VI. — L'obédience de Bou Kounta (Famenta et Farta
Par le canal de deux marabouts missionnaires, tous deux d'origine peule, mais ayant d'ailleurs suivi des voies difi'érentes, l'influence de la zaouïa de Bou Kounta (i), à Ndiassane (Tivaouane-Sénégal) s'est implantée dans deux importantes familles marka de Dia : les Famenta et les Farta.
Mori Héré Famenta, fils d'Abdou Bahmana, est né vers 1870. Son ancêtre serait un Maure, venu du Sahel s'établir à Dia au dix-septième siècle. Les fils de ce Maure non déterminé vécurent en commerçants et en cultivateurs à
(i) Bou Kounta. sa zaouïa et sa Voie ont été étudiées dans mon ouvrage l'Islam au Sénégal, t. l" : les Personnes : in Collection de la Revue du Monde musulman, Paris, Leroux.
peine islamisés jusque vers 1860, date où Abdou Rahman Famenta commença à acquérir une certaine influence maraboutique. Son fils Mori Héré en a hérité. Après avoir été l'adjoint de son père, il a pris, à sa mort, la direction de l'école coranique et enseigne aujourd'hui à une dizaine d'élèves la science coranique et à trois ou quatre plus âgés les rudiments des sciences de Hariri, du Molhat el-Irab du Qatr en- N ad a, et de la première partie du Précis de Khalil.
Si Mori Héré a une certaine réputation de science, il n'est pas réputé pour un saint homme. Sa cupidité bien connue, et qui l'a conduit en tournées d'aumônes à travers le Macina, et jusque dans les cercles de Bamako, de Sikasso et de Bobo, nuit à son prestige.
Son attitude vis-à-vis des Français est des plus douteuses : en 191 5, alors qu'il était question de créer une résidence à Dia, il a institué des prières .publiques avec jeune et pratiques magiques pour qu'aucun Européen ne vienne s'installer dans la ville sainte. Ces pieuses manifestations n'ont pas été exaucées, puisque la résidence a étécréée, mais Mori Héré en a tout de même retiré 3oo francs de cadeaux des habitants de Dia.
Il a reçu l'ouird qadri d'Amadou N'Dàngadio, poullo de Sokolo, qui était un des disciples du vieux cheikh Bou Kounta.
Mamadou Farta, fils d'Abdoulaye, est né vers 1874. Ses ancêtres habitaient le Sansanding et l'un d'eux vint s'établir à Dia vers le milieu du dix-huitième siècle.
Son père, Abdoulaye, n'était pas marabout , mais Mamadou, intelligent et travailleur, après de fortes études auprès d'Alfa Mama Qoureïssi, Talmamy de Dia, et de Abdoulaye Karabinta, ouvrit une école qui fut bientôt florissante. Elle compte 20 à 25 élèves, dont les trois quarts étudient le Coran, mais dont 6 reçoivent un enseignement supérieur dans Al-Qortoubi et les Psaumes de David.
DIENNÉ, LE MACINA ET DÉPENDANCES lyS
Mamadou passe pour être le meilleur copiste arabe de- Dia et vit en partie de sa plume. Très mystique d'ailleurs et détaché des choses de la terre, il ne se livre à aucune intrigue et ne cherche même pas à s'enrichir. Il vit des aumônes des familles de Dia, dont les principales sont attachées à lui par des alliances matrimoniales.
Son attitude vis-à-vis de l'autorité est au surplus fort correcte.
Il a reçu l'ouird qadri d'un marabout poullo du Fouta- Diallon, de passage dans le Macina, et qui sortait de la zaouïa de Bou Kounta.