XI. — Subdivision de Balle
La subdivision de Balle, partie intégrante du cercle de Goumbou-Nara, s'étend en profondeur de la Baoulé, affluent
de droite du haut Sénégal, aux limites mêmes du Hodh. Assez étroite, puisqu'elle ne comprend que 5o à 60 kilomètres de largeur, elle est très longue et dépasse 3oo kilomètres.
Ce n'est qu'en novembre 1909 que Balle fut occupé par le transfert en ce village de l'ancien poste de perception de Kassakaré. En juillet 1914, malgré la suppression des droits d'oussourou et de pacage, Balle fut conservé et même transformé en poste administratif. Sis en effet dans la zone de transition des deux Sahel, il est peuplé de Peul, de Soninké, de Kagoro et de Bambara, qui appartiennent aussi bien aux familles de l'ouest que de l'est; il est parcouru par de nombreuses caravanes qui de Nioro vont vers Goumbou ou vers Tichit; qui de Kayes vont vers Nara. L'esprit général de ces populations noires a paru agité et souvent frondeur; 11 n'était donc pas inutile d'y maintenir un poste de surveillance et d'administration. On n'oubliera pas que plusieurs tribus maures, étudiées ailleurs, y ressortissent naturellement.
La subdivision comprend aujourd'hui : le Digna et le Gomintarabougou, surtout Bambara, le Koussata, peuplé des SarakoUé de la première invasion ; le Bakhounou, cœur du vieux territoire de Baghéna des auteurs arabes, et enfin le Kaarta-Bakhounou, transition entre le Sahel oriental et le Sahel occidental.
Les Bambara et la plus grande partie des Kagoro sont foncièrement fétichistes. L'Islam est représenté, en dehors des Maures et des Peul, par quelques Kagoro et par l'élément sarakoUé. C'est donc dans le Bakhounou, le Koussata et la Kaarta Bakhounou que fleurit la religion du Prophète. Il ne faut d'ailleurs rien exagérer. Un certain nombre de ces SarakoUé sont restés fétichistes. Quant aux islamisés SarakoUé et surtout Kagoro, ils ne suivent qu'avec l'indépendance ordinaire des Noirs les prescriptions religieuses. Un certain nombre d'entre eux aurait d'ailleurs tendance
à revenir dans le pays qui s'étend au N.-N.-O. de Balle, qu'ils ont dû quitter autrefois à cause des attaques incessantes menées par les Maures pillards. A la suite de l'occupation de Tichit, les gens du Bakhounou, désormais rassurés, ont repris le chemin du Nord. Il y a évidemment intérêt à encourager cette avancée des Noirs vers le haut pays, cette tentative de reconquête du Sahara.
L'influence de l'Islam s'est traduite ici, comme ailleurs, par la collation de noms arabes et de pieuses appellations à un certain nombre de villages. Par exemple : Missira (le Caire) et Khir el-Gagny dans le Koussata ; Dina, Médina, Ya Salam, Hamdallahi dans le Bakhounou.
Les villages soit sarakollé, soit kagoro, soit mixtes, les plus islamisés sont Balle, Dina, Barsafé, Dossorla.
Balle est un gros village de 2.000 habitants, peuplé en grande partie de Kagoro fétichistes. On y trouve 4 ou 5 petites mosquées, ayant chacune leur almamy et sa clientèle religieuse, et ne voulant nullement frayer avec les voisines. C'est tout à fait le régime de la petite chapelle. On remarque que ce n'est pas la question dévoie religieuse qui les sépare. Les fidèles sont indifl'éremment qadrïa, tidianïa ou non-affiliés. Il n'y a pas de diouma, chacun allant à son oratoire le vendredi. Ces mosquées sont toutes sans toiture.
Les principales personnalités sont : a) Dyimé Fofana, Soninké, né vers 1870. Il tient une école de 8 élèves. C'est un qadri, disciple de Mohammed Lamin Bayara, de Balle, décédé vers 1895 et se rattachant à l'école de Nioro. b) Brahima Wagué, Soninké, né vers 1870, commerçant ouvert et intelligent. Son école est fermée actuellement. Il a reçu l'ouird qadri de Cheikh Saad Bouh au cours d'un voyage. c) Nianguili Touré, dit Ibrahima, né vers 1875, écrivain d'arabe au poste. C'est un qadri, disciple de Mohammed Al- Routh des Tanouajib-Oulad Maintes (Nioro), qui relevait de Mohammed Lamin ould Qoreïchi ould Haouba et, par
ce dernier et son père Qoreïchi, de la vieille école qadrïa des Tanouajib et Tafoulalet. d) Banda Fissourou, né vers 1870, et qui vient de mourir en 1916. Il a été remplacé par son frère Kandioura Fissourou, né vers 1875, qui dirige une petite école de 5 élèves, peuplée surtout de ses fils. Ces deux personnages ainsi que leur frère aîné Fodé Baba et un marabout local de renom, Fodé SouleymanSibi, Sarakollé, originaire de Heïré, relèvent de l'obédience qadrïa.
