‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 2 sur 39 · SI · texte numérisé non relu

SI

On désigne sous le nom de Basques, les populations établies sur les deux versants des Pyrénées occidentales, et parlant une langue particulière, qu'elles appellent elles-mêmes escuara^ eskuara et uskara. Celte langue est profondément distincte des idiomes rbmans usités chez les habitants des pays voisins, cest-à-dire de l'espagnol, et des divers patois issus du gascon, qui est un dialecte du provençal. Les Basques s'appellent entre eux Escualdunac.

Ce peuple se rattache historiquement aux Yascons, par des liens dont les annalistes du nord de l'Espagne et du sud-ouest de la France n'ont pas sufGsamment apprécié la valeur et Vimportance. Pour échapper au même reproche, je suis donc tenu de consncrer aux destinées des Vascons et des Basques

une étude suffisante ; mais je dois auparavant déterminer le territoire occupé par les Vascons dans Tantiquité.

Ce territoire englobait, non seulement le pays qui correspond à la Navarre espagnole, mais encore les villes de Calagurris (Calahorra) et de Gracuris (non loin d'Alfaro), sur la rive gauche de l'Ébre, et du côté du midi, le pays qui devint plus tard le comté d'Aragon. Vers le nord, il atteignait la mer cantabrique, dans cette portion de la province actuelle de Guipuzcoa où se trouve Fontarabie. Strabon donne en effet aux Vascons la ville de Pampelune, et celle d'Œaso (1)qui paraît correspondre à Fontarabie. « Là, dit-il, commencent les frontières de l'Aquitaine et de Tlbérie ; » et il ajoute, deux lignes plus bas : a Au-dessus de la laccétanie, vers le nord, habitent les Vascons, chez lesquels se trouve la ville de Pampelune. » Dans un autre passage, le même auteur, confirmé par Ptolémée, attribue aux Vascons la ville de Calahorra, et à ces deux témoignages vient s'ajouter celui de Juvénal, dans sa quinzième satire. Du côté du nord, Ptolémée place sur le territoire des Vascons (2) les bouches du petit fleuve Manlascus, et par là il sert encore de garant à Strabon, qui étend jusqu'à rOcéan le domaine de ce peuple. Quant à ce qui a trait au pays qui devint plus tard le comté d'Aragon, la chose est aussi certaine, car Ptolémée compte la ville de lacca (Jaca) parmi celles des Vascons (2). Il ne faut pas confondre, comme quelques-uns l'ont fait, les laccétans ou habitants de Jaca, avec un autre peuple nommé les lacétans , ou mieux les

b)X£av(i) Oiaatjjva TtoXiv,.... :ïpbçauT3t xJt t^ç 'Axomxavfaç Spia xa\ t^ç 'ISr^piaç... OjCEpixEixai tl T^ç 'Iaxx7)Tav(aç TCpbç âpxTov ib xSiv Ouaoxtjvcov fOvoç, Iv û kôXiç no[AfcéX(Dv. Strab., Géogr., lib III^ cap. 4.

(2) Ptolbm., Géogr. j lib. — Oïhénart, Notit. utr. Vascon.y p. 23, cite ix)urtanl un manuscrit de Ptolémée, conservé à la Bibliothèque royale, où les bouches de Manlascus sont attribuées aux Vardules.

Lacétans(4), établis beaucoup plus au sud-ouest, du côté dllerda (Lérida), à peu près où finit aujourd'hui FAragon, et où commence la Catalogne. Au reste, les Lacétans étaient séparés des Vascons par les Ilergètes, et nous avons aussi, sur ce point, les textes formels de Ptolémée, de Strabon et de Tite- Live. Outre les villes déjà nommées, Ptolémée attribue encore aux Vascons celles de Pampelune, Iturissa, Bituris, Andclusium, Nementurissa, Curnonium, Bascontum, Ergavia, Tarraga, Huscaria, Setia et Alavona. Oihénart a démontré, contre divers commentateurs des géographes anciens, que remplacement d'Iturissa doit être cherché dans le pays de Baztan, non loin du bourg actuel de San-Esleban de Lcrins, et non dans la partie méridionale du territoire des Vascons, ou à Tolosela, dans la province de Guipuzcoa (2).

Voilà quel était, au commencement des temps historiques de l'Espagne, le domaine des Vascons. J'ai maintenant à m'occuper des peuples limitrophes.

Du côté du levant, les Vascons confinaient aux Ilergètes, dont ils n'étaient séparés que par la rivière du Gallegus (Gallego), qui avait sur sa rive droite les villes de Gallicum et de Forum Gallorum. Ces noms de lieux suiBraient déjà à démontrer que les Ilergètes étaient un peuple celtique ; mais je compte' ne pas m'en tenir à la toponymie, et, quand le moment sera venu, j'espère prouver, à l'aide exclusif des documents historiques, que les autres peuples de la Celtibéric avaient la même origine que les Ilergètes.

Au midi des Vascons se trouvaient les Bèrons, dont Strabon affirme positivement la provenance celtique (3), et au

(4) Piolémée et Strabon les appellent les lacétans, et César, Tite-Live et Pline les Lacétans. Cett« dernière orthographe est aussi adoptée par l'annotaleur de César, Fulvius Ursinus, Comment, y lib. I, De Bell, civil.

{2i OÏHÉN., Not. utr. Vase, p. 24-25.

(3) Biîptuvsç, KavTdl6poî; ôiiopoi Totç Kovbxoiç, jwti auroi tou KsXtixou atoXou Ys^evôTsç. STRiB., Géog., lib. III, cap. 4. Les Bèrons occupaient le pays

couchant se trouvaient les faibles et obscures peuplades des Vardules, des Âutrigons et des Caristes. Ptolémée, dans sa description de l'Espagne septentrionale, place les Âutrigons au couchant du pays des Cantabres, peuple de race celtique (1).

qui correspond à la province actuelle de Rioia. Slrabon dit, dans un autre passage du môme livre : « Les Celtes, qu'on nomme aujourd'hui Ccllibériens et fierons. »

