CHAPITRE
I. Cercle de rAgnéby. — Le cercle de l'Agnéby, cheflieu Agboville, tire son nom de la rivière Agnéby ou Agbo, qui le traverse, et va se jeter dans la lagune Ebrié, près de Dabou. Il est peuplé par trois branches de la race agniachanti, appartenant toutes trois au groupe kouakoua de cette race : les Abbey, les Attié du Nord et les Bettiè, et toutes trois fétichistes et nettement rebelles à l'islam. On connaît le violent mouvement de xénophobie qui, en 1910, souleva tous les Abbey coalisés. Les musulmans, comme les chrétiens, en furent les victimes, et les dioula soudanais comme les traitants et coupeurs de bois sénégalais et apolloni^ns furent égorgés ou blessés, au cri de : « A mort les étrangers », au même titre que les Blancs.
L'islam n'est donc représenté dans ce cercle que par i5o à 200 dioula soudanais et une demi-douzaine de Sénégalais, établis surtout à Tiassalé. Avant la conquête de la forêt, on avait fondé quelque espoir sur les services qu'ils pouvaient rendre comme guides, agents de renseignements et de pénétration, les colporteurs musulmans dont le sort et les intérêts étaient liés aux nôtres. On leur fît beaucoup de grâces, on encouragea la construction d'une mosquée à Tias7 salé, et le gouverneur Clozel contribua aux dépenses pour 25o francs (1004). Celte mosquée, grande bâtisse en briques,
couverte de tôles, fermée de persiennes, existe toujours : elle aurait coûté, au dire des fidèles, 5.ooo francs. Elle est peu fréquentée et dans un état de délabrement pitoyable.
A Agboville, outre quelques commerçants sénégalais et colporteurs soudanais, on remarquait, ces dernières années, un marabout malinké de Kankan, Fodé Mamadou Kaba, interné là à la suite d'intrigues et de désordres dans son pays. Son prestige de pèlerin de La iMecque, sa grande piété, sa science incontestable, son savoir-faire lui valurent la vénération générale : il était de droit l'almamy local, et l'on commençait à remarquer, derrière lui, à la prière, quelques-uns de ces oisifs et aventuriers Agni, de toute provenance sylvestre, prétendus travailleurs, qu'on rencontre dans les gares de la voie ferrée. Pour couper court à cette ébauche d'islamisation, Fodé Kaba qui, au surplus, avait eu une attitude parfaitement correcte, a été renvoyé à Conakry.
2. Cercle de N!{i Comoé. — Le cercle de Nzi Comoé tire son nom des deux grands cours d'eau qui le traversent : le Comoé à l'est; le Nzi, affluent de Bandama, à l'ouest. Il est habité par cinq peuplades, dont quatre : les Agba, les Agni proprement dits, les Quelle et les Ngan, sont des rameaux de la famille agni-achanti et dont la dernière : les Mango ou Anno, sont des métis de Ngan, de Mandé et d'Agni.
Les Agba, Agni et Quelle sont issus, d'après leurs traditions, de mélanges d'autochtones, ou plus probablement de couches agni primitives et de migrations postérieures agni venues, soit du Baoulé (Quelle), soit du pays achanti de Gold Coast (Agba). Les Ngan sont venus par étapes successives du Dahomey par le Togo, la Gold Coast et le Comoé (vers Bettié).
Les Anno ou Anonofoué sont venus ici et se sont constitués par des invasions successives de Ngan, de Mandé et
d'Agni-Achanti. Ces invasions furent pacifiques, les Djimini, premiers habitants, ayant peu à peu cédé la place. Elles ne se contrecarrèrent pas les unes aux autres, les derniers arrivés « faisant fétiche » avec les premiers. Le nouveau peuple eut à soutenir des luttes prolongées avec les Abron de Bondoukou et les gens de Coomassie, ce qui finit par amener son unité, sous l'autorité du chef mandédioula, Dyan Ouattara, lors des attaques de Fofié, roi des Abron vers i83o. Ces Mandé-Dioula, maîtres politiques du pays, sont tous de diamou Ouattara. Ils venaient, soit de Sansanné Mango (Togo), soit d'Anno (Dagomba anglais) et c'est ainsi que le pays a pris d'eux le nom de Mango ou d'Anno. Ils étaient tous fétichistes et le sont restés, l'exemple de leurs cousins Mandé du Nord ne les ayant pas convertis, sauf exception, à l'islamisme. Dans le canton de Tlfoué, ils se sont mélangés d'Abron et de Baoulé. Le Mango est aujourd'hui réparti entre les trois cercles du Nzi-Comoé, du Baoulé et de Kong.
L'islam n'est perceptible ici que dans les trois éléments ordinaires étrangers de la forêt : les Sénégalais, boutiquiers et employés, les gens de Gold Coast (Fanti, Apolloniens, Haoussa) traitants, dioula, coupeurs de bois^ acheteurs de palmistes, de caoutchouc et de kolas; et enfin les dioula de multiples origines soudanaises : par eux tous les produits du sol coulent vers les factoreries. Ils les échangent contre des produits européens qu'ils dispersent dans la forêt. Les uns et les autres ne font pas de prosélytisme, mais l'exemple de leur piété, qu'ils exagèrent d'ailleurs, sachant l'influence des démonstrations religieuses sur le primitif, exposent aux yeux des indigènes étonnés les premières manifestations de l'islam.
