‹ Études sur l'origine des BasquesChapitre 21 sur 39 · III. Promnce Tarraconaise · texte numérisé non relu

III. Promnce Tarraconaise

» l'' Peuplades du nord.

» 2** Les Callaïques.

» Iria. Ilavia. UlUi. Mearus. Navilubio. Lambrica. Lapaiia. Talamina,

» 3" Les Astures.

» Leur nom même. Asiurica. Les Bedunésiens. Ilavionavia. Laberris. Afalliaca.

» 4® Les Canlabres :

» Aracillum, Murbogi. Octoviolca. Le fleuve Sanda.

)) 5^" Les Caristiens :

» Leur nom, surtout dans la forme Carieks.

» 6<^ Les Vardules :

)) Alba. Morosgi. Menosca.

» 7® Les Yascons :

» Gracarris. Calaguris. Bituris. Iturissa. Alavona. Balsio. Les Curgoniens. Ebuliitë mons. Tanaga, Basconium. Menlas- CULS. Œaso.

» S"* Les peuplades de l'intérieur.

» Solurius mons. Urbiaca. Albmica, Les monts Orospeda, Idubeda.

» 9** Les Vaccaens :

» Albocella.

» 1 0® Les Carpétans :

)) Leur nom, et surtout la forme Carpesei. Ilurbida. liât curris. Arriaca.

« 41® Les Orélans:

« Oria. Lacurris.

« 12® Les Ilergètes:

(( Calaguris. Ileasca. Vescitania. Osca.

• a 43® Les Lacétans:

« Ascerris.

t( 14® Les peuplades celtibériques:

<c Urcesa. Turttiso. Alaba, Bilbilis. Loma. Malia.

(( 15® LesCastellans:

<c Egosa. Basi.

« 46® Côte sud:

« Ildum.

« 17® Les Bastétans:

« Basli. Urce. Albula.

tt 18® Les Contestans:

« Lucentum.

(( 19® Les Edétans:

(( Hedeta, Uduba. Leanica. Salduba.

(( 20° Les Ilercaoniens :

(( Leur nom, surtout dans la forme Ilurgawnense. Biscargis.

(( 21** Les Cosétans:

« Iluro.

a 22"" Les Laiétans:

(( Lamum. »

J'ai déjà avancé que la théorie de Humboldt est contredite par l'histoire positive comme par la philologie, et je vais le prouver par un nombre suffisant d'exemples empruntés au chapitre que je viens de transcrire, ainsi qu'à plusieurs autres passages du même livre.

Je n'aurai pas longtemps à m'arrèter sur l'histoire, car j'ai déjà réfuté d'avance les arguments de cette espèce. Humboldt assigne une origine ibérienne aux Turdétans, aux Turdules, aux | Lusitaniens, aux Callaïques, aux Ilergètes, et aux Bastétans, qui étaient des peuplades celtiques ainsi que je Tai établi plus haut (1™ partie, ch. I, § 1 ;ch. IV, § 1 ; 2« partie, ch. I, § 4). Pour des raisons à la fois historiques et philologiques il admet: 1® que les Ibères formaient un grand peuple {Recherches, ch. XXXVIII) ; 2'' qu'ils ne parlaient qu'une seule langue (Recher^ \ chesj XXXIX); 3° que ces Ibères se sont mêlés avec les populations celtiques (Recherches, ch. XLI.); 4^ qu'ils ont envoyé des colonies en Corse, en Sardaigne et en Sicile (Recherches, ch. XLVI).

L'infirmation des arguments philologiques de Humboldt résulte déjà, ce me semble , de l'appréciation générale de sa mëthode. Cette critique sera complétée tout-à-l'heure par Texamen de quelques-unes des applications de ce système. Quant aux raisons historiques du savant prussien, elles sont absolument les mêmes que celles qui ont été déjà exposées et combattues dans le cours de cet ouvrage. Les Ibères ne | formaient pas un grand peuple, comme le prétend Humboldt;

et je crois avoir établi {i^ partie, ch. III), par le témoignage de tous les auteurs anciens, que VIbérie est une pure expression géographique, et le simple non) de pays qui nous apparaît, dès l'origine, comme occupé par des peuples de races diverses. La variété de l'ancien état linguistique de ces populations a été prouvée à Taide exclusif des lexies (2"* partie, ch. II, § 1). Quant au prétendu mélange des Ibères et des Celtes, à une époque fixe et précise, je crois l'avoir historiquement infirmé dans le chapitre IV, § 1, de la première partie de ce livre. Enfin, le § 2 du même chapitre me paraît formuler des objections capitales contre la colonisation de la Corse, de la Sardaigne et de la Sicile par les Ibères espagnols. Je n'insiste donc plus sur les arguments historiques de Humboldt, et j'arrive à Texamen de quelques-unes des applications de son procédé étymologique.

L'idée fondamentale de ce procédé est très-facile à expliquer.. ilumboldt opère par exclusion, vis-à-vis de toute la portion de l'ancienne toponymie espagnole qui lui paraît pouvoir être interprétée par le celtique, le grec et le latin ; il suppose que le reste est susceptible d'explication par l'eskuara, dans lequel il lui plaît de voir, comme Ton sait, le représentant de la langue des anciens Ibères. En conséquence, chacun des termes de ce résidu est décomposé par Humboldt en ses prétendus éléments, dont ce savant cherche ensuite, dans la langue basque , la représentation exacte ou approximative comme son, et la traduction comme sens. Cette théorie suppose donc nécessairement que tous les termes euskariens qui servent à cette explication, étaient déjà employés par les ancêtres putatifs des Basques, dès la plus haute antiquité, et qu'ils ne proviennent ni du latin, ni des idiomes d'introduction ou de formation postérieures. Si la certitude de cette provenance est, au contraire, démontrée pour un nombre suffisant do mots,|la faiblesse des études philologiques de Humboldt, sur ce sujet spécial, ne

se

me paraît pas pouvoir (Mrc conlcsléo, et le procédé de col érudit ne me semble pas, par conséquent, appelé à conserver l'autorité qui lui est encore généralement accordée. Or, Humboldt accepte, comme appartenant en propre à Tidiome des Basques, bon nombre de termes empruntés par ce peuple au latin et aux langues postérieures; et je n'ai, pour le démontrer, qu'à choisir entre un très-grand nombre d'exemples.

