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Études sur L'Hyperion d'Hölderlin

Le travail qu'on va lire devait être une monographie d'Hyperion. I fut entrepris avant que la partie rédigée et recopiée du manuscrit de CLAVERIE n'ait été publiée par la Bibliothèque de philologie et de littérature modernes (1), alors que la critique française ne possédait encore aucun ouvrage sur HÜLDERLIN.

La publication de La Jeunesse d'Hülderlin nous oblige à éliminer de notre plan toutes les questions relatives à la genèse du roman sur lesquelles CLAVERIE apporte des précisions suffisantes. Nous faisons paraître, non plus une monographie entière de l'Hyperion d'HGüLDERLIN, mais des études destinées à compléter l'ouvrage antérieur,

Parmi les productions d'HürperziN qui comprennent des poésies Ivriques, un roman et un essai tragique, Hyperion est la plus importante, parce que la plus représentative de sa personnalité.

En effet, les grands motifs Ivriques préfigurés dans les poèmes de jeunesse, à une époque où HôLDERLIN n'avait pas encore achevé son éducation intellectuelle et sentimentale, s'épanouissent dans son roman qui est à la fois lémouvante évocation de souvenirs vécus, une confession et une profession de foi. Empédocle devait reproduire, en l'intensifiant, la psychologie d'Hyperion, l'homme supérieur devait s'achever dans le surhomme, et le roman dans le drame.

(1) CLaveriE mourut à la guerre avant d’avoir achevé sa thèse sur Hôlderlin. Le début de cette thèse parut en 1921 : La jeunesse d'H6lderlin jusqu'au roman d'Hyperion,

—— Ping

Mais, les tronçons de cette tragédie inachevée, dont HôrperLin ne parvint pas à organiser la matière, sont loin de réaliser un ensemble harmonieux et vivant. Ils ne constituent qu'un bloc inerte et mal dégrossi.

Hyperion est inséparable des poèmes et d'Empédocle, mais il reflète, plus complètement, la riche personnalité d'Hôzoeruin. L'élaboration du roman s'étend sur les meilleurs années de lucidité du poète, elle aboutit à la rédaction définitive de 1797 qui est l'expression la plus claire et la plus vigoureuse de sa vie intérieure.

Cette dernière rédaction a fourni la substance des études qu'on va lire. Elles commencent là où s'arrête le travail de CLAvERIE, et elles seront, sinon par la valeur, du moins par l'intention, la suite et comme le second volume de La Jeunesse d'Hôlderlin.

Le travail inachevé de CLAvERIE prouve qu'il avait l'intention d'examiner, dans son ensemble, la vie et l'œuvre du poète. Après avoir exposé la jeunesse d'HôrperLi, il devait montrer, dans l’Ardinghello de Heinse, l’origine du thème de l'insurrection grecque et les sources du naturisme mystique d'HôcLnerzin. Puis, il devait étudier sa conception du destin, analyser le paysage grec où Hôcperzin à localisé son œuvre et caractériser son art de la description (r).

Nous resterons fidèle à ce plan ébauché par CuisENER d'après les notes de CLAVERIE, autant que cela sera possible dans un travail consacré spécialement à Hyperion.

En effet, nous nous sommes donné à tâche de dégager les sentiments et les idées qui constituent la riche substance du roman d'Hvperion et de déterminer leur valeur originale.

Dans la première partie de ces études, nous examinerons les grands thèmes Ivriques qu'HürperriN a transportés de ses poèmes dans son roman et dont l’épanouisse-

(1) Note de M, Cuisenier à la fin du livre de Claverie, p. 226,

ment constitue la vie intérieure du héros. Nous analyserons le sentiment de la nature, tel qu'il s'exprime dans les extases d'Hyperion, l'amitié du héros pour Adamas et Alabanda, son amour pour Diotima, son culte de l'antiquité. Mais ces tendances sont les manifestations différentes, comme Îles facettes d'une aspiration unique vers la belle perfection qui existe réellement pour Hyperion, en dehors du monde sensible, dans le domaine de l'idéal. Elles nous apparaîtront donc sous deux aspects.

Alabanda et Diotima, en tant que personnages du roman, la nature telle qu'elle apparaît à Hyperion dans le paysage grec, l'antiquité dont le souvenir vit, pour lui, dans la tradition et dans les ruines des beaux marbres, sont les symboles vivants de la beauté et de la perfection dignes de retenir l'attention du lecteur, par leur valeur originale et individuelle.

Mais il faut surtout dégager de ces symboles changeants et périssables, l'élément absolu, immuable, que le poète a projeté en eux, son aspiration vers une fin plus haute que ces chatoyantes images, en un mot, son idéalisme.

L'idéalisme d'Hôrperrin paraît être une aspiration extrêmement complexe. fl jaillit spontanément de la personnalité du poète, mais il est inséparable de l’atmosphère philosophique et poétique dans laquelle s'épanouit son génie, des suggestions très diverses qui s'offrirent à lui, qu'il accueillit avec .. qu'il vécut R et qu'il fit vraiment sienne

Dans une seconde ns consacrée à l'examen critique du roman, nous essayerons de juger les tendances d'HücperLzin à la lumière du siècle et d'apprécier en quelle mesure l'auteur d'Hyperion est tributaire de ses devanciers el de ses contemporains.