Les deux principaux centres, où on les rencontre, sont Dimbokro et Toumodi.
A Dimbokro même, il n'y a que trois ou quatre noms notoires dans la colonie noire musulmane : a) Souleyman
Al-Hadji Abdoullaye, Almamy de Bassam.
TRACES d'islam 5i
Bérété, malinké de Kiba, né vers i885. Il a fermé une petite école qui ne pouvait pas le faire vivre et fait du commerce. Il est le disciple tidiani d'un métis maure du Kaarta qui, par Al-HadjiSalmoye (i), le grand Cheikh de Dienné, se rattache au fondateur de la Voie ; b) Ahmadou Daw, Bobo Dafin de bobo même. Il joint à son école de quatre élèves un petit commerce. 11 était sans ouird jusqu'à 1917, date où le marabout Fodé Kaba, de Kankan, interné politique à Agboville, l'a affilié au qaderisme de Saad Bouh ; c) Mamadou Haïdara, haoussa de Sokoto, fils de Bakari Oussouman. Il est venu de Nigeria en 1918. C'est un tidiani qui se rattache à l'école du célèbre Othman dan Fodé et par lui à la zaouïa de Fez ; d) Al-Hadji Abdoullaye Demba, toucouleur, vu plus haut à Aboisso, et qui possède un comptoir que son frère Al-Hadji Ahmedin a dirigé jadis, et que tient aujourd'hui un boutiquier musulman ; e) Sidi Cissé, toucouleur de Niafunké, tailleur de profession, était le personnage le plus notoire de cette colonie. Instruit, orateur disert, il présidait les cérémonies cultuelles à Dimbokro. Parti vers le Soudan vers 1916, il est mort, l'année suivante, à Bobo Dioulasso.
On peut bien trouver 3oo Dioula, soudanais et musulmans, à Toumodi, et peut-être 4 ou 5 boutiquiers sénégalais. Ils n'ont aucune influence locale. Pour les mêmes raisons que celles exposées plus haut pour Tiassalé, l'administration encouragea la construction d'une mosquée à Toumodi en 1904. Ellccoûta 2.000 francs et le gouverneur Clozel la subventionna pour 200 francs. Elle est plus petite que celle de Tiassalé et couverte en tôles. Elle est aujourd'hui dans un fâcheux état.
Dansles populationslocales, il n'y a qu'un point où l'islam fait quelques progrès : c'est le village agba d'Aoussoukro,
(i) Sur Al-Hadji Salinoye voir « Études sur l'islam au Soudan : L'islam peul » (Dienné) par Paul Marty in Collection de la Revue du Monde Musulman, Paris, Leroux.
.appartenant à la sous-tribu des Hali-Bonafouéet sis à 3o kilomètres au nord de Dimbokro (subdivision de Bokanda). Il a été en partie islamisé par l'action directe d'un marabout sarakollé de Bakel, Fodé Gakou, qui, après une carrière aventureuse en Orient , au Congo, et dans divers points de la forêt, notamment à Toumodi, Tiassalé, Bouaké, vint se fixer à Aoussoukro. Ce Fodé Gakou, de son vrai nom, Hassen Tendigoré, se rattachait par son père, Fodé Amara Diakho, au célèbre marabout sarakollé Mamadou Lamin. Invité à rentrer dans son pays après ce pèlerinage de douze ans à La Mecque, il s'est retiré à Kounguel (Bakel). La ferveur de ses disciples agba a langui après son départ, et il n'y a plus guère à Aoussoukro, comme musulmans, qu'une dizaine de Baoulé ignorants. Ni mosquée, ni almamy, ni école coranique.
3. Cercle de V Indénié. — L^Indénié comprend toute la partie de la forêt comprise entre le Moyen-Comoé et la frontière de Gold Coast ; c'est une longue bande sylvestre qui s'appuie au sud sur le cercle d'Assinie, peuplée comme elle d'Agni animistes, et au nord sur le cercle de Bondoukou, où l'on trouve les Mandé-Dioula les premiers éléments d'islam.
L'islam n'est représenté dans l'Indénié que par les quelques dioula, qui, du nord, suivent la grand'route caravanière qui, de Bondoukou par Abengourou, descend vers Aboisso et Assinie. Il n'a aucune influence ; on peut même dire qu'il n'est pas connu. Les seules traces locales qu'on en peut citer sont les amulettes que les Agni achètent fort cher à des marabouts de passage et portent entremêlées à leurs innombrables gris-gris et talismans fétichistes. C'est ainsi que Boa Kouassi, roi de l'Indénié, apparaît, à certains jours, couronné d'un diadème de six étuis triangulaires d'or et d'argent alternés^ renfermant des amulettes arabes. Jl les tient par héritage de son oncle Amoakou. Il est à peine
TRACES d'islam 53
Utile de dire que sa foi égale son ignorance et qu'il n'est nullement musulman.