Parmi les noms de lieux que le savant prussien présente comme incontestablement ibériens, je trouve : 1<> « Selambina^ en Bétique, signifie : entre deux plaines: de bi et selaya, plaine. Tous les mots commençant par sel dérivent du même radical (1). » 2^ Urbiacaei Urbicua. a Ces deux noms sont (ellcment de purs noms basques, qu'ils pourraient se prononcer aujourd'hui de la même façon. Dans les deux on trouve ura et bi (deux)... lieu de deux eaux (2;. » 3* Fipjtimm des Lusitans « selon la juste remarque d'Astarloa: lieu des deux eaux^ de 6i, deux, qui se change en bcr au commencement des mots; beroguei^ quarante: littéralement, deux fois'ymgt; bereujL deux cents ; et le lieu aujourd'hui nommé Beroija, lieu des deux collines. Il eût été à désirer qu'Aslarloa se fût expliqué sur Dituris (Ptol. II, b, p. 48), qui d'après moi vient de bi combiné soit avec ura et le t euphonique, soit avec iturria^ source; car bi ne se change pas toujours en ber^ surtout devant les consonnes; exemple: bilan ambat, encore une fois; biderbia, double; biderdatu{3), n i"" Bituris. Je viens de citer le passage où Humboldt s'explique sur ce mot. À ces quatre noms de lieu qu'il présente comme incontestablement ibériens, Humboldt croit pouvoir en ajouter "d'autres. « J'ai déjà parlé, dit-il, de ber, pris pour 6/, et comme radical de berria, nouveau. Ferycnltum (Plin. 1, 138), Bergidum^ Vergilia^ Bergium,

(i) Humboldt, RechercheSy p. 50.

^2) /d., /6td., p. 34.

Bergula, Bemama (Pfol. II, p. 47), Berurium, J'y joins les mois commençant par &t: Biaiia (Plol. H, p. 46); atia signifie portail, porte. Bibalij Bigerra, d*où le mot actuel Bigarre^ pays des deux hauteurs ; Bituris (1). »

Il est à remarquer que Humboldt fait entrer, avec le sens de deuxj bi conservé ou transformé, dans la composition des prétendus mots basques qu'on vient de lire. i?t possède, en ofTel, cette signification en eskuara ; mais ce mot est, comme set (six), emprunté à la numération latine. Il a donc été adopté postérieurement à la conquête romaine, et dès lors il ne saurait être légitimement utilisé pour Tinterprétation de noms de lieux antérieurs à cet événement.

Je lis à la page 44 : « Illunum des Bâstélans (Ptol. II, 47), de iluna obscur , noir , s'emploie pour désigner un ciel nuageux. » Je ne vois pas comment une ville pourrait tirer son nom d'un u ciel nuageux » ; mais je sais quilluna est formé de deux mots. Le premier est le radical ti, illa (mort, mourir, tuer), et luna, lune. Illuna signi6e donc privé de lumière, obscur. Mais luna vient du latin, et ne peut servir par conséquent à interpréter un nom de lieu antérieur à l'importation de cette langue dans la Péninsule.

A la page 47, je trouve : « Monda, en Bétique (Plin. 139), le fleuve du même nom en Lusilanie, et Mundobriga, de munoa, colline. » Comment Humboldt a-t-il pu admettre que munoa, qui signifie en effet colline , a pu servir à désigner un fleuve de Lusitanie? Comment surtout a-t-il fait pour ne pas voir que ce mot est emprunté au .latin mons^ îs, montagne?

Humboldt signale aussi comme pouvant conduire à Tétymologie de Barbesula, Barcino^ Varduli, BardOy les mots basques « barrutia, circuit; barrena, bama^ au dedans; baratu^ cesser, s'arrêter, demeurer. y> Je demande à exclure d'abord les

(1) Id. Ibid., p. 61-62.

Varduli j pouple dont le nom est ainsi écrit par Pline et Bardyales par Strabon. On sait, en effet, que la lettre v répugne aux Euskariens, qui la remplacent par 6 dans les termes importés. Quant aux prétendus mots basques barrutia^ barrena, bama^ baratu, je suis vraiment étonné de voir un philologue tel que Humboldt se méprendre si grossièrement sur leur origine commune. Ils dérivent, cela crève les yeux, du bas-latin barra, espagnol barra, gascon 6arro, barre; par extension, limite, clôture, fossé, lieu clos. En eskuara bairena, 6ama, signifie littéralement <( dans le lieu clos » ; et baratu traduit l'idée de demeurer dans ce lieu, de s'arrêter, de se circonscrire, etc.

Toujours d'après Humboldt « Bilbilis^ en Celtibérie (Itin. Anton. 437), comme Bilbao aujourd'hui, vient certainement des radicaux pt7, bii Du premier s'est formé pillatu, du second bildu, tous deux avec la signification d'entasser. Mais bilan emporte aussi l'idée de ra^semblei\ recueillir, se réunir. L'analyse donne donc tout naturellement le sens de: villes^ lieux de rassembleinent (1 ). »

Humboldt a raison quand il dit en eskuara p=b; mais il a tottde croire que pil ou bil soient un radical propre au basque. Cet idiome n'a fait que lui accorder l'hospitalité, car on le trouve dans le bas-latin pillota, italien, espagnol, portugais et provençal pelota, français pelote, peloton, pile, empiler, c'est-àdire réunion, amas, agrégation, etc. (2).

Ces exemples, dont je pourrais allonger la liste pendant plus de dix pages, prouvent clairement, à mon avis, que le savant prussien s'est engagé dans son travail d'étymologie, avec une préparation philologique tout- à-fait insuffisante. Voilà comment il a pris pour des termes basques des mots tirés des glossaires étrangers, à diverses époques relativement récentes.

(4) Humboldt, RediercheSy p. 44.

(2) Friedrich Diez, Etymologisches Wnrterbuch iler Ronianiscf^en SiJvachen, t. I, p. 320, v** PUlota.

Il n*est donc pas permis d'en faire usage pour Tinterprélation

de raniique toponymie de l'Espagne (1).

Je dois convenir néanmoins que Humboldt opère sur un grand nombre de noms de lieux, en les décomposant de façon à les interpréter exclusivement par le basque ; mais on va )uger, par quelques exemples, de Télrangeié de son procédé. « Acha, aitsa, dit-il, signifie rocher, et asta (d'après un changement conforme aux lois du langage) (2) est une forme du même mot. Cette forme n'est pas employée pour désigner rocher, mais se retrouve dans plusieurs mots de même souche,