(t) L'origine celtique des Cantabres est attestée par le passage de Strabon transcrit dans la note qui précède. L'abréviateur de DionCassius, Xiphilik, Epit. Rom, hist., lib. LUI, dit « qu'Auguste fit soumettre par ses lieutenants Terentius Varro et Titus Carlsius, les Âstures et les Cantabres, peuples celtiques. » En dehors de ces assertions formelles, les géographes anciens et particulièrement Strabon, nous révèlent, chez les Cantabres, certaines particularités de mœurs qui se retrouvent chez les peuplades celtiques et scythiques. Ainsi, l'usage adopté par les maris Cantabres de se mettre au lit et de se faire soigner par leurs femmes, après que celles-ci venaient d'accoucher, existait aussi, suivant Diodore de Sicile {Dibl. hist.y lib. V), chez^les anciens habitants de la Corse. Cette île avait reçu de bonne heure des hommes de la même race que celle qui occupait la Cantabrie. Sénèquc nous atteste, en effet [Consol. ad Helviam), que les habitants de celle île portaient des chaussures et des bonnets semblables à ceux des Cantabres, et qu'ils avaient même retenu quelques mots de la langue de ces derniers. La coutume bizarre adoptée par les maris Cantabres se retrouve, d'après Apollonius de Rhodes [Argonaut., lib. II) et Valérius Flaccus {Argonaut., lib. V) chez les Tibari, peuples qui habitaient les bords du Pont-Euxin, et qui, d'après le scoliaste d'Apollonius, étaient de racescythique. Je crois devoir rappeler en passant, que cette coutume existe chez les Caraïbes et quelques autres peuplades sauvages de l'Amérique. Autre ressemblarjce de mœurs. Ptolémée attribue aux Cantabres la ville de Concana, dont les habitants bavaient le sang des chevaux, ce qui se retrouve chez les anciens peuples de race scythique ou sarmatique.

Visam Britannos, hospilibus feros, Et lœtam equino sangaine Concanam.

HoRAT., lib. in, Od. i.

Non que Dardanioa TÎdit llerda furores

Nec qai, Massageten monstrans feritate parenlem.

Gornipedis fusa satiaris, Concane, venâ.

SiL. Italic. Punie, lib. III.

Ces raisons historiques suffisent ii mettre hors de doute l'origine celtique des Cantabres, sans recourir aux arguments beaucoup moins convaincants que Uwmholdi {Urbew. Hiy)., etc., p. 1i>2) et M. Boudard (.Vumisma^ ibér., p. 2ii7) tirent de la loponymie.

Viennent ensuite les Caristes, et enGn leâ Vardules, que ce géographe fixe sur les confins de la Gaule. Pline et Pomponius Héla paraissent englober, sous le nom de Yardules, les Âutrigons et les Caristes. Tout le noonde sait, en eiïet, que le petit fleuve de la Deva arrose la province actuelle de Guipuzcoa. Ptolémée place Tembouchure de ce fleuve chez les Caristes (1), et Pomponius Mêla nous apprend que Tritium Tubolicum (Mondragon d après H. Coquus), ville des Vardules , était située sur les bords de ce cours d'eau (2). Ptolémée nous enseigne aussi que Tembouchurc du petit fleuve de la Nesva ou Nerva (on le trouve écrit de ces deux façons) est situé sur les frontières des Autrigons (3), et Pomponius Mêla ajoute que la Nerva descend vers la mer à travers les territoires des Autrigons et des Origevions (i). Florian Ocampo, Andrès de Poça, Jacobus Gastaldus, Garibay, Joseph Molet, Tarapba, Morales, Oïhénart et le P. J. de Moret, reconnaissent unanimement que la Nesva correspond au cours d*eau qui passe maintenant à Bilbao et à Portugalete, villes de la Biscaye, et qui tombe bientôt après dans la mer. Les mêmes auteurs conviennent aussi que Flaviobriga, que Ptolémée donne aux Autrigons et Pline aux Yardules, se trouvait dans le pays qui devint plus tard la Biscaye, là où existe aujourd'hui la ville de Bilbao ou celle de Vermeo.

Le pays des Vardules (Bardyètes et Bardyales de Strabon) et celui des Caristes s'étendaient, du côté du midi et du couchant, au-delà des limites actuelles de la province d'Alava. En effet, Ptolémée nous apprend que les villes de Tullonium et de Tritium Tubolicum, qui appartenaient aux Vardules, se trouvaient sous la même latitude que Pampelune. La partie

(1) Ptolém., Géogr., lib. II, c. 4.

(2) PoMP. Mkla, De 9itu arbis.

(3) Ptolém., Géogr., lib. II, c. 4.

(4) PoMP. Mêla, De situ orbis

de rilinérairc d'Anionin, relative aux pays compris enlre Aslurica (Aslorga) et Bordeaux, nous informe en outre qu'entre Virovesca (dans le pays deBureba) et Pampelune, on trouvait d'abord Vindeleia et Déobriga, villes des Autrigons, puis Beleia etSuissatium (I), cités des Caristes, et enfin Tullonium et Alba, qui appartenaient aux Vardules. Ces deux dernières villes n'étaient qu'à quarante-sept mille pas de Pampelune, c'est-à-dire à moins de deux lieues. Il résulte clairement de là que les villes de San-Vincenle et de Laguardia se trouvent sur l'ancien territoire des Vardules, ou tout au moins sur celui des Caristes, qui étaient séparés des Cantabres par les Autrigons (Allotriges de Slrabon), lesquels occupaient un assez vaste territoire sur les deux rives de l'Èbre. Or, l'emplacement de la ville actuelle, Virovesca, qui appartenait à ces derniers, se trouve situé à cinquante mille pas environ de la limite occidentale de la province d'Alava. Si de Virovesca on se dirige vers l'ancien pays des Cantabres, on rencontre d'abord, à onze mille pas, Tritium, ville que Pline donne aux Vardules et qu'il faut soigneusement distinguer, malgré l'opinion contraire de Çurita, de Tritium Tubollicum, autre ville située également chez les Vardules, et que Pomponius Mêla et Ptolémée placent aux bords de la Deva (2).

Les témoignages formels de Strabon et de Ptolémée, ne permettent pas de croire que le territoire des anciens Cantabres se soit étendu jusqu'à la province actuelle de Rioia. Il résulte, en effet, d'un passage de Strabon déjà cité, que les Cantabres Conisques confinaient directement aux Bèrons. Ce géographe affirme aussi qu'en tirant vers le midi, ces derniers

(i) (jURiTA affirme avec i-aisoii que le Suissatium de l'Itinéraire d'Antonin est le même que le Suessalium de Ptolémée.

(2) Ptolémée fait aussi mention d'une ville appelée Tritium Metallum, «H située dans le pays des Bèrons.

se trouvaient immédiaCement au-dessous des Âutrigons (1). Uoralès croit que Varia, qui appartenait aux Bèrons et était située sur TEbre, correspond à la ville actuelle de Logrono ; mais j'aime mieux croire Garibay et Çurita, qui la retrouvent dans le bourg de Varea, situé à peu de distance de Logrono. Sampiro, Roderic de Tolède, Lucas de Tuy, et quelques historiens de la Navarre, affirment que Tritium Melallum, autre ville des Bèrons, se retrouve dans Vaiara; mais ici encore, Çurita me semble mieux inspiré quand, dans ses notes sur l'Itinéraire d'Ântonin, il indique, à peu de distance de Vaiara, un bourg du même nom que celui do Tritium. Les trois villes de Logrono, Varea et Naiara sont situées dans la province actuelle de Rioia, qui possède aussi les bourgs et les campagnes dans la direction de Bureba. Il est donc démontré que la frontière des Cantabres s'arrêtait à plusieurs milles des provinces actuelles d'Alava et de Rioia (2).