On s'en tiendra donc ici aux considérations suivantes : l'autorité des chefs s'est effritée dans ce pays, dont l'esprit d'indépendance qui caractérise actuellement les Agni, rend l'administration malaisée.
Apart deux chefs de canton , ceux de Niabley et de Zaranou dont les qualités, quoique modestes, ne sont pas niables, les bonnes intentions assurées, et qui, tout en rencontrant, surtout celui de Zaranou, des oppositions fréquentes de la part des jeunes notables, savent pourtant les combattre et imposer quelquefois leur volonté, à part ces deux chefs,, aucun autre ne se fait particulièrement remarquer. Le cercle. se compose d'un assemblage de villages, d'origine commune (Gold Coast), où cherchent à régner isolément les chefs de famille, convaincus que leur famille est une petite tribu dans la tribu. A quelques exceptions près, toute la région forestière est gangrenée par cette oligarchie officieuse, dont rindénié n'a pas seul la spécialité. Aucun des indigènes appelés régulièrement à succéder aux chefs actuels ne réunit pour le moment les conditions requises, à savoir : l'autoritéémanant de sa personne même, reconnue par tous incontestablement, une nombreuse famille où figurent de non moins nombreux domestiques, et surtout la fortune suffisante pour la distribution de cadeaux les jours de fête.
« Les chefs actuels sont sans fortune et même, en ce qui concerne Boa Kouassi et Kabran Aoussi, ont des dettes criardes envers leurs notables ou leurs boys qui leur répondent couramment : « Je ne t'écouterai que lorsque tu m'auras remboursé. » Les chefs à venir ne paraissent pas mieux pourvus et leurs ressources ne dépassent pas celle du moindre boy un peu travailleur s'occupant de ses cacaoyers. Autrelois, la fortune s'accumulait sans peine dans les « bouteilles royales » parce que le roi touchait, en plus des amendes et à la façon des seigneurs de notre moyen âge, un
tiers des produits de toute nature : or, caoutchouc, ignames, récoltés dans ou sur les terre delà tribu. Il conservait l'or, vendait le reste, vivait largement sans débours personnels et se voyait en mesure de distribuer de nombreux cadeaux à tous ceux venant implorer sa protection ou le flatter. Aujourd'hui sa part lui est souvent refusée ou déclarée mensongèrement inexistante : il ne peut employer ni l'amende ni la contrainte. La récolte annuelle se trouve pour ainsi dire réduite à néant, et la cassette ne contient que la part d'héritage laissée par le défunt prédécesseur. Le chef se voit donc réduit à se procurer, comme le commun des indigènes des revenus, en faisant travailler pour son compte les membres de sa famille et ses domestiques. Mais ceux-ci, habitués à vivre grassement sans dépenser le moindre effort, ont acquis une extraordinaire puissance d'inertie, et lorsque le souvenir de l'opulence des beaux jours les taquine trop fort et les pousse à en recouvrer une maigre parcelle par leur travail personnel, ils savent dissimuler leurs gains pour en profiter personnellement, sans céder au chef la part qui lui reviendrait à défaut du tout. Ils n'y réussissent pas chaque fois, car le chef veille, mais ils cherchent à dissimuler, et c'est dans cet état d'esprit nouveau qu'il y a lieu de consigner.
Dans chaque famille, la même attitude envers le chef se constate, et la fortune, au lieu de se concentrer entre les mains du représentant de la famille, se disperse dans chacune des malles des mères dépositaires de chaque travailleur, aspirant à conserver pour lui-même le fruit de son travail et désirant l'employer à sa fantaisie.
Au point de vue strictement moral, il n'y a en somme rien à objecter à cette tendance. Il est juste, en efïet, que le gain aille à celui qui travaille. Si cet esprit d'individualisme s'accompagnait de la manifestation de sentiments de loyalisme à notre égard, nous pourrions peut-être y voir une évolution satisfaisante dans le sens du progrès. Malheureu-
TRACES d'islam 55
sèment, libérés de leurs chefs, les Agni ne paraissent pas disposés à en reconnaître d'autres. Il convient à cet égard d'indiquer que les indigènes de race agni, originaires de rindénié même, dont l'Administration utilise les services, sont de la part de leurs frères de race l'objet d'une sorte de boycottage qui accroît, pour eux, les difficultés d'existence matérielle et paralyse les efforts tentés par eux dans les voies que nous leur traçons.
On voit en résumé que la question islamique ne se pose pas chez les populations animistes de l'Indénié.
4. Cercle du Baoulé. — Le cercle du Baoulé, dont le chef-lieu est Bouaké, tire son nom des Baoulé, important rameau de la race agni-achanti. Leurs nombreuses tribus : Ouarabo ou Agoua, Faafoué, Saafoué, ISlanafoué, Nzipouri, Atoutou, Soundo, etc., couvrent tout le nord de la forêt et débordent largement sur la savane. Les Ngan, autre rameau de la race agni-chanti, y sont également représentés.
