‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 23 sur 65 · I. -- L'amitié et l'amour · texte numérisé non relu

I. -- L'amitié et l'amour

Dans Hyperion comme dans la poésie Ivrique d'Hôlderlin, comme dans sa vie mème, l'amour et l'amitié présentent une si profonde affinité qu'il paraît licite de rapprocher et d'analyser dans un même chapitre ces deux thèmes du roman.

Nous savons que l'amitié tint une grande place dans la vie d'Hôülderlin, car elle répondait à un besoin essentiel de sa nature, et l'amour resta toujours, pour lui, un sentiment voisin de l'amitié. Il en est de même dans son roman, L'amour d'Hyperion pour Diotima se distingue

par son caractère purement intellectuel et idéal, par l'absence de toute sensualité. Et l'amitié qui vibre dans les entretiens du héros et d’Alabanda est un sentiment de qualité supérieure et toute particulière, à la fois tendre et passionné, qui s'épanche dans les enthousiasmes de l'héroïsme et des profondes communions intellectuelles, dans les effusions d’une sentimentalité très délicate, presque féminine.

Dans cette aspiration d'Hyperion vers l'amour et l’amitié, il entre des éléments antiques. Le sentiment dont rêve Hyperion, c'est l'Eros de Platon qui élargit l'amitié et l’amour jusqu'à les considérer comme le principe de la vie universelle, grâce auquel les êtres et les choses évoluent au rythme d'une éternelle harmonie dans laquelle s'évanouissent les nostalgies individuelles. Par l’amour, Hvperion entrevoit le règne d'une divinité nouvelle qui est l'harmonie, et «il voudrait prendre ses frères par la « main, pour les entraîner au-devant d'elle, comme le « fleuve entraîne vers l’océan les cours d’eau qu'il « reçoit » (rt).

Dès le début de son roman, Hôlderlin pose cette conceplion antique et métaphysique de l'amour, lorsqu'il évoque l'affection de Platon pour un ami de jeunesse, Stella (2), à qui le philosophe dédia l'épigramme suivante : « Tu « regardes les étoiles, mon éloile, à que ne suis-je le « cielet que n'ai-je une multitude d'veux pour te contem- « pler, mon bien-aimé ! » (3). « C’est ainsi que j'aimais », dit Hyperion, « c'est ainsi que j'étais aimé ! » (4).

Et plus tard, quand Hyperion, montrant les Dioscures qui étincellent au firmament, rappellera, avec enthou-

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