‹ Études sur L'Hyperion d'HölderlinChapitre 35 sur 65 · HN EN · texte numérisé non relu

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édifie l'image rayonnante d'une beauté, d'une sagesse, d'un héroïsme dont il pare son amante el son ami, comme Hôlderlin prête à Suzette Gontard les traits de Diotima et à Sinklair ceux d’Alabanda.

Ainsi, l'objet aimé s’identifie, pour Hyperion comme pour Hôlderlin, avec l'idéal esthétique et moral qui lui apparaît comme le but de son éducation.

Cette conception de l'amour en tant que facteur de l'éducation individuelle est une des idées directrices du Banquet, de Platon.

Phèdre dit, en effet : « Il n’y a ni naissance, ni honneur, « ni richesses, rien enfin qui soit capable, comme « l'amour, d’inspirer à l'homme ce qu'il faut pour se « bien conduire » (x).

L'élévation morale que détermine l'amour dépasse les limites de l'individu et peut s'épanouir, comme en Grèce, dans une nation favorisée. Diotima garde dans son cœur l’image d’une communauté idéale dont les citoyens, unis par l'amour, réaliseraient, dans l'Etat, la belle harmonie des amants : «Ils ne se réjouiraient », dit-elle, « que des « événements qui sont chers au cœur de l’homme. L'’étin- « celle divine déposée en eux se communiquerait à tous « par la parole et par le chant. Toutes les âmes s’uniraient « dans une seule vérité et se reconnaîtraient dans une « seule beauté. Tous se précipiteraient, la main dans la « main, au sein de l'infini » (2).

Nous lisons, de même, dans le Banquet, de Platon

« Si, par quelque enchantement, un Etat ou une armée « ne pouvait être composé que d'amants et d’aimés, il « n'y aurait point de peuple qui portÂt plus haut l'horreur « du vice et l’'émulation de la vertu » (3).

ya, dans l'amour d'Hyperion et de Dictima, une aspi-

(1) Œuvres de Platon, VI, 250.

(3) Œuvres de Platon, VI, 250.

ration héroïque non moins intense que celle de l'amitié, mais un peu différente. Alabanda est un guerrier vigoureux dont l'exemple enflamme les somnolentes énergies de son ami, tandis que Diotima éveille l'enthousiasme héroïque par l’éblouissement de l’harmonieuse beauté qu'elle symbolise et qui doit triompher du chaos et de la nuit.

Lorsqu'Hyperion « s'arrache à ses embrassements », il sent « déborder en lui les flots de l’activité héroïque » (1).

Son âme, dit-il, « déborde d'amour et de nostalgie « héroïque » (2). Il voudrait « que l'humanité se ralliât « au nom de Diotima et représentât son image sur ses bannières » (3). Elle célébrerait alors « la victoire du « divin, la gloire des gloires ! » (4).

Par l'amour, Hyperion et Diotima entrent en communion de plus en plus intime avec l’âme éternelle de la nature. De sorte que l'amour et le sentiment de la nature sont très proches l'un de l’autre dans le roman d'Hôülderlin. Is apparaissent comme les facettes d’une seule tendance idéaliste à l'harmonie et à l'éternité.

Hyperion éprouve le besoin d’épancher dans le sein de la nature son cœur débordant d'amour. Il recherche les sommets élevés, l'immensité de l’espace et il prend conscience de l'affinité de son âme pour la divinité infinie qui s'exprime dans les beautés de l'univers. Son esprit et l'esprit de Diotima s'unissent par l'amour, à l'esprit du monde :

« Notre félicité nous unissait à tous les êtres, et nous « planions avec eux dans l'éther infini, comme les mille « voix inséparables d'une symphonie » (5).

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