Toutes ces peuplades sont fétichistes et ne subissent aucune emprise de l'islam, malgré le contact fréquent des dioula soudanais, pour la plupart musulmans. On trouve dans le cercle une dizaine de villages mandé-dioula, peuplement de nombreux fugitifs qui, lors de la marche de Samory vers le sud, échappèrent de la sorte à son atteinte. Quand l'almamy eut été pris, la plupart rentrèrent dans leur pays d'origine. Quelques-uns pourtant restèrent dans la région, s'y fixèrent sur les grandes voies de communication et se livrèrent au trafic. Pendant longtemps, ils furent les seuls intermédiaires entre les Baoulé et les commerçants de la Côte. Ce sont avec les Dioula de toute origine, qu'on rencontre sur les escales tant de la voie ferrée que de la route automobile, qui la prolonge, les seuls éléments musulmans qui appartiennent véritablement au Baoulé.
On distingue dans le cercle du Baoulé trois centres d'islam intéressants : Bouaké, Marabadiassa et Groumania,
56 ÉTUDES SUR l'islam ET COTE d'iVOIRE
tous trois d'ailleurs peuplés d'étrangers. Les deux derniers même, sis à la périphérie du cercle, relevant surtout de l'islam mandé-dioula voisin, et ne sont compris dans le cercle du Baoulé que pour des raisons administratives et économiques. Bonaké, terminus actuel du railway de la Côte d'Ivoire, et tête de la voie automobile, qui s'enfonce dans le Soudan est devenue rapidement la plus grande ville de la colonie. On y compte environ S.ooo habitants, dont un quart est musulman. Cet élément musulman comprend quelques boutiquiers et employés sénégalais, mais surtout des dioula de toute origine soudanaise, et notamment d'origine mandé. Les personnalités notoires de Bouaké, fort nombreuses : a) Ousmana Daramé, Bobo Dafing, né vers 1860, almamy de la mosquée. Il est venu ici vers 1900 ; cultivateur et à l'occasion maître d'école, il ne paraît pas jouir de beaucoup d'influence. Il est sans affiliation ; b) Mamadou Daw Dafing, maître d'école. Par Modi Daramé, sarakolé, installé à Tiassalé, il relève du tidianisme d'Al-Hadj Malik Malik, le grand marabout de Tivaouane ; c) Kota AUama, Dafing, né vers 1860, cultivateur et colporteur. Il relève de Karamoko Assamatou ci-après ; d) Karamoto Assamatou, né vers 1870, d'origine haoussa. Il est moqaddem des tidianïa de la région, et a reçu des pouvoirs d'Al-Hadji AbdouUaye Dieng, almamy de la mosquée de Bassam, déjà vu; e) Lantina Daramé, Dafing, né vers 1872, chef du village de Bouaké, commerçant et cultivateur, il n'a pas reçul'ouird ;/) Ibrahim Kaba, malinké, maître d'une école d'une dizaine d'enfants ; g) Ousman Tounkara, sarakollé de Bandiagara, venu ici pour commercer, s'y est établi comme cordonnier. C'est un tidiani qui, par Chekou Modi Diabi, se rattache à Al-Hadj Omar; /z) Moussa Sissoko,toucouleur du Boundou, cultivateur, disciple tidiani de Tierno Ali Ba, de Bakel, qui se rattachait à Mounirou, fils d'Al-Hadj Omar ; i) Ba Moussa Taraoré, bambara, né vers i885, commerçant, sans affiliation; y) Chékou Mamadou Sanoussî, beau vieillard auxca-
TRACES d'islam Sj
denettes blanches, malinké d'Odîenné, colporteur. II est le disciple qadri de son père, l'almamy Diakabi d'Odienné. II donne la chaîne mystique suivante : Almamy Diakabi, Chekou Mamadou Sanoussi; Fa Sanaba Karamoko, malinké de Samatiguila; Mostafa Diakabi, père du précédent; Al-Hadji Souleïman Diakaba. Ce Souleïman est l'importateur du qaderisme et vraisemblablement un des missionnaires islamiques chez ce peuple malinké de la région de Beyla-Odienné. Il resta 25 ans à La Mecque et y reçut les pouvoirs de consécrateur du Cheikh Ibn Ishaq. Il aurait fait, à son retour, un,e relation de pèlerinage, qui est, diton, à Samatiguila, et que je n'ai pas pu retrouver. Le vieux Chékou a un disciple : Ousman Silla, malinké, né vers 1875, commerçant ; k) Lamin Fodiga, malinké, né vers 1870, commerçant. Par son père Amara Fadiga, par son grand-père Ali Fadiga, et par Alfa Mahmoudou Kankan, il se rattache au Cheikh Omar ; /) Sori Taraoré, malinké, commerçant et cultivateur né vers 1876, sans ouird ; m) Ibra him Sidibé, poullo de la tribu Soh. C'est un tidiani, élève et disciple d'Al-Hadji Ahmadi Dieng, frère d'Al- Hadji Abdoullaye, almamy de Bassam. C'est un commerçant notable sans importance particulière ; n) LembaDiallo d'origine toucouleure, né à Bouaké, et qui est allé faire de bonnesétudesà Anyam, dansle Fouta Toro. II s'y estalors affilié au tidianisme par le Cheikh Sidi Mohammed ould Cheikh Mohammed Abd Allah, des Ida Ou Ali. C'est un homme intelligent et ouvert, et un excellent arabisant. C'est de tous les musulmans que j'ai rencontrés enCôte d'Ivoire, la personnalité la plus distinguée.
