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Kingui Ouolof.
Kingui Peul.
Kingui Peul Rangabé.
Kingui Peul Toronké.
Toucouleurs Foutanké.
Toucouleurs indépendants.
Sangha Diawando.
Sangha Khassonké.
Gomitarabougou.
Digna.
Villages indépendants.
Le territoire sahélien est profondément islamisé. Sur une population totale de i iS.ooo habitants, il y a 109.000 musulmans et 4.000 fétichistes seulement, soit moins de 4 p. 100. Ces fétichistes sont surtout des Bambara, soit du Massassi, soit du Koussata, du Digna et du Gomintarabougou, soit enfin des villages indépendants.
Ce sont, comme partout, les Maures (peu nombreux), les Peul, les Toucouleurs et une grande partie des Soninké qui sont les plus attachés à l'Islam. Le reste des Soninké, les Diawara, les Diawanbé, les Kagoro, les Khassonké sont, peut-on dire, des musulmans de deuxième catégorie, peu pratiquants, tièdes observateurs des lois islamiques et invinciblement attachés non seulement à leurs coutumes juridiques et sociales, mais encore à nombre des survivances de leur passé fétichiste.
L'Islam a considérablement progressé dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle avec Al-Hadj Omar, et par la même occasion le Tidianisme du grand conquérant a partiellement détrôné le Qaderisme, seul en vigueur jadis.
Nioro fut, sous la domination toucouleure, plus que le chef-lieu très important d'une grande province. Ce fut l'une des capitales de Tempire, celle qui assurait la liaison entre les États de l'Ouest, berceau de la race, et ceux de l'Est, siège du pouvoir. Elle fut la métropole où l'abondance, la vigueur et la foi de l'élément torodo semblaient assurer pour de longs siècles la domination politique et religieuse des conquérants. Ils n'eurent aucune peine à s'assimiler leurs cousins peul des diverses provinces ; ils y furent d'ailleurs aidés par les Peul Toronké, venus avec eux du Fouta. La tâche fut plus malaisée avec les Soninké et surtout avec les Kagoro et Diawara. Elle fut tout à fait difficile avec les Bambara des trois provinces Massassi, Digna et Gomintarabougou. Ceux-ci, vaincus à maintes reprises, durent se soumettre. On leur imposa plusieurs des prescriptions religieuses, auxquelles l'Islam ne soumet pas en
principe les peuples qui acceptent le joug et desquelles les Toucouleurs eux-mêmes dispensèrent la plupart des peuples fétichistes qu'ils asservirent. Ils reçurent des cadis, qui firent appliquer les lois d'État, notamment en ce qui concerne le statut familial et le nombre de femmes. Ils durent même prononcer l'acte de foi; mais on n'alla pas plus loin.
Avec les autres populations semi-islamisées, les Toucouleurs montrèrent plus de clémence. Elles reçurent des cadis, mais ceux-ci eurent l'ordre de s'entourer des lumières des marabouts et notables locaux, et d'appliquer le plus souvent possible le droit coutumier.
Par ailleurs tout le monde était soumis au paiement du" « diaka » (zaka) ; les percepteurs toucouleurs le faisaient rentrer aux époques canoniques et des détachements en armes venaient montrer aux récalcitrants ce que peut le bras séculier au service de la foi.
C'est à cette date que le Qaderisme, jadis voie dominante dans cette partie du Sahel, doit céder la place au Tidianisme. Al-Hadj Omar ne paraît pas avoir imposé sa voie par la contrainte, mais toutes ses faveurs allaient aux Tidianïa et spécialement à ceux de sa branche. Pour lui faire leur cour, les gens demandèrent Taffiliation nouvelle et délaissèrent le Qaderisme de leurs pères.
Il n'y eut à Nioro, après la mort du conquérant que deux moqaddem officiels : son fils et héritier Ahmadou Chékou et un Maure tichiti, Sidi Abd Allah ould Mohammed Sarir, qui d'ailleurs ne conférait l'ouird qu'en l'absence d'Ahmadou. Deux fois par an, aux deux grandes fêtes, à l'issue de la prière solennelle, le moqaddem distribuait d'un seul coup l'ouird à toute l'assistance, ou le confirmait à ceux qui l'avaient déjà. C'est ainsi qu'Ahmadou en usait pour Dinguiraye, mais plus librement encore, puisque c'était par l'audition de ses lettres qu'on recevait l'affiliation.
Aujourd'hui on s'est relâché de cette unité de direction, et une quinzaine de marabouts au moins prétendent au titre de moqaddem.
Telle était la situation, quand Archinard occupa Nioro en janvier 1891, et mit fin .à l'empire théocratique des Torodbé. D'un seul coup, tout l'élément bambara revint à son fétichisme d'antan, et par la même occasion fut pour nous une source très précieuse d'auxiliaires dévoués; quelques-uns seuls ont conservé l'usage du salam, mais conjointement avec l'usage des liqueurs fortes et la consommation des aliments défendus. Il n'y a pas que les peuplades à faire machine en arrière. Nombre de captifs dispersés dans les villages musulmans et restés volontairement au service de leurs maîtres ne se croient plus, sous le nouveau régime, obligés de faire la prière. Ils font toutefois donner à leurs enfants une éducation religieuse. Certains autres au contraire, qui étaient restés rebelles à la violence, résistent moins à la persuasion. En 1912 par exemple, on constatait qu'une dizaine d'ex-captifs de Niagoméra (Yélimané) s'étaient convertis à l'Islam, « pour faire le salam comme tout le monde », disaient-ils, ce qui est exact, mais surtout pour avoir accès dans une société dont leur condition de captifs de la veille leur fermait les portes. La libération des Français les avaient émancipés à leurs yeux; l'affranchissement de l'Islam les émancipe aux yeux de leurs compatriotes.
Comme on le verra plus loin, les gens du Nord (Marocains et Maures) ont fait beaucoup de prosélytisme dans cette partie du Sahel. Mais ks Noirs étrangers n'y ont fait, depuis un demi-siècle, que quelques fugitives et infructueuses apparitions. On trouvait en 19 12, à Yélimané- Refuge, village d'anciens captifs, surtout Senoufo, restés fétichistes, et le seul centre de la subdivision de Yélimané qui ne possède pas de mosquée, un petit marabout mossi, aussi zélé qu'ignorant, qui réunissait tous les soirs dans
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sa case pour faire salam les candidats musulmans. En 1914, est arrivé à Nioro un Sidi Baïdara, soi-disant fils de Bou Kounta, deTivaouane,et appelé d'autre part Sidi Mokhtar Fofana, Bou Bakar Haïdara et enfin Mokhtar Daramé. Chassés de Bakel comme imposteur par les marabouts locaux, expulsé de Bafoulabé après condamnation à une peine disciplinaire pour vagabondage, il était allé chercher fortune en Gambie. En 1914, il prenait pied à Nioro; il y gagne péniblement sa vie ^n vente d'amulettes et pratiques plus ou moins licites.