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Études sur l'origine des Basques

L'histoire de la Gascogne soulève quelques problèmes dont l'intérêt dépasse les limites de cette promnce, et s'étend à la fois à l'Espagne H à la France méridionate. Parmi ces problèmes, le plus difficile tt le plus obscwr est assurément celui de l'origine des Basques, Sur la foi du baron Guillaume de Humàoldt et de son école, ce petit peuple est accepté généralement aujourd'hui comme l'héritier direct de la race dite IbériennCy qui aurait jadis occupé Umte la Péninmle, et qui se rattacherait, par un lien assez étroit, a/ux anciennes populations de l'Aquitaine et de la Ligurie. Humboldt ne s'est pas nettement expliqué sur l'origine de ces Ibères, et les savants contemporains présentent, à ce sujet, au nom de l'anthropologie, de la philologie, de la toponymie, de la numismatique, etc, les soluUons les plus divergentes. Ceux-ci en font des Ibères du Caucase, ^ ceux-là des populations venues du Nord de V Afrique. Les uns les rattachent aux Sémites et les autres aux Aryas, tandis que d'autres se partagent entre V origine touranienne et la provenance américaine.

Td est l'état a^uét de cette question, dont je n'ai pas cessé de ^'occuper un seul jour, depuis quaJtorxe ans. Au début de mes études, j'acceptai d'abord, sans exameji, la théorie de Humboldt; mais, pour des raisons qui s^ont déduites dans cet ouvrage, je me trouvai forcé de renoncer plus tard à la confiance qu'elle m'avait inspirés. L'étude des divers systèmes proposés, au nom de l'Histoire et des sciences auxiliaires, sur les origines ibériennes^ me convain-

quit ensuite, au prix de bien des efforts, de la valewr très-inégale de ces travaux. Mon embarras était extrême : mais je sentais nwn ardeur et ma curiosité s accroître, à raison m^ême de la grandeur des obstacles. Après mûre réflexion^ je résolus de reprendre à nour veau V examen du problème , et d'attaquer les diffimUés d'après la méthode analytique. Il s agissait désormais de marcher constamment du connu à Vinconnu, en prenant pou/r point de départ les Basques actuels. Grâce aux textes des historiens et des géographes, inis en lumière et soigneusement contrôlés. avant moi par des hommes tels que Çurita, Blanca, Risco, le P. de Moret, Gihénart, Hauteserre, Marca, etc., etc., je pus facilement remonter des Basques aux anciens Vascons.

Il fallait ensuite rechercher commuent les Euskariens, ou leurs ancêtres plus ou moins directs, avaient été rattachés aux Ibères, et je m'enfonçai dans l'étude de tous les auteurs classiques qui ont écrit sur l'Espagne ancienne. Cette étude me révéla que VIbérie espagnole était occupée, dès l'au/rore des temps historiques, par des peuples dorigine très-diverse, que cette Ibérie est une expression géographique, et que, malgré. la prédominance incontestable d'un type qui sera décrit, il ne faut pas accepter Us Ibères comme issus d'une seule et même race. Je me convainquis aussi que les Ibères espagnols avaient été indûment confondus atec les Ibères du Caucase, et que c'était là une cause d'erreurs innombrables sur laquelle il m'était cofnmandé d'insister de tout mon pouvoir. Le lien qui rattache les Basques actuels aux anciennes populations de l'Espagne et l'antique occupation de la Péninsule par les ancêtres de ce petit peuple , m'apparurent aussi, vers la fin de cette étude partielle, comme des théories plus ou moins modernes, et impossibles à justifier par des documents historiques.

L'horizon devenait moins obscur, et le moment était venu d'inventorier les diverses solutions proposées sur l'origine des Basques et des Ibères, lewrs ancêtres putatifs. Cela fait, j'abordai Vexamen du problème à l'aide exclusif des moyens fournis par l'anthropologie, et soutenu par les conseils et les communications de savants tels que Messieurs Ed. Lartet, Pruner-Bey, Charles Martins. Ed. Collomb, etc. Vint ensuite le tour de lu philologie, pour laquelle je mis à profit les bons avis d'un savant euskarisant,

MonHeur le Chanoine Inehauspe , et ceux de quatre romanistes éminmts Messieurs Noulet^ Paul Meyer^ G(uton Paris et Léonce Coulure.