Bouaké possède, sur la grande place du quartier dioula, une mosquée spacieuse, sans cachet d'ailleurs. C'est une grande case rectangulaire de 25 mètres sur i5 mètres, avec une toiture de chaume et un petit mihrab, le tout fort mal entretenu. Elle a été édifiée avec les dons des musulmans de la ville, il y a quelques années seulement.
Marabadiassa, sis sur le Bandama blanc, à l'angle nordouest du cercle, est un gros village mandé qui, ethniquement et religieusement, se rattache à l'Ouorodougou voisin, et notamment à Mankono. Pour cette cause, on le verra plus loin, sous ce titre.
Groumania, à l'autre extrémité, sis près du Comoé, à l'angle nord-est du cercle; est une colonie musulmane de Kong, sis en pays mango. Le mot lui-même est agni « Ngroumanya, feuille de gombo », en souvenir du champ de gombos qui était là lors de l'installation. Les premiers Mandé de Kong qui vinrent là y furent poussés, autant pour échapper à certaines vexations dans leur pays que pour occuper cet important carrefour des routes qui, de Kong, de Babakala et de Bouaké convergent vers Bondoukou et Assikasso. La première famille qui s'installa au « champ de gombos » fut les Karamaté : ils sont restés les chefs de village; les guerres de Samory y amenèrent des fugitifs. Puis vinrent des gens de Bouna et des Haoussa. L'essor du commerce de l'or et du caoutchouc y a attiré des Agni de diverses tribus, et notamment des Baoulé, puis des Apolloniens, Groumania est essentiellement commerçant. Les trois quarts des habitants y sont dioula et perpétuellement en route, ce qui donne à la bourgade un aspect désertique. Un poste français y fut installé de igoi à igoô, puis la position fut abandonnée comme trop excentrique pour l'administration du pays mango.
En résumé, et malgré la présence de beaucoup d'étrangers, Groumania est une ville mandé-dioula, fille de Kong, partant nettement musulmane. Une école coranique y fleurit avec une moyenne de 25 élèves. Les coutumes islamiques y sont en honneur, notamment la circoncision inconnue chez les Annofoué voisins, et c'est dans un cimetière et non dans les cases ou les champs que sont conduits les trépassés.
Quelques familles dioula de Groumania sont allées s'ins-
TRACES d'islam Sq
taller au hameau voisin de Massadougou, y apportant l'islam avec elles.
5. Cercle des Gouro. — Les Gouro, connus aussi sous le nom de Kouéni, n'ont pas encore pu être déterminés au point de vue ethnique. Ils s'étendent sur la rive droite du Moyen Bandama jusqu'au fleuve Sassandra. Mêlés aux Bété voisins, ils ont même donné naissance à un peuple métis : les Chien. Il est probable, suivant l'hypothèse de Delafosse, que ces tribus de la Côte d'Ivoire occidentale se rattachent à la famille mandé. On distingue pourtant dans le peuple gouro des peuples nettement agni.
Les Gouro, entièrement animistes; ne présentent aucune trace d'islam. A peine voit-on chez eux passer de temps à autre de petits groupes de dioula musulmans qui traversent en hâte le pays, à peine rassurés par notre occupation récente. Quelques-uns de ces dioula soudanais se sont fixés à Bouaflé, chef-lieu de cercle, sur le Bandama Rouge ; ils y font un peu de commerce, mais nul prosélytisme.
6. Cercle du Haut- Sassandra. — Le cercle du Haut- Sassandra est constitué par le bassin de la vallée supérieure du Sassandra et de ses affluents : la Lobo, grossi du Goré et du Zoumou, le Dé ou le Davo ou Gabéro. Il est peuplé d'un grand nombre de tribus appartenant, en définitive, dans le Nord, à deux branches des races mandé et agniachanti : les Gouro, les Ouobé; dans le Sud à une branche de la famille Krou : les Bété. Des alliances matrimoniales nombreuses, des fusions perpétuelles dans les territoires de transition, des exodes de cause politique ou économique ont amené la naissance de tribus métisses par l'origine, et intercalaires par la zone d'habitat. Il faut en citer : les « Chien » (ou Shien) qui, dans le Nord, sont un mélange des Ouobé de la rive droite du Sassandra et des Gouro et qui, dans le Sud;, ajoutent à ces deux races du sang krou et
forment aujourd'hui un groupement bien homogène de plus de 3oo villages, présentant des ressemblances avec les Neyo du bas Sassandra; les « Kouya », qui sont un mélange des Gouro et des Bété, avec prédominance des premiers; les « Yokolo », d'origine récente, et qui sont un mélange de Chien, de Bété, de Dida, de Gouro et même de familles déjà métissées, A signaler les « Niaboua », peu nombreux, qui peuplent la région comprise entre la Loba et le Sassandra et qui ont été refoulés vers la forêt. Ils paraissent être des autochtones; en tout cas, leur installation se perd dans le passé.