(1) Comme tous les systèmes, celui de Humboldt a été exagéré par ses adhérents, et notamment parFauriel, Laferrière, M. Michelet, etc... Je crois qu'au moyen de la méthode que je viens d'indiquer, les philologues un peu exercés ne seront pas longtemps dupes de tous ces mirages. Je les engage à se délasser de ce travail par la lecture des él ranges rêveries étymologiques de MM. feu Durrey , Cénac-Moncaut et Goyetche , dont les publications m'ont égayé pour le moins autant que Les Imaginations de M, Oufle. C'est dans les premiers tomes de. la Revue d'Aquitaine qu'on trouvera VEscuaîheria de M. Durrey. M. Cénac-Moncaut a exposé ses idées (î?) dans le tome !<*' de son Histoire des peuples et des États pyrénéens, et dans sa Lettre à M, Barry. Celte lettre reproduit, en partie, un article inséré par M. Goyetche dans le Messager de Rayonne, et dans lequel il cherche à expliquer par le basque les noms des divinités topiques gravés sur les autels découverts en Comminges. « Des Gaulois purs, dit-il, nous n'en voyons pas sur le sol des Convenœ à Tépoque do l'établissement pompéien ; des Ibériens, des peuples transplantés d'Espagne, parlant la langue ibérienne ou cantabre, que les Romains y avaient rencontrée, se présentent seuls à nous. » Cette seule phrase contient deux énormes erreurs historiques. Sans doute les premiers Convenœ venaient d'Espagne ; mais j'ai prouvé (p. ^3-14, 4 66-69 et 208-0) leur origine celtique. J'ai démontré également que lesCantabres avaient une origine et parlaient une langue celtique {ch. ï, § ^. p. 5-6, et 2« part., ch. II, p. 239-40). On jugera, par un seul exemple, de la valeur de la méthode étymologique de M. Goyetche. Pour lui, le nom à'Erge, divinité pyrénéenne, s'explique par le basque « Erge, le roi, le souverain. » Et d'abord c'est erre- Que et non erge qui signifie rot en basque. Ce mot vient du latin rex par la préfixation d'une voyelle devant les mots commençant par un r, conformément aux habitudes constantes des Euskaricns. Quant à u«, ce n'est qu'une terminaison. Voilà comment M. Goyetche excelle à découvrir, dans l'épi- ^raphie romaine des Pyrénées, les traces de cette langue iljérienne qu'il croit retrouver dam le basque.

(2) Voy. mes suppléments à Mithridate, p. 35-40. Note de Humboldt,

comme astuna, pesanteur, poids, et dans des noms de lieux, comme on le reconnaît à leur silualj|on. Parmi les noms de celle espèce, encore exislanls en Biscaye, nous citerons: Asta^ Asteguietay Astorga^ Astulez^ Asturien (1). » Le savant prussien cite parmi les anciens: Asta (Plin I, 139, chez les Turdélans; Astigi , que Ton trouve trois fois en Bétique ; Astapa (Liv. XXVII, 22), aussi en Bétique; Astures^ Astuiica, elle fleuve Astura (Florus, IV, 12, 54), eau de rocher^ de asta, rocher, et tira, eau (2).

Je conviens que Humboldt a raison, quand il dit qu'acha et ailza signifient rocher ; mais je ne suis pas touché par les raisons qu*il donne,' dans le supplément du Mithridales d*Adelung, pour établir que asia est un changement conforme aux lois du langage. Ce changement devrait d'ailleurs être évité ici avec d'autant plus de soin, que beaucoup de mots basques à sens très-divers commencent aussi par ast et azl: astea^ semaine; dstia^ loisir; astitassunnj lenteur; asioa^ âne; azlala^ mollet; aztia, sorcier, etc. Je donne Thypothèsc pour ce qu'elle vaut, mais astuna, pesanteur, me paraît avoir la même origine que astitassuna^ lenteur, car une chose pesante est lente à mouvoir. En tous cas, rien ne prouve que asto soit la transformation régulière de oc/ia, aitza. Humbodt s'étaye donc ici sur une assertion gratuite; mais ce qui me semble encore plus étonnant, c'est qu'il veuille qu'un nom de lieu soit basque, par cela seul qu'il commence par asta. Cela nous ramène tout droit aux extravagances de Larramendi, d'Aslarloa et de Erro ; et si l'on se paye de raisons pareilles, la toponymie ancienne attestera que les Basques étaient répandus partout. Voyez plutôt.

Asta (Plin. 3, 5, 7), ville des Satiellien Ligurie. — Astabene (Isid. Char.), contrée au nord de l'Hyrcanie. — Astaboras^

(0 Humboldt, Recherches, ch. XIII.

(2) Id., fbid, ch. XIII.

'Aaia66pai (Plol., Slrab.), flcuvc d'Elhiopic. -^Astacana (Ptol.), ville des Astacanij dans la Baclriane. ^ Astacapra (Anon. Peripl. mar. Erythr., § 41 et 43, p. 290), contrée de 17ndttt irUra Gangem, sur la côle occidentale du Sinus Barygazenus, — Astact7is(Ptol.), ville de Mauritanie. — Astacum (?\in. 5, 52), ville de Bylhinie. — Astdcures, 'Aaraxcupeç (Piol. , 4, 6, 24), peuple de la Regio Syrtica. — Astacuri^ 'Aaiaxoopoi (Ptol. 4, 6, 24), peuple de VAfrica interior. — Astacus (Appian.), ville de Syrie. — Astape (Mêla 1 , 2, 9), 'Aaxajîoç, ou (Jos. Anl. 2, 5), fleuve d'Ethiopie. — Astaroth, 'AaiapwO (Euseb. Deul. 1 , 4), ville de Basan ou Basanea, sur la rive méridionale de THicromax . — Astelephas (Plin. ), fl euve de la Golchide. — Asteremin^ dénomination de deux villes situées dans la Péonie et la Tbessalie. On donnait le même non) à une ile de la mer Egée. Je crois que ces exemples, que je pourrais multiplier, sont démonstratifs, et je passe au chapitre XIV, consacré par Humboldt aux Noms de lieux qui dérivent de iria. « On]^ne saurait, dit-il, méconnaître l'origine basque des noms dérivés de tVia qui signifie ville, et, d'après le dictionnaire manuscrit (I), lieu, contrée. Ce mot est écrit aussi uria et a bien pu devenir, par la fréquente conversion de r en /, ilia et ulia (Astarloa, Apol.y p. 238, 247). )) Le savant prussien attribue la même origino aux noms suivants : Iria^ Ilavxa (Plol-, II, 6, p. 44), chez les Lucenses. — f/num (Plin. 1, i36, 16; Plol., II, 4), chez les Turdules. — f//ta, en Bétique (Dion Cassius, XLIII, 31), — //ia, surnom de Jlipa, d'après les inscriptions (Plin. 1,138). — D'après l'auteur des Recherches^ iria y combiné avec d'autres mots, est presque toujours initial , et uria finale dans les anciens noms de lieux. A la première catégorie appartenaient les noms ci-après. Gracuris (Plin. I, 143, chez les Vascons, la ville de Gracchus. — Calaguris Fibularensis ^ chez les Vas-

(I) II s'agit du Dictionnaire de Sylvain Pouvreau, dont j'ai déjà parlé

cons, et Calaguris Nassica (Nascica) chpz les Ilergèles (Plin. I, 142). *- Ilarcuris (Ptol.,11, 6, p. 46), en Carpétanie. — Lacuris (Plol. II, 6, p. 46) des Orélans. —Escuris (Itin. Ant., p. 425, 431 ). — Aux noms de villes commençant par il ou par ili appartiennent les suivants : Iligor^ — Ilipula magna et minor (Plin. , I, 137, 139), en Bétique. — //6en* (Plin/, I, 137), aussi en Bélique. — Elybyrge (Ve et Vi sont souvent pris Tun pour Taulro dans le mot initial), ville sur le Tarlessus, d'après Hécalée(l).