On voudra bien excuser mon insistance sur les Cantabres, les Caristes, les Autrigons et les Vardules ; mais je tenais à limiter de mon mieux les Vascons à TOccident, et à prouver qu'ils étaient séparés par les trois derniers peuples que )e viens de nommer, des Cantabres avec lesquels on les a trop souvent confondus. Je ferai connaître plus bas les causes et les dates de cette confusion. En attendant, j'espère avoir convaincu ceux qui auront suivi ma discussion avec des caries de l'Espagne ancienne et moderne sous les yeux, que les provinces actuelles de Guipuzcoa et d'Alava étaient, primitivement, le patrimoine

(1) Strab., Géog., lib. 111, cap. 4.

(2) C'est à tort que Floriun Ocampo, suivi par Ganbay, Samloval et plusieurs autres historiens placent sur TÈbre, non loin de Logrono, la ville de (^ntabria, qui, diaprés eux, aurait été la capitale des Cantabres, et dont ils affirment que les restes subsistaient encore, do leur temps, au 8omn»el d'une haute colline. Aucun historien de l'antiquité ou du moyen-âge ne fait mention de celle ville, et il n'existe aucun texte qui prouve que la ville de Logrono fût située sur les frontières des Bèrons et des Vascons.

— iodes Caristes cl des Vardules, et que les Autrigons étaient maîtres des territoires qui devinrent depuis la Biscaye et le pays de Bureba. J*espère avoir aussi démontré que les Bèrons étaient cantonnés dans la région nommée depuis Riora.

A quelle race appartenaient les trois petits peuples établis au couchant du pays des Vascons, et qui les séparaient des Canlabres? Les historiens ne nous ont laissé sur ce point aucun témoignage : mais les noms de lieux, de Tullonium, de Tullica, de Segonlia, de Deva, etc., prouveraient, d'après le baron Rogetde Belloguet, une origine celtique (1). Je ne saurais néanmoins partager ici Tavis de Tauteur de YEthnogénie gauloise, et je crois que les inductions légitimes , tirées des textes anciens, doivent prévaloir sur les conjectures, si souvent trompeuses, fondées sur la toponymie.

Pline afBrrae, en effet, à deux reprises (2), qu'après avoir traversé les Pyrénées, on entrait en Espagne par les forêts des Vascons. Quanta Ptolémée, il place comme les autres géographes, les Autrigons, les Caristes et les Vardules, qui se subdivisaient eux -mêmes en plusieurs petites peuplades. Néanmoins, il donne aux Vascons maritimes l'embouchure du fleuve Manlascus (baie de Fontarabie), la ville d'Œaso(3), actuellement représentée par Saint-Sébastien, et le promontoire nommé aussi Œaso, lequel n'est autre que le cap Machicaco, situé à quatre lieues à l'est de la rivière de Bilbao (4).

Ainsi, quand il place les Vascons maritimes depuis Bilbao jusqu'aux Pyrénées , Ptolémée fait entrer dans la grande famille de ces peuples les Autrigons, les Caristes et les Vardules. D'ailleurs, ce géographe n'est pas le seul dont on puisse invoquer le témoignage, et Strabon termine ainsi la description

(4) Baron Roget de Belloguet, Ethnogénie gaul., p. tt%.

(2) Plin., Hist. nat,, lib. IH, e. 4; lib. IV, c. 20.

(3) Ptolem., Géoy,, lib. Il, c. 6.

(4J Carte de VHispaniej par Brué; Graslin, DeUbérie^ p. 237-33.

des mœurs de quelques peuples barbares de la Péninsule : (. Telle était la vie des montagnards, de ceux qui habitent Textrémité septentrionale deTIbérie, des Callaïques, dcsÂstures, desCantabreset de§ Vascons, jusqu'aux Pyrénées. » Cet écrivain distingue donc nettement les peuplades en question, ^t ne signale pas, entre les Pyrénées et les Callaïques, d'autres nations que les Âstures, les Cantabres et les Vascons. Ce passage, rapproché de quelques autres du même auteur , prouve à suffisance qu'il ne reconnaissait, entre les Cantabres et les Pyrénées, que la grande famille dos peuples Vascons.

Ijc baron Roget de Belloguet me parait donc dans Terreur au sujet de lorigine des Aulrigons, des Caristes et des Vardules ; mais je reconnais volontiers, avec Mayans y Siscar, qu'il est impossible de tracer exactement les limites des Cantabres et des Vascons. Néanmoins, ces limites ne devaient pas s'écarter beaucoup de Verea Sueca (baie de Santôna), car il y a contradiction au sujet de ce port, et Plolémée l'attribue aux Vascons, tandis que Pline le donne aux Cantabres.

La frontière septentrionale du pays des Vascons est beaucoup plus facile à déterminer que la précédente, et j'ai cité tout à l'heure un texte de Pline, confirmé par Strabon, qui prouve que cette contrée était séparée par la chaîne des Pyrénées, de l'Aquitaine, dont le lecteur me permettra d'esquisser l'ethnologie.

César partage la Gaule en trois peuples, différents de mœurs, d'institutions et de lois : les Belges, les Aquitains et les Celtes ou Gaulois(i). Les Aquitains, dit Strabon, différaient, par la langue et par le type, de la race celtique, et se rapprochaient davantage des populations de l'Ibérie. On a beaucoup

fi) Gallia est oiimis divisa in très parles: quarum unam incolunl Belgs; aliam Aquitani, tertiain qui ipsorum liiigua (^Itap, nostra Galli appellantur. Hi omiies lingua, inslitulis, logibus, inler se differunt. Ces. De Ml gall, lib. 1, c. 4.

lor lu ré les deux textes que je crois devoir citer dans Toriginal (1), pour prouver qu'il existait entre les Aquitains et les Ibères, de nombreux rapports ethnologiques et philologiques ; mais le géographe grec se contente de nous af6rmer, par deux fois, que ces rapports étaient plus nombreux ({axXov) entre Espagnols et Aquitains, qu'entre Aquitains et Gaulois. Cette comparaison est évidemment à l'avantage des anciennes populations de l'Espagne. Cependant, elle constate, en même temps, entre les dernières et les Aquitains, des dissemblances suffisantes pour empêcher Slrabon de conclure à leur identité, et pour condamner les auteurs modernes qui ont voulu étendre le sens et la portée de ses paroles au delà de leur signification véritable.

