‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 19 sur 65 · GENS · texte numérisé non relu

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(2) Idéal religieux d'Hôlderlin et des Grecs. Voir chapitre IV.

(3) Nous verrons, en étudiant l’influence de Gœthe sur Hôlderlin, qu'Hôlderlin, pas plus que Gæthe, n'était spinoziste.

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« ciel jouait avec lui » (1). Avant d'appeler par leurs noms les dieux de la nature, il a pressenti leur force et leur bonté, «il a grandi dans leurs bras ». Il comprenait alors « le silence de l'éther, mais il ne comprit jamais la parole « des hommes » (2).

Dans l'hymne à la‘nature, il évoque, en termes presque identiques, l'enfance heureuse « qui joue autour du voile de la nature » sans éprouver devant ses mystères ni trouble, ni angoisse, Mais « cette nature aimable mourut pour lui quand s'évanouirent les rêves dorés de l'enfance » et, à l'âge d'homme ,il en garde l’invincible nostalgie (3).

Ces deux poèmes contiennent, en germe, l'essentiel du naturisme mystique d'Hôlderlin : Tendance hellénique à diviniser les forces de la nature, amour enthousiaste, confiance spontanée qu'éveillent chez l'homme ces puissances très douces et très clémentes, sentiment douloureux de l’individuation, espoir indestructible en un aboutissement qui rétablirait l'harmonie des premiers âges. Cette aspiration s'enrichit et se précise pendant toute la période de Tübingen sous l'influence de Rousseau et des anciens, puis à Waltershausen et à léna par la lecture de Kant, par la fréquentation de Fichte et de Schelling, enfin, à Francfort, par l'expérience de l'amour. Elle s'épanouit dans l’Hyperion définitif et trouve son achèvement philosophique dans Empedocle.

L'évolution morale qu'Hôlderlin accomplit sous l’influence des événements de Francfort paraît avoir exercé une action décisive sur son naturisme mystique. En quelques mois, le sentiment du poète acquiert une profondeur, une maturité qu’on ne peut attribuer uniquement aux suggestions de la philosophie de Fichte et de Schelling (4).

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(3) H:W,, 1 57,58, 59 An die Natur.

(4) Voir chapitre V.

L'Hyperion de 1794 n’a pas encore cherché à connaître la nature, ce n'est qu'à la fin du fragment qu'il se propose de déployer toutes les ressources de son moi pour sonder l'énigme du monde. Il aime la nature d'instinct, sans se laisser troubler par ses mystères ; il pressent les richesses infinies, l’enchaînement merveilleux de la vie universelle plutôt qu'il ne les comprend. La nature lui apparaît cémime «une amante voilée » (1) dont le mystère reste impénétrable à son œil débile. Mais « il verse devant elle « des larmes sacrées, des larmes de joie, et, tout son « être se tait et écoute, lorsque la brise du soir le frôle « légère et mystérieuse ». Le regard perdu dans l'azur infini du ciel et de la mer, il croit voir s'ouvrir devant lui les portes de l'invisible, il croit s'’anéantir avec tout ce qui l'entoure. Mais le bruissement du feuillage l'éveille de son rêve et « il se retrouve à son point de départ » (2).

Pour comprendre les douleurs qui torturent les êtres et les choses et la félicité sereine qui se dégage de ces douleurs, pour découvrir dans la vie universelle l'absolu qui s'identifie avec les plus profondes aspirations de son moi, il lui manque l'expérience des grandes joies et des grandes souffrances qui ébranlent toute la personnalité, qui renversent les valeurs acquises et font entrevoir l'infini.

Quelques mois plus tard, les conceptions incertaines du poète sont müries et affermies : Il a subi l'influence de Fichte et de Schelling, et, presque en même temps, il a vécu le plus grand événement de son existence, l’apparition vivante de l’idéal, en la personne de Diotima, et la perte de cet idéal, Il se sent prêt à sonder le mystère du monde, il soulève le voile qui lui dérobait l'être caché de la nature, et il la contemple avec ravissement « comme un amant contemple son amante » (3).

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La vie de l'univers lui apparaît comme un ensemble de forces, d'éléments actifs. Il voit, dans ces éléments, des individualités symboliques, et, conime les anciens, il leur attribue un caractère personnel, divin.

Quand les forces de la nature se révélèrent à lui, il « ne savait pas encore les äppeler par leurs noms » (1), mais, il se précipita vers elles avec foi et amour, Et, dans Hyperion, comme dans ses poèmes, il évoque l'Océan, père vénérable, l'Ether, âme du monde, le Soleil, puissance sacrée et vivifiante qui deviennent, pour lui, l'objet d'une culte familier.

Hyperion éprouve une émotion religieuse, il pleure comme le pécheur au pied des autels, lorsqu'il contemple la lumière sublime « du soleil levant qui monte, suivant « sa courbe régulière, qui transfigure la terre et qui « l'anime d’une vie éternelle » (2). L'astre resplendissant, symbole de la jeunesse éternelle et des triomphantes victoires, est un Dieu guerrier, aux grâces d’adolescent : « Le jeune soleil aux grâces charmantes » (3).

« Le Dieu soleil dans son éternelle jeunesse » (4).

Mais Hôlderlin ne s'attache pas à rendre avec exactitude la nature mythique des Grecs. Il invente des divinités, telles que l’'Ether, qui satisfont ses aspirations personnelles, mais qui n’existaient pas dans la mythologie antique.

Il glorifie, dans ses poèmes et dans son roman, « l’éther « nourricier vers qui aspirent le cèdre et le brin d'herbe, « qui baigne tous les êtres, qui étend, sans mesure, ses « torrents inépuisables et circule dans les canaux les plus « secrets de la vie. Son nectar abreuve la création entière, « le buisson tend vers lui ses bras timides ; pour aspirer

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