‹ Études sur l'Islam et les tribus du SoudanChapitre 42 sur 67 · Mahdi est commerçant à Kankan · texte numérisé non relu

Mahdi est commerçant à Kankan

8, 9 et 10. — Les trois derniers fils d'Aguibou, jeunes garçons, suivent les cours de l'école française à Bandiagara.

A côté des fils d'Aguibou, il faut citer son gendre Ousman Oumarou^ neveu de Tidiani, et venu au Macina vers i883. Il vécut en désaccord avec Ahmadou Chékou. Il fut nommé, en 1895, au commandement délicat du pays des Samo et y eut de perpétuelles difficultés. Il commit d'ail-

leurs de nombreuses exactions qui soulevèrent contre lui le pays, déjà fort mal disposé. Assiégé dans sa résidence de Louta, il ne dut son salut qu'à la mission Destenave, qui opérait non loin de là (lin i8g5).

Ousman Oumarou est un homme intelligent et énergique.

Les principaux descendants et parents d'Al-Hadj sont régulièrement enterrés depuis quelques années à Bandiagara dans une grande case, spécialisée, qui constitue en quelque sorte le caveau de famille et qui vise à être un centre de pèlerinage. On Ta inaugurée, il y a une trentaine d'années, en y faisant apporter un peu de terre du tombeau proche d'Al-Hadj Omar, puis on y a successivement inhumé les fama Tidiani, Tapsirou et Aguibou, et enfin Makki Tal, le fils d'Aguibou.

Ce même Makki avait manifesté l'intention, en 19 14, de bâtir un magnifique mausolée à Bandiagara et d'y faire transporter les restes d'Al-Hadj Omar. L'administrateur lui avait promis son appui. Aucune suite n'a été donnée à ce projet, et le tombeau d'Al-Hadj Omar est toujours à Déguembéré.

Les principaux personnages foutanké de la génération qui s'en va ont été :

Amadou Seïkoii Kalilou, originaire du Toro, venu dans Macina avant Al-Hadj Omar. Il y tenait une école coranique. Son père exerçait, sous Al-Hadj Omar, un important commandement à Hamdallahi. Lui-même, après avoir exercé longtemps les fonctions de conseiller auprès de Tidiani, fut nommé cadi de Bandiagara par Aguibou, à l'arrivée des Français. Dans cette importante situation, la deuxième du sultanat, il sut rendre des services, non sans commettre les exactions ordinaires aux cadis et qui font, comme on le sait, que sur trois de ces magistrats, deux iront en enfer et que le sort du troisième est des plus douteux.

Antioura Bakili^ d'origine sarakollé, était un ami d'en-

fance d'Aguibou. Fait prisonnier par Ahmadou, il fut maintenu aux fers pendant dix-huit mois, puis cons-ervé sous une surveillance étroite dans la maison du fama. A l'arrivée des Français, Antioura dut suivre Ahmadou dans sa fuite, mais il lui faussa compagnie à Douentza et rentra à Bandiagara. Admis à la cour d'Aguibou, il y a exercé, sa vie durant, les fonctions de conseiller. Intelligent, connaissant le pays, son histoire et ses gens, il fut très considéré, très écouté ; il rendit de grands services tant au fama qu'aux résidents de Bandiagara.

Ifra Almamy se rattachait à la famille des sultans de Sokoto. Il arriva au Macina avec Al-Hadj Omar et fut un des conseillers les plus écoutés de Tidiani. Sa droiture, sa science, sa piété, son esprit de conciliation lui avaient acquis une grande popularité. A la fin du règne de Tidiani, il conduisit une colonne dans l'Est, vers Téra : elle fut très heureuse et accrut son prestige. Caron, qui vit Tidiani à Bandiagara en août 1887, fait le récit de cette colonne, d'après des informateurs indigènes. Sous Mounirou (1889 f 189 1), au moment de la mission Mademba au Macina, il fut un des seuls partisans de l'alliance française. N'ayant pu empêcher l'entrée d'Ahmadou à Bandiagara, il évita du moins à Mounirou d'être immédiatement supprimé. 11 s'opposa toujours aux exactions d'Ahmadou. A l'arrivée des Français, malgré ses sympathies antérieures, il dut, fidèle à sa situation, à son parti et à ses amitiés, se retirer avec Ahmadou Chékou. Mais il ne tarda pas à se brouiller avec l'ex-sultan, à Dori, et saisit la première occasion pour l'abandonner et rentrer à Bandiagara, où il arriva en 1895, et fit sa soumission entre les mains d'Aguibou.

Celui-ci ne l'aimait pas, mais dut pourtant utiliser ses grandes qualités et son influence. Il lui donna donc le commandement du Djilgodi.

Jusqu'à sa mort, Ifra Almamy se montra dévoué à la cause française.

DIENNÉ, LE WACIiNA ET DEPENDANCES 2l3

Mamadou Seïdou, né vers 1860, fils de Tierno Alassan, cadi d'Al-Hadj Omar, fit ses premières armes dans les bandes d'Ahmadou Chékou. Lors de l'occupation du Madina, il était trop jeune pour jouer quelque rôle important. Il suivit l'exode d'Ahmadou Chékou, mais ne tarda pas à rentrer et à faire sa soumission.