Telles sont les idées do Humboldji sur les noms de lieux qui, d'après lui, dériveraient de iria. 11 a raison de dire que co mot signi6e ville. Je lui concède même qu'à la très-grande rigueur on peut récrire uria; mais je ne saurais accepter rhypolbèse que uria « a bien pu devenir, par la fréquente conversion de r en /, ilia et ulia. » Humboldt aurait été fori embarrassé de prouver son dire par des exemples. On n'a qu'à prendre le Dictionnaire topographique du département des Basses- Pyrénées de M. P. Raymond, qui contient, pour le pays basQue cispyrénéen, une très-riche toponymie euskarienne, fixée plusieurs fois par l'écriture à partir de la féodalité. Quelques minutes de recherches dans cet excellent recueil, suffiront pour démontrer que les transformations dont parle Iluraboldt ne se sont jamais produites sur le versant nord de la chaîne. J'ai. consulté, pour le versant sud, les titres publiés par divers historiens des provinces vascongades, el j'ai étudié encore plus particulièrement les indications topo nymiques fournies par Don José Yanguas y Miranda, dans les quatre volumes de son Diccionario de Antiguedades del Reino de Navarra (Pamplona, 1840). Les conclusions qui résultent pour moi de cet examen sont absolument les mêmes que celles que j'ai tirées du travail de M. P. Raymond.

Humboldt a donc eu pour premier tort, dans ce chapitre,

(1) Humboldt, Rechercfies, ch. IV.

de grossir sa prétendue toponymie ibérienne au moyen d'une hypothèse démentie par l'unanimité des documents que j'ai pu consulter jusqu'à ce jour. La seconde faute commise par le savant prussien a été de ne pas voir que, si l'on veut interpréter par l'eskuara tous les anciens noms de lieux commençant par tri, un, t/i, uli, eli et e/y, on retombe dans les extravagances justement reprochées par Huraboldt à ses prédécesseurs, et Ton est conduit à expliquer par le basque toute la toponymie de l'ancien monde. Le lecteur en jugera par les exemples suivants :

Iria, 'ïpfa, E?p{a (Piol. 3, 5), ville de la Ligurie, probablement représentée par Veghera, en Piémont. — Iria (Cell.), Ira (Jornand, De Reb. GeL), rivière de la Ligurie , qui se jetait dans le Pô. Tout porte à croire que c'est la Staffora. — Irine, Irene^ île. -^ Iris (Valer. Flac, Argonaut, v. 600), fleuve du Pont. — Irhesia (Plin. 4, 12), île du Sinus Thermcexis.

Uri (Plin. 6, 20), peuple de l'Inde. — Uria (Plin. 3, H), la plus ancienne ville impériale de la lapygie. — Urids sinus (Mêla, 2, 4), golfe d'Apulie. — Uriconium et Urconium (Itin. Ant.), localité dans la Britannia Romana, représentée aujour> d'hui par le village de Wroxeter.

lUenses (Plin. 3, 7), peuple de Sardaigne. — /lion, IHum (Liv.), ville de Macédoine. — Ilisanitœ (PWn. 6, 28), peuplade d'Arabie. — Jlissus, rivière de l'Attique. — Ilisira (Hosten ad Hieracl.), ville de Lycaonie.

f//taf*u5 (Plin. 4, 19), aujourd'hui l'Ile d'Oleron. — Ulibiliani 'OuxiSiXiavof (Ptol.) , peuple de la Mauritanie Tingitane. — Ulizibirra (Ptol.), ville de la Byzacènc (Afrique propre).

Elibanus monSy dans la Calabre ultérieure. — Elices (Anton. Itin.), lieu dans l'intérieur de Byzacium. — Elicoci, 'EXfxwxoi (Ptol.), peuple de la Gaule Narbonnaise. — Elii, peuple d'Ethiopie établi près des sources de l'Astaboras. — Elijaj bourg dans l'iérmenta mtnor. — Elim (Exod. 15, 27), sixième

étape des Israélites dans VArabie Pélrée. — Elimea (Liv. 31 , 40), contrée de la Macédoine supérieure. — Elis^ 'HXiç, portion la plus occidentale du Péloponèse, dont Élis était la capitale. — Eliza (Ezech. 27, 7), "EXwaç (Joseph.), pays de la pourpre. — Elisarii (Ptol. 6, 7, 7), peuple de VArabie heureuse. — Elyma, "EXujjLflt (Dion. Hal. , i , 52), ville de Sicile. — Elymœi (Tacit. 6, 44), habitants de rElymaïs, nom donné aux habitants de deux contrées, lune située dans la Susiane, et l'autre dans la grande Médie. — Elyma, 'EXujxi'a (Xénoph.), ville d'Arcadie. — ElyruSj *'EXupoç, ville de Crète.

On peut juger, d'après les chapitres XIll et XIV, dont je viens de faire l'analyse et la critique, de rexlrême élasticité el de la complaisance plus qu'alarmante du procédé employé par Humboldt, pour interpréter, par le basque actuel, une foule de noms de lieux de l'Espagne ancienne. Je le répète pour la dernière fois, avec un pareil système, aucun mot ne peut résister, et toutes les toponymies passées^ présentes et futures, sont susceptibles d'interprétation par le basque. Pour l'antiquité notamment, le lecteur peut prendre un dictionnaire quelconque, celui de Freund par exemple, et continuer jusqu'au bout le travail que j'ai dû restreindre aux chapitres XIII et XIV du livre de Humboldt. Je garantis, pour tous les pays, une opulente moisson de similitudes el d'analogies dont il faudrait conclure, pour rester fidèle à la théorie du savant prussien, que les Basques ont occupé jadis tout le monde connu des anciens. Ces résultats équivalent évidemment à la condamnation d'un système, dont je ne veux plus m'occuper que pour signaler au hasard quelques-unes des interprétations toponymiques proposées par Humboldt.

Ainsi Ilurci vient de «i7ta et tira, ville d'eau {Rech.^ p. 27). » Je me demande inutilement ce que peut bien être une « ville d'eau. » — //arcum, en Carpélanie, vient, d'après Astarloa, dont Humboldt s'approprie l'opinion, « de ilarra, pois : mVfc

*) des pois ou desvesces {Rech.^ p. 27-28). Qu'est-ce qu'une « ville des pois ou des vesces? » — « Ilurbida^ chez les Carpétans, detïia, ura et bidea^ route, ville sur un chemin deau {Rech.^ p. 27-28). )) Humboldt u'a pas pris garde que bidea vient du latin via, car en basque 6 = v, et d a été interpolé entre t et a, chose qui n'est pas rare en eskuara. Et puis, que signifie «ville sur un chemin d'eau?» — nTuriga {qui manque de sources)^ chez les Celtiques de la Béturie {Rech,y p. 34). » Qui jamais s'est avisé, dans un pays où l'eau n'est pas rare, de bâtir une ville dans un lieu «qui manque de sources?» — « Lisissa des Jacétans, de leizarra. . . cendre (Rech. , p. 45). » Cette ville de a cendres » est digne de servir de pendant à celle (c des pois ou des vesces. )>

Je pourrais citer encore cent exemples de même force, mais je m'arrête, par respect pour la mémoire de Humboldt. La méthode étymologique de ce savant me semble à la fois infirmée dans ses principes , et condamnée par les nombreuses erreurs et témérités qu'entraîne l'application du système. Les Recherches sur les habitants primitifs de ^Espagne ont paru, je l'ai déjà dit, en 1821 . La fortune de ce livre me semble prouver, une fois de plus, que notre siècle, si jaloux en théorie des droits du libre examen, ne renoncera pas de sitôt à rimbitude commode de jurer sur la foi d'autrui.