Toutes ces populations sont animistes et ne présentent pour l'heure aucun symptôme de transformation religieuse. Les missionnaires du Sud, de confessions diverses, n'y ont pas encore paru. Quant aux musulmans du Nord, on les a vus et on les vait encore, en très petit nombre, mais ils ne font aucun prosélytisme et n'ont aucune influence.
Les guerres de Samory, en amenant dans ces régions de la forêt une grande quantité de fugitifs ou de captifs soudanais, partiellement musulmans, auraient pu provoquer une certaine tendance pro-islamique, d'autant plus que quelques éléments se sont mélangés aux aborigènes. Il n'en a rien été : au moment de l'occupation du pays gouro, plus de '12.000 captifs soudanais de toute une génération furent libérés et regagnèrent leur pays d'origine, sans laisser derrière eux la moindre trace religieuse. On n'en découvre pas, en tout cas, aujourd'hui.
Une statistique, aussi serrée que possible, donne les chiffres suivants : i'' dans la subdivision de Vavoua, une dizaine de boutiquiers sénégalais et une centaine de Soudanais de toute provenance; de plus, 3. 000 musulmans étrangers traversent annuellement le secteur ; 2" dans la subdivision de Daloa on rencontre quelques Sénégalais^ boutiquiers des maisons européennes, et environ 600 Soudanais de toute provenance, dont les deux tiers parcourent
TRACES d'islam 6i
3a subdivision, tandis que les autres séjournent momentanément à Daloa. De plus, 4 à 5. 000 Soudanais musulmans circulent dans la région, établissant le courant d'échanges avec le Nord ; 3° dans la subdivision d'Issia, il y a deux commerçants Sénégalais et environ 450 à 5oo Soudanais; 40 dans la subdivision de Gagna, c'est-à-dire vers le sud du cercle, on ne rencontre plus qu'une centaine de musulmans soudanais.
L'intrusion des colporteurs soudanais dans ces régions •est antérieure à notre occupation. Ils parcouraient le pays dans le but de faire du commerce par échange, vendant du sel, des bœufs, contre les produits du sol. Ils redoutaient les attaques des habitants, marchaient par bandes de i5o à 200, payaient tout ce qu'ils prenaient pour vivre, même l'eau. Les indigènes en firent cependant des massacres. Ils implorèrent notre appui et nous rendirent, comme guides et indicateurs, des services lors de la pénétration. A partir de ce moment, leur attitude changea vis-à-vis des indigènes qu'ils exploitent aujourd'hui par tous les moyens possibles, abusant de leur simplicité pour faire des gains ■exorbitants. Ils leur laissèrent croire volontiers que nous étions à leur service, et dioula comme eux; certains autochtones ne sont pas encore détrompés.
Quant aux boutiquiers sénégalais, ils se livrent paisiblement à leur commerce.
Tous ces musulmans doivent être considérés comme de passage; aucun n'est lié au sol par le droit de propriété.
Leur genre de vie est très simple; ils dépensent peu pour se nourrir et se vêtir; leurs tendances et projets se résument dans l'appât du gain; ils importent des bœufs, des graines, du sel, et exportent les produits du pays. Ce sont les principaux clients des comptoirs européens.
L'occupation des pays avoisinants, soit maritimes, soit soudanais, en provoquant une recrudescence du mouvement commercial, eut un double résultat : les dioula se
02 ^ ÉTUDES SUR l'iSLAM EN CÔTE d'iVOIBE
firent de plus en plus nombreux, attirés par les richesses locales et les gens de la forêt apparurent eux-mêmes sur les marchés de Mankono, de Touba et de Séguéla. Ces contrats répétés entre fétichistes et musulmans, tant dans la forêt que dans les villes de la savane, n'ont amené pour l'heure aucune conversion.
La soumission des Gouro et des Bété et l'occupation effective du pays ont provoqué une nouvelle phase commerciale. Les marchés du Nord se ferment, et l'on voit apparaître des caravanes de Kayes, de Nioro-Sahel, de Ségou, de Sikasso, qui se rendent elles-mêmes sur les lieux de production, se dispersent en tous sens, constituent leurs approvisionnements et repartent directement vers le Nord. Il ne semble pas que cette nouvelle invasion de Mandé, de Khassonké, de Toucouleurs, de Bambara, de Bobo, tous plus ou moins islamisés, aient la moindre influence religieuse sur le pays. Ils sont d'ailleurs beaucoup plus soucieux de leur négoce que de prosélytisme.
