II
quelques années, et a été remplacée par son frère Alfa Ali> qui fut cadi de Tendirma avant notre arrivée.
Le commandement du Tioki , en dehors de toute influence maraboutique, appartient à la famille Abbana.
AUAbbana, sang-mêlé d'Arabe kounti et dePoullo, était né vers 1820. C'était le fils de Hammadou Barkinado qui avait vécu longtemps chez les Berabich et était de ce fait devenu un vrai Arabe de langue et de mœurs, mais prétendait descendre d'un fils de kounti dit Abbana Adowal Sapatéré. Il est certain qu'il y a quelque chose de positif dans ces traditions historiques, mais il est à peu près impossible de le discerner. On a, en tout cas, dans cette famille un spécimen caractéristique de cette nouvelle famille peule qui se forme dans la région lacustre du Niger et où les sangs arabe, targui et noir viennent s'infuser à des degrés divers.
Hammadou Barkinado, fils d'Ali, fils d'Abbana (notre père), fils de Modi, fils d'Ousman, fils de Modi Abbana, fils de Arda Sapatéré (qui peut parier l'arabe), fils de Mokhtar Cheikh le Kounti, se rattacherait donc par cette ancêtre au Cheikh Sidi Omar, Cheikh des Kounta (seizième siècle), étudié ailleurs. L'union de ces chefs arabes avec des femmes peules de Dongoï contribua à donner à cette fraction de leur descendance un caractère peulle de plus en plus accusé. Le campement de Modi Abbana et de ses fils, qui d'abord vivait de la grande vie nomade des Kounta se tourna peu à peu vers l'existence peule de semi-nomadisme et de sédentarisation. Le contact des Songaï et des unions avec des femmes de cette race contribuèrent à développer le système de hiérarchisation par castes (forgerons, tisserands, cordonniers, captifs, etc.), qui n'existe qu'à l'état d'ébauche chez les Kounta.
L'autorité politique se maintint dans la famille d'Abbana, et de père en fils, on s'est transmis jusqu'à aujourd'hui le tabala de commandement. Ce sont ses descendants
qui jusqu'à nos jours ont commandé les Peul et les sédentaires de la rive gauche. Depuis Ousman toutefois, il y eut rivalité entre les deux branches de la famille, issues de ses deux fils Modi et Samba.
Au milieu du douzième siècle, le pouvoir se trouve dans les mains de Mahmoudou, fils d'Ousman, fils de Samba. Le canton de Tioki reconnaît à cette date la suzeraineté des Touareg Tenguérédief, et paie tribut à Fandagouma, leur aménokal.
Des dissensions intérieures amenèrent la chute de Mahmoudou dont les exactions sont devenues intolérables, et son remplacement par Ali Abbana. Les Tenguérédief reconnurent sans difficultés le nouveau chef. Ali gouverna la province avec beaucoup de sagesse.
En 1893, à la nouvelle que les Français avaient occupé Tombouctou, Mohanpmed ag Aouab, neveu du chef des Tenguérédief prend la direction de la résistance et convoque les partisans peul. Abbana lui envoya immédiatement un corps de cavaliers sous le commandement de son fils Kola. Les tergiversations qui se manifestèrent dans le camp des alliés furent telles que les Peul, qui d'ailleurs ne tenaient pas outre mesure à la lutte, rentrèrent chez eux. De nouvelles instructions des Tenguérédief contraignirei'it les auxiliaires peul du Tioki à se réunir à Mékoré pour participer à la résistance qu'on projetait d'offrir à la colonne J offre.
Quoique inclinant personnellement vers la soumission, Ali Abbana ne put ou n'osa pas la présenter aux Français par crainte de représailles des Tenguérédief. Il finit pourtant par le^ faire, quand nos cavaliers auxiliaires eurent « cassé » la moitié de ses villages. Il obtint l'aman en mars 1894, et depuis lors, manifesta le plus entier loyalisme. Il en arriva même à organiser de petits contrerezzous contre ses anciens amis Kel Antessar et AUouch qui menaçaient le Tioki.
Intelligent, instruit, énergique, très riche, jouissant en outre d'une grande réputation maraboutique, Ali Abbana paraît avoir été un chef de grande valeur. Il avait reçu l'affiliation qadrïa du Cheikh Sidi-1-Mokhtar Sarir, lils du Cheikh Sidi Mohammed.
Très affaibli par l'âge et les infirmités, il se fit aider, dès 1895, par son fils Kola Ali, lui passa peu à peu le pouvoir et mourut au début de 1899.
Kola Ali, fils aîné d'Ali Abbana, lui a succédé à la tête du canton de Tioki. Sa mère, Kaïdo Bouyé, était la nièce de l'émir détrôné Mahmoudou, et appartenait par conséquent à la branche rivale.
Kola est né vers 1862. Il ne joua qu'un rôle assez effacé, sous l'autorité de son père, jusqu'en fin 1898, où il commanda le détachement poullo, envoyé sous Tombouctou, sur les ordres du chef des Tenguérédief. Il reprit une seconde fois le commandement, lors de la marche de la colonne Joffre, mais, dans les deux cas, s'arrangea pour éviter tout combat. La soumission de son père et du Tioki en mars 1894, lui évita tout autre désagrément.
Il ne tarda pas à être utilisé comme Khalifa par son père âgé, et prit le commandement du Tioki, en 1899.
Actif, assez intelligent, quelque peu instruit, Kola n'a pas les brillantes qualités de son père. Il bégaye quelque peu, ce qui enlève encore à son prestige extérieur. Il est riche de cultures, de troupeaux et même d'exactions, ce dont souvent ses gen& se plaignaient. Il jouit néanmoins d'une grosse autorité morale et d'une réelle influence religieuse chez tous les Peul et Rimaïbé de la rive gauche, ainsi que dans le Killi et dans divers villages du Gourma. Il peut armer de lances 5o cavaliers et 5oo fantassins; mais rien moins que belliqueux, il ne songe nullement à partir en contre-rezzou. Tout au plus et sentant l'aide des Français toute proche, défendrait-il sa province contre les attaques extérieures.
Comme son père, Kola Ali a reçu l'affiliation qadrïa des Kounta : il est le fils spirituel d'Abidin ould Cheikh Sidi-l-Bekkaï, qui vécut longtemps dans ces parages, lors des luttes contres les Toucouleurs. 11 a conservé d'excellentes relations avec les Kounta, qui viennent visiter ses gens et recueillir des aumônes. Kola lui-même verse une zaka annuelle au délégué des Kounta. Il y a en outre quelques Foulbé du Tioki qui envoient leurs enfants achever .leurs études dans les campements kounta.
Kola Ali a deux fils qu'il utilise comme adjoints : Chékou Kola, né en iSgS, et Amadou Kola, né vers 1896.
Le recensement du Tioki accuse 2.5oo personnes, io5 chevaux, 18.000 bovins, 3.5oo ânes, 35. 000 têtes de petit bétail.