On a tout accepté de confiance. Les corps savants ont accordé à cet ouvrage leurs récompenses et leurs suprêmes éloges ; et l'année mémo de sa publication, Sylvestre de Sacy l'a approuvé sans réserve (1). Fauriel a renchéri sur les erreurs du maître (2); et la masse des historiens, des phiIo<

(\) Journal des Savants, année 4 824, p. 587-93 et 643-650. - Dans le lome le' de son Histoire de France, p. 237-47, M. Michelet a aussi analysé le livre de Humboldt, et laissé toute carrière à cette crédulité lyrique, dont il a depuis donné tant d'autres preuves.

(2) Fauriel , Histoire de la Gaule méridionale sous les conquérants Germains^ t. II.

.ogues et des numismates, s*est désormais engagée dans la voie nouvelle avec une incroyable docilité. Le plus léger examen suffisait pourtant à tout homme tant soit peu versé dans l'histoire et la langue euskariennes, pour éveiller la défiance, et provoquer un contrôle plus attentif, auquel le système de Humboldt ne saurait résister. Cette tâche aurait assurément beaucoup gagné à être entreprise par tout autre que moi. J'espère néanmoins que mes objections serool jugées suffisantes; et, avant de tes produire, je les ai soumises à des savants dont la compétence ne m'a point paru contestable. La critique vraiment indépendante me dira s1ls ont eu raison de m'approuver, et si je n'ai pas trop présumé de moimême, en déniant au système étymologique du baron de Humboldt toute autorité scientifique.

J'ai promis de consacrer la seconde partie du présent rhapilre à la numismatique ibérienne; et je suis impatient (l'aborder ce sujoi, dont l'importance n'échappe à personne.

On a découvert dans la Péninsule, des monnaies chargées d'inscriptions en caractères particuliers. Ces monnaies, auxquelles les numismates espagnols ont donné le nom de Desconocidas^ se rencontrent aussi <i dans tous les grands centres commerciaux de la Gaule méridionale jusqu'à Vieille-Toulouse ot au delà... mêlées aux monnaies de bronze A'Emporiœ ou aux monnaies phéniciennes do la côte espagnole (type du Cabire)(1). » Elles ont des caractères particuliers « en ce qui concerne le type, la fabrication, le module et le poids. On y

(4) Ce passage est emprunté à une note de M. Edw. Barry sur YHi^toire générale de Languedoc^ liv. I, p. 88. La nouvelle édition de cette hbtoire n'a pas encore paru, et je dois à M. Barry la communication des premières feuilles.

chercherait vainement, je l'avoue, la perfection dans le dessin, la pureté de style, le fini de détail que nous admirons dans In plupart des monnaies grecques, mais les deniers d'argent des Ibériens peuvent sans crainte subir la comparaison avec les deniers consulaires (1). » Les principaux types du revers « sont le cavalier, la lance en arrêt; le cavalier portant Une branche lie laurier ou une palme; le cavalier avec un bouclier et conduisant deux chevaux ; le cavalier brandissant de la main droite, une épée, un arc, ou le makhila (2) ; le taureau ou le cheval de course (3). » Quant au type du droit , c'est toujours ({ la tête d'un guerrier, probablement du chef de la peuplade; elle est nue, à cheveux courts et bouclés, rarement retombant sur le col, toujours enroulés avec élégance. Les figures sont imberbes, parfois juvéniles, le plus souvent barbues (4;. » Le type le plus commun des médailles ibériennes ce celui du cavalier à la lance, étant une imitation des monnaies d'Hiéron V^, ou de Démétrius, elles sont par cela même postérieures à cette époque (5). » « Je reporte au quatrième siècle (av. J.-C.) le commencement du monnayage Ibérique, au .moins pour quelques villes du littoral Gaulois et Hispanique. La limite inférieure me parait aussi devoir être abaissée jusqu'au règne de Tibère, non pour toutes les villes ou peuplades deTHispanu*, mais pour les villes qui défendirent avec énergie leur indé- |)endance contre l'invasion romaine (6). » Les populations dites ibériennes ne frappaient pas de

(1) Boudard, Numismatique ibérienne, p. 139.

(2) Cest le nom que les Basques donnent au bâton, et que M. Boudard suppose, sans plus de façons, avoir élé aussi employé par les Ibères. J'ai prouvé (p. 278) que makhila n'est qu'une transfonnalion du mot latin haculus.

(3) BocDàBD, Numism. ibér,, p. 440.

(4) W., Ibid., p. 443.

f5} W., Ibid., p. 444.

(6) Id.,Ibid.,^. 447.

monnaies d'or; et, si les attributions de médailles faites par M. Boudard sont exactes, on ne connaîtrait, jusqu'ici, que seize peuplades ayant émis.des pièces d'argent de deux modules (denier et quinaire). Toutes les autres sont en cuivre, et de modules divers (1). *

L'étude et l'interprétation des légendes de ces monnaies exercent les érudits, depuis la seconde moitié du xvi® siècle. A cette époque appartient notamment le livre d'Anl. Agoslino, archevêque de Tarragone (2). Le siècle suivant voit se produire les travaux de Lastanosa (3,^, Rajas (4), Andres (3) ri Urrea (6), sans préjudice du système d'Olaus Wormius (7) et d'Olaus Rudbeck (8), qui voient dans ces légendes des earaclères runiques, importés en Espagne par les Wisigolhs. Le xviii^ siècle est marqué par les publications de Hahudel (9),

(1) Id., Ibid.,ii. 447-49.

{i) Diaîogos de las Medallas, Imcripâones y otras Antiguedades. Tarragona, 4587, in-4«.

(3) D. y. Juan de Listanosa , Mmeo de las Medallas desœnocida$ espanolas, Huesca, 4545; Descripcion de las Àntiguedades y Jardines de D. y. J. Lastinosa. Zaragoça, 4 647.

(4) P. Alblniano de Rajas, Discorso de las Medallas desœnoddas Esjxmoias. Huesca, 4 643.