Il n'y a à signaler, pour ce vaste cercle du Haut-Sassandra, que trois noms de marabouts : a) Amadou Bâ, dit Fila Karamorho. C'est un Toucouleur de Ségou, où il est né vers 1864 et a fait ses études auprès d'Alfa Aliou. Son père, Tierno Alassane Bâ, décédé à Ségou vers 1896, fut un chef de guerre omarien. Amadou Bâ, lui-même, prit part dans sa jeunesse aux luttes sur le Niger entre Bambara et Toucouleurs. Il est établi à Dabou, depuis notre installation dans le pays et fait le commerce des colas. 11 lit assez bien le Coran, mais n'a aucune instruction arabe et ne professe pas. Il n'est pas sans influence dans son quartier; b) Lagui Diabi, malinké, né à Sambatiguila vers 1866; il y a fait ses études auprès de Mamadi Saranorho Diabi, et aussi auprès de son père, Alimou Sitafa, qui fut un marabout de renom, à la fin du dix-neuvième siècle. Il fait le commerce des bœufs et des kolas sur une petite échelle. Peu instruit, peu connu, il n'a aucune influence; c) Kara-
TRACES d'islam 63
morho OuIé, malinké, né à Odienné vers i85o. Il y a fait ses études auprès de son père, Fodé Sankali, et d'un marabout de renom, Sidiki Koné. Son installation dans le Haut Sassandra suivit de près notre occupation. Vers igii, on le trouve à Issia ; se sentant trop loin des siens, il est venu s'établir, en mars igiS, à Vavoua : il y a fait un peu de culture, un peu de commerce, et surtout le trafic de talismans et de prières. C'est un marabout au service des fétichistes, sans plus.
Le cercle du Haut-Cavally comprenait jadis un certain nombre de musulmans dans les deux cantons malinké du Nord : Kouroukoro et Ouadougou, composés en grande partie d'anciens captifs de Samory. Depuis que ces deux cantons ont été rattachés à Touba, il n'y a plus, en dehors des dioula, de musulmans locaux.
Il n'existe dans tout le cercle ni mosquée, ni lieu de pèlerinage, ni lieux sacrés. Le chef du village dioula, à Daloa, a demandé jadis un emplacement, afin d'y construire une case pour y dire les prières en commun, mais il n'a jamais mis son projeta exécution.
Les castes existant au Soudan, telles que les griots, les forgerons, les bourreliers, ne sont pas organisées ici.
Ils n'existent de groupement musulman qu'auprès des principaux postes. Ces groupements ont un chef de village nommé par l'autorité française. Il n'y a pas d'organisation politique, à proprement parler.
L'ingérence musulmane dans les tribus, villages et familles fétichistes a trouvé un milieu complètement réfractaire à l'apostolat, tant que la paix n'a pas été assurée, mais le prosélytisme ne manquera pas de s'infiltrer dans le nord du cercle, avec les progrès de la pacification.
Quant à l'action des dioula sur les femmes et les jeunes gens autochtones, elle tend plutôt à s'exercer par des insinuations et des embauchages, qui aboutissent à une traite déguisée, sans rapport avec les questions religieuses.
Il semblerait que les marchands musulmans devraient
être pour le cercle une source de richesse, puisqu'ils contribuent à répandre le numéraire et achètent les produits du pays. Il n'en est rien pourtant. Ils ont ruiné tout le pays gouro ; ils ont déjà commencé à en faire autant du cercle du Haut-Sassandra, et si l'on n'y mettait bon ordre, c'en serait fait bientôt des maigres ressources que la guerre civile a laissées aux habitants.
« On ne saurait trop répéter, dit une note du commandant de cercle en igiS, que les dioula exploitent par toute espèce de moyens la naïveté de nos indigènes. Tout ce qui fait la richesse du sol est enlevé à des prix dérisoires, le plus souvent pas même pour de l'argent : kolas, latex, riz, etc., tout cela disparaît, est emporté au loin ; en échange l'indigène reçoit un petit morceau de viande, quelques sombé ou une poignée de sel ; et lui, qui devrait être riche, en arrive à ne plus même pouvoir payer l'impôt !
« Ce ne sont pas les impôts de capitation, le rachat des prestations, les prix des cartes de circulation des dioula qui compenseront toutes ces déprédations ! »
En résumé, les populations animistes se désintéressent de l'islam, tout en considérant les dioula étrangers comme des gens supérieurs à eux. Les uns les regardent avec froideur i d'autres avec une curiosité, mêlée d'intérêt, et certains, par esprit d'imitation, s'exercent en cachette à mimer les prosternations rituelles des dioula ; ils leur achètent même des versets du Coran, mais ils ne les considèrent que comme des amulettes. L'islam inconnu avant l'arrivée des dioula qui sont venus à notre suite, fera probablement des progrès, mais très lentement. Il flatte l'amour du surnaturel inné chez le noir.
Personne n'est hostile à l'islam en principe.
La plupart des boutiquiers et dioula sont vaguement musulmans, c'est-à-dire qu'ils font plus ou moins régulièrement leurs prières, maisaccommodentlespréceptesdu Coran à leurs goûts et leurs préceptes.
TRACES d'islam 65
Quelques-uns cependant témoignent de ferveur, et se réunissent le soir pour commenter le Coran autour de ceux qui possèdent ce texte en arabe.
Parmi les commerçants indigènes, les Sénégalais, qui sont lettrés, savent se servir du Coran pour avoir une emprise morale sur les autochtones intelligents, qui peuvent leur rendre des services.
Enfin quelques Maures commencent à venir dans le cercle avec des bœufs ; ceux-là sont des musulmans convaincus, mais ils ne font pas de prosélytisme, et vivent à l'écart, ne frayant pas avec les populations locales qu'ils semblent dédaigner.
