‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 36 sur 65 · SA NUL · texte numérisé non relu

SA NUL

(4) Id.

Ainsi, l'amour d'Hyperion et de Diotima n'est qu'un accord perdu dans le chœur immense de la nature. De là son éternité. Hyperion entrevoit, dans les brumes du passé, l'époque nébuleuse où son esprit et l'esprit aimable de Diotima jouaient sur les parvis du ciel, bercés par le murmure enchanteur des sources (1). Il attend un avenir de joies où son âme et l’âme de Diotima, unies pour toujours, voleront, comme les hirondelles d’un printemps à un autre printemps à travers le vaste empire du soleil, et « boiront à la même coupe la félicité du monde » (2).

L'amour unit donc les éléments mortels pour les rendre immortels, il crée la continuité de la vie.

Cette conviction d'Hôülderlin, à la fois philosophique et sentimentale, résulte de l'influence exercée sur sa nature profondément idéaliste par la doctrine de Platon. Elle constitue un des thèmes essentiels de son lyrisme.

Après son départ de Francfort, il attend avec confiance le retour de « l'Athénienne » qui lui apparut jadis calme et sereine, en gage d’un bonheur sans fin. En effet, ce bonheur ne peut leur être ravi, car l'amour triomphe de la séparation et de la mort ; il crée l'éternité.

« Une autre vie s'ouvre à ceux qui s'aiment, à Diotima, «et les jours et les ans de l'éternité s’unirent à jamais « autour de nous » (3).

On lit dans le Banquet, de Platon :

« C'est l'amour qui donne

« La paix aux hommes, le calme à la mer,

« Le silence aux vents, un lit de repos et le sommeil « à l'inquiétude,

« Ilest la gloire des dieux et des hommes, tout mortel « doit le suivre et répéter en son honneur les hymnes

(3) H. W., I, 254. Menons Klagen um Diotima.

no

divins dont il se sert lui-même pour répandre la dou- « ceur dans les cieux et sur la terre » (rx).

Platon donne ainsi à l'amour la valeur d'une force cosmique grâce à laquelle les éléments de l'univers évoluent dans une éternelle harmonie,

Cette idée qui satisfait l’idéalisme d'Hôlderlin réapparail, quelque peu teintée de philosophie leibnitzienne, dans ses poème, [vriques et dans Hyperion.

Hyperion et Diotima dépassent par l'amour les vues de l'entendement et ils cherchent le principe de la cohésion du monde dans l'amour éternel « qui est commun à tous « et qui réunit toutes les natures » (2).

Hyperion voit en Da le symbole de l'amour et de l'harmonie universels, une sœur de la muse Uranie dont l'étincelante beauté jette sur le monde comme la magie d'un charme qui soumet au rythme d'une cadence mesurée les palpitations de la joie universelle (3).

« Debout, près de Diotima », dit Hvperion, « je perce- « vais et je contemplais la paix du ciel, et parmi les sou-

pirs du chaos, m'apparut Uranie » (4).

Ainsi, l'amitié sentimentale et l'amour spirituel des héros d'Hôülderlin apparaît, dans son roman, comme les facettes d’une seule aspiration idéaliste à la beauté, à la perfection, à l'harmonie. Celle aspiration, caractérisée par sa valeur éducative et héroïque, dépasse les limites de l'individu : elle domine la communauté des êtres, la nature entière. De là, sa force cosmique et universelle. C'est l'Eros platonicien qui se manifeste par l'amour proprement dit, l'amitié, la fraternité des citoyens, l’harmonie de l'âme humaine et de la nature, la cohésion des

atomes dans l'univers.

(1) a de Platon, VI, 288.

(2) se à DEAICXE

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