Ainsi, nous nous serons efforcée d'extraire la substance originale de la pensée d'Hürperrix et de déterminer les sources de cette pensée

Mais, les idées et les sentiments qui se manifestent dans

— Séne-

Hyperion sont inséparables de la forme par laquelle ils s'expriment. Il conviendra done d'insister, à la fin de ces études, sur les caractères de la prose d'Hyperion et principalement sur la valeur musicale des sons et des rythmes qui la distinguent.

Cette prose poétique, si proche du vers, nous apparaîtra comme une forme d'art ériginale. Ses sonorités douces ou heurtées précisent les nuances de lémotion et nous aident à pénétrer les fluctuations d’une âme très sensible à l'harmonie, pour qui le sentiment et la pensée deviennent naturellement des motifs musicaux (1).

Pour mener à bonne fin les études qu'on va lire, nous avons eu recours, non seulement aux travaux déjà cités de CLAVERIE et de ZINKERNAGEL, mais encore à bon nombre d'ouvrages de critique allemande et française relatifs à la biographie et à l'œuvre d'HôLDERLIN, à son époque, à ses contemporains.

Les résultats acquis par les critiques antérieurs ont servi de base à nos recherches, soil que nous ayons admis comme définitivement établies les données qu'ils proposent, soil que nous ayons trouvé, chez eux, l'indication d'hypothèses intéressantes dont nous nous sommes efforcée de tirer les conséquences.

Parmi les ouvrages allemands que nous avons consultés, ceux de LEHMANN (2), KLAIBER (3), Dicruey (4), Miezke (5),

(1) L'édition des œuvres d'Hôlderlin à laquelle nous renvoyons dans nos notes, sous les initiales H. W. (Hôlderlin, Werke), est l’édition critique et historique de Zinkernagel parue en cinq volumes, à Leipzig, en 1922.

(2) Lenmanx, Emil. — Holderlins Hymnen an die Ideale der Menschbeit, Landskron, 1909.

.@) Julius Kcarser. — Holderlin Hegel und Schelling in ihren schwæbischen Jugendjahren, Stuttgart, 1877.

(4) Divraey, Wilhelm. — Das Erlebnis und die Dichtung, Leipzig, - 1906. |

(5) Mrecke. — Der deutsche Roman des 19 ten Jahrhunderts.

Wirrkor (1), furent, pour nous, de précieux instruments de travail.

Dans son livre consacré au lyrisme d'HÔLDERLIN, LEHMANN consiate une analogie entre l'inspiration des grands hymnes conçus à Tübingen et celle du roman. Nous avons approfondi et développé cette idée en montrant que les thèmes qui constituent la charpente d'Hyperion se trouvent préfigurés dans l’œuvre Ivrique. KLAIBER a mis en relief le rôle important de l'amitié dans la formation morale d'HôLnerrin. L'amitié du jeune poète pour ses camarades de Tübingen, finement analysée par KLAIBER, a éclairé, pour nous, le sentiment qui unit Hyperion et Alabanda.

Dizragy, dans son étude intitulée Das Erlebnis und die Dichlung, nous a fait entrevoir la toute-puissance de l'idéalisme créateur, la scission totale qui sépare, pour le poète, le rêve et le monde sensible.

Nous nous sommes inspirée du livre de MierkE pour déterminer les caractères généraux du roman éducatif au xvin® siècle et de l'étude de Wrrrrop sur le Iyrisme allemand, lorsque nous avons essayé d'apprécier la valeur musicale des motifs Ivriques d'Hyperion.

La critique française, elle aussi, nous a fourni de précieux auxiliaires

Le commentaire de M. Bascn (>) sur la distinction schillerienne du naïf et du sentimental nous à engagée à considérer HôüLpeRLIN, du point de vue schillerien, comme un poèle sentimental, et à expliquer, en partie, par cette attitude, les nostalgies d'Hyperion vis-à-vis de la nature.

Nous avons trouvé, dans la thèse de Joriver (3), une analvse de la personnalité et de Fœuvre de Ierxse qui

A) Wirrkor.— Deulsche Lyrik.

(2) V. Basca. — La poélique de Schiller.

(3) A. Joriver. — Wilhelm Heinse.

nous a aidée à préciser l'influence de l'Ardinghello sur la conception du roman d'Hyperion.

C'est après la lecture très suggestive de l'essai de M. SPenLé (1) sur l'idéalisme romantique, que nous avons rapproché, pour les opposer lun à l'autre, « l’idéalisme magique » de Novauis et le subjectivisme d'HôLDERLIN.

La correspondance d'Hôrnerri et de M°*° Gonrar», publiée par Carl Viéror (2) en 1922, n'avait pas été connue de Craverie. L'analyse de celle correspondance nous a permis de déterminer en quelle mesure les souvenirs personnels du poèle vivent dans l'amour de son héros pour Diotima.

Qu'il nous soit permis de remercier ici MM. À. Vurriop el V. Micuer, qui ont bien voulu nous guider dans l’élaboration de ces études sur le roman d'Hyperion.

(1) Novartis. — Essai sur l'idéalisme romantique en Allemagne, par E. Spenlé.

(2) Carl Viëror. — Die Briefe der Diotima.

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