VI. — Le Logo
Le Logo, entièrement fétichiste, ne mériterait aucune mention dans une étude islamique, sans la présence à Sabou ciré, sa capitale, d'un chérif idrissite de quelque envergure, Chérif Abdoul-Qader.
Sabouciré du Logo (« la cause du bonheur » en Soninké) €St une très vieille ville, qui a donné naissance dans la région à plusieurs autres villages du même nom. Elle est peuplée de plusieurs milliers de Soninké, de Khassonké et surtout de Malinké, de diamou Sissokho, obstinément rebelles aux invites de l'Islam, Chérif Abdoul-Qader ould Ibrahima, né vers i865, y vint comme dioula vers 1890. Son dixième ancêtre Ali Taqioullahi, venant du Maroc, s'installa à Diowol (Kaédi). Il prit femme dans le pays et se nationalisa foutanké. Ses descendants évoluèrent du Fouta oriental au Kaarta. Ibrahima, père de notre Chérif, s'attacha à la fortune d'Al-Hadj Omar, et le suivit à Ségou, où naquit Abdoul-Qader. A la prise de Ségou, le jeune chérif revint vers Kayes et pensa s'enrichir en ce monde et pour l'autre, en apportant la bonne parole et des denrées commerciales dans le Logo. Cet efl'ort d'un quart de siècle n'a pas été couronné de succès. Quelques rares disciples se joignent à ses enfants pour prier avec lui dans sa case. Il n'a même pas pu obtenir des chefs locaux, inquiets de ses agissements, l'autorisation de construire une mosquée.
Chérif Abdoul-Qader a reçu l'affiliation tidiani et les pouvoirs de moqaddem d'abord d'Al Hadji Saïdou Dem, Toucouleur de Nioro, qui se rattache par Cheikh Mouloud
Fal,aux Ida Ou Ali, ensuite du Chérif Mohammed Mokhtar, de Nioro, qu'on verra ailleurs.
Son fils aîné Mamadou Lamin, né vers i885, l'a abandonné, contre sa volonté, pour aller travailler au Sénégal et en Gambie.
Son frère Chérif Al-Housseïni, installé à Touba de Banamba, y est mort en 1907, laissant deux fils, Ahmadou et Tidiani, qu'il voit quelquefois, et qui font les cultivateurs et les maîtres d'école.
En somme, la mission islamique de Chérif Abdoul- Qader a échoué, au moins en apparence. Rien ne dit pourtant qu'il n'ait pas fait quelque brèche dans les sentiments de ces Soninké et Malinké, désireux d'une croyance plus solide, et qui ne tarderont pas à évoluer.