Il prit du service avec Aguibou et fut nommé représentant du fama à Gourao, alors que la flottille du Niger y était stationnée. Il y rendit de nombreux et précieux services.

intelligent, fin et adroit, Mamadou Seïdou fut le conseiller des derniers jours d'Aguibou.

Les maîtres d'école tidianïa les plus réputés de Bandiagara sont:

Dans la subdivision même : à Bandiagara, Tierno Maka Bane, né vers 1860, qui a été étudié dans le Fouta Toro, et à une école de 25 à 3o élèves ; Aliou Bakari Sek, né vers 1870, qui, avec ses 35 à 40 élèves, a une école très florissante ; Alfa Oumarou Daramé, né vers i835, élève des Peu! de Sokolo ; Ahmadou Abdoullahi Cissé, né vers 1875 ; enfin Ahmadou Diallo, né vers 1884, qui, avec ses 5o à 60 élèves, a l'école la plus florissante de Bandiagara. Il a hérité du prestige et des succès de son maître, Ahmadou Bokoum, qui fut un des professeurs les plus réputés de Bandiagara et y mourut en 1-910;

A Yaléma : Balko Diam et Birahima Ali ;

A Bankas (canton de Seno-Bankas), Abdoullahi Al- Hadji Anseoui Guindo, né vers i85o, d'origine cado, et qui a fait jadis le pèlerinage de la Mecque. Il est l'imam de la mosquée locale. Il a Técole la plus achalandée du village;

A Ouro Ouo (canton de Barassara), Ibrahima Maliki, né vers 1874, élève d'Ahmidou Bokoum précité;

A Pigna (dans le Pignari Makou), Alfa Ismaïla Degoga, né vers i855 ;

A Wori, Zakaria Konaté, fils du chef de village, né vers 1882;

Dans la subdivision de Douent^a : à Douent^a même, centre assez islamisé, Ali Mamoudou Cissé, né vers 1875 ; Alfa Bakari Bokoum, né vers i852 ; Abdoul Amadou Cissé, né vers i885, tous maîtres d'école d'une certaine importance ;

A'Z)/r/m&é, Mamoudou IbrahimaNialibouli, né vers i865;

A Boré^ chef-lieu d'un important canton, Ousmana Ali Cissé, né vers 1890; Ali Bokari, né vers 1860, et Oumarou Kamimba, qui, malgré sa qualité de chef de canton, est un ■ homme pieux et fortement versé dans le maraboutisme. C'est d'ailleurs un chef sympathique et dévoué, dont la conduite et la réserve sont irréprochables.

Voici en quels termes il répondait à l'autorité qui lui avait fait parvenir le fameux mandement de Saad Bouh, en 1910:

« Nous avons reçu votre lettre ainsi que celle du cheikh Saad Bouh. Tous les notables musulmans du Bore, notre cadi Alfa Maliki et moi, avons été heureux de reconnaître en cheikh Saad Bouh un marabout véritable. Il nous a fait savoir que vous, les Français, êtes des montagnes et non des vagues de la mer. Nous savions déjà ce qu'il nous a dit, mais cela augmente encore notre conviction. Nous avons vu ce qu'il a rappelé de Cheikh Omar, ainsi que ce qu'il a dit à son frère, au sujet de la guerre sainte. Aussi, retenonsnous. bien cette parole : Retourner le lait dans les mamelles d'une vache est plus facile que de chasser les Français de ce pays. Enfin nous y avons lu assez de choses pour prendre copie de cette lettre afin de la montrer à tous les musulmans qui ne la connaîtront point, car elle pst instructive, »

A Téhi, Soumaila Oumarou Sako, né vers i85o, maître d'école ;

A Dé, centre important d'Islam, où une demi-douzaine de marabouts se partagent la population scolaire, Gouro Oumarou Cissé, né vers i858 ;

A Dalla, centre assez fortement islamisé, et où cinq ou six maîtres d'école enseignent le Coran à une soixantaine d'élèves, Ahmidi Alfa Diko, né vers i872,et AbdouUahi Narai Diko, né vers 1854.

Dans la subdivision de Sofara. A Sofara même, village très important et fortement teinté d'Islam, où tidianïa et qadrïa se mélangent par parties égales, et où la prédominance religieuse de Dienné se fait sentir : Amadou Sidiki Koum.ba, né vers 1872, le maître d'école le plus réputé du village. Cet ancien interprète de Dori est un élève du Cheikh Ahmed Baber, de Dienné. Mamadou Daw, né vers 1870, almamy de la mosquée tidiani et Tierno Bokari Tal, tous petits maîtres d'école. Sofara possède trois mosquées: une qadri, une tidiani et une spéciale aux Mossi, et où se réunissent tidianïa et qadrïa de cette race. L'almamy est un qadri : Alfa Hassan Souleyman Sanfo. Ces Mossi, qui sont ici depuis plusieurs générations et s'adonnent à l'agriculture, appartiennent à la famille Bousma; ils ont été islamisés, il y a une centaine d'années, par l'amirou Chékou Hamadou.

