‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 18 sur 75 · IT · texte numérisé non relu

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la tradition locale, quelques cammerçants blancs, ou fils, déjà métissés de blancs, arrivèrent dans le pays. Ils provenaient de deux régions bien déterminées : le Dra et le Touat. Après un séjour de quelque durée dans les étapes de leurs migrations : Tombouctou, Dianné et Dia, Ségou, ils arrivaient finalement, eux ou leurs fils, à la limite des pays bambara et malinké, y installaient leur commerce, y reconnaissaient sans peine la domination de la famille des Niaré, chefs locaux, y épousaient des femmes du pays, et se mélanisaient avec d'autant plus de facilité que la plupart d'entre eux étaient déjà croisés de Songaï, de Peul et de Bambara. On les désigna, comme le voulait la coutume pour les gens de l'Afrique du Nord, sous le diamou générique de « Touré ». Plusieurs de leurs congénères les rejoignirent par la suite et les imitèrent. Bamako comprend aujourd'hui deux quartiers : Draoui et Touati, qui rappellent ses origines.

Quelques Maures du Hodh suivaient le mouvement et formaient à leur souche de Chorfaou Haïdara ou Taraoré, qui est, comme on le sait, le diamou des Chorfa en beaucoup de points de la vallée du Niger, et qui signifie, suivant l'explication échevélée des lettrés soudanais. « Tu vois derrière » (tara oura), surnom qui aurait été donné au Prophète.

Touré et Taraoré furent les premiers et les se-uls représentants de l'Islam dans TÉtat de Bamako, du milieu du dix-huitième au milieu du dix-neuvième siècle. Leurs perpétuels croisements avec les indigènes finissaient par les colorer du plus beau noir, et rien ou presque dans le teint ne trahit aujourd'hui leur origine. Quelques-uns ont gardé néanmoins un type berbère ou sémite assez prononcé : profil plus fin, nez busqué, lèvres moins épaisses, souvent intelligence plus déliée.

Au point de vue religieux, leur déchéance était non moins profonde: aucune instructioncatéchistique;aucunecroyance

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ou pratique sérieuse. Seule le foi a dû pouvoir sauver plusieurs de ces générations. Aujourd'hui encore, les Touré- Taraoré, principal élément musulman de Bamako et constituant le cinquième environ de l'ensemble de la population fixée, compte parmi les moins éclairés, partant les moins fanatiques des islamisés de la région. C'est surtout dans le relâchement des prohibitions matrimoniales qu'on saisit cette tiédeur. Alors qu'ils en ont gardé intactes les règles fétichistes qui interdisent le mariage entre certaines castes, ils ne tiennent pas compte de la différence de religlion. Musulmans et fétichistes échangent leurs filles et chacun garde sa foi.

Les membres les plus notoires de ces Touré de Banko sont :

Abou Salam Touré, né vers 1880, fils de Brahim, et maître d'une école d'une vingtaine d'élèves, dont quinze vont à récole française. Abdou Salam est un homme distingué, connu jusqu'à Kayes , et dont l'influence tant sur son prestige personnel que sur l'héritage spirituel de son père Brahim., Celui-ci fut en effet un marabout de renom, qui était en quelque sorte le cadi de Bamako musulman à notre arrivée, et que nous consacrâmes dans ces fonctions. Il avait fait ses études à Dienné, et passait pour le marabout le plus instruit de son temps à Bamako. Son père, Tafsirou, était venu le premier s'installer à Bamako,. Originaire d'une famille touatienne, il été né, semble-t-il, à Sokolo, puis, comme maître d'école, avait fait successivement Banamba et Ségou. Sa science lui avait valu le surnom de Tafsirou, c'est-à-dire de « commentateur », ou plus simplement ici de <<. lettré de mérite ». 11 avait avec lui son frère qui resta en route,

Abdous-Salam est, comme son père Brahim Touré, tidiani. Ils ont reçu l'ouird de Tierno Hadi, missionnaire toucoulenr du Chérif de Nioro, Mohammed ould Abd Allah, étudié ailleurs.

