II. — MÉDiNE (Khasso
xMédine est une ville très islamisée, où divers éléments ethniques toucouleurs, ouoiof et malinké, fort attachés à la religion du Prophète, sont venus, tout en commerçant, exercer leur prosélytisme sur une population de Khassonké, déjà attachée à l'Islam.
Le nom de Médine est lui-même une réminiscence de la Médine d'Arabie. La tradition rapporte qu'avant de construire le village, Awa Demba Diallo avait demandé à un marabout maure, nommé Sidi, de lui indiquer un bon emplacement. Sidi fixa l'endroit où s'élève la ville actuelle, et on l'appela Médine en l'honneur de la ville prophétique. Ces faits se passaient au début du dix-neuvième siècle, vers 1800 environ. La tradition est presque exacte. Mungo Park passait en effet en 1796 à Madina, alors hameau naissant.
Les Khassonké, pris dans l'orbite de la révolution religieuse du Fouta Toro, venaient de s'attacher ou de se réattacher depuis quelques années à l'Islam. Mungo Park, de passage dans le Khasso au début de 1796, signale un curieux ultimatum du célèbre Almamy Abdoul-Qader le Foutanké, mettant les Khassonké en présence de la conversion ou de la guerre à mort.
Le prosélytisme de Cheikh Sidïa Al-Kabir se fait sentir à Médine, au rnilieu du dix-neuvième siècle, et y laisse des
traces durables. Cest toujours son influence qui est prédominante à Médine : les marabouts, imam et maîtres d'école les plus notoires : Tierno Hamat Kane, Mamadou Wagué, Amadou Diallo, Alfa Oumar, qu'on verra plus loin, sont rattachés à son obédience qadrïa.
A la différence de Kayes, l'élément foutanké tidiani n'exerce ici que fort peu d'influence, et on nourrit contre lui une haine aussi vigoureuse que celle qui anima les héroïques défenseurs de Médine de iSôy et leurs fidèles auxiliaires khassonké contre Al-Hadj Omar et les siens.
Cette haine se traduit d'ailleurs par des actes. En 1890, lors des opérations contre Ahmadou Chékou, à Nioro, les Khassonké nous fournirent d'eux-mêmes un goum, recruté et soldé à leurs frais.
Le côté religieux se mêlait si bien à la lutte politique, que plusieurs traitants torodbé-ouolof refusèrent de faire cause commune avec leurs voisins et entretinrent même une correspondance amicale avec Ahmadou. Ils lui envoyèrent d'importants cadeaux et en remirent d'autres à son représentant de Médine, Samba Saïdi. L'un d'eux, Papa Demba, alla même plus loin. Alors que les hostilités étaient engagées, il essaya nuitamment de faire passer un de ses agents chez Ahmadou, avec mission de signer un traité d'alliance contre nous. Il fut arrêté et mis en jugement. Mais il n'attendit pas sa condamnation et s'empoisonna dans sa prison, en inscrivant sur les murs : « Je meurs pour notre Voie tidiani, qu'elle soit glorifiée. »
On en fît un martyr et ses compatriotes et frères mystiques élevèrent sur sa tombe une haute pyramide blanche, entourée d'une belle grille; le socle, en pierres détaille, était couvert d'inscriptions arabes, célébrant Allah et ses « fidèles » serviteurs.
On ne le toucha pas, mais quelques années plus tard, le commandant Klobb, passant à Médine, et ayant reçu diverses demandes de la part de la colonie musulmane ti-
diani, leur montra le monument, en leur demandant ce qu'il signifiait. On ne répondit pas, mais le soir même une délégation officielle allait rendre compte à Kayes que le monument n'existait plus.
Les principaux marabouts sont :
A Médine même :
Mamoudou Sal, Toucouleur du Toro, né vers i85o, il a reçu l'ouird tidiani d'Ahmadou Chékou, à Nioro. Il rapporte que le fils d'Al-Hadj Omar, en le bénissant, lui recommanda ainsi qu'il le faisait à tous ses disciples: i" de ne s'attacher à aucun Cheikh ; 2« de se solidariser toujours avec ses frères.
