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L'esprit d'Adamas lui paraît alors plus proche du sien, car les nuages argentés qui glissent dans le ciel, la mer dont la voix se perd au loin, furent, jadis, témoins de leurs enthousiasmes (1).
L'image de Diotima s'unit, dans l'âme d'Hyperion, au souvenir des lieux qu'ils admirèrént ensemble. Il évoque, avec mélancolie, leurs promenades à travers les bocages d'Angele, où l'olivier et le cyprès mêlent leurs sombres feuillages. Il n'oubliera jamais, dit-il, les sentiers cachés où ils errèrent côte à côte, « lieux paisibles où la source reflète l'image gracieuse du myrle » (2).
Il associe, de même, aux splendeurs du paysage, le souvenir des grandes actions humaines. Et la nature qui connut l'héroïsme s'illumine de reflets rutilants ; les vieilles pierres ont, au soleil de midi, des accents pas- SIONNés :
« Nous parcourions », dit-il, « les vallées mortes de « Memée et d'Olympie. Appuyés aux colonnes d'un temp'e « de Jupiter, parmi les lauriers et les roses, nous contem- « plions le cours torrentueux du fleuve, et l’éternelle jeu- « nesse du soleil nous rappelait les hommes qui furent «là 578):
Ainsi, Hôlderlin découvre, dans la sereine harmonie du monde extérieur, dans sa paix, dans son silence, une beauté qui s'unit aux plus nobles aspirations de son cœur, qui donne à l'amitié, à l'amour, à l’héroïsme, toute leur valeur, et qui perpétue, tandis que les générations passent el s'anéantissent, le souvenir vibrant de ces enthousiasmes.
Il chante les félicités d'un amour idéal, pour qui « la «terre devient une des fleurs du ciel, et le ciel, l'immense « jardin de la vie où les amants rêvent, joyeux et libres, « comme les arbres, lorsque le vent d'été secoue leurs
« branches trop lourdes et jette leurs doux fruits sur le « gazon » (1). [Il croit reposer « au sein de la nature » el la campagne lui sourit lorsque « l'amitié porte à ses lèvres la coupe des joies les plus pures » (2). Et, plein de confiance dans les forces inépuisables de sa belle jeunesse, Hyperion regarde vers l'avenir ; il est « à la fois calme et agité comme le firmament » (3).
La nature est donc, pour Hyperion, une consolatrice, une confidente, dont les aspects s'harmonisent avec Îles élans de notre sensibilité. Mais, parfois, il voit en elle le symbole nième de ces mouvements intérieurs et le paysage devient alors un hymne à l’héroïsme, à la beauté, à la fécondité, à la vie, à l'idéal, ou bien une élégie douloureuse, pleine du regret des splendeurs qui passent.
Quand il quitte son île natale, dans les transports d’une liberté nouvellement conquise, son enthousiasme transfigure le monde. « Un soleil nouveau éclaire son front, il « jouit de la campagne, de la mer et des brises, comme « s'il ne les eüt jamais connues » (4). 11 contemple le reflet de son état d'âme, dans la félicité paradisiaque d’un vaste paysage aux lignes calmes, animé d’une luxuriante végétation : « Devant moi », dit-il, « s’étendait la région « paradisiaque que le Caystre parcourt nonchalamment, « comme s'il craignail de quitter trop vite tant d'opu- « lence et de beauté. Comme le zéphyr, mon âme allait « d’enchantement en enchantement, du village qui som- « nolait au pied du mont aux cimes estompées dans les « nuages » (b).
Il est frappé par l'impression de vie débordante, d’incessante activité qui se dégage d’un paysage de Salamine ;
(4) H. W., Il, 27.
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et il élargit, il idéalise ce paysage, qui devient le symbole de la nature maternelle qui enfante l'infinité des apparitions et les réchauffe tendrement dans son sein
« Comme les enfants qui se précipitent sur les genoux « de leur mère lorsqu'elle demande, en riant, où est son « favori, tandis que le plus jeune lui tend les bras dans « son berceau, — toute vie individuelle aspirait vers « l’éther divin ; les insectes, les hirondelles, les pigeons « et les cigognes se pressaient, pêle-mêle, le cheval fran- « chissait les fossés et le chevreuil les clôtures, les pois- « sons montaient du fond de la mer et bondissaient à la « surface » (x).
Ainsi, Hôlderlin garde peu de chose des formes individuelles, caractéristiques et pittoresques du paysage. Mais, plutôt, il s'efforce de dégager de la diversité de ces formes et de leur merveilleux enchaînement, l’idée, l’élément immuable qu'elles contiennent.
Parfois, le paysage devient le pur symbole de l'idéal même. « Mille sommets », dit Hyperion, « image de l’espé- « rance, s'élèvent des profondeurs du bois. L'horizon se « découpe en lignes délicates et sublimes, les montagnes « étagent, jusqu'au soleil, l'infinité de leurs degrés. Le « ciel n'est que pureté immense. La lumière voile l’azur « de vaporeuses blancheurs » (2). |
Ce paysage aux lignes éthérées n'est qu'élancement, envolée de la terre vers le ciel. La matière disparaît d£ns le symbolisme des formes, et, les sommets qui s'élèvent à l'infini, sont la nostalgique ascension du désir. Ils aspirent, comme l'âme humaine, à la pureté, à la liberté, à l'infini, en un mot, à l'idéal qui s'identifie avec la blanche clarté des hauteurs célestes.
Ainsi, Hôlderlin épanche dans les beautés du monde ses aspirations personnelles, ses nostalgies, ses enthou-
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siasmes, ses désillusions, ses amours. De sorte que la nature qui se manifeste à nos sens par le paysage extérieur exprime, pour fui, des sentiments et des pensées, elle vibre à l’unisson du cœur humain dont elle reflète les états, elle devient même le symbole de l'idéal comme Diotima et la beauté hellénique. « La nature », dit-il avec Kant, « nous parle, par ses belles formes, un langage « figuré et la clef de ce langage chiffré nous est donnée « dans le sentiment moral » (1).