‹ Études sur l'Islam et les tribus du Soudan (volume 2)Chapitre 8 sur 75 · V. — Le Diombokho · texte numérisé non relu

V. — Le Diombokho

La grande province du Diembokho, quoique en majorité fétichiste, est fortement entamée par Tlslam. D'actifs agents de prosélytisme, soit Khassonké, soit surtout Toucouleurs, y ont fait sentir leur action et recruté des adeptes. La politique active de résistance à l'Islam, préconisée par le Gouverneur Clozel en igi i, et qui reposait sur le raffermissement des sociétés fétichistes, sur l'organisation d'un commandement local, nettement autochtone et coutumier, sur le maintien des traditions et des mœurs ancestrales, sur une police très active des marabouts étrangers, et sur l'expulsion de tout agent de trouble à base religieuse, a fortement contribué à maintenir ces indigènes dans la fidélité du passé. Elle leur a démontré que notre neutralité n'était pas une attitude passive, les laissant exposés aux perpétuels coups de force d'audacieux marabouts. Elle a soulevé un grand enthousiasme le jour où elle fut annoncée aux conseils de notables.

A-t-elle donné tous ses effets ? On peut en douter. Peu à peu, les bonnes volontés administratives de la première heure sont tombées et les notables indigènes, abondonnés à eux-mêmes, sont restés plus d'une fois sans défense devant le prosélytisme des foyers musulmans, nombreux et actifs, qui fleurissent dans le Diombokho.

Ici, encore l'attitude passive des éléments fétichistes et la neutralité indifférente de l'autorité française, assurera tôt ou tard à l'Islam, parmi les jeunes générations Khassonké, une victoire certaine et sans doute facile.

Un grand nombre des villages musulmans du Diembokho tirent leur nom de pieuses réminiscences islamiques ou arabes, tels Médina-Kouta, Touba, Salamou, Micira, Makadini, etc.

Les principaux centres islamisés du Diembokho sont : Koniakary^ gros bourg islamisé depuis plusieurs siècles et où l'activité de Tierno Moussa, lieutenant, fort religieux^ d'Al-Hadj Omar, a, entre 1860 et 1870, provoqué la création d'un important quartier toucouleur et donné à l'Islam local un regain de vitalité. Plus tard, Ahmadou Chékou y installa comme chef son frère Bassirou (vers iSyS), qui mena pendant plusieurs années le bon combat contre les païens voisins. L'on trouve aujourd'hui à Koniakary, entre les deux cités toucouleur et khassonké, vingt-cinq personnalités maraboutiques, la plupart enseignantes. Les principaux sont : a) Alfa Demba Diallo, fils de Samba, né vers i85o, toucouleur de Kolona (Boundou). Il vint s'installer très jeune avec ses parents à Koniakary. Il y ouvrit, vers 1880, une école coranique, et sa science et son zèle religieux lui attirèrent avec le temps une grande considération. Aussi fut-il choisi, en 1902, comme cadi de Koniakary. Son administration ne donna lieu à aucune critique. Quand lescadis furent supprimés, Alfa Demba rentra dans le rang, mais il a conservé de son passé le désir de se mêler des affaires publiques, et a été plusieurs fois rappelé à l'ordre pour ce motif. C'est un homme intelligent et ouvert, grand cultivateur et maître d'école toujours estimé. b) Son talibé et homme de confiance, Mamadou Diallo, ne vers i883, est un intrigant, qui a commis de nombreuses exactions dans le Diembokho ; c) Alfa Oumarou Bane, né vers 1860, almamy supérieur de la ville. Il vient de mourir,, à la geôle de Kayes^ en fin igi6. C'est lui qui en septembre 191 4 haranguait ainsi les fidèles à la grande mosquée de Koniakary : « Les infidèles se font la guerre entre eux ; ils se détruirent tous. Les Français, qui sont actuellement au Soudan, vont partir. Les temps sont proches où les croyants vont enfin être délivrés du joug des infidèles : il faut se tenir prêts. » Quelque temps après: « Qu'Allah nous délivre des infidèles qui nous oppressent, qu'il les

anéantisse dans sa grande force, et qu'il nous donne enfin un maître qui soit un vrai croyant. » d) Seidou Tierno, cousin du précédent, marabout influent et lettré, qui accompagne le chef de province et lui sert de secrétaire ; e) Tierno Daouda, frère d'Alfa Oumarou, cultivateur, personnage beaucoup plus efl^acé, et enfin/) Mamadou Ndiaye, né vers 1857, chef du village, personnage actif, énergique' et intelligent qui a jadis guerroyé contre Archinard et contre les provinces païennes du Diafounou, du Séro et du Kaarta. Les autres marabouts de tConiakary, aussi bien de K. Toucouleurs que de K. Khassonké, ne méritent aucune mention. La grande mosquée de Koniakary sert de mosquée-dioumapour toutes les localités de la province.

