‹ Études sur l'Islam et les tribus du SoudanChapitre 40 sur 67 · Tapsirou 4. Mounirou Madani. Ahmadou Aguibou Makki Tal · texte numérisé non relu

Tapsirou 4. Mounirou Madani. Ahmadou Aguibou Makki Tal

(ti8S8). (i888ti89i). (Dinguiraye). Mahi. (igiS).

Le règne de Tidiani (1864- 1887) est rempli des luttes qu'il eut à soutenir contre ses rivaux religieux et politiques : les Qadrïa Kounta et Peul alliés. Ce n'est pas le lieu de retracer ici cette histoire, faite ailleurs. Il suffit de dire que Tidiani, s'appuyant en grande partie sur ses voisins fétichistes Habé sut arriver à ses fins et éliminer du Macina ses concurrents peul et kounta; mais le pays était à peu près ruiné.

Tidiani reçut, en juillet 1887, la mission Caron avec laquelle il parut plusieurs fois disposé à traiter. Son entourage, plus intransigeant que lui, le contraignit à rompre les négociations avec les infidèles.

Tidiani mourut quelques mois plus tard, empoisonné a-t-on dit.

Tapsirou, fils d'Al-Hadj Omar, lui succéda au début de 1888, mais mourut presque aussitôt.

Son frère Mounirou le remplaça, malgré les intrigues d'Ahmadou, de Ségou, fils aîné d'Al-Hadj Omar et chef de la famille. Soutenu par les fétichistes Habé, il s'implanta solidement à Bandiagara, et peu après, éliminait définitivement du pays Abidine, fils du Cheikh Bekkaï, en le tuant au combat de Moura (1889).

Ahmadou, son frère aîné, chassé de Nioro par les Fran-

çais, arrivait à Bandiagara en 1891. Mounirou contraint dut lui en abandonner le commandement. Il mourait d'ailleurs peu après.

Les jours du dernier fama foutanké indépendant du Macina étaient comptés (1891-1893). Il les employa à nous susciter des ennemis. Le colonel Archinard allait mettre un terme à cette situation, en occupant Dienné et en s'attaquant à la domination foutanké.

Les bandes, envoyées par Ahmadou au-devant de la colonne Archinard, sont bousculées le 28 avril au défilé de Kori Kori. Dès le lendemain, Ahmadou sort de Bandiagara et s'enfuit vers Douentza. Il y est battu à nouveau le 18 mai, s'enfuit vers Dori, Yagha, traverse le Niger au début de 1895, à Saye, et va s'installer à Kounga. On connaît ses dernières aventures dans le Haoussa anglais et sa fin misérable en 1898.

Il fut remplacé dans le Macina par son frère Aguibou. Aguibou était resté à Dinguiraye, durant la vie d'Al Hadj Omar. Venu à Segou avec Ahmadou Chékou, il y commanda le pays, en son nom, durant les trois années qu'Ahmadou séjourna à Nioro. Il se signala par la conquête vers le sud du Dienédougou, du Banadougou et du Baninkiri. A son retour de Nioro, Ahmadou se brouilla avec lui et le renvoya au Dinguiraye. Son œuvre y a été étudiée dans mon ouvrage sur V Islam en Guinée : Fouta-Diallon.

En 1893, il fut appelé par le colonel Archinard pour prendre la succession d'Ahmadou Chékou dans le Macina. Il administra directement le pays pendant neuf ans jusqu'au 26 décembre 1902, date à laquelle le cercle de Bandiagara, qui avait fait partie jusque-là du premier territoire militaire, fut rattaché à l'administration civile. Par la suite, il conserva une part indirecte dans la conduite des affaires. Il ne fut pas sans rendre de précieux services, participant avec ses auxiliaires à la conquête de la boucle, se heurtant à plusieurs reprises aux tribus touareg, donnant maintes

Cû

diennp:, le macina et dépendances 207

fois des preuves de son dévoûment. Mais son administration fut celle d'un chef toucouleur en pays conquis, et les plaintes de toutes sortes affluèrent. C'était en somme un régime de transition.

Aguibou avait pris, en 1898, à la mort de son frère Ahmadou, le titre de grand cheikh des tidianïa du Soudan.

Le 6 janvier 1908, mourait lefama Aguibou.

L^indifférence générale avec laquelle fut accueillie la disparition de ce dernier représentant des Toucouleurs témoigne de la désaff'ection des populations peul et foutanké pour ce vestige de leur passé et du peu d'influence politique qu'il avait conservé sur elles.

C'est que les conditions qui avaient dicté au colonel Archinard le choix d'Aguibou pour exercer une sorte de suzeraineté sur les populations du Macina avaient peu à peu perdu de leur importance et de leur actualité, à mesure que devenait plus efl'ective notre pénétration et que notre contact avec les populations s'avérait plus direct et plus intime.