Toutes les autres données de la géographie ancienne constatent, d'ailleurs, que la primitive Aquitaine comprenait des peuples d'origine diverse. Les Nitiobriges appartenaient à la race celtique, et tout porte à croire que ce peuple était établi sur les deux rives de la Garonne, de façon à occuper le territoire qui correspond au premier diocèse d'Agen. Ce diocèse subit un démembrement en 1317, époque où le pape Jean XXII en détacha toute la partie située sur la rive gauche du fleuve, pour la soumettre au nouveau siège épiscopal de Condom (2). Or, on sait, qu'en général les territoires des premiers diocèses furent calqués sur ceux des civitates romaines, et que ces derniers correspondaient d'ordinaire aux divers domaines des peuplades de la Gaule indépendante. Il est donc extrêmement probable, sinon certain, que les Nitiobriges occupaient les deux rives de la Garonne.

(i) Tou; AxouVTavouç tîXewç içTjVaXXaYaévouç où tt) Y^«A>xrrj [i6vov, iXXàc xat Totç oiiVjLaaiv, ia^Epêtç "167] p^i (aôéXXov t) FaXdiiaiç. — Ata«pépouai too -^oîkaxxiTuau çuXou. îwtTà T£ tôjv a(i)[jL«7a>v xaTOcT/giç, xa'i xaTÔt ttjv Y^witav ' âoixaai 8è {iiaXXov *l6r)p(jtv, Stbab. Geog. lib. IV.

(2) Gal. Christ., t. II, EccL Agennens.; EccL Condomiens,

La chose n'est pas douteuse pour les Bituriges-Vivisques, dont le pays est représenté par le Bordelais, et le témoignage formel de Strabon ne permet pas de relier cette tribu à la race aquitanique (1). Ce peuple est généralement rattaché au rameau kyrorique , de même que les Boïens (2) , ou habitants du pays de Buch (pagus Bogensis)^ dont ils exploitaient les pins sous la domination romaine (3). On s'accorde généralement à voir dans ces derniers un essaim de cette grande peuplade Boïenne, qui envoya des colonies dans la Lyonnaise, en Italie, en Germanie, et peut-être en Galatie.

On rattache généralement au même rameau les Yolks, qui se seraient établis dans le midi de la Gaule, au vu'' siècle avant notre ère. A cette nation appartiennent les Volks Teclosages, qui ont incontestablement occupé, sur la rive gauche de la Garonne, un territoire sur retendue duquel on n'est pas (out-à-faît d'accord. Le baron de Belloguet veut même que ces Tectosages aient envoyé des colonies dans l'intérieur de l'Aquitaine (4).

(4) Movov Y*P 5^ '0 "^^"^ BitoupCfuiv toutojv IOvoç Iv Totç ^Axo'Jttavot; iJ^ôwiXov 5poTai, xai x)j owieXei* aOrotç. STRA.B. Geog. lib. IV. Certains auteurs ont supposé qu'au \ii<' siècle avant notre ère la tribu kymrique des Bituriges-Cubes, établie sur le territoire de Bourges, aurait détâché les Bitoriges-Vivisci ou losci, pour aller fonder Bordeaux.

[t) y. notamment LiGNEàu, Ethnologie de la France, dans le t. II du Bulletin de la Société d'Anthropologie.

(3) Qua regione habites placeat reticere nitentem Burdigalam, et piceos malis describere Boios

Paulin. Epist, adAuson.

Les habitants du pays de Buch sont appelés Bouges en gascon, et se distinguent des Cousiots, dans lesquels certains auteurs prétendent retrouver les descendants des Cocosates, V. Walkbnaer, Géogr. des Gaules, t. I, p. 303.

(4) Ce savant leur attribue « particulièrement ce qui reste d'éléments septentrionaux chez les Béarnais et les Souletins. Nous voyons , dès le t^mps de Pline, des noms d'apparence celtique s'approcher des Pyrénées et pénétrer même dans leurs vallées, que des colonies gauloises contribuèrent

Le lecteur me pardonnera» je l'espère, celle longue (lissertalion sur la géographie historique des Vascons, et sur celle des peuples voisins. "Il en résulte, je crois, assez clairement, que, dans ranliquité, les Vascons n'avaient pas encore franchi les Pyrénées pour s'établir en Aquitaine, et qu'ils étaient cernés de toutes parts par des populations celtiques ou aquitaines, ce qui est déjà une grave présomption contre la pureté de leur race. Il s'agit maintenant d'étudier, à l'aide exclusif des documents historiques, les destinées de ce peuple de l'autre côté des Pyrénées , jusqu'à l'établissement de la féodalité.

Les Vascons apparaissent, pour la première fois dans Thistoire, à l'époque de la seconde guerre punique. Dans son poème, Silius Italiens nous les montre servant dans l'armée d'Annibal après la prise de Sagonte (I), et assistant aux batailles de

probablement à défricher; car il en est dont l'occupation tardive nous est attestée par quelques-uns mômes des noms basques que portent ces cantons, entre autres celui de Soûle (en latin Subola), qui signifie forêt. Ainsi, les Tomates setablirent à Tournay en Bigorre, et les Campoui dans la vallée de Campan. Walkenaër veut môme que les Pempedunni aient gravi jusqu'au port de Pinède, l'un des plus élevés des Hautes-Pyi'énées, ce qui me paraît fort peu vraisemblable. Je trouve un rapport bien plus positivement marqué entre la signification positivement celtique de leur nom, les cinq montagnes ou les cinq villes, et celui de Las cinco villas de Navarra que porte le canton espagnol qu'arrose la Bidassoa, avant de marquer la frontière de notre pays Les cinq villas faisaient partie des Gaules; toutefois, je ne pense pas que les Pempedunni se fussent, dès le temps de Pline, avancés jusques-là. Mais il place réellement au pied des Pyrénées les Belendi, ou plutôt Belini, d'après les médailles qu'on leur attribue. » RoGET DE Belloguet, Ethnogénie gauloise, p. 226-27. — Je prouverai plus bas que les Convenae étaient de race celtique. (1) Nec Cerretani quondam Tyrinthia castra,

Aut Yasco insuetus galeae ferre arma morati. SiL. It/llic, Punie., lib. IL

Trasîmène (4) et de Cannes (2). Il en parle aussi à propos de la mort du consul Paul (3). Partout il nous les présente unis aux Cantabres et il s'explique, sur les uns et les autres, comme sur deux peuples offrant des similitudes de race et de mœurs. Les Vascons combattaient alors sans casque, et le poète revient souvent sur cette particularité.

Le P. de Moret veut que ces rapports entre les Vascons et le général Carthaginois, soient confirmés par un passage de Pline, relatif à la mine d'or de Bebelo, fouillée par Annibal, en Aquitaine (4). L'historien navarrais place cette mine dans le val de Baztan, et prétend qu'il existait encore, de son temps, des vestiges d'une antique exploitation (5).