Batama, gros village soninké, où l'influence maraboutique se partage entre la famille locale des Doukouré, dont le représentant le plus en vue est Samba Nouh Doukouré, né vers i865, et la famille immigrée, d'origine toucouleure, les Wane, dont la personnalité la plus éminente est l'aîné des trois frères : Alfa Abdoulaye Wane né vers 1878. Son école paraît la plus fréquentée.

Bamata et Koumoré comprennent une demi-douzaine de maraboutaillons sans importance.

Diallané est un centre fortement islamisé. Une douzaine de maîtres, dont les moins favorisés ont 2 ou 3 élèves, et dont les plus respectés en ont de 8 à 10, distribuent l'enseignement coranique à une soixantaine d'enfants. En plus de ces petites écoles, un marabout de grand renom, Fodé Diédié, Daramé, né vers 1872, tient une sorte de zaouïa où fréquentent une cinquantaine d'élèves, dont plusieurs suivent des cours supérieurs. Beaucoup d'autres chefs de famille se disent marabouts, encore qu'ils ne professent pas et soient sans instruction. Il ne faut pas oublier que Diallané était le village d'origine de Mamadou Lamin. Sa famille y réside toujours : ses membres affectent volontiers d'être méfiants et fermés ; à plusieurs reprises, ils ont cher-

ché à se disperser dans la brousse pour rompre le contact et éviter toute surveillance.

Fatola, partagé entre les Toucouleurs et les Khassonké, n'a que deux personnages intéressants : Tierno Niang, né vers 1880, Torodo, imam de la mosquée; Mamadou Guèye, d'origine ouolofe, ancien guerrier des bandes de Bassirou, fils d'Al-Hadj Omar. Il a succédé, en deuxième lieu, à son père, Abdoulaye, dans le commandement de son village.

Kabao se distingue par 7 ou 8 maraboutaillons, tenant des écoles de 2 à 3 élèves.

Maréna est plus remarquable. On y trouve une vingtaine de marabouts dont quelques-uns, tels Fodié Bakili, né vers 1875, sont réputés par leur science, ce qui leur vaut une assez nombreuse clientèle scolaire, et les autres, tels Mpali Haïdara, né vers 1860, et Al-Hadji Kaba Diaka Diakité, né vers i855, sont l'objet d'une certaine considération.

A Médina- Kouta^ Mogoyafara Oualila et Moulina pullulent des maraboutaillons sans écoles et sans importance.

Dans le groupement des Sabouciré : S. Ba, S. Koubila et S. Sambala, un seul nom émerge : Alfa Madiou Ndiaye, né vers 1876, Tidiani et maître d'école réputé.

Le Tafacirga du Diombokho est un centre maraboutique de quelque importance comme son homonyme du Kaméra. Une dizaine de marabouts, dont le plus important est Fodié Kalilou Diombéra, né vers 1860, y donnent l'enseignement à une trentaine d'enfants.

Segala-Hindé, qui tire son nom du village proche de Ségala-bâ, peuplé de Bambara fétichistes, est un village de Toucouleurs fortement islamisés et de quelques Khassonké. Il a été fondé par ceux-ci vers i885, mais les Toucouleurs les ont peu à peu supplantés. Les principales personnalités sont : Alfa Diallo, pouUo, né vers 1880, maître d'une école de i5 élèves, almamy de la mosquée; Samba Soh, né vers 1878; Ahmadou Kane, né vers 1880; Malali Diallo, chef du

village, né vers 1875, tousinféodés naturellement au Tidianisme omari.

A signaler enfin Tintilla, où l'école de Tierno Mamadi, Soumaré, né vers 1868, est la plus florissante.

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