‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 65 sur 75 · CHAPITRE VII LES DIAWARA · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LES DIAWARA

Les Diawara du Sahel occidental, vivant au milieu des Soninké, sont à peu près complètement soninkisés. Ils nient toutefois être d'origine soninké ; et les Soninké leur dénient aussi cette qualité. Pourtant la langue, les mœurs, les coutumes juridiques et sociales, tout est identique, et les Bambara les ont pris pour des Soninké et les ont tenus pour tels sous leur domination. Il est vrai qu'en pays malinké, où ils sont très nombreux (Bafoulabé, Kita) ils sont parfaitement malinkisés. Cette adaptation de leur part ne doit donc pas faire préjuger de leurs origines.

Les Diawara, deuxième dynastie du royaume de Diara, ont eu, du treizième au dix-huitième siècle, une brillante histoire. On en trouvera le récit dans l'ouvrage de Delafosse (i). A partir de 1760, ils perdent peu à peu leur indépendance et tombent sous la domination bambara-massassi, subissant entre temps les déprédations des Maures Oulad Mbarek.

Aujourd'hui les Diawara sont à peu près tous concentrés dans le Kingui: 18.454, soit plus des 9/10. On en trouve quelques-uns dans le Bakhounou-Sud (669), et quelques autres dans les villages indépendants (587).

(l) Haut-Sénégal-Niger, t. II.

Dans le Kingui,ils constituent, sous le nom de Kingui- Diawara, un canton indépendant, où l'on ne trouve, à côté d'eux, que quelques centaines de Soninké.

Le Kingui fut le centre de l'empire Diawara dont Diara était la capitale. Le souverain du Ouagadou y avait son représentant. Par la suite, Diabigué devint la capitale. C'est aujourd'hui la province la plus diversifiée de tout le Soudan ; c'est une vraie mosaïque de races ; il comporte, à côté du canton diav^ara, de beaucoup le plus populeux, trois cantons peul d'origines diverses et des cantons ouolof, bambara, toucouleur et diaw^ando. Nioro en est aujourd'hui la ville principale.

Les Ouolof, venus avec Al-Hadj Omar et définitivement fixés ici, sont au nombre de 1.054. Us habitent de petits villages distincts, mais se toucouleurisent comme à Dinguiraye. Ils ont déjà perdu leur langue et leur coutume pour prendre celles des Toucouleurs. Ce sont des fervents musulmans, toustidianïa omarïa. Grands cultivateurs, ils éliminent la plupart du temps la culture du tabac, défendu par le Tidianisme local. Leur centre principal est Mounïa.

Les Diawara se partagent en deux groupes : Harémakanka et Bandiougou Ka.

Les Harémakanka comprennent quatre grandes familles :

A. — Les Oua/f^a, dont le chef est Dama Diawara. Dama, né vers 1880, fils de Magnamé Diawara, ex-chef de Diandoumé, est frère de l'ancien chef des Diawara. Ce fut un grand guerrier au service des Toucouleurs. Lorsque Archinard occupa Nioro, Dama vint lui offrir ses services, lâchant la fortune d'Ahmadou, qui, pour le récompenser de ses services, l'avait nommé chef de Tourourou, à la place de Dama Kondé. Archinard, séduit par le grand air de Dama, lui laissa son commandement et lui donnait bientôt celui de tous les Diawara de Kingui. Mais Dama profita de cette situation pour pressurer ses administrés,

et les plaintes furent telles, qu'en iSgS il fut révoqué et conserva seulement son titre de chef de Tourourou. C'était encore trop, car il continua ses opérations frauduleuses avec les Maures et fut finalement révoqué par Trentinian. Adroit, intelligent, jouissant d'une grande autorité chez les Diawara, connaissant admirablement le Sahel et ses habitants, Dama peut rendre de grands services, mais on ne saurait avoir trop de prudence dans son utilisation. Pendant vingt ans, il n'a cessé de donner du souci aux autorités à cause de ses dettes et des expédients de toute nature qu'il invente pour faire sa matérielle; il se distingue spécialement par ses escroqueries et abus de confiance vis-àvis des Noirs, et par des relations douteuses vis-à-vis des Maures. Malgré tout, il obtient tout ce qu'il veut des Diawara et, quoiqu'il ne soit pas le plus âgé des Oualika, il est considéré par eux, contrairement à la coutume, comme le chef de la famille. Il a rendu de bons services lors des recrutements.

B. — Les Damanka ont pour chef Dibi Diawara, deDiara, né vers i83o. Bon guerrier, il a pris part à toutes les guerres du Diawara contre les Massassi d'abord, et contre les Foutanké ensuite. Après la soumission des Diawara, il participa à toutes les expéditions d'Al-Hadj Omar et d'Ahmadou Chékou contre le Bélédougou, le Bakhounou, le Kaarta, le Diafounou, etc. Notable le plus âgé de la province, il est, conformément à la coutume, considéré comme le chef du canton. Mais âgé d'une centaine d'années, il n'est plus qu'un débris humain. Son fils Mamadou Dibi n'a aucune autorité et est même l'objet de Tanimosité générale.