Oïhénart suppose que l'alliance entre les Carthaginois et les Vascons ne dura pas longtemps, et que ces derniers tombèrent bientôt, comme les autres peuplades de l'Espagne intérieure, sous la domination des Romains (6). Cette conjecture repose sur un passage de Tite-Live, où il est dit que Cnœus Scipion,

(1) Cantaber, et gale»» contempto tegmine Vasco.

rd. Ibid., lib. V.

(2) Cantaber ante alios, nec tectus tempora Vasco.

/</. /6iV/., lib. IX.

(3y Ac juvenein quein Vasculevis, quem spicul densus

Canlaber urgebat, lethalibus eripit armis. lâ. Ibid.,\\h. X.

v4) Mimm adhuc per Hispanias ab Annibale incohatos puteos durare, sua ab inventoribus nomina hal)entes. £x quels Bebelo appellatur hodieque ; qui Gcc. pondo Annibali subministravit in dies, ad mille quingentos jain passas cavato monte, per quod spatium Aquitani stantes diebus noctibusque, egerant aquas lucernaram mensura, aranemque faciimt. Plin., lib. XXXIII,

ap. 6.

(3) Y de este pozo oy dia se vèn rastros en el Valle de Baztàn, en uno

^rrado con grandes penascos Oy dia se sacan entre las arenas algunos

pooos granos de oro, por resquicios, que ha abierto la codicia. La cercania «m la Aqoitania ayuda à créer, es el, de que célébra Plinio se aprovechù >Viuiibal. J. de Moret, Investigaciones historicas de las aniiguedades del Reyno de Navarra, p. Ul-42.

(6) OÎBÉNABT, Not.utr. Vascon., p. 26-Î7.

ayant débarqué à Emporium, avec son armée, soumit aux Romains, par des alliances renouvelées ou nouvelles, toute la contrée qui s'étend depuis le pays des Lacétans jusqu'à TÈbre. La réputation de clémence de Scipion lui servit également auprès des peuples du littoral, et auprès des nations plus barbares, qui habitaient l'intérieur des terres et les montagnes. Non seulement la paix fut faite avec ces dernières, mais une alliance fut préparée, et quelques solides cohortes furent levées chez C€S nations (1). Tile-Live, dit Oïhénart, ne nomme que les Lacétans; mais, comme il y joint les autres tribus de l'intérieur et des montagnes, il est difBcilc d'admettre que ce passage ne s'applique pas aux Vascons, qui confinaient immédiatement aux Lacétans et étaient aussi voisins des Uergètes. Sans doute, l'auteur des Décades n'afBrme pas expressément que les Vascons oonlraclèrent alliance avec les Romains, mais il le donne à entendre dans le livre premier des Décades, déjà cité. Scipion, dit-il, avait à peine quitté Tarragone, pour se retirer à Emporium, qu'Asdrubal parut et poussa à la défection les Uergètes , qui avaient donné des otages, et ravagea, à la tète de la jeunesse de ce peuple, les campagnes des nations demeurées fidèles à l'alliance romaine (2).

L'hypothèse d'Oïhénarl a été victorieusement réfutée par le P. Joseph de Moret, dont je tiens à résumer les arguments. Le premier passage de Tite-Live, dit-il, prouve bien que Cnœusi Scipion fit alliance avec les Lacétans, ainsi qu'avec d'autres peuples situés plus à l'intérieur et plus éloignés du littoral de la Méditerranée. Mais l'historien invoqué par Oïhénart n'aurait certainement point passé sous silence un fait aussi mémorable que celui d'avoir gagné des alliés aux

(4) TiT.-Lîv. lib. m, /><?ca<i. 3.

(«) Id. Ibid,

Romains jusque sur le littoral de rOcéan, dont les Yascons occupaient une partie. Les Lacétans n'étaient pas, comme le dit Tauleur de la Notitia utriusque Vasconiœ, les plus proches voisins des Vascons, dont ils étaient, au contraire, séparés par toute la région des Ilergètes et une partie de celle des Âusetans, ainsi qu'il appert du témoignage formel de Plolémée. Tite-Live nous apprend que Scipion ne soumit que certaines peuplades du pays des Ilergètes; mais ces peuplades n'étaient pas nombreuses, et Scipion ne se fiait guère à elles, puisqu'il exigea des otages, ce qui n'empêcha pas la révolte, aussitôt que le vainqueur fut retourné deTarragone à Emporium (1).

Oïhénart veut que les Vascons qui combattaient en Italie, dans l'armée d'Annibal, soient retournés dans leur pays. Cet auteur s'appuie encore ici sur un passage de Tite-Live, qui nous apprend qu'après la reprise de Sagonte, les généraux Romains engagèrent la jeunesse Celtibérienne aux mêmes conditions qu'elle avait obtenue des Carthaginois, et qu'ils envoyèrent aussi trois cents des plus nobles hommes de l'Espagne pour ramener leurs compatriotes qui servaient dans l'armée d'Annibal (2).

Quoi qu'il en soit, tout porte à croire que les Vascons firent alliance avec les Romains à l'époque du déclin de la puis* sance militaire d'Annibal en Italie (3). Rien ne prouve que

(4) Joseph de Moret, Investigaciones historicas del Reyno de Navarra^ p. 142.

(2) Oïhénart, Not. utr. Vase, p. 27.

(3) Pour croire le contraire, il faudrait admettre que les quinze cents cavaliers Suessetans, qui étaient à la solde de Carthage et qui firent tête à Tannée romaine commandée par P. Scipion (père de l'Africain), jusqu'à l'arrivée des cavaliers de Massinissa, étaient des Vascons. Mais l'obscurité du récit de Tite-Iive ne permet pas de Taffirraer, et les Suessetans, qui ne sont nommés ni dans Ptolémée, ni dans les autres géographes anciens, devaient faire partie d'un peuple plus important. Florian Ocampo les place à Sanguessa; le P. de Moret Êdt remarquer qu'à une lieue de là se trouve un bourg nommé So6, et il insiste sur la ressemblance des noms.

les Vascons aient appuyé, en <96 avant Jésus-Christ, Mandonius et Indibilis, rois des Ilergètes et des Lacétans, dans leur lutte contre Scipion TAfricain. Le P. de Moret suppose qu'ils tinrent le parti des Romains, durant la guerre de Tibérius Sempronius Gracchus, préleur de l'Espagne citérieure, contre les Celtibériens (169, av. J.-C), et qu'à cette occasion l'ancienne ville d'Uurce, qui était sur le territoire Vascon, augnDcnta d'importance et changea son nom en celui de Gracuris(i). Pendant la guerre civile entre Marius et Sylla, ils soutinrent la cause de Marius.