(5)D. Fr. Andbks Caesar-Augustanus, Discorso /, //, /// de las Medallas desconocidas espanolas, in-4o.

(6) D. Fr. X<^s Dg Urrea, Medallas desconocidas espono^M (jointes à une chronique d'Aragon).

(7) Olaus Wormius, Danica Litteratura antiquisima vulgo CrotMca

Hafhizp, 4 684.

(8) Olaus Rudbeck, Atlantica sive Manheim vera Japheti posterorum sedes ac patrta. Upsaliae, 4 975, 89, 98 et 4788. — Uécole de Wormius et de Rudbeck fut continuée au xvm« siècle par Ezech. Spanhemius, Dissertatiotm de prœstantia et usu Numismatum antiq, cur. Is. Verburgio. Lond., 4706, et Amtel., 4 47. Ce numismate attribue, néanmoins, aux Phéniciens les médailles dont la fabrication est la plus parfaite.

(0) Mahudel, Dissertation sur les Monnaies antiques de l'Espagne, Paris, 47S6. Cet ouvrage contient notamment un tableau destiné à metUeen évidence les analogies des alphabets grec et ibérien.

Velasqucz(i), Florez(2), Bayer (3), Terrcros y Pancio (4), le comte de Lumiares (5), Gussene (6) el le marquis d'Algorfa (7). Les publications postérieures n 1800 sont celles de Zuniga (8), Erro y Aspiroz(9), le curé de Montuenga (10), Mionnet (11), Sestini (12), Ch. Lenormânt (13), et de MM. de

(4) L. Jo8. Velasquez, Ewtayo sobre los Alfabetos de las Lettras desc&noddas, que se encuentran en las mas antiguas Medallas y Monumentos de Espana. 4759. Ce numismate est certainement le plas remarquable champion du système, aujourd'hui insoutenable, qui consistait à interpréter par le grec et l'hébreu toute l'ancienne toponymie espagnole.

(2) P. Henrique Flobez, Medallas de las Colonias, Municipios y Pueblos antiguosde Espana. 3 vol. in-fol. Madrid, 4757-73.

(3) Fr. Pbrbz BiTBR, De l'Àlfabeto y Lengua de los Fenicos y de suas colonias. Madrid, 477t. Ce livre traite surtout des monnaies puniques.

(4) Estevan de Terreros y Pando, Paleogmphia Espanola. Madrid, 4 7 52.

(5) D. Ant. Valcarcel Pio de Saboya, conde de Lvmiârbs, Medallas de las Colonias, Municipios, y Pueblos antiguos de Espana, hasta hai no fublicodas. Yalencia, 4773.

(6) Th. And. de Gvssbnb, Dicdonario Numismaiico gênerai^ 6 vol. Madrid, 4773.

(7) Pères de Sario, marches d'ÀLGORPA, Dissertacio sobre las Medallas desconocidas. Yalencia, 4 800. L'auteur fait remonter ces médailles à l'époque de la défaite de Géryon el de la conquête fabuleuse de l'Espagne par Hercule.

(8) Luis Carlos t Zvmga, Plan des Antiguedades EspaHolas, reducido a 5 articulos y 80 proposiciones.,. Madrid, 4804.

(9) J. B. Erro y Aspiboz, Alfabeto de la Lengua primitiva de Espana, y explicacion de sus mas antiguos Monumentos de Inscripciones y Medallas. Madrid, 4806.

(40]D.J. A.C. (Conde) Cura de Montuenga, Censura critica del Alfabeto prinûtivo de E^ana. Madrid, 4 806. C'est une réfutation du précédent, et l'auteur répète docilement les opinions insoutenables de Wormius et de Rudbeck, et les idées de Mayans y Siscar.

(4 4) MioNNET, Description des Médailles antiques, Grecques et Romaines Paris, 4 806-33, t. I, p. 63 et Supplém.

(4 2) Domenico Sestini, Descnzione délie Medaglie Ispane, appartenant alla [AAsitania, alla Betica, e alla Tarragonese. Firenze, M. DCCC. XYIII^

(43) Ch. Lenormant, Extrait d'un Mémoire aur l'Alphabet celtibérien. dans la Rev. Numûm. de ^40.

Saulcy (1), de Longperrier (2), Akerman (3), Boudard (4) et de Lorichs (5).

Tels sont, à peu près, tous les travaux publiés sur ces médailles dites ibériennes, dont les légendes furent d'abord considérées par divers savants tantôt comme latines, tantôt comme celtiques, et tantôt comme runiques. Velasquez, Florez et Bayer essayèrent, au contraire, de les déchiffrer et de les interpréter au moyen des alphabets et des idiomes grec et hébraïque. En6n, l'immense majorité des érudits de notre siècle afBrme que les anciens Ibères avaient un alphabet particulier, et que l'antique toponymie de la Péninsule peut être expliquée par la langue basque actuelle.

Je crois avoir suffisamment discuté la dernière de ces propositions; mais je dois m'expliquer sur l'alphabet ibérien.

Don Blas Nassare, Mahudel , les auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique publié en 1750, Velasquez, Erro y Aspiroz, Sestini, le docteur Puertas, Gesenius, et MM. de Saulcy et de Lorichs, ont travaillé sur cet alphabet. Tous leurs ouvrages (6), ot principalement ceux de Erro, Sestini, le docteur Puertas et M. de Saulcy, ont été plus ou moins utilisés par M. Boudard, qui ne fait que s'engager plus avant dans la même voie, et qui confesse d'ailleurs très loyalement les emprunts par lui faits aiix

(4) Fr. de Saulcy, Essai de classification des Monnaies autonomes d'Espagne. Metz, 4 840.

(8) A. de Longperrier , Compte-rendu de l'ouvrage précédent, dans la Rev. Numism. de 4 844.

(3) J. J. AxERMiN, Ancient cains ofCities and Princes, Lohdon, 4 846.

(4) P. A. Boudard, Études sur l'AlpIuibet ibérien. Paris, 4852 ; Numismatique ibérienne. Béziers 4859.

(5) G. Dan. de Lorichs; Recherches numismatiques- concernant principalement les mannaies celtibériennes. Paris, 4 852.

(6) Je dois en excepter pourtant celui de M. de Lorichs, dont Tétrange système consiste à considérer chacune des lettres des légendes comme indiquant le commencement d'un mot. Ainsi le mol ppppins (que M. Boudard lit plplis, Bilbilis), signifierait : décima quarta Vrepositi Vecuniœ VubUoœ VrovincicB mterioiis Spaniœ. Voy. Rech. Numism., p. 243.

publicalions de ses devanciers. Toutes les critiques que je vais diriger contre le système de M. Boudard, réfléchiront donc plus ou moins contre les travaux antérieurs dont il s'autorise. Je ne saurais trop exhorter le prudent lecteur à se mettre à même de contrôler Texactitude et la sincérité de cette portion de mon travail, par la lecture préliminaire du chapitre II de la Numismatique ibérienne, où Tauteur expose son procédé de lecture (i).

