‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 6 sur 75 · III. — Le Kaméra · texte numérisé non relu

III. — Le Kaméra

Le Kaméra formait jadis avec le Niagala et le Tambaoura le pays de Bambouk, célèbre dans nos annales commerciales sénégalaises.

De ce Bambouk, dont le nom est aujourd'hui tombé en désuétude, la seule province du Kaméra a été touchée par l'Islam et renferme des colonies musulmanes : le Niagala et le Tambaoura sont restées intégralement fétichistes.

Les centres islamisés les plus importants du Kaméra sont : Tamboukané, où sur trois marabouts maîtres d'école, deux. Arma Cissé, né vers 1872, et surtout Fodié Tandiagara, né vers 1862, ont quelque renom. Touba Boukané, où un autre personnage est à signaler, plus intrigant que véritable marabout: YassaBakili. Né vers 1876, Sarakollé, Yassa était fils de Barka Bakili, qui fut un bon serviteur et que le général de Trentinian nomma chef de Kaméra (1894). Le jeune Yassa, venu à Kayes en 1898, se plaça comme boy, puis comme boutiquier chez divers Européens ; il vint ensuite chercher fortune à Dakar, où il fit à peu près tous les métiers. Il y a acquis un mauvais esprit évident. Rentré à Touba Boukané, il s'employa à semer la haine et la division. Gravement compromis dans l'aventure de Fodié Ismaïla, comme on le verra plus loin, il fut

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envoyé pour cinq ans à la Côte d'Ivoire. Sa peine expirée, il rentra à Kayes, atteint d'aliénation mentale, y brisa des cases, et fut finalement confié à son frère, Soulé Bakili, qui le garde aux fers dans ses accès furieux. Entre temps, il s'adonne aux cultures. Son oncle est chef des Makana : C'est Mamadou Sendé Bakili, personnage considéré.

Moussala, qui compte quatre marabouts dont un seul de renom : Samala faramé, maître d'une école d'une vingtaine d'élèves.

Gakoiira, où domine la famille maraboulique des Gako.

Drame, centre important, où l'on compte plus de quinze personnages faisant profession attitrée de marabout ou de maître d'école. Les plus en vue sont : Bakari Si, né vers 1840, almamy; FodéMaka Daramé, né vers 1845, chef du village ; Alamadi Si, dont l'école compte une vingtaine d'élèves.

Lanel Mody, où l'on trouve une demi-douzaine de marabouts. Le plus notoire est le vieux Fodé Talibé Cissé (Mahmadou Kounti), né vers 1845, fils de Binné Cissé, marabout connu aussi. Fodé a fait ses études à Ndiawara (Bakel) et n'est rentré qu'à un âge avancé à Lanel. Il a suivi comme les autres la fortune d'Al-Hadj Omar d'abord, de l'agitateur Mamadou Lamine ensuite. Il quitta Lanel vers 1899, po^r venir à Tichy, dans le Guidimaka. En mai 191 1, une grande réunion de marabouts qui eut lieu à Ndiawara pour régler, dit-on, la succession difficile de Cheika Ndié Idé, attira l'attention de l'autorité sur ceux qui y prirent part. Se sentant surveillé, Fodé a abandonné Tichy iivec les siens pour rentrer à Lanel.

Ses nombreux enfants font, comme lui, les marabouts cultivateurs.

Tafarcirga, célèbre par ses quinze marabouts. Trois seuls méritent de retenir l'attention : Chékou Daramé, né vers 1880, et Fodé Hamadi, ^né vers 1848, les maîtres d'école les plus réputés ; Massiré Soumaré, né vers 1877. qui a fait le pèlerinage de la Mecque. Ils sont les disciples

de deux maîtres de renom de la génération précédente : FodèSékou Silla, de Tafacirga, et Fodé Ibrahima, de Sangalou.

Et enfin Gouiioubé, où sur huit marabouts six enseignent le Coran. Fodé Mamadi Samba, né vers 1840, et Fodé Boubou Ndiaye, né vers i835, vieux marabouts très considérés, se déclarent moqaddem tidianïa de la région. Les autres n'ont aucune importance ; plusieurs d'entre eux ont fait leurs études à Sélibaby.

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