Sidiki Touré, plus connu sous le nom de Sidiki Fasse, qui indique son origine marocaine. Pas plus que les autres, il ne sait rien sur l'émigration de ses ancêtres. Son grand-père Saïdou venait de Niamina, mais était né à Sékou : il s'installa à Bamako. 11 eut un fils du nom de Saidou, aussi, et qui est le'père de Sidiki. Celui-ci, né vers 1870, a quelque instruction dont il fait bénéficier la quinzaine d'élèves de son école. Il est qadri par affiliation de Baba Diabi, moqaddem local, qui a fini ses jours à Bougouni, et qui était le disciple d'un missionnaire kounta. Il exerce les fonctions du président du tribunal de subdivision. Sidiki Touré est mort le 12 décembre 1917. Il a été remplacé à la tète du Tribunal indigène par Sidiki Fassou, dont le diamou indique aussi nettement l'origine.

Enfin la famille, fils et neveux d'Abidian Touré, où se recrutent les chefs de Bamako musulman. Aucune personnalité n'est digne de mention.

En dehors de Bamako, on rencontre quelques Touré ou Haïdara dans les trois petits villages à demi islamisés de la subdivision; ces villages sont peuplés surtout de Malinké restés fétichistes. A côté d'eux, des dioula, devenus par la suite cultivateurs, ont pris pied et représentent, sans lui faire honneur, la religion islamique. Ces villages sont : Kéla, où Chékou Touré, né vers 1860, et almamy local, et Faraba Haïdara, né vers i865, ont deux petites écoles. Les habitants de Kéla se disent Chorfa. Leur ancêtre Ismaïla venait de Bagdad ; il parcourut l'Afrique en tournée de quêtes. Il s'établit à Ségou où se trouve une partie de sa descendance ; mais un de ses fils poussa jusqu'à Kéléa (Bougouni)où il mourut. Le fils de Lamin, du nom de Mambi, vint s'établir à Kéla, où habitait déjà une famille de griots. Sibibougou et Kansaba, où deux Peul, Cissé, c'est-à-dire savants d'Islam, en portent le drapeau. Sibibougou est, comme le nom l'indique, une création de la famille maure Sibi de Tichit. Il n'y a guère aujourd'hui

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que des Malinké, comme à Kanguba. Samayana, où Fodé Diawara, disciple de Brahim Topré précité, tient école. Samayana est un village malinké où prédominent les Diakité ; mais un petit groupe sarakollé, dont Fodé Diawra est le représentant le plus notoire, y tient ferme la bannière de l'Islam. Le canton de Samayana est peuplé de races diverses et mêlées, venues avec Samba Dié des Etats de Samory. Les noyaux islamiques y sont rares.

Le mouvement d'immigration des Touré paraît s'être arrêté depuis un quart de siècle. En revanche, la prospérité commerciale de Bamako y attira, chaque année, de nom- Maures, dont quelques-uns tendent à se fixer. Le même phénomène se reproduit le long de la bordure saharienne : de Saint-Louis au Niger, les Maures industrieux ou affamés descendent sur les pays noirs. Deux des plus florissantes écoles coraniques de Bamako sont dirigées par des Barteïl de Oualata : Mohammed Lahsen ould Arabi, qui a une vingtaine d'élèves, et surtout Sidi xMohammed ould Tolba, qui en compte plus de quarante. On trouve dans cette clientèle scolaire aussi bien des enfants de Touré ou de Marka locaux que les fils des ouvriers et employés ouolof, toucouleurs, sarakollé, que l'essor de la ville française a attirés et utilisés.

A signaler encore Sidi Mohammed Sibi ould Abd Allah, né vers i85o, commerçant, originaire de Tichit. Son grandpère, Sidi Mohammed était venu tâter la fortune auprès d'Al-Hadj Omar, lors de son passage à Nioro. Déçu, il rentra à Tichit. Son fils Abd Allah s'attacha à la fortune du conquérant et le suivit à Ségou. C'est là qu'il mourut apjès avoir fidèlement servi le maître foutanké, puis son fils. Sidi Mohammed Sibi est né à Ségou, d'une mère noire. Il est venu s'installer à Bamako, en 1900, et s'y est fixe; c'est un des notables musulmans de la ville.

Le deuxième élément islamisé de Bamako, plus fervent, plus instruit et sans doute plus intransigeant, est l'élément

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marka, descendu progressivement depuis un siècle des marches du Nori.

Les plus notoires sont : les Kanadyigui, dont trois frères Gaouchou, Karamoko et Bobili, sont les membres les plus en vue. Gaouchou, vient de mourir, jeune encore, en igiô. Il'était le plus instruit et jouissait d'une certaine influence, ce qui lui avait valu uneplacede juge suppléant au Tribunal de cercle. Élève et tout d'abord disciple qadri de Bou Kounta de Tivaouane, il avait fini par passer au Tidianisme omari.