Ce procédé n'a rien de bien compliqué, et Ton a déchiffré souvent des cryptogrammes autrement difficiles et obscurs, il s'agit de marcher du connu à l'inconnu. Pour y parvenir, on recherche des légendes écrites au moyen de deux alphabets, et où les caractères connus soient en assez forte majorité pour ne laisser aucun doute sur le sens général de ces légendes. Supposons, pour fixer les idées, que les lettres italiques représentent les caractères connus, et les capitales ceux qui ne le sont pas. Voici cinq médailles dont l'attribution à la même ville m'est attestée, sinon avec certitude, au moins avec une haute probabilité, par diverses indications numismaliques (module, type, ornementation) autres que l'écriture c»lle-raème Ces cinq légendes sont : 1** acinipo; 2® aciNipo; 3*" acf'ntpo; i^ acini?o; 5<^ actnipo et acim?o. En voilà assez pour attribuer ces monnaies à Acinipo, ville de la Bétique. Désor-

(1) Ma critique de la Numismatique ibérienne ne doit porter que sur la méthode de lecture, l'histoire et la philologie. Néanmoins, je suis forcé de constater que, sous tous les autres rapports, ce livre abonde en bévues, erreurs, etc., dont on jugera par quelques exemples pris au hasard. — Klaproth, Tauteur de YAsia polyglotta est appelé Klaporth par M. Boudard (p. 3, note 2), qui accorde (p. 5, note 3) la particule à M. Baudrimont (de Baudrimont), auteur d une déplorable Histoire des Basques ou Escualdunais primitifs. Le numismate de Béziers estropie (p. 3, note 3) le titre du livre de Micali sur les anciennes populations de l'Italie {Storia degli antichi popoli italiani, Firenze, 1832) de la manière suivante: Storia de gliAnt. pop. It, Il nous parle (p. 43î) de 1' « JEssai sur les langues celtiques » de M. Pictet, dont l'ouvrage est intitulé : De ^affinité des langues celtiques avee le sanscrit.

mais, je sais que dans ralphabct dil ibcricn, a, t, o sont les mêmes que dans l'alphabet romain, et je sais en outre que c = c, N = n, p = p. Me voilà déjà en possession de cinq lettres.

Je prends d'autres médailles que, pour des raisons analogues à celles que j'ai déjà invoquées pour Acinipo, je puis attribuer, l'une à Carmo, ville du pays des Turdules, l'autre à Carteia, située sur le territoire des Bastules. Celles de Carmo sont écrites : 1^ carmo i 2** karmo; 3« carmo. Les légendes de celles de Carteia sont : 1** carteia; 2* carteia. Ces deux monnaies me confirment ce que je savais déjà par rapport à c=c, et m'informent en outre que l'alphabet dit ibérien admet, comme le romain, ky m^'r.

On comprend, par ces deux exemples, que plus je vais et plus les difficultés diminuent, si je continue de choisir judicieusement les légendes à étudier. Chaque opération nouvelle me révèle ou me conBrme, dans des proportions variables, de nouveaux éléments alphabétiques. Je poursuis ma tâche jus- (]u'à l'épuisement de mon sujet, et j'arrive à placer ainsi, on Tace de chaque lettre de l'alphabet romain, sa correspondante ou ses correspondantes ibériennes, car j'ai eu soin de noter, pour chaque caractère, toutes les variantes révélées par les légendes.

Telle est l'essence de la méthode développée par M. Boudard, de la p. 19 à la p. 56 de sa Numismatique ibérienne. Ce savant a fait usage, pour expliquer son système, de caractères dits ibériens que je n'ai pu me procurer, pour mon imprimeur, ce qui m'a forcé de les représenter par des capitales dans les exemples ci-dessus. J'espère néanmoins avoir été parfaitement compris du lecteur; mais je ne puis me dispenser de reproduire, dans le tableau annexé à ce chapitre, l'ensemble des résultats obtenus par M. Boudard.

Si l'on jette les yeux sur ta première colonne à gauche du tableau, on voit que 1 alphabet ibérien comporte, pour chaque

lettre un nombre plus ou moins grand de variantes. Néanmoins, ce nombre se trouve être, en réalité, moins considérable qu'il le parait, et M. Boudai d a eu le tort de compter comme autant de signes divers, des caractères dont les différences ne gisent que dans le mode d exécution. C'est ainsi que pour Ta, les lettres 1, 2, 6 (4) doivent être considérées comme une seule et même variété, et que les n®* 6 et 7 d'une part , et 8 et 9 de l'autre, ne constituent, en réalité, que deux variantes. J'en dis autant pour le b des n®» 2 et 3, et des n^ 4 et S; pour le c des n®» 1 et 4 ; pour le d des n^' 2 et 3; pour i'i des n~ 1 et 3 ; pour le k des n«» i , 2, 3, et des n~ 4 et 5 ; pour L des n*» 1 et 4, et des n*« 1,2, 5 ; pour Vu des n»» 1 et 3 ; pour Tn des deux seuls n^* existants; pour l'o. des n^ 6, 7 (4™ ligne), et des n~ 4 et 8 (2« ligne); pour Tr des n" 2 et 3, des n** 4 et 5, des n®* 6 et 9, et des n^ 7 et 8; pour l's des n^* 4 et 5 ; pour le t des n®* 1 et 2, et des n»* 3 et 4 ;" pour le z des n^* 4 et 3; pour Vy des n*** 4 et 2j pour le ho des xx^ 4 et 2, et des n°» 3 et 4; pour le tz des n*»» 4 et 7, et des n^* 1 et 4.

Certains auteurs ont affirmé qu'il existe des similitudes ou analogies entre l'alphabet ibérien et celui des Imouchar; mais cette assertion ne résiste pas à la comparaison de la première colonne de mon tableau avec le travail consacré par M. Hanoteau à l'alphabet tamacheck' (2). M. Mommsen a raison quand il dit que « l'alphabet lybique ou numide, celui usité chez les Berbères, aujourd'hui comme au temps jadis, pour l'écriture de la langue non sémitique, est un des innombrables dérivés du type araméen primitif. Dans quelques-uns de ses détails, il semble même s'en rapprocher plus encore que de celui des Phéniciens. Qu'on n'aille cependant pas croire que les Lybiens auraient reçu l'écriture d'importateurs plus anciens que les

(1) Dans Texamen de ce tableau, je compte les signes en* allant de gauche à droite.

(2) HiNOTBAU, Essai de Grammaire de la langue tamachek', p. 3-H .

Phéniciens eux-mêmes ; il en est dô même ici qu*en Italie, où certaines formes , évidemment plus vieilles , n'empêchent pourtant pas que Talphabet local ne se rattache aux types grecs. Tout ce qu'on peut en induire, c'est que l'alphabet lybique appartient à l'écriture phénicienne d'une époque remontant au-delà de celle où furent tracés les monuments phéniciens qui nous sont parvenus (1). »

D'après M. Renan, l'alphabet phénicien était devenu, sous diverses formes, l'alphabet commun de tous les peuples méditerranéens, avant d'être remplacé par l'alphabet grec et latii>, c'est-à-dire par deux transformations de lui-même (2).

