‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 31 sur 75 · I. — Traditions historiques communes · texte numérisé non relu

I. — Traditions historiques communes

La tradition ouw^arbé attribue à cette famille peul des origines différentes de celles des autres Peul. Ils descendent, disent-ils, non d'Oqba Amir ben Yassir l'ancêtre général de la race, mais d'Oqba ben Nâfi lui-même, le conquérant du Takrour. On a vu plus haut qu'il existe une tradition kounta qui attribue au dit Oqba ou à son fils Al-Aqeb le transfert du Macina vers Tichit et l'Aoukar de Peul Aourba. Il y a dans ce rapprochement quelque chose de troublant, non qu'il faille en déduire l'origine arabe des Ouwarbé,

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mais parce qu'il semblerait qu'il y aurait donc eu une certaine fusion, lors de la conquête arabe, soit sous la forme d'unions, soit sous la forme d'asservissements. C'est d'ailleurs tout ce que savent les Ouwarbé sur ces prétendues origines arabes.

La tradition reprend plusieurs siècles plus tard. A ce moment, les Ouwarbé sont tous dans le pays d'Eddi, à la lisière du Fouta et du Oualo sénégalais. Ce pays d'Eddi est peuplé par une tribu poullo-foutanké, dit Ednabé. Les Ouwarbé émigrèrent de ces territoires à la suite de leurs démêlés avec le roi de Guédé. Son fils voulut s'emparer de vive force d'un magnifique mouton, sorte de mascotte de la tribu, ou plus exactement sans doute symbole de la richesse pastorale. Le berger, dit Boubou Bâ, offrit au fils du roi tous les autres moutons, mais s'opposa au rapt de cette bête. Comme l'autre l'enlevait quand même, il le tua. Les Peul durent alors s'expatrier pour échapper aux représailles. Les recherches faites dans le bas Sénégal ont établi qu'il existait bien aujourd'hui un village d'Eddi sur la marigot de Doué (cercle de Podor); mais il n'y a plus trace de fraction peule du nom d'Ednabé. Il y a toutefois des Ourourbé. Sous la conduite de l'ardo Bagui Ba, qu'ils élurent chef général, les Peul émigrèrent vers le Bakhounou. Ces faits sepassaient il y a trois siècles environ.

La tradition s'éteint encore, puis reprend avec Alfa Guidado au début du dix-neuvième siècle. Les Ouwarbé ont encore émigré et sont installés dans le Ouagadou auprès des Oualarbé. Leur ardo est à Montiogo. Les uns et les autres sont tributaires des Maures Oulad Mbarek, à qui appartient la prépondérance politique. Les deux grandes tribus peul se livrèrent de sanglants combats. Les Oulad Mbarek, sous la conduite de leur chef Mokhtar ould Omar, prirent partie pour les Oualarbé, et les Ouwarbé vaincus -durent évacuer le Ouagadou et se réfugier dans le Dioura (ou Karéri),à la lisière méridionale du Macina (vers i83o). IV. 10

Ils étaient alors plus ou moins groupés sous le commandement d'Al-Hadji Aliou et d'Ahmadi ould Ahmadi Ba, dit Bougouni Ba, parce qu'il affectionnait déporter un boubou de bandes de coton.

Une partie d'entre eux toutefois resta à Ténedié, à iSkilomètres à l'est de Nara, et ne quitta ce village que par la suite pour aller dans le Kourmary, puis pour revenir sur leurs pas dans l'Akor.

L'arrivée sur le Niger d'Al-Hadj Omar et de ses Foutanké contraignit les Peul à s'éloigner du fleuve et à remonter vers le nord (vers 1854). Al-Hadji Aliou conduisit les siens vers Alatonna, où il avait creusé un puits. Al-Hadj Omar l'ayant pris et emmené avec la plupart des chefs à Hamdallahi, d'où il ne revint jamais, Ahmadi Sidi, son frère, prit le commandement et vint dans le Kourmary, d'où par la suite il émigra vers l'ouest pour s'établir dans la province d'Akor, où fleurit sa descendance.