Quelques autres marabouts de moindre importance relèvent de l'obédience qadrïa d'Abidin ould Sidi-1-Mokhtar, le père de l'actuel cheikh des Ahel Cheikh (Kounta du Hodh).
D/na, village créé par les Guirganké,puis évacué par eux, s'est repeuplé de Sarakollé. Une seule mosquée s'y élève, ne comprenant d'ailleurs que quatre murs sans toit. Trois marabouts y méritent une mention : a) Mamadou Drame, Soninké, né vers 1886, qui dirige une école de 7 élèves. Il est qadri, disciple de Cheikh ould Youssef, des Tanouajib- Ahel Sidi Mohammed (Kifîa), qui par Cheikh Al-Mahdi de la même tribu se rattache à la vieille école qadrïa des Tanouajib. b) Ali Hamadou Diallo, PouUo originaire de Macina, né vers i885, disciple qadri de Mamadou Abdoullahi, Poullo macinanké, installé à Demba, qui par ses maîtres se rattachait au grand cheikh kounti Sidi-1-Mokhtar. c) Mamadou Sakho, Soninké, né vers 1846, personnage très vénéré, imam de la mosquée.
Barsaféy petit village près de Balle, remarquable surtout par Mamadou Badyara, né vers i855, cheikh instruit, ouvert et intelligent. On en a fait le président du tribunal de la subdivision. Il dirige entre temps une petite école de 6à 8 élèves. Par son père Al-Hadji Badyara, il se rattache au Tidianisme du cheikh Omar. Il a fait une grande partie de ses études à Nioro.
Dossorla est un petit village de Sarakollé, où il n'y a qu'un nom à signaler : Ousman Silla, né vers i85o, qadri
Amadou Koumba, Cadi de Ségou, reïs des colonnes Galliéni, Archinard, etc.
TiERVO DiALLO,
Cadi de Ségou.
l'islam en pays bambara 143
de l'obédience d'Abdoulaye Souadou, qu'on a vu sous le titre de Monimpé; c'est le maître d'école et almamy du village.
Il ne reste plus à signaler comme élément islamisé sédentaire que trois villages de haratines, ex-captifs maures, qui ont gardé de leur séjour chez leurs anciens maîtres l'usage de la langue arabe et un certain attachement à leur foi. Ce sont : Ballé-Adabaï, aux abords du chef-lieu ; il paie 210 francs de capitation (exercice 19 18) et est sous les ordres d'Ahmed Bilali. Sélingoré, qui paie 129 francs d'impôt et a pour chef Sliman Merédié; et enfin Douaich-bougou, fondé vers 1840 et dont le nom indique bien le caractère mixte : village d'une colonie de captifs des IdOu Aïch. Ils prétendent descendre d'un Ousman O. Taleb Maham, venu du Tagant dans le Hodh, il y a fort longtemps. Douaïch-bougou se mélanise insensiblement sous le nom de Dossébougou. Le chef est Khiyar ould Maham. Les gens de ce village tendent à fusionner avec les Peul Sambourou, auxquels ils empruntent leurs coutumes et chez qui ils prennent femmes. Ils entretiennent aussi de bons rapports avec les Soninké et Kagoro voisins. En saison sèche, ils conduisent leurs animaux dans le Rigna, reviennent chez eux, au début de l'hivernage, pour les cultures, puis s'en vont dans le nord nomadiser avec les Roulam. Un marabout s'y est acquis une certaine influence par ses pratiques médicales : Habib Fal ould Jiddou.
Ces villages, et notamment Douaïch-bougou, donnent toute satisfaction par leur bon esprit et leur travail. Ils sont loin de ressembler à ces petites colonies de captifs fuyards des tribus maures, qu'on trouve dans beaucoup de villages noirs de la lisière du Sahel, véritables indésirables, paresseux, abrutis, et au surplus pillards comme leurs anciens maîtres.