Modi Dramé^ fils de Mamadou Lamin, né vers 1872, originaire d'Ambidedi (Kayes). C'est le marabout le plus instruit et le plus ouvert de la subdivision. Son désir d'instruction Ta conduit à Tombouctou, où il a passé plusieurs années auprès d'un maître de renom, Alfa Mamadou Konaté, qui lui a d'abord donné l'ouird tidiani, puis l'a consacré moqaddem de cette voie, dans la filiale des Karabinta Bozo de Dia. Modi Drame est juge titulaire au Tribunal de cercle.

Bassola Taraoré, originaire de Dia, né vers 1870. Il est assez connu dans le cercle, et en aval, ayant été jadis employé comme courrier politique. Élève et disciple qadri de Bamou Touré, de Bamako, il se brouilla avec son maître le jour où celui-ci, fâché de voir qu'il distribuait l'ouird sans avoir reçu les pouvoirs de moqaddem, lui retira jusqu'à la simple affiliation. Bassola s'en fut alors trouver Almamy Taraoré de Dia, qui lui conféra Touird tidiani. - ;^

Gaoussou Kouroumaka, originaire de Sansanding, né vers 1882, fils et élève d'un marabout de renom, Almamy^ Ma Ciré, dont le souvenir vit encore chez les [musulmans de Bamako. Il était moqaddem de l'ouird qadri, ayant reçu ces pouvoirs de Baba Diabi, missionnaire des Kounta déjà vu et était l'almamy local à notre arrivée. Gaoussou prétend avoir hérité des pouvoirs de moqaddem de son père.

Bakari Kalé, né vers 1840 à Dia, venu àSégou vers 1868, pour y commercer et qui s'y est fixé. Il est disciple qadri de son père Mamadou Kalé, de Taya (Macina), et, par lui, se rattache à l'obédience kounta. Almamy de la grande mosquée de Bamako, vénérable par son âge et ses vertus, possesseur d'une bibliothèque de 5o volumes, directeur d'une école de 25 élèves, Bakari est le marabout le plus considéré de la ville. Il nous a, dès le premier jour de l'occupation, montré beaucoup de dévoûment.

Chékou Simbara, né vers i85o, à Ségou,mais originaire de Dia. C'est un commerçant et un maître d'école apprécié. Il se rattache par son père au Tidianisme de l'école de Dia.

Amadou Bakayoko, métissé de Diakanké et de Marka, né vers 1870, à Bakadadji, à la lisière du Dinguiraye et de Fouta-Diallon. Il a suivi Texode des Diakanké de cette zaouïa, lors de sa dispersion en 1907-1908, et, sous la conduite du chef, Karamoko Kadiali, est venu s'installer à Marah Dina (Bafoulabé). Depuis, il se livre au commerce sur le haut fleuve et jusqu'à Conakry, utilisant les loisirs que lui laisse le négoce à tenir école à Bamako, Kouroussa, Mamou, etc.

En dehors des Somono, signalés ailleurs, il ne reste plus à mentionner dans la subdivision de Bamako que :

a) quelques petits marabouts peulsans importance, dont le plus notoire est Mamadou Ba, né vers 1872, originaire de Nioro, et qui est un élève et prétend avoir reçu les pouvoirs de moqaddem tidiani du Chérif Mohammed ben Abd Allah de Nioro. Il est en relations suivies avecOualiBâ, de Kayes.

b) le nom du musulman noir idéal, qu'on souhaiterait voir s'universaliser en Nigritie : Moussa Taravélé, interprète du cercle de Bamako. Moussa, élève du grand Cheikh Sadio Qoureichi de Goumbou est né, vers 1872, à Ségou. C'est un fort bon lettré arabe, et ce qui ne gâte rien, un homme très versé en français qu'il a appris tout enfant dans une école de Paris en 1892 (16, rue de la Victoire). D'origine bam-

bara, il parle un peu toutes les langues en usage dans la vallée du Niger (bambara, marka, maure, foul-foulbé, ouolof) et même quelque peu lepongwé du Gabon. Il a montré à diverses reprises qu'il était tout à fait dévoué à nos intérêts. Il a composé un 'petit dictionnaire bambara, fort pratique. Aujourd'hui, il se lance dans la culture de la pomme de terre et approvisionne Bamako et ses environs du précieux tubercule. Il est très considéré dans l'élément musulman local autant par sa science et sa riche bibliothèque que par la dignité de sa vie. Il est généralement suppléé dans la direction de son école par un moniteur et disciple, Sori Koulibali.

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