‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 49 sur 75 · I. — La ville · texte numérisé non relu

I. — La ville

Nioro est une des grandes villes du Soudan, avec ses 3.5oo habitants, auxquels il faut ajouter une population flottante de 5oo personnes.

Le fonds de la population est hétéroclite. L'élément principal est vieux-soninké, ou marka, comme on dit souvent ici, par emprunt aux Bambara. Il est constitué par les trois grandes familles Diakité, Silla et Maguiraga. Cet élément soninké, le plus nombreux, est aussi le plus influent. Mostafa, le lieutenant d'Al-Hadj Omar, ne faisait preuve que d'esprit politique, quand il choisit parmi eux son cadi. Mais l'exaspération des Toucouleurs et les critiques d'Ahmadou Chékou furent telles, qu'il dut, pour se justifier, prouver, à tort ou à raison, qu'il n'avait que suivi les instructions de son maître.

A ce fond sont venus se joindre, par la vertu d'Al-Hadj Omar, des éléments toucouleurs, peul, ouolof et soninké, ceux-ci de deuxième couche, tous inféodés naturellement au Tidianisme du maître, et très religieux.

Des Maures surtout de Tichit, soit commerçants, soit pédagogues, soit aventuriers de tous poils, sont venus cher-

cher fortune dans ce brillant makhzen toucouleur et y ont fait souche, donnant naissance à un nouveau quartier. Ils ont naturellement prisTaffiliation du maître, mais l'ont rénové, et ce sont leurs descendants qui dirigent ici, à Theure actuelle, les destinées de la Voie.

Restent à signaler quelques Diakhanké,Diawara et Khassonké, moins islamisés, et aussi des Bambaraqui, vu l'ambiance, font profession ouverte, au moins extérieurement, d'Islamisme.

La ville comprend aujourd'hui six quartiers : a) Kabala Kounta ou quartier des Kaba. Il a pour chef Moussa Kaba Diakité, qu'on verra plus loin, b) Silla Kounda, ou quartier des Silla. Il a pour chef Kandioura Silla, personnage considéré, c) Dianwel Kounda, ou colonie du village voisin de Dianweli. Son chef est Kaoura Kamara, personnage insignifiant, d) Maguiraga-Kounda, ou quartier des Maguiraga. Son chef Fodé Saloum est plein d'allant, e) Tichit- Kounda, ou quartier des gens de Tichit et autres Maures, tous fortement métissés d'ailleurs. Le chef est Mohammed ould Aleïa, qu'on verra plus loin. Il y a là une centaine de personnes de Tichit, une cinquantaine de Oualata, quelquesunes de Néma et de Sokolo, et même des Tekna d'Oued Noun. /) Diakha-Kounda, ou quartier Diakhanké, dont le chef, Madi Hawa Nimaga, est un brave homme sans autorité.

La ville de Nioro ne remonte pas à une haute antiquité. Une tradition locale dit qu'elle fut créée, vers 1672, par un certain Beïdar, captif de Diawambé. Ces Diawambé, venus du Diolof, campaient ici pendant la saison sèche et émigraient vers le nord en hivernage. Ils laissaient à la garde de leur dépôt du sud ledit captif, autour duquel vinrent se grouper divers individus. Ce fut la naissance du hameau, qui resta près de deux siècles sans grande importance. Une autre tradition rapportée par Delafosse lui donne un âge plus avancé : « Vers l'an i3oo, la ville de Nioro fut fondée

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