Le gros des Ouwarbé resta sous les ordres de Bougouni Bâ. 11 eut pour successeurs, d'abord son fils aîné Bou Bakar, puis son cadet Al-Hadji Bougouni Bâ. Al-Hadji Bougouni acheva l'exode du Dioura vers le Kourmary, puis poussa plus loin ces campements Ouwarbé et les conduisit dans la province de Nampala, où ils sont aujourd'hui.

Telle est la situation que nous avons trouvée en arrivant dans le Sahel oriental, et qui est restée telle de nos jours. En dehors des quelques Peul Ouwarbé, qui se sont fixés dans le Dioura et ont, à ce titre, été étudiés ailleurs, cette tribu se répartit en trois fractions, établies dans les provinces de Nampala, du Kourmary et d'Akor, et qui vont être étudiées successivement.

Dans un dernier mot, situons les Ouwarbé dans la société peul, d'après leurs propres déclarations.

Les Ouwarbé (au sing. Boaro) appartiennent à la grande division des Bah, au même titre que les Yalarbé (au sing. Dialalo) et les Sonnabé (au sing. Sonnadio). Dans la région

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de Sokolo, il n'y a que des Ouwarbé, et à peine quelques Yalarbé et Sonnabé, donc tous des Bah.

Les principales fractions sont : les Tarabé, qu'on trouve à Sogobara, Dounguel, Niakéré Kolima, et dans tous les villages de l'Akor.

Les Soudou-Dyadyé, qu'on trouve à Nampala, Boubou-

Modi, Goudrou, Barkérou, Donguel, Dinnw^eli, Diwambé^

Foutankobé, Torobé Rangabé, et dans tous les villages de

l'Akor.

Les Ouro-Yoro, qu'on trouve à Kobadi, Dyimbalanké»

Kolima, et dans tous les villages de l'Akor.

Les Tindérabé, qu'on ne trouve guère que dans le Kourmary et surtout à Kougoumi.

En dehors de ces fractions, il nV a qu'une seule famille à signaler : les marabouts Moussankobé, qui habitent l'Akor.

La langue des Ouwarbé, quoique très proche du poulfoulbé des Peul du Macina, leurs voisins, est dite poulfoulbé.

De nombreux Rimaïbé de toute origine cultivaient les lougans des Ouw^arbé de Sokolo. Leur libération en 1907 amena de graves difficultés qu'on résolut péniblement, en faisant appel à la coutume même des « Ouwarbé » er^ cette matière. Cette coutume stipule que tout serviteur doit disposer de deux journées par semaine pour la culture de son champ personnel. Il fut donc convenu que les « Rimaïbé» garderaient en toute prospérité: i"* les biens provenant soit directement, soit indirectement du travail de ces deux journées ; 2° les lougans possédés en vertu de la coutume sus-indiquée, lougan qu'il était facile d'étendre dans un pays où la superficie des terres en friche est considérable. Cette solution fut accueillie avec joie par les Rimaïbé. Quant aux Foulbé, ils ne purent que l'accepter,, feignant, en gens méfiants, de se croire convaincus pour éviter un traitement plus rigoureux et parce qu'on avait

Tair de respecter les usages séculaires de leur race. Ils semblèrent d'ailleurs satisfaits quand ils apprirent que toutes les actions en revendication qu'ils croiraient devoir intenter à leurs anciens serviteurs seraient examinées par les tribunaux indigènes avec la plus grande attention et solutionnées le plus équitablement possible. Ils espéraient par là recouvrer la plupart du temps leurs anciens captifs. Depuis cette époque, les difficultés se sont quelque peu apaisées ; mais la captivité est trop ancrée dans les mœurs pour qu'on puisse la croire supprimée par un trait de plume et pour que ceux des maîtres qui subissent cette perte ne nous en fassent pas un grief impardonnable.

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