Oïhénart veut encore (2) que, parmi tous les petits peuples du pays des Vascons, les habitants de Calahorra aient seuls appuyé la révolte de Serlorius, qui soutint un siège dans cette ville, 75 ans avant notre ère (3). On a peine à comprendre, dit avec raison le P. de Moret, comment un auteur aussi habituellement judicieux qu'Oïhénart, a pu avoir celle pensée. Les gens de Calahorra embrassèrent le parti de Sertorius, avec l'assentiment du conseil de la ville, et il est invraisemblable qu'en celle occasion ils se soient séparés des autres Vascons. Ce n'est pas tout. César nous atteste que, durant Texpédilion de son lieutenant, P. Crassus, contre les Aquitains, ces derniers tirèrent de grands secours de troupes de l'Espagne citérieure. Ils mirent à leur tète des chefs qui avaient jadis combattu sous les ordres de Sertorius, et qui possédaient une grande science militaire (4). Orose nous apprend que Calahorra

(1) Joseph de Moret, Investigaciones historicas del Reyno de Navarra^ p. U3.

(2) OÏHÉNART, NoL utr. Vase, p. 27.

(3) Obsessus deinde Calagorri Sertorius assiduis eruplionibus non leviora damna obsidentibus intulit. Epit. Liv. lib XCIL — Et ab obsidione Calagurris oppidi depulsos coegit diversas regiones petere, Metellum ulleriorem Hispaniam Pompeium Galliam. XCIIL d. Appian, Bel, cit;t7.;PLLTiRCH., Vit. Sert, etc.

(4) Cas., DeBeîL gallic., lib. III.

avait été prise et détruite, durant la révolte de Sertorius, par Afranius, lieutenant de Métellus. Cette ville n'aurait donc pu fournir plus tard à l'Aquitaine tous ces soldats et ofliciers, qui ne pouvaient venir, pour la plus grande partie, que du pays des Vascons. Tout porte à croire que, dans cette occasion, les armées romaines ne passèrent pas TÈbre pour envahir la partie principale du territoire des Vascons. Plutarque et saint Jérôme nous affirment, en effet, que Pompée était pressé de retourner à Rome pour y jouir des honneurs du triomphe. Il dût, évidemment, obliger Métellus ou son lieutenant Afranius à suspendre la guerre contre les Vascons, et à s en tenir à la prise de Calahorra (1).

Durant la guerre civile entre César et Pompée, les Vascons tinrent le parti de ce dernier (2). Sous Auguste, rien ne prouve qu'ils aient participé à la révolte des Canlabres, et plusieurs historiens récents ont été, sur ce point, induits en erreur par un poème apocryphe intitulé le Chant des Canlabres. Les Cantabres, dont j'ai établi plus haut l'origine celtique, étaient devenus les alliés des Romains bien avant l'époque d'Auguste, en même temps que les Vaccéens et quelques autres peuplades, et ils servaient dans les armées do la république durant la guerre entre César et Pompée (3). De concert avec les Aslures, les Galiciens, les Lusitaniens, les Celtibériens et les Vaccéens, les tribus cantabres tâchèrent de reprendre leur indépendance sous Auguste (23 ans av. J.-C), qui vint lui-même à Sigesama pour comprimer la rébellion. Un corps de troupes marcha contre les Astures et les Galiciens, et un autre, commandé par Auguste lui-même, assisté de ses lieutenants Emilius et Antistius, s'avança contre les Cantabres. Dion Cassius, Suétone, Plutarque, Slrabon et d'autres auteurs anciens nous ont transmis divers épisodes de cette guerre,

{\\ Jasq)h de Morkt, InveMigaciones historicas, p. U3. (â) Floels, Ejnt., lib. XLVIIl.

(3) a«SAB, De Bel. civil,, lib. I.

que je n'ai pas à raconter en détail. Ce qu'il importe d'en savoir, c'est que ce premier corps d'armée cerna les rebelles dans les Asturies, sur le mont Médulius, qui domine le cours du Minho. Les assiégés, au nombre de douze cents, s'empoisonnèrent dans un festin pour échapper à l'ennemi. Un historien espagnol du v® siècle après J.-C, Orose, raconte que les Cantabres furent également investis, sur le mont Vinnius, par l'armée d'Emilianus. Mais Orose a commis ici une grave erreur, et renouvelé chez les Cantabres un événement qui ne s'est passé qu'en Galice, où se trouve le mont Médulius, non loin de la région connue sous le nom de Tierra de Vierço. Il ne peut rester à cet égard aucun doute à ceux qui liront la lumineuse dissertation d'Oïhénarl, qui forme le chapitre quatrième de la Nolitia utriusque Vasconiœ. Quant à l'expédition en Cantabrie, Auguste, malade, se vit forcé d'en abandonner la conduite à ses lieutenants Carisius et Caius Furnius. Dion Cassius nous apprend que le petit nombre des habitants qui tombèrent vivants au pouvoir des Romains, désespérant de leur liberté et comptant leur vie pour rien, brûlèrent leurs munitions et s'enlretuèrent dans l'incendie (1). Florus confirme le récit de Dion Cassius, lequel ajoute un peu plus bas qu'Agrippa, dans une nouvelle expédition, massacra la plupart des Cantabres en état de porter les armes, désarma le reste, et le transporta des montagnes dans la plaine.

Oïhénart croit que les vaincus furent cantonnés sur le territoire des Bèrons et des Turmodiges, dans le pays qui devint plus tard la province de Rioja. Ce pays, dit-il, dût prendre alors le nom de Cantabrie, qu'il portait encore à l'époque de l'occupation sarrazine. On le trouve, en effet, ainsi désigné dans l'auteur de la Vie de S. Emilien, dans Roderic de Tolède, Lucas de Tuy , et plusieurs autres annalistes espagnols.

(4) Dio Cass., lib. LUI.

Cet historien ajoute qu'après le massacre et Tex pulsion des Cantabrcs, les Yascons s'emparèrent de leur pays, et qu'ils luttèrent contre les nouveaux maîtres avec des succès divers. Mais Oïhénarl commet ici une erreur, et le P. de Moret a démontré que cette occupation n*a eu lieu que sous les Wisigolhs (I).

J*en ai Gni avec les Cantabres, que Ton confond très souvent, et bien à tort, avec les Vascons, et je reviens à ce peuple, dont il n'est plus question jusqu'à l'occupation de l'Espagne par les Wisigolhs et les Suèves (2).