7. Cercle du Haut-Capally. — Ce cercle du Haut- Cavally est habité par des peuplades fort diverses, et semblant distinctes les unes des autres à tous les points de vue. Une observation attentive permet pourtant de les rattacher en bloc à deux origines : soudanaise ou côtière.
La migration soudanaise est représentée par deux groupements : les Toura et les Dan.
Les Toura, les moins nombreux, forment une confédération d'environ lo.ooo âmes. Ce nom est le seul qui leur soit appliqué par eux-mêmes et par leurs voisins.
Les Dan s'étendent à cheval sur le Haut-Cavally et se prolongent fort avant dans le territoire libérien. On les dit « Manon » dans la haute Guinée et «. Dioula » à Touba. Les chefs les plus importants de ces Dan sont Ma Hégui, né vers 1880, habitant Zéalé, chef du canton Blossi (68 villages, 14.000 âmes) et Goundo, chef du canton deCourosé. Ce canton a beaucoup souffert des incursions des bandes de Samory : aussi nous y fut-on très reconnaissant d'avoir débarrassé le pays du terrible almamy, et en décembre igoS, lors de la pénétration, l'ex-chef, Bé, frère de Goundo, nous rendit-il de précieux services. Dévoué et intelligent, Goundo commande avec énergie un canton de 1.600 âmes, répar-
66 ÉTUDES SUR l'islam EN CÔTE d'iVOIBE
ties en 9 villages, qui n'ont conservé de leurs contacts avec les Mandingues de Samory qu'une profonde horreur de l'islam et des musulmans.
Le chef du village de Laplou porte le nom d'Iba (Ibrahim), c'est la seule infiltration d'islam, que l'on trouve dans ce canton de Houné, dont le chef Badia Glao, est le frère d'Iba. Iba est loin d'ailleurs d'être musulman : mais c'est par une coutume, chère aux Noirs, que sa famille lui a donné ce nom qui pourrait faire illusion sur sa religion.
A Danané même, on trouve bien quelques corporteurs et dioula musulmans de passage, mais pas d'établissement fixe, pas de marabout sédentaire.
Au nord de Logoualé, on rencontre souvent quelques marabouts établis sur la frontière du Haut-Cavally et de Man, et qui vont de Tune à l'autre région. Trois d'entre eux méritent une mention : a) Sagoué Sérifou, de Gouessé So, dans le canton de Gan. C'est un Malinké, né vers 1864 à Férentela, et établi depuis longtemps chez les Dan. Il est très connu d'eux et en relations intimes avec leur chef Gouessé, qui lui fait des cadeaux et l'apprécie beaucoup. Les dioula de passage n'ont en revanche qu'une médiocre estime pour Sagoué,, qu'ils accusent de se laisser corrompre par le fétichisme ambiant. Il distribue à ses quatre enfants et à quelques fils de Dioula les rudiments de Coran qui lui restent encore. Il fut assesseur au Tribunal de cercle de Man quand Man en était le chef-lieu ; b) Siéko Fadika, né vers 1890, malinké de Touba, est établi à Man, chez les Dan, et erre en dioula du Haut-Cavally à Touba. Il a fait ses études auprès de son frère Karamoko Fadika, président actuel du tribunal de Touba. Siéko est un jeune homme intelligent, déjà riche et qui n'a pas encore donné sa mesure. Il fait la classe à quelques enfants de sa famille, mais n'est pas connu des Dan ; c) Doua Sérifou, malinké de Ferentéla, né vers 1880, établi à Soukourala, du canton de Bofesso, auprès du chef Souaké, qui lui fait des cadeaux et professe à son égard
TRACES d'islam 67
une grande confiance. C'est en quelque sortelechapelainetle griot de Souaké : c'est d'ailleurs un ancien captif de Souaké, qui voilait plus ou moins jadis son islamisme, et qui ne l'affiche que depuis l'occupation française. Doua est très connu dans le secteur Dan, à cause deson action sur Souaké. Comme dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois, Doua, qui est un ignorant, passe tout de même pour un grand savant, auprès des fétichistes dan. Il fait l'école à une douzaii^e d'enfants de 8 à 14 ans, fils des Diomandé et Monké, parents de Souaké. Doua travaille à l'islamisation du pays : il est à surveiller.
Au sud de ces populations Dan, on trouve des individus ou des familles, habitant par petits groupes isolés, n'ayant aucune cohésion. C'est la parfaite anarchie sociale de la forêt. Ils ont divers dialectes, dont, malgré tout, la base est commune. Ils semblent bien appartenir de près ou de loin aux Bakoué ou plus généralement encore à la race Krou. Les groupements les plus importants sont : au nord-est, les Oubé ; au centre, les Niépo ; à Touest, vers le Cavally, les Boo et les Flépo. Ils n'ont pas chez eux de nom collectif : leurs voisins du nord, Dan et Mandingueslesdésignent sous le nom de Guère. Ces peuplades sont profondément attachés à leurs croyances et coutumes animistes, et ignorent tout de l'islam.