequel M. Doinel a eu le mérite d'appeler l'attention {Bulletin, p. 243) : « Accipe quid olim adolescentulus viderim Aureliae, cum ibi luri Caesareo eu m loanne Pjrrho operam primum darem «. Les deux interlocuteurs du dialogue portent des noms supposés, mais comme ici et ailleurs ils font allusion à des personnages réels, on doit croire que Bérault s'est plu à rappeler un fait de sa propre existence.

(6) La réalité de ce voyage me semble démontrée par la façon dont Bérault s'exprime dans les passages suivants. Je les emprunte tous à l'édition du

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