‹ Études sur l'Islam et les tribus du SoudanChapitre 10 sur 67 · I. — Les Peul : Tioki · texte numérisé non relu

I. — Les Peul : Tioki

Les Peul sont en majorité dans la province de Tioki : ils appartiennent aux familles Babératé, qui habite Atta et Karango et paraît la plus ancienne ; Dialloubé, Dougankobé, Ouro Alfa, Modibadi Diagourabé (Atta) Sillanké (Saya), ces deux dernières fractions maraboutiques, sans oublier les Diamoubé forgerons, les Laobé charpentiers, qui habitent toutes, en nombre variable, les villages d'Atta,.

de Saya, de Mekoré et de Tendirma; les Diawandi, originaires du Fouta Toro, dispersés entre Atta et Tendirma, et les Mallébé descendants de captifs, répandus aussi à Atta et à Tendirma.

Tous ces Peul, fidèles aux traditions de leur race, sont très attachés à l'Islam quand ils sont musulmans. Pasteurs et cavaliers, ils sont peu guerriers et leurs voisins rappellent avec dérision que l'émir du Macina, Amadou Chékou, guerroyant dans la région, dut renvoyer de son armée les contingents de cavaliers du Tioki.

En dehors du Tioki, on trouve encore quelques Peul à Samaloubé, dans le Kissou.

C'est dans ces groupements peul qu'on trouve les personnalités islamiques nigritiennes les plus notoires de la région. Des villes, comme Atta et Soya, sont des foyers actifs d'études et de piété musulmanes, où l'influence kounta-bekkaïa s*est fait très vivement sentir. C'est en effet de la propagande qadrïa du Cheikh Sidi-1-MokhtarAl-Kabir {f 1811) que date ce renouveau de foi. Ses deux petitsfils Mokhtar Sarir et Bekkaï développèrent encore ce mouvement et ont retrouvé leurs noms à la base de toute affiliation locale. D'ailleurs les personnalités actuelles les plus influentes, telles Atikou et Oumarou Bouïa paient toujours la zaka aux délégués kounta, qui viennent chaque année la percevoir.

Un marabout poullo, Kisso Modi Sadio, disciple du Cheikh Bekkaï, et mort vers 1880 en odeur de sainteté, a fortement contribué à répandre l'ouird et les doctrines de l'école kounta dans la région. Il a formé la plupart des maîtres actuels des villages du Tioki, leur conférant en outre l'affiliation qadrïa.

A signaler parmi les principaux : A Atta, village de marabouts où les semi-lettrés abondent, Chékou Amadou, né vers 1860, cadi de la ville, Hammadi Diellé Ouldi, et surtout Atikou, qui est mort il y a une quinzaine d'an-

nées, et dont les maîtres des trois plus brillantes écoles d'Atta sont les élèves : Bokari Hammadi Moddibo, né vers 1868 (12 élèves); Abd Er-Rahman Amadou, né vers 1860 (25 élèves); Amadou Aliman, né vers 1880 {18 élèves). Le fils d'Attikou Abba Attikou, jeune karamoko non encore lancé, a hérité de la bibliothèque de son père qui comprend une centaine de volumes, et jouit à ce titre de l'admiration générale. La dernière des personnalités d'Atta est Moussa Sidi Al-Rarbi, d'origine blanche comme son nom l'indique,^ mais lointaine. Né vers 1880, marabout voyageur, fort instruit, élève des maîtres foulbé du Macina, il est fixé depuis plusieurs années à Atta et n'y restera probablement pas. Il jouit d'une grande considération. A Saya, Moddibo Ibrahima, qui est mort en 1916, et Moddibo Nouhoun, né vers 1880.

A Saya, un marabout centenaire Alfa Oumarou Bouia, est le personnage notoire de la ville. Il a été aussi l'élève de Kisso Modi Sadio, mais a reçu l'ouird qadri d'un autre de ses maîtres. Alfa Ismaïla, qui comptait parmi les propres télamides du grand Cheikh Sidi-1-Mokhtar. Alfa Oumarou Bouïa a une école florissante, que dirigent sous ses ordres plusieurs moniteurs. C'est à l'heure actuelle le marabout le plus influent de l'élément peul du Tioki, du Killi et des provinces environnantes. Il compte des disciples en dehors du cercle, et notamment dans l'Issa-Ber.

A signaler parmi ses élèves et disciples : Bokari Ibrahima Bouïa Salihou, Hammadou Alimam, Abdoulaye Sadio, Moddibo Bel, Bourahima Abdoulaye et Afo Ali, tous petits maîtres d'école à Saya ; Bou Bakar Almamy, le plus brillant des karamoko de Mékoré, où il donne quelques leçons de droit et de théologie.

Il faut signaler encore à Saya la femme-marabout Ma-

riama Bou Bakar, très lettrée et très considérée. Élève de

son père, elle enseignait le Coran aux enfants et pouvait

même donner des leçons de théologie. Elle est morte, il y a

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