C. — Les Aïssaka ont pour chef Diadoumbé Diawara, chef du village de Diabigué. Très vieux aussi, il est suppléé par Binta Sidi Diawara, actif, énergique et très estimé des Aïssaka. Il a rendu de bons services. Au premier jour du

recrutement, il présentait son fils et son neveu comme engagés volontaires pour la durée de la guerre. C'est un bon agent.

Les Boundiougouka comprennent quatre grandes familles :

D. — 'Les Niakhali Mouraka, qui ont pour chef Manana Diawara, chef de Nomo. Très âgé et infirme, il ne rend aucun service. Il est suppléé par son frère Kabou, qui, bien que plus jeune, ne vaut guère mieux.

E. — Les Sambaka, dontle chef est Samba Diawara, chef de Yéréré, personnage insignifiant. Les véritables têtes de cette famille sont: Gawa Diawara, de Yéréré, peu sympathique, et Moussoukoura Madiouma Diawara, chef du village deGourméra, assesseur au tribunal de subdivision, notable lidèle et dévoué.

F.etG. — Los Mokotika etFaréN'Galika^ dontle chef est Dibi Diawara, chef d'Assamangatéré. Président du tribunal diawara coutumier de la subdivision de Nioro, il a beaucoup d'influence sur les siens et nous rend de précieux services.

Chez ces personnages politiques, l'Islam n'est qu'un mince vernis et à peine une simple étiquette, puisqu'ils se dispensent à peu près tous de la prière, et qu'au surplus ils sont si fidèlement attachés à leurs coutumes, qu'il a fallu leur donner un tribunal spécial pour juger leurs litiges d'après leur statut. Mungo-Park avait déjà remarqué la chose en 1796, chez son hôte et guide, personnage distingué de Fioura : « C'était un de ces Nègres, qui aux pratiques du mahométisme joignent toutes leurs anciennes superstitions et même Tusage des liqueurs fortes. On les nomme «Johars »et ils forment dans ce royaume une nombreuse

et puissante tribu. » Il n'y a guère, en dehors des notables précités, que quelques petites et peu importantes personnalités maraboutiques à signaler :

A Yéréréj Fodé Yatabara, aujourd'hui disparu et qui a été le maître de son fils Mamadou et des 4 ou 5 petits maîtres d'école locaux.

A Diabigué, Fodé Saloum Badiara, qui \ient de mourir en odeur de sainteté. Son fils Mamadou est à Tourougoubé. C'est le marabout des Diawara et l'almamy de Diabigué. Le village important de Diabigué a une population mixte de Diawara et de Soninké, qui ont chacun leur mosquée. Le village, fondé par les Soninké de Niamina, dut être abandonné par eux à la suite de luttes avec les Diawara, que conduisait déjà, à la fin du dix-huitième siècle, un marabout du nom de Fodé Saloum Badiara. Ils s'en retournèrent chez eux, mais, avec la paix, des Soninké de divers points du Kaarta revinrent à Diabigué. Les uns et les autres durent évacuer la ville à la suite des conquêtes bambara. Al-Hadj Omar y mit des Toucouleurs. Archinard repeupla la ville avec ses anciens éléments. Aujourd'hui les gens de Diabigué proclament que le plus grand marabout du Sahel est Mamadi Aïssa de Nioro. Leurs notables n'ont aucun ouird. Un seul, Sillou Kandia Diaw, se déclare tidiani par consécration d'Ahmadou Ahmidou, petit-fils d'Al-Hadj Omar.

A Tourourou, Deidi Badiara, né vers 1872, disciple qadri de Fodé Samba Ndiaye de Kayes et almamy du village. C'est le maître de l'école la plus importante avec ses quinze élèves. Plusieurs autres petits marabouts dépendent des marabouts du Guidimaka de Kayes.

A Diandioumé, Diédi Badiara, né vers 1860, tidiani, almamy du village, et maître d'une petite école de 6 à 8 élèves.

A Diara, Kisma Ouagué, qui vient de mourir à un âge avancé, en odeur de sainteté, et qui a laissé deux ou trois disciples, maîtres d'école.

A Hamddllaye, Fodé Sépa Baba Fissourou, né à Balle vers 1881. Il a erré dans les diverses provinces pour faire ses études. Il a passé quatre mois à Boutilimit, où Cheikh Sidïa l'a nommé moqaddem qadri. Il vécut 2 ans à Koudatiou, sept ans à Dandioumé et ne quitta ce village que parce qu'on construisait une mosquée contre son assentiment. Il est actuellement à Hamdallaye et dirige une petite zaouïa où sa famille et ses talibés forment une cinquantaine de personnes.

Une partie des clans diawara : Doukouré et Sakho, à Gouba, se posent en familles héréditairement maraboutiques.

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