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La croyance au tayta a fortement baissé dans l'esprit des islamisés. A Dienné notamment et chez les Peul libres et instruits, il paraît bien qu'on ne croit pas au tana. En tout cas, on s'en flatte, ce qui est déjà un progrès. A signaler toutefois qu'à Dienné, les habitants se défendent avec un respect superstitieux de vendre des iguanes.

La plupart des familles Marka lettrés assurent aussi non seulement n'avoir pas de tana, mais même n'en avoir jamais eu. Ce sont là les déclarations des Diakité, des Niaté, des Tanapo, des Daramé, des Taraoré, des Tenentao, des Karapo, des Sébétao, des Nafa, etc. Les Niafogou et les Bokoum seuls déclarent avoir jadis révéré, les premiers le Mali ou hippopotame, les seconds, le diko, serpent rouge et blanc, dont ils ne mangeaient pas et qu'ils ne devaient même pas toucher, sous peine d'avoir gravement mal aux yeux.

Ils ne considèrent pas du tout que le mariage soit interdit entre les personnes ayant le même tana.

Le tana {bali ou tarou) est encore commun chez les Bozo, mais dans les villages mixtes, Koulensé, Soha, Pora, leurs voisins Marka plus orthodoxes, ne veulent pas qu'ils célèbrent en son honneur les réjouissances traditionnelles.

Pour les Bambara la croyance au tana est aussi forte que par le passé. La famille Tangara a pour tana le koro, depuis le jour où cet animal guida leurs troupes, mourant de soif, vers un marigot voisin. On ne doit pas le toucher^ et encore moins le manger ou le tuer.

Des Diara ont pour tana le lion. La mère de leur ancêtre anonyme, Diara, ayant accouché dans la brousse, un lion vint à son secours, partit en chasse pour lui trouver de la viande et tua pendant plusieurs jours, un coba, dont il lui apporta le plus beau quartier. La femme put alors se rétablir et rentrer chez elle avec le jeune Diara. Depuis ce temps, l'alliance existe entre les Diara et le lion.

DIENNÉ, LE MACINA ET DEPENDANCES Soy

Les Koulibali ont pour tana le tamao ou fouille-m... Deux frères arrivèrent au bord d'un fleuve et, désireux de le traverser, interpellèrent un tamao. Celui-ci acquiesça, passa d'abord l'aîné, revint chercher le cadet, le passa à son tour, et à ce moment fut tué d'un coup de javelot par le cadet. Depuis ce temps, on n'appelle plus cette famille que les Kassamara ou « sentant-mauvais », et il y a une haine inextinguible entre le tamao et elle.

Les Dembélé ont pour tana le fruit sauvage dit « boumbouri ». Un des ancêtres de la famille ayant pris un de ses fruits, l'ouvrit et s'en servit comme d'une calebasse. La plupart des siens moururent peu après, et Ton conclut que ce fruit éiait interdit aux Dembélé et ne pouvait être que le tana.

Les Bore oni pour tana la tortue tako. Le premier Bore qui en mangea devint aveugle. Depuis, on n'a plus touché au tako, de crainte de perdre la vue.

Les Pélia ont le même tana que les Kassamara : le tamao, mais pas pour la même cause ; un de leurs ancêtres mourut à la suite d'une manducation de tamao ; c'est ce qui fit comprendre à la famille que cet animal leur était magiquement interdit.

Les gens de Mounia ne doivent pas manger sur le couvercle d'un canari-marmite, sous peine de courir les risques d'être transpercés par un couteau ou par une balle. Ils doivent plonger la main dans la marmite même.

Les Taraoré de Sarro, ainsi que les Nako de Wan qui ont fait le serment du sang avec eux, ont pour tana le safeng ou grand serpent noir. Voir un safeng pour un Taoré indique une mort prochaine, soit pour lui, soit pour un membre de sa famille. L'endogamie est interdite dans ce clan-

D'une façon plus générale, le tana de tous les gens de Sarre^ autochtones ou étrangers, est le couvercle de canari (darougoula) , comme pour les gens de Mounia. Celui qui

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userait de ce couvercle deviendrait aveugle ou même mourrait.

Si d'une façon générale on peut avancer que la croyance au tana diminue, les autres superstitions continuent à abonder :

Il y a près de Dienné un grand palmier que frappe la foudre, chaque fois que la mort d'un grand chef ou marabout est décidée au Livre divin. C'est ainsi qu'en igiS, l'arbre fut touché, et quelques mois après, Oumar Sanfo mourait, s'étant, dit son fils, parfaitement rendu compte que l'avertissement était pour lui.

Certains arbres sont particulièrement hantés par les génies, et il serait tout à fait imprudent de passer la nuit, ou même la sieste, à leur ombre. On en montre plusieurs dans les villages marka du Pondori, ou poullo-rimaïbé du Macina.