(4) Je crois utile de compléter les renseignements fournis dans celte notice, sur le domaine et Thistoire des anciens Cantabres, par quelques* explications relatives à une autre acception beaucoup plus récente du même mot. Jove, Jules et Joseph Scaliger, de Thou, Perron, Florian Ocampo, Pierre Martyr, Delrio, Mariana, et bon nombre d'autres écrivains désignent, sous le nom de Cantabres, les populations appelées Basques par les Français, et Biscaiîws ou Vasœngados par les Espagnols. Ces populations parlent Tidiome euskarien. Cependant Florian Ocampo, Pierre Martyr, Mariana, et quelques autres annalistes espagnols, restreignent la dénomination de Cantabres aux Basques soumis à la domination des rois de Castille, c'est-à-dire aux habitants des provinces de Biscaye, Alava et Guipuzcoa. Morales confond plus d'une fois la Cantabrie et la Biscaye (lib. YIII, cap. 53 ; lib XI, cap. 63). Lucas de Tuy, historien espagnol qui vivait vers ^230, entend par Cantabres les sujets des rois de Pampelune, désignés plus fréquemment sous le nom de Navarrais. J'ai prouvé que la région qui devint depuis le royaume de Navarre était absorbé en très grande partie dans le pays des Basques Iranspyrénéens. Lucas de Tuy appelle indifféremment les princes de cette contrée rois des Cantabres (Canto&n'eftjfti/m) ou de Cantabrie (Cantabriœ). Sandoval paraît adopter cette désignation, dans son catalogue des évoques de Pampelune, car il fait de cette ville la métropole de la Cantabrie, qu'il circonscrit entre la chaîne des Pyrénées, TÈbre, et la rivière d'Aragon ou Gallicum, affluent de l'Èbre. Le lecteur voudra bien se souvenir de cette remarque importante, car elle explique comment une foule d'auteurs modernes ont été conduits à confondre, bien à tort, les Vascons et les Cantabres de Tantiquité. V. Oïhénart, Not utr. Vascon., p. 2-3.

(2) On ignore si les yascx)ns s'affranchirent de toute domination, lors de la chute de l'empire d'Occident, ou si Euric, roi des Wisigoths, les soumit, lorsqu'il marcha contre Pampelune et la province de Tarragone. Quelques historiens veulent qu*en 54«, Chilpéric et Clotaire, rois des Franks, étant

A cette époque, nous trouvons les Vascons en guerre perpétuelle contre les nouveaux envahisseurs. Idace nous informe que vers 449, Rechiaire, roi des Suèves, qui avait épousé la fille de Théodoric, roi des Goths, ravagea une portion de la Vasconie (<). Vers 573, Léovigilde, roi des Wisigoths, marcha contre les Vascons pour les réduire à Tobéissance, et Ton peut induire de ces termes qu'ils étaient déjà soumis. Léovigilde exigeait de ses sujets des tributs exorbitants, et tout porte à croire que le peuple qu'il allait combattre s'était révolté en même temps que les habitants des montagnes d'Aregia et d'Orospeda. Le roi wisigoth vint mettre le siège devant Amaya (2), qu'il emporta de vive force, et dont il soumit le territoire (3).

Léovigilde eut à réprimer, entre 579 et 590, une autre révolte de Vascons qu'il réduisit facilement à l'obéissance. Ce fut alors qu'il bâtit, pour les contenir, la ville de Vicloriac (4).

entrés en Espagne par Pampelune, pour aller assiéger Saragosse, se soient emparés de la Vasconie. Cette assertion n'est garantie par aucun témoignage. Il n'est pas facile non plus de dire si, après avoir été contraints de subir la domination des Goths, les Vascons la secouèrent durant l'interrègne de cinq mois qui eut lieu entre la mort d'Athanagilde et l'avènement de Liuba, comme d'autres contrées le firent, ou s'ils se soulevèrent sous Léovigilde, à l'occasion des mesures fiscales adoptées par ce prince.

(4) Rechiarius accepta in conjugium Theodoris régis filia, auspicalus initium regni, Vasconias depra>dalur mense fabruario. Idat., Chron,

(t) Certains auteurs mettent cette place entre Léon et Burgos, et d'autres en Biscaye, près d'Elgeta. Il en est même qui confondent Amaya avec Elgeta, qui, disen^ils, se nommait autrefois Maya.

(3J Leovigildus rex Cantabriam ingressus provincial pervasores interficii, Amayam occupât, opes eorum pervadit, et provinciam in suam redigii ditionem. Joank.'Biclarbns., Chron. Goth. — On trouve au chapitre 26 de la Chron. de saint Braulion une Vie de saint Millan de la Cogolla, où il est dit que l'année qui précéda l'expédition de Léovigilde, saint Millan exliorla, au temps de Pâques, les Vascons à la conversion et à la pénitence, car le pays allait être ravagé en punition des crimes énormes des habitants.

(4) JoANN. BicLAR., Chron, Goth, Dans le tome II de son Hist. d'Esp., p. 219, Ferreras conjecture, mais sans preuves, que cette révolte fut pro-

Isidore de Séville nous apprend que Récarède, fils de Léovigilde, qui régna de 572 à 601, eut souvent à réprimer les attaques des Romains impériaux et les irruptions des Vascons. Mais ces luttes ne paraissent avoir eu rien de bien sérieux (1). Le même auteur parle dune expédition dirigée contre ce peuple par Gundemar (vers 610), qui ravagea leur pays (2). Le roi Sisebut en fit autant au commencement de son règne, c est-à-dire vers 612 (3).

Vers 622, les Vascons, qui avaient déjà franchi les Pyrénées, envahirent la province de Tarragonc et y commirent de grands ravages. Suinthila , roi des Wisigoths , rassembla aussitôt des troupes nombreuses et exercées, et marcha contre les pillards, qui n*osant affronter le combat, se soumirent atout ce qu'on exigea d'eux (4).

Yoquée par rattachement à la religion catholique persécutée par Léovigilde. Le roi wisigoth avait ordonné de substituer Gloria Patri per Filium in Spiritu Sancto, à Gbria Patri et Filio et Spiritui Sancto. Le chevalier d'Hermilly, traducteur de Ferreras, croit que le nom de la ville fondée par léovigilde était Victoriano et non Victoriac. Victoriano est à trois lieues de Vicloria, au pied de la montagne de Gorbeya. Victoria aurait été autrefois un bourg appelé Gastiez (province d'Âlava), dont le roi Sanche YI le Fort aurait fait une place de guerre, et changé le nom en 1 484. Ferreras, Hùt. (J^Esp., t II, p. 249. D'IIermilly suit à peu près ici le sentiment du P. de Moret. — Le vicomte de Belzunce, Hist. des Basques ^ t. II, p. 4 07 (ouvrage dont il faut très souvent se défier), affirme que les Vascons franchirent les Pyrénées et passèrent en Novempopulanie pour échapper à la vengeance de Léovigilde. Mais cette assertion n'est garantie par aucun témoignage historique.