Alfa Oumar Dem, Toucouleur du Damga, né vers i865. C'est un des maîtres d'école les mieux achalandés de Médine. Il a 25 élèves, dont la plupart vont à l'école française et ne viennent à son école coranique qu'après lo et i6 heures. Il a reçu l'ouird tidiani, à Nioro, d'un commerçant maure, Cheikh ould Sidi, des Ahel Bou Hijja, que ses aff^aires appellent à Nioro, Oualata et Kayes.
Amadou Diallo, né vers 1880, le maître de l'école la plus florissante de Médine : 25 à 3o élèves. Il est secondé par Kola Cissé, de Dienné, né vers 1876, tailleur à ses moments perdus. Il est arrivé ici avec son maître, Ahmadou Wangaraba, se rendant tous deux à la Mecque. Le maître étant mort, Kola Cissé se mit au service d'Amadou Diallo.
Tierno Amat Kane, né vers 1878, maître d'école, cultivateur et commerçant. C'est l'almamy de la mosquée de Médina-Khasso.
Ousmana Sidibe, Mandingue du Ouassoulou, né vers i85o, cultivateur venu s'installer à Médine vers i885. A la différence des précédents qui sont pour la plupart tidianïa, Ousmana est un qadri, qui par son maître Hamadou, PouUo du Macina, mort dans le Bakhounou, se rattache aux Kounta.
Hadi Keita, Malinké, né vers 1870, petit maître d'école, disciple qadri, par son maître Lansana, du Cheikh 3ou Kounta, de Tivaouane.
Abdoul Qadri Keita, Malinké, né vers 1880, maître d'une école de 20 élèves. Il est qadri et par sa chaîne : Ali ould Arfa, Maure Qodof de Nara, et Cheikh ould Chérif, des Joumane, se rattache aux Kounta.
Silatigui Barayoro, d'origine diakanké,. né à Kellade, disciple qadri de Fa Kaba, malinké de Bonko (Bissikrima) et par lui de Saad Bouh ;
Demba Diop, commerçant ouolof, disciple d'un ancien traitant ouolof, Amar Sempélé qui a laissé un certain renom à Médine et était disciple de Cheikh Sidïa Al-Kabir. Demba Diop est imam de la grande mosquée de Médine.
La famille des Diallo, chefs du Khasso, issus d'Awa Bemba, qui chassés de Koniakary par les Bambara, vint s'installer à Médine et s'y maintint. Son fils, Sambala, lui succéda et après lui {f 1880) ses fîls,SidiGuessé, puis Sadio Sambala. Les principaux personnages sont, à l'heure actuelle : Diaté Demba Diallo, chef du canton de Khasso» dont Médine est la capitale. Il n'a pas d'ouird. Sadio Sambala Diallo, chef de Médine depuis 1892 et fils du précédent. C'est un chef fidèle et dévoué, qui nous a rendu les plus précieux services. La perception des impôts et le recrutement sont assurés d'une façon parfaite chez lui. Il s'est livré à des cultures nouvelles avec une intelligente activité. Il se relie au Tidianisme toucouleur par Alfa Demba, disciple du Cheikh Omar. Il a servi dignement comme chef du goum khassonké avec Borgnis-Desbordes contre Sa mory, et avec Archinard contre Ségou. Son fils aîné, Demba, né vers 1898, achève ses études à l'École normale de Gorée et fera un excellent instituteur. Sambala Modi Diallo, frère de Diaté, assesseur au tribunal de Kayes. Il est qadri et se rattache à Cheikh Sidïa par le forgeron Mamoudou Kanté, qui fut élève du grand Cheikh.
Yassa Bakili, de Touba Boukané (Kayes).
LA RÉGION DE KAYES l5
Dans la douzaine de villages qui constitue le canton de Médine, ou cœur du Khasso, il n'y a guère à signaler que :
Mamoudou Sal, né vers 1878, almamy et maître d'école à Dinguirabougou ; Tamsir Wad, né vers 1860, à Lomba; Cheikh Bakari Kamara, d'origine Kagoro, né vers 1860, disciple de Cheikh Sidïa Baba, maître d'école assez réputé et directeur spirituel d'une dizaine de talibéàKenioukouta; et enfin Abdoullahi Haidou, né vers 1872, et Moussa M akandian, né vers 1867, maîtres d'école à Sabouciré.