CHAN AS
CO) HINMENS (3) HW. IL, 14.
ardente, éternelle de l'univers » et de la flamme spirituelle qui anime son être : « O, sainte Nature », s’écrie-t-il, «tu «es identique en moi et hors de moi » (x).
Dans l'ivresse de ses joies panthéistiques, Hyperion perd conscience de lui-même en tant qu'individu ; il lui semble « qu’un esprit sympathique lui ouvre les bras, « que sa douloureuse solitude s'évanouit dans la vie « divine » (232
Il franchit, par l'élan mystique de l'amour, les limites du fini et de l'infini, il aspire à se perdre lui-même au sein de l'univers pour unir « l'élément divin qui est en lui à tout ce qui existe en dehors de lui » (3).
Par ce désir d’un accord de plus en plus intime entre la vie humaine et la vie universelle, Hülderlin associe la nature aux plus profondes nostalgies de son cœur, aux plus hautes spéculations de son esprit.
Seule, la nature s’anime de la vie précise qu'il lui prête, seule, elle garde en elle, la certitude et la solitude, sans l’effroi du néant, seule, elle le conseille sans le méconnaître, car il ne lui demande que la révélation de luimême. Aussi, l’aime-t-il avec une véhémence confiante et tendre, jusqu'à se perdre en elle, et, lorsqu'il la contemple, il sent, avec délices, sa sensibilité personnelle se fondre dans le rythme obscur de la vie des choses ct cette ivresse dissout, pour lui, le lien tenace de la conscience individuelle.
Ainsi, Hôlderlin aspire à se fondre, lui-même, dans les beautés de l'univers. Mais cette fusion de l'âme humaine et du monde extérieur, ce n’est pas, pour lui, la perte totale, l’anéantissement de l'individu dans le tout. Ses nostalgies panthéistiques ont subi l'influence du criticisme et il cherche, dans la nature, la réalisation de la
(3) H, W., Il, 119,
liberté absolue du moi, son affirmation spirituelle, en dehors de toute contingence.
La nature est divine et le signe sensible de cette divinité, c'est la splendeur de ses apparitions. L'homme qui a reconnu le caractère divin du monde extérieur découvre, dans les profondeurs de son moi, un principe de même essence que l'esprit universel qui souffre de l'individuation et qui aspire à l'unité, à l'harmonie. Se fondre dans l'univers où le moi spirituel, loin de s’anéantir, se déploiera à l'infini et deviendra créateur d'un monde, telle sera la fin suprême des aspirations humaines.
Alors, dit Hyperion, « la nature nous ensevelira comme « ceux qui meurent d'une mort sainte » (1). Et cette mort dans la sainteté, c'est l'épanouissement, le flamboiement éternel et divin de la vie spirituelle qui triomphe des éléments sensibles pour se déployer dans la sphère immatérielle de l'idéal.
La fusion de l'élément spirituel qui fait la valeur du moi avec l'âme universelle de la nature, apparaît donc à Hôlderlin comme la réalisation de la liberté absolue, par conséquent de la moralité, de la sainteté. Et seule, cette moralité supérieure est capable d'engendrer la félicité « Ne faire qu'un avec l'univers », dit Hyperion, « c'est « vivre de la vie divine, c'est la suprême félicité de « l’homme » (2).
Le sentiment de la nature, chez Hôlderlin, est donc une manifestation de l'idéalisme, et l'objet suprême de cette aspiration, la nature, est, comme Diotima, comme l’antiquité grecque, une facette de son idéal.
Par conséquent, on aurait tort de chercher l’aboutissement de l'évolution morale d'Hyperion dans le désir qu'il manifeste, après l'échec de l'insurrection grecque, de s'enfuir, avec Diotima, dans une vallée cachée de la haute
(1) HW 206:
(2) HW ITS:
ire
montagne où ils oublieront leurs rancœurs en vivant de la vie simple des végétaux, à l'ombre des grands arbres qui seront, pour eux, comme les colonnes du saint des saints (1). Ses nostalgies tendent vers un idéal beaucoup plus complexe dont Diotima paraît avoir la subtile intuition lorsqu'elle prononce ces paroles prophétiques : « Qui « a souffert, comme toi, dans la totalité de son âme, ne « peut trouver la paix dans une joie partielle ; qui a « goûté, comme toi, la fadeur du néant, ne rira que dans « l’exaltation suprème de l'esprit; qui, comme toi, a « connu la mort, ne revivra que parmi les dieux » (2).
La contemplation des beautés de la nature et le culte fervent de ces beautés éveille donc, chez Hyperion, le désir de s'en rapprocher de plus en plus afin de vivre totalement et pour toujours son rêve de liberté, de perfection, de bonheur. Mais ce désir qui est l'ultime conséquence de son naturisme mystique ne s'achève que dans Empedocle, par la fusion de Fêtre humain dans la flamme de l’éternelle vie.