A Madiouma, Ibrahima Sow, dit Baba Sako, né vers 1870, élève de la zaouïa de Gomitogo (Dienné).

Dans cette région de Sofara, il faut accorder une mention spéciale au Somono Al-Hadji Dianguina, commerçant universellement connu, un des maîtres de la navigation fluviale du Macina, et dont les pirogues poussent au delà de Tombouctou. Il a fait le pèlerinage par Marseille et Alexandrie «n 1909.

Les personnalités les plus notoires du Tidianisme foutanké, dans le cercle de Mopti, sont :

A Mopti : Alfa Oumarou jDaî/^, d'origine diawambé, né vers i85o, à Hamdallahi. A la chute de cette ville, suivie •de la mort d'Al-Hadj Omar, son père, Hammadi, vint à Mopti et c'est là que le jeune Oumarou acheva ses études

2l6 ÉTUDES SUR l'iSLAM ET LES TRIBUS DU SOUDAN

coraniques. Il alla ensuite conquérir la science supérieurs auprès d'Al-Hadji Doukouré de Ya Salam (Sokolo), puis d'Almamy Siyo, à Soufoulahi, près de Sofara. Parvenu à l'adolescence, et comprenant que ce n'était pas à Mopti, mais à Bandiagara qu'il fallait vivre pour percer, Oumarou se rendit à la cour de Tidiani, vers 1876, se fit admettre parmi ses familiers et suivit les cours supérieurs d'Amadou Tari, le professeur officiel des Foutanké. Il reçut l'ouird tidiani du fama lui-même, vers 1880, et peu après, il se voyait confère^ les pouvoirs du moqaddem.

Au surplus, il s'est fait renouveler ces pouvoirs par un envoyé de la zaouïa tidianïa de Fez, Moulay Fadel Allahi, venu de Saint-Louis vers 1898, et qui, commerçant et prêchant, fit un voyage de plusieurs années dans les pays noirs. Il resta plusieurs semaines à Mopti, plusieurs mois à Bandiagara, et y donna des conférences de théologie et d'exégèse.

Après la chute de la domination toucouleure, Alfa Oumarou revint à Mopti et ouvrit une école. Il s'est toujours cantonné dans son rôle de professeur, en dehors de toute intrigue politique, et est à l'heure actuelle, le marabout le plus vénéré de la région de Mopti. Son école florissante de 25 à 3o élèves comprend non seulement des enfants du cercle, mais encore des enfants provenant de Dienné, de San et de Douentza, notamment du village de Bore. Ils mangent et vivent chez lui, et tous les mois les parents lui expédient leur nourriture en produits naturels. Il envoie un bon nombre d'entre eux (10 environ) suivre les cours de l'école française à Mopti.

Il a une bibliothèque assez bien garnie, mais composée surtout de manuscrits. Son instruction est assez développée, mais inégale. Il dit lui-même que les ouvrages imprimés, c'est-à-dire ceux dont il n'a pas la clef, sont d'une lecture difficile.

Il a formé pédagogiquement ou mystiquement un grand

nombre des maîtres ou alfa de la région; et à ce titre jouit dans le monde maraboutique d'une grande autorité. C'est un homme sympathique et d'une attitude parfaitement loyaliste.

Ses principaux disciples qu'on retrouve dans tous les éléments ethniques du cercle : Amadou Konaté, malinké, cadi de Mopti, dont on verra plus loin la notice; Alfa Allahi Cissé, pouilo de Mopti, déjà vu ; Baba Kalifa Kontao, bozo, déjà vu, etc.

A Ti : Al-Hadji Seïdi Dienaha^ fils de Samba Diop, né à Podor vers 1874, installé sur le Niger, depuis 1886, marié à des femmes peuls, et définitivement établi comme cultivateur à Ti, où il voisine en bons termes avec les Foulbé. Il a reçu l'ouird de Tidiani lui-même vers 1887, et a fait le pèlerinage de la Mecque par Dakar et la voie de mer en 191 1.

Peu lettré, sans grande influence dans les milieux peul, Al-Hadji Seïdi se fait seulement remarquer par une piété ostentatoire.

A Koriavel : k\ Hadji Amara Komma, fils de Mamadou, d'origine torodo-marka, né à Gombou (Sahel) vers i85o, et installé depuis 1876 à Koriavel, où il a épousé la fille du chef de village, Sambou Diawara. Amara fut un des hommes de confiance de Tidiani et en reçut l'ouird. Vers igo8, il fit le pèlerinage à la Mecque et resta une année entière dans cette ville.

A Fatoma: Amadou Aliou Kane Diallo, né vers i85o, homme instruit et pieux, cadi de l'ancien régime à Fatoma.

A Sinakoro: Bokari Boulqassoum Koïta, d'origine diawambé, né vers 1876, maître d'une petite école coranique.

Page 1