Les préoccupations de la conquête justifiaient suffisamment, au début, la construction de cette marche, qui, sous le contrôle d'un résident, ne demandait pas l'attention spéciale du commandement, et lui laissait une liberté d'action qu'il pouvait employer très utilement par ailleurs.

Mais ces efforts devaient disparaître avec leur cause.

Aguibou ne fut d'ailleurs accepté franchement ni par les Habé, ni par les Peul, ni même par les Toucouleurs, quoi qu'il ait essayé de se concilier ces derniers en leur distribuant des commandements.

L'incohérence de sa politique, les nombreuses irrégularités de son administration, les exactions de ses percepteurs d'impôt, attiraient, dès 190 1, l'attention du délégué du gouverneur général, qui présenta un projet tendantà soumettre le Macina au régime de l'administration directe. Un arrêté du 26 décembre 1902 rattachait le cercle de Bandiagara aux

territoires civils. La perception de l'impôt était assurée directement par les soins du résident et Aguibou recevait, en compensation, une rente fixe. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, l'influence du fama ne fit que décroître.

C'est autant en considération de la faiblesse de son importance politique, qu'en raison de l'attribution purement gracieuse qui lui avait été faite par le colorîel Archinard des fonctions de fama, que le gouverneur Ponty décidait, à cette date, qu'Aguibou n'aurait pas de successeur. La pension annuelle qui lui était versée par la colonie et qui avait pour motif et pour but de rémunérer les services personnels rendus jadis parle fama à la cause française, et notamment le fait d'avoir abandonné, pour nous servir, son frère Ahmadou et sa famille, fut réduite à 5.ooo francs et reportée sur la tète de son fils aîné, Makki Tal.

La situation nouvelle pouvait être ainsi résumée : la fonction de fama était supprimée ; les pays toucouleurs du Macina sont, administrés directement, et les chefs, collecteurs d'impôt toucouleurs, auront uniquement droit à un pourcentage prélevé par les soins de l'administration sur l'impôt de capitation. Le chef des Toucouleurs de Bandiagara était de plein droit l'héritier direct d'Aguibou dans la ligne de succession prévue par la coutume, c'est-à dire Alfa Makki.

La succession du fama fut liquidée entre les ayants droit conformément à la loi musulmane, sous le contrôle de l'administrateur, avec la réserve que l'immeuble, occupé par le fama depuis la conquête, resterait propriété de la colonie.

L'application de ces mesures ne devait soulever aucune protestation des intéressés ni des populations. Un mois exactement après le décès du fama, la situation, sur laquelle on avait pu d'abord avoir quelques inquiétudes^ était définitivement et pacifiquement réglée.

Aguibou a laissé de nombreux enfants. Cette nouvelle

génération, née au Soudan, a perdu tout point de contact avec le Fouta-Toro, berceau de la famille.

Ces enfants, dispersés un peu partout et occupant souvent des fonctions administratives, sont intéressants à connaître et à suivre, parce qu'ils jouissent en principe d'une considération spéciale auprès des populations musulmanes ou semiislamisées, qui les entourent, et parce que, lorsqu'ils sont intelligents et adroits, ils en arrivent très vite à se tailler, sur les traces et sous la bannière d'Al-Hadj Omar, un domaine religieux déplus ou moins d'importance.

Ces fils d'Aguibou sont au nombre de lo :

1. Alfa Makki Tal, qui fut fama du Dinguiraye et, à ce titre, a été étudié dans VIslamau Fouta-Diallon. A la mort de son père, il prit le nom de chef des Foutank^é de Bandiagara et lui succéda comme Moqaddem général des tidianïa omarïa de la boucle. Il fut employé par l'administration comme « directeur » des travaux publics du cercle et y manifesta une remarquable et intelligente activité. Les routes et les ponts du cercle, chaussées de Sévaré, maints autres ouvrages d'art, sont son œuvre. Il recevait, comme il a été dit plus haut, une allocation annuelle de S.ooo francs. Cette allocation a été continuée après sa mort (7 août igiS) à sa famille, mais elle est répartie entre ses héritiers par les soins de l'administration.

Le plus intéressant des fils d'Alfa Makki est l'aîné, Karamoko, né vers i8g5, ancien élève de l'école normale de Gorée, aujourd'hui instituteur à Dienné.

2. Karaynoko est venu au Macina avec son père Aguibou, en iSgS seulement. 11 vécut en fort mauvais termes avec le fama, qui le tint constamment à l'écart des affaires. Aussi habita-t-il longtemps à Louta auprès du chef du canton des Samo, Ousman Oumarou, exécuté en février 1899. Utilisé quelque temps comme cavalier au Mossi, il fut rappelé à la suite de vols et de pillages et condamné par son père même à un an de fers, peine qu'il subit à Bandiagara.

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