(4) Sspe etiam et lacertos contra Romanorum insolentias et irruptiones Vasconum movit. Unde non magis bella tractasse quam potius gentem, quasi inpalestrae ludo, pro usu certaminis videtur exercuisse. ïsid. Hispal., Hist. de Regib. Gothor.

(î) Hic Vascones una expeditione vastavit. /<i., Ibid,

(3) Chronic. moissacense,

(4) Initie regni incursus Vasconum coarctavit qui Tarraconensem provinciam infestabant, etc. Rodeeig. Toletan. DeReb. Hispan.^ lib. II, c. 18. Suinthlia imposa aux Vascons, en réparation des ravages qu'ils avaient faits, la restitution du butin, et la fondation d'une ville nommée Oligito, destinée

Au commencement du règne de Receswinthe (650), un seigneur nommé Troia, qui avait lui-même brigué le titre de roi des Wisigolhs, voulut appuyer ses prétentions par les armes. Il passa les Pyrénées, se rendit alors chez les Vascons de la Novempopulanie, et leva des bandes avec lesquelles il reparut bientôt en Espagne, mettant tout à feu et à sang, sans même épargner les femmes, les enfants, les clercs, les monastères et les églises. Receswinthe rassembla aussitôt des troupes et tomba sur les partisans de Troia. Le roi wisigoth paya la victoire assez cher, et les Vascons cispyrénéens qui échappèrent à la mort ou à la captivité retournèrent dans leur pays. Roderic de Tolède (<) veut que ce peuple ait repassé les monts pour venir ravager TEspagne au début du règne de Wamba (673). Mais Roderic commet ici une erreur. Deux autres historiens nous apprennent que ces ravages furent exercés par les Vascons espagnols et coïncidèrent avec la révolte des Asturieus (2). Wamba châtia les envahisseurs et les révoltés, et marcha ensuite contre un seigneur nommé Paul, qui s'était proclamé roi dans la Gaule Narbonnaise (3).

à leur servir de barrière. Les uns veulent que celte ville soit Olite, en Navarre; d'autres croient que c'est Valladolid, et d'autres prétendent, avec Vase, que c'est Fontarabie. Cf. Isidor. Hist. Goth. ; Lucas Tudeîîs. Chron. mundi , dans VHispania ilîustrata de Schott, t. IV. Oïhénart identifle Oligito et Olite, qui se nomme en basque Iriberri, c'est-à-dire ville neuve. Not. utr. Vasc.f p. Î9.

(0 Un historien espagnol veut que cette irruption ait été annoncée par une éclipse, a Hujus temporibus eclipsim solis, stellis in meridiem visentibus omnibus, Hispaniam territat, atque incursationem Yasconum, non cum modico exercitus damno prospectât. Isid. Pacens Chron. Cf. Tuon. Ëpiscop. Caesaraugust. Epist ad Quiric. Barcinon. Cette épître a été publiée par Mabillon et par le cardinal d'Agûirre.

(2) Gloriosus rex Bamba Vascones rebellantes debellaturos in partibus CantabriaB morabalur. Julian. Toletan. — Prius Vascones féroces infinibus Canlabriae perdomuil. Chron. Emilian. in Bamba.

(3) Je crois devoir compléter cette histoire des Vascons transpyrénéens, par quelques mots 8ar les accroissements qu'ils apportèrent en Espagne, à leur

A partir de 673, il n'est plus question des Vascons transpyrénéens jusqu'à la chute de la monarchie wisigothique et ù l'occupation sarrazine. Nous voilà donc transportés au commencement du régime féodal, et nous trouvons alors les Vascons et les Basques transpyrénéens cantonnée dans la Navarre, le territoire de Jaca, TAlava, le Guipuzcoa et la Biscaye. Désormais les renseignements historiques deviennent assez nombreux et assez précis pour occuper une assez large place dans des œuvres d ensemble comme celles de Morales, Mariana et Ferreras, et même pour motiver les publications spéciales et très-inégalement méritoires d'Andrès de Poça, Çurita, Blanca, Briz Martinez, Oïhénart, Florez, le P. deMoret, Uorente , Zamacola, le vicomte de Belzunce, etc, etc. On comprend de reste, que je n'ai point à résumer ces travaux qui portent, en général, sur une période relativement récente cl étrangère à mon sujet. Néanmoins, je crois utile de consacrer le troisième paragraphe de ce chapitre à Tétude rapide des origines et de la géographie historique des diverses provinces comprises dans le domaine des Basques espagnols.

domaine primitif, pendant la domination des Goths. On sait que plusieurs rois de cette nation réprimèrent les incursions des Vascons, et allèrent les châtier jiisques dans leur pa5-s. Les Vascons occupèrent alors les territoires d'Alâva et de Bureba, voisins de l'ancien pays des Vardules. En effet, penflaiit la domination sarrasine, la province cl'Alava était désignée sous ce nom, el comprise dans le domaine des Basques espagnols. Mais l'Alava leur appartenait avant celte époiiue, car Yahli de \alcli\ra, qui écrivait sous Leovigiîde. rap[)orleque ce roi occupa une partie de la Vasconie, et y bâtit la cité de Vicloriac, représentée par la ville, de Victoria, ou le bourg de Viioriano, qui en est voisin (Bicl^rexs. Chron.). Il est vrai que Morales dit qu il s'agit, non pas de Léovigilde, mais du roi lombard Athanaric, qui aurait bâti en Italie la ville de Vicloriac. Quand Morales écrivait ainsi, il n'avait sous les yeux qu'un texte vicié, et son opinion ne saurait par conséquent prévaloir contre le sentiment de Vase, de Diego Saavadera, d'Oîhénart el du P. de Moret. Le nom d'Alava vient très-probablement d'Alba, qui est la ville la plus importante du pays Ces renseignements suffisent; mais les lecteurs qui en désirent de plus amples feront bien de consulter sur ce point la lumineuse dissertation du P. de Mobet. Investigacwnet historkas de las antiguedades del reyno de Navarraf lib. I, c. 3.

On a beaucoup discuté sur les commencements du royaume de Navarre, et les meilleurs travaux publiés sur ce difficile problème sont, à coup sûr, ceux d*Oïhénart, du P. de Moret, de Ferreras et de son traducteur français, le chevalier d'Hermilly. Je ne crois pas, cependant, que la lumière soit faite, et j'espère trouver le temps de rédiger là-dessus une longue dissertation. En attendant, je me contente de copier, en tête du tome I, de V Histoire d! Espagne de Ferreras (traduction d'Hermilly), la série des seigneurs et rois du pays, depuis Aznar jusqu'à Don Fortun, après lequel la question devient moins obscure

Comtes et Roi de Navarre.

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