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III. — Les FETES RELIGIEUSES

Les fêtes islamiques sont célébrées dans la région de Tombouctou avec beaucoup de soin. Ce sont, par ordre d'importance décroissante:

Tyibsi Diyinger — Aïd al-Kabir Ferme » — - Aïd as-sarir

Dedow » — Achoura.

Almoudou » — Mouloud

Koteme » — Laïlat-al-Qadr

Tyibsi est une déformation locale de l'arabe kebch, le mouton, et n'est autre que la pâque islamique du douzième mois hégirien. Plusieurs jours à l'avance, on se prépare à célébrer cette solennité, la plus grande de la liturgie : on lave, glace et repasse tous ses boubous; on fait réparer et polir ses bijoiix, on prend des bains, on multiplie prières et

bonnes œuvres. On cherche en un mot à se purifier de corps et d'âme, pour être digne de participer à la communion générale et fraternelle.

Chaque chef de famille doit égorger un mouton et en faire manger un morceau à tous les siens. Le mouton sacrificiel s'accompagne d'ailleurs de regorgement de multi- • pies autres bêtes de boucherie. Il convient aussi que toute famille pauvre, vivant dans le quartier ou à proximité d'une famille riche, puisse célébrer sa. pâque et il est du devoir de celle-ci de la secourir en lui faisant cadeau d'un mouton, ou tout au moins en lui en envoyant un quartier, le jour de la fête.

La grande prière du douzième jour se fait, suivant la coutume, à l'est et en dehors de la ville. La coutume est générale : Tombouctou, Kabara, Goundam, Tendirma, Atta, etc. On se rend à l'assemblée des fidèles par un chemin et on revient par un autre.

Le reste de la journée se passe en congratulations, visites, réconciliations.

Ferme Dyinger est la fête de la rupture du jeûne, ou la clôture du Ramadan (Aïd as-Sarir). Son sens l'indique bien d'ailleurs « ouvrir (la bouche) », pour manger à son aise et sans restrictions.

Cette fête s'accompagne de pratiques semblables à celle du Tyibsi.

L'ouverture du Ramadan a été précédée de deux ou trois jours de fête, ressemblant singulièrement à notre mardi gras et carnaval. C'est le hina-hina, où jeunes gens et jeunes filles célèbrent par des banquets en commun la fin desfranches ripailles et la nécessité de la pénitence.

En quelques lieux, et notamment à Tombouctou et dans les villages sis en aval, les jeunes gens font des quêtes en Ramadan et le produit, mis en commun, servira à un banquet, à la fin du mois.

Le dernier jour du Hamme (ou Ramadan), il y a hamber ou grand marché de viande dans toutes les villes de la boucle. Ce ham-ber se reproduit d'ailleurs la veille et les matins des fêtes.

Dedow est la fête du début de l'année musulmane, célébrée, ici comme ailleurs, le dixième jour du premier mois (achoura arabe). Ce mois est dit aussi Dedow^.

On procède, la veille et le matin de la fête, à des purifications encore plus accentuées que pour les autres solennités. Il s'agit en effet de commencer l'année en parfait état de candeur. Aussi aux ablutions lustrales ajoute-t-on la purification du feu. On passe et repasse sur un petit foyer — le minimum est de trois fois — et on dit : « Yessi hirow, » l'année nouvelle est commencée. C'est ainsi que les cérémonies coutumières se mêlent aux pratiques islamiques. Celles-ci consistent surtout en chants de cantiques, souvent dits en choeurs et qui rappellent très curieusement le plain-chant romain.

Comme chez nous, Dedow est le jour des étrennes et il ne faut pas oublier que Dedow dure tout le mois. Les écoliers courent les rues pour arrêter les passants, et les enfants vont relancer chez eux leurs innombrables grandsparents, oncles et cousins. Ils en retirent toujours un sou, un peu de mil ou de riz, une petite galette, quelques cauris. Il est admis que lorsque le donateur se montre récalcitrant, l'ayant-droit peut se jeter sur lui et lui tirer et même déchirer ses vêtements. Aussi voit-on, ce jour-là, les notables de Tombouctou circuler en ville, revêtus de leurs plus méchants boubous, pour éviter la perte de riches vêtements dans les bousculades d'étudiants irrévérencieux.

Almoudou, déformation évidente d'Almouloud, est la fête de la naissance du Prophète (douzième jour du troi-

sième mois hégirien). Elle ne comporte que fort peu de pratiques extraordinaires : quelques lectures pieuses, particulièrement celles des poèmes d'Ibn Mouhibb à la mosquée, une visite au tombeau d'Alfa Chékou pour y réciter un passage des Dalaïl^ quelquefois un jour de jeûne chez certains alfa dévots. A ces pratiques de piété se sont jointes, à moins qu'elles ne les aient précédées et ne ^soient les vestiges d'une fête coutumière, des traditions de liesse civile et particulièrement féminine. Les femmes des classes aristocratiques, généralement enfermées, sortent ce jour-là en liberté, courent les rues, font des visites à leurs parents et amis et exhibent leurs plus beaux bijoux, leurs plus rutilantes toilettes. On ne dit pas que cette licence féminine tourne à la saturnale.

A quelques jours de là, le i8 du mois, l'anniversaire de l'imposition du nom du Prophète est simplement marqué sous le nom de « ma dyinger »; beaucoup de femmes en profitent pour s'offrir une deuxième et dernière édition de la liberté d'allures, qui leur fut accordée au Mouloud dyinger.

Sous la domination marocaine, on apportait plus de solennité à la célébration du Mouloud. A propos de cette fête en août lySS, le Ted^kirei relate : « Durant cette nuit de Mouloud, on bat du tambour, et des panégyristes déclament des poèmes. Les mosquées sont illuminées. Hommes et femmes sortent dans les rues. Les femmes libres, ainsi que les concubines, sont vêtues de costumes élégants, parées de leurs plus beaux atours et ornées de leurs parures les plus riches (on voit que la tradition ne s'est pas perdue). Les panégyristes déclament leurs poèmes à la porte des mosquées. On joue du tambour dans certains endroits déterminés. Les hommes montent à cheval et se livrent à des jeux équestres au son du tambour, jusqu'au dernier tiers de la nuit. »

Koteme dyinger est la vingt-septième nuit du mois de

LA FÉGION DE TOMBOUCTOU 8l

Ramadan. C'est la nuit du destin, qu'on doit passer en prières, parce que Allah y traite des affaires de ce monde pour toute l'année et qu'il faut le toucher plus spécialement à cette heure pour obtenir de lui le meilleur destin possible. Dès la veille, on s'est mis en état de pureté pour être agréable à Dieu, et on a brûlé des parfums pour éloigner les démons et esprits de mal, qui sont déchaînés cette nuit-là. Au matin, la prière de l'aurore est suivie, à la mosquée, par tous les fidèles de quelque piété.

Comme c'est également l'anniversaire de la descente du Coran, on en récite de longs passages dans la journée ; certains alfa vont même, entre la nuit du destin et le jour suivant, jusqu'à le réciter tout entier.

A partir de ce vingt-septième jour, on entre dans une période de joie : la fin du Ramadan est proche : on célèbre les mariages qui, promis depuis un certain temps, traînaient; on fait les fortes aumônes de l'année, et spécialement la dyaka i^aka) ou dîme aumônière.

Le « ferme », vu plus haut, sera la conclusion de cette période de pieuses manifestations.

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