Cette besogne finie^ je repris à nouveau l'étude du système de Humboldt sur l'eoDplication de V ancienne toponymie de l'Espagne par le basque actuel, et ce second travail ne ramena pas la confiance dans mon esprit. L'examen des procédés de lecture et d'interprétation des légendes des monnaies dites aériennes, dont la ^mismatique ibériewoe est de Monsieur Boudard la plus récente et la plus haute exprèsmn ne m'arrêta pas si longtemps; et je suis encore à me demander comment ce système a pu obtenir le succès dont il jouit encore. Je dois en dire autant des parties des tomes II et IV de l'Histoire du droit français, où feu Monsieur Laferrière traite de l'ancien droit euskarien, et des traivaux de quelques-uns de ses disciples sur le même sujet. On me permettra d'ajouter que, sur ce points mes idées ont reçu ^approbation de l'Académie de Législation de Toulouse, qui a décerné la médaiUe d'or , au concours de 4868, à un travail encore inédit, où se trouve insérée la critique des théories de Monsieur Laferrière et de son école sur l'ancien droit basque, La série de ces investigations spéciales et distinctes^ se termina par une étude sur l'autfienticité des prétendus chants héroïques des Euskariens, Ces poèmes sont au nombre de trois : le Chant des Cantabres, le Chant d'AUabiscar et le Chant d'Annibal. J'ai prouvé, dans y^a DisserlatUm sur les chants héroïques des Basques, imprimée en 4866, le caractère apocryphe de ces trois pièces, dont la première avait été acceptée comme authentique par Guillaume de Humboldt, et j'ai eu le bonheur de voir mes conclusions acceptées par la critique française et étrangère. Cette approbation a été néanmoins tempérée par quelques objections de détail , qui ne compromettent en rien mon argumentation principale , mais dont j'ai été le premier à reconnaître la justesse et la justice, et dont f ai tâché de tirer profit dans cet ouvrage.

Telles sont les étapes par lesquelles je suis passé, et que mes lecteurs doivent franchir aussi, avant d'arriver aux conclusions qui tendent, non pas à résoudre, mais à restreindre le problème de l'origine des Basques, que d'autres pourront circonscrire plus tard dans un cercle encore plus étroit.

JV

Ces explicalwns suffiront, je V espère, à containcre leptiblic de l'en Hère liberté d'esprit et. d'intérêt qui a présidé à ces recherches^ et de ma volonté bien arrêtée de ne jamais étendre jusqu'à des théories que je ne puis accepter ^ le respect, parfois mêlé de reconnaissance, qjue je dois à la personne des savants qui les professent. Mon livre, j'aurais mauvaise grâce à le nier, est en opposition avec les idées dominantes, et principalement dirigé contre le système de Humboldt et de ses disciples, dont plusieurs occupent en France, dans la science officielle et ailleurs, de hautes situations. Cela ne veut pas dire assurément que je m'attends de la part de ces derniers à des attaques extra-scientifiques. Je dois convenir néanmoins que j'aspire surtout à être fugé par la nouvelle génération d'érudits qui se trouve dégagée, envers la mémoire de Humboldt, de tous les devoirs qui ne résultent pas de (admiration raisonnée. Ces érudits m'ont déjà prouvé plus d'une fois, pqir leurs censures et par leurs éloges, l'indépendance de leur critique ; et s'ils condamnent mon entreprise, je pourrai du moins me consoler , en songeant que j'aurai contribué, par mon in*niccès même, à l'affermissement de la vérité.

Timlome, ce S novembre 1869, Jimr de la Fête des MorU,

PREMIÈRE PARTÏE.

HISTORIQUE ET POSITION DU PROBLÈME

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