La vieille et universelle crovance au Dasiri ou arbre sacré, dont on ne doit pas couper les branches, ni brûler le bois et qui est le séjour du génie protecteur du village et le protecteur des cultures, subsiste à peu près partout en pays marka, et surtout bambara. Les indigènes disent que cet arbre est celui au pied duquel leurs ancêtres, arrivant dans le pays pour la fondation du village, déposèrent leurs bagages et prirent un peu de repos : Tesprit du lieu vint prendre contact avec eux à ce moment, et leur inspira de rester. Il apparaît donc que le dasiri est le genius loci, Quand l'arbre a disparu, on en marque l'emplacement par des canaris ou des débris ie canaris renversés. Sa fête a lieu un peu avant l'hivernage au moment des semailles. On tue en son honneur un mouton mâle, des chiens et des poulets. Tous les habitants assistent à la fête, même l'almamy. On lui demande un bon hivernage, de l'eau à souhait, l'heureuse venue des cultures. Il y a le dasiri de

village, dont le prêtre {dasiritigui) est le chef du village, et des dasiri familiaux. Dans les cantons islamisés, on ne fait plus de sacrifices au dasiri, mais il est facile de voir que ce vestige de dendrolâtrie est encore vivace. Avec les générations qui viendront, cette croyance s'amalgamera avec rislam, et le dasiri deviendra simplement le séjour de djinn.

La croyance aux esprits, les uns bons, qui sont ceux de l'Islam, les autres mauvais, qui sont ceux des fétichistes, est universelle. On les honore par le port d'amulettes, où leurs bons offices sont demandés, et aussi d'une manière beaucoup moins orthodoxe par des sortes de libations. Dans la nuit du dimanche soir et du jeudi soir, les femmes versent du digui dans l'eau ou le lait, en prononçant certaines incantations. Ce rite vient de ce que les djinn font la plupart du temps leur séjour dans l'eau.

Le culte du gna subsiste dans les cantons bambara, même islamisés. Le gna est l'intermédiaire entre la divinité et l'homme et c'est à lui qu'on s'adresse, parce qu'on le voit, pour transmettre à la toute-puissance inconnue des prières, les vœux et les offrandes. Les indigènes font bien la différence et c'est pourquoi ils amalgament sans difficulté la nouvelle notion d'Allah toute spirituelle avec le Dieu inconnu qu'ils adorent depuis longtemps, sans le connaître.

On fête le gna le troisième mois de l'année indigène et égorge en son honneur des chiens et des poulets ; on boit du dolo; le prêtre féticheur s'agite en des convulsions et contorsions où l'on reconnaît qu'il est en possession du gna et que l'harmonie règne entre le monde extra-naturel et les humains. Des danses, soit publiques, soit familiales, viennent compléter ces réjouissances.

Il y a un gna dans chaque village, et ce gna a toujours

une case où il vit enfermé. Il consiste, autant qu'il est possible de le savoir, en un esprit ou soïtané, ce qui est encore une preuve de la confusion de la coutume et de la nouvelle croyance. Cet esprit habite dans une peau de bouc, où sont enfermés les instruments de tam-tam qu'on a achetés avec le gna, et qui paraît être ainsi le sanctuaire par excellence.

Ce soïtané, à la différence du dasiri qui est un génie local, ne se déplaçant pas, est un esprit protecteur de personnes, attaché à un groupement humain, voire à une famille. Si cette famille s'en va, elle emporte son gna, et le village peut s'en trouver dépourvu; il doit se hâter d'en acheter un autre aux forgerons du Bandougou qui sont les grands fournisseurs.

Il y a des gna tié ou mâles, et des gna mousso ou femelles. Cette différence dé sexe ne présente aucune importance, le gna, quel que soit son sexe, accordant indifféremment sa protection à toutes les personnes du groupement. Il y a une graduation dans la puissance des gna et l'on reconnaît que le gna de tel village « est plus fort » que le gna de tel autre. Encore que les habitants d'un village tiennent essentiellement à leur gna, il arrive souvent, surtout quand ce fétiche est double, que les notables acquiescent aux sollicitations d'un village, dépourvu de gna, et lui en cèdent un, soit gratuitement, soit à titre onéreux.

Les femmes stériles vont demander des enfants aux gna ; si elles deviennent grosses par la suite, les enfants sont considérés comme appartenant au gna et il aura droit de leur part à certaines marques de respect et d'obéissance.

A côté de la case du gna, il faut signaler la case de l'oiseau kono, dont on célèbre la fête en même temps que celle du gna.

Le kono consiste généralement en un morceau d'étoffe rembourrée présentant la forme d'un oiseau, et dans laquelle on pique des plumes de poulets ou d'oiseaux. Il atteint parfois la hauteur d'un homme.

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Le jour des cérémonies, un individu ayant une petite trompette d'où il essaye de tirer des sons se rapprochant des cris des volatiles, promène dans la case le kono, auquel on suspend une clochette. Pendant que le kono est mis en mouvement, la clochette tinte. Ces cérémonies ont lieu notamment au premier jour de l'année, à la fin du Ramadan, à la Tabaski. Les fidèles se rendent dans la case et déposent des offrandes (bœufs, moutons, poulets, kolas) qui sont consommées par tous le^ hommes du village. Les femmes et les enfants non circoncis sont exclus.

L'oiseau est grand guérisseur et protecteur des gens qui se placent sous sa protection. Ainsi, si un individu croit qu'un sorcier lui a jeté un sort, il fait des offrandes au kono qui fera mourir le sorcier, si celui-ci ne cesse pas ses pratiques de sorcellerie.

Dans les affaires litigieuses, le serment prêté devant le kono est décisif.

Ce court exposé suffira à souligner la survivance tenace de ces vestiges fétichistes parmi des populations qui se disent islamisées. Pour de plus amples détails sur le gna lui-même, on pourra consulter avec intérêt Charles Monteil, Desplagnes et Delafosse.

Paul Marty.

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