J'ai reproduit, dans la seconde et la troisième colonne de mon tableau , les similitudes ou analogies relevées par M. Boudard entre l'alphabet ibérien d'une part, et punique et grec archaïque de l'autre. Cette comparaison est évidemment à l'avantage du grec archaïque. Néanmoins, si Ton réunit le contingent des signes fournis par ce dernier à celui qui provient du punique, on verra que la partie de l'alphabet ibérien présentée comme originale se réduit à assez peu de chose. Encore ce résidu se trouvera-t-il diminué, si Ton songe que l'auteur de la Numismatique ibérienne et ses prédécesseurs ont gratuitement multiplié les variantes pour diverses lettres, ei pris pour des dissemblances dignes d'être notées de simples différences dans le procédé d'exécutioti.

Ces réflexions suffiront, je l'espère, pour mettre le lecteur à même de voir combien a été surfaite l'originalité de l'alphabet dit ibérien.

Malgré les graves reproches que je crois avoir formulés contre l'alphabet de H. Boudard, je dois néanmoins convenir que son procédé de lecture serait, jusqu'à un certain point.

(1) MoMMSEN, Histcnre romaine, t. III, p. 4 5. (1) Rrnan, Langues sémit., p. 210.

acceptable en théorie; mais il soulève, dans la pratique, do telles objections, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de la diversité des leçons que les savants proposent pour l'immense majorité des légendes.

Et d'abord, il est malheureusement très-probable que plusieurs médailles, dites ibériennes, ont été fabriquées, à des époques plus ou moins récentes, par des mystificateurs ou par des marchands fripons. A cette cause générale et incontestable de défiance, viennent s'ajouter, pour les médailles authentiques, les raisons tirées de l'imperfection des anciens procédés de monnayage, et des chances d'altération plus ou moins grande d'un nombre variable de lettres. Supposons, par exem • pie, que nous ayons affaire à une légende dans laquelle Va se trouve sous la même forme que dans le 3*^ caractère (1™ ligne) de l'alphabet ibérien. Si le coin n'a pas mis en relief la ligne horizontale, ou si cette ligne a disparu, nous aurons un véritable L semblable au l'^'^et au 4^ Pienons maintenant le 2"" i, , et admettons que, pour l'un ou l'autre des mêmes motifs, le petit trait qui coupe la ligne oblique ait disparu : nous sommes en face d'un n. Supposons que le second p ait perdu la courte ligne qui (orme un angle dirigé vers la droite, nous avons une lettre pareille à celle du 2"" l. Efliaçons le petit trait à gauche de la partie supérieure derm; cette lettre double devient absolument pareille aux 1"^^ et 3<^ m ibériens.

Je renonce à multiplier les critiques de ce genre, dont l'importance n'échappe certainement pas au lecteur.

Autre objection, au moins aussi grave que les précédentes. U. Boudard admet que, dans beaucoup de légendes, il faut suppléer les voyelles. Ainsi, pour me réduire à quelques exemples, les légendes où il croit voir EtmtZj Emhy Halbkhtz^ Hde, doivent se lire Etameiza, Emeha^ Halabakhitz^ Hede (1).

(1) BOUDABD, Numismatique ibérienne, p. 192-96.

Ualphabct ibcrien dressé par M. Boudard possède toutes les voyelles, et dès lors on comprend d'autant moins Tobligation de les suppléer que celte nécessité n'apparaît pas comme constante. Quoi qu il en soit, voilà un procédé qui ouvre toute carrière à la fantaisie des numismates, et qui a déjà produit, à propos d'une foule de légendes, des divergences fort peu c<li- Gantes. On en jugera par quelques exemples pris au hasard.

({ Albokhoia-Albocela (Vaccéens-Tarraconnaise). — Sestini traduit celte légende ElpgVy et attribue la monnaie à Elbocoris. M. de Saulcy propose la lecture Albgrigs^ et dubitativcmeni l'attribution à Alboceda. J'ai lu Albokhoia^Khoert}, et attribue la monnaie à Albocoris (1 ). ))

(( AoiBST [anaebisoci ( Tarraconnaise ). — Sestini lit la légende du droit dso, et celle du revers Doirst ou Doibst, et donne l'une à Duissatio, et l'autre à Suissatio^ p. 201. L'auteur de V Essai traduit la première légende Asd, et la seconde Dripsa ou Tripsay et attribue l'une aux Astures, l'autre à Tuniptianay p. 135. Lorichs propose l'interprétation Prima Offidna INterioris Provindœ Signati Oscensis. La traduction de la légende du revers est Aoibst, avec les voyelles omises Aotbisitan; celle du droit Ama, et seulement a, quand il n'y a qu'une lettre derrière la tête, et j'attribue cette monnaie aux Aebisoci, qui ne sont connus que par une inscription de Chaves (Portugal) (2). ))

« Aorakhitz-Arevaci (Tarraconnaise). — Florez classe cette monnaie au Municipium Aryerse de la Bélique; Errô, lisant Arba ou Areba^ l'attribue aux Arévaques ; c'est des deux manières, dit-il, un nom basque... Sestini ne propose point d'interprétation, mais il nous apprend que plusieurs antiquaires lisent a?pa, aphra, et pensent qu'il doit être question

(A) BouDABD, Numismatique ibérienne, p. 462. (2) frf., Ibid., p. 162-68.

iWAphrodisium Pyrenakum. M. de Saulcy lit Arba et Arbegé, qui, avec l'introduction des voyelles, deviennent Areba et Arebagé^ et le savant numismate voit dans ces légendes le nom des Arévaques. M. de Lorichs y trouve, selon l'usage, Prima officina^ etc. J'adopte l'attribution aux Arévaques, proposée par Erro et par M. de Saulcy, tout en maintenant la lecture Aora et Aorakhitz (4). »

(c Bdrsabhe-Bursavonenses ( Bétique ). — Velasquez nous apprend qu'on trouva un vase rempli de deniers d'argent de cette peuplade, auprès de Castulo (Ensaj/, p. 123). Bayer lut la légende OrsoeSj et donna la monnaie à Ursone de la Bétique. Sestini l'interprète Borsades ou Bursabes^ el l'attribue à Bursada, p. 113. L'auteur de V Essai adopte la lecture Bersabes et l'attribution à Bursada des CelMbères, plutôt qu'à Bernaba des Oretans, p. 73. Il est évident que la légende doit être lue Brsbhs^ el avec les voyelles Bursabhes (2). »

Je crois devoir me borner à ces citations, et renvoyer le lecteur désireux de s'édifier davantage à la Numismatique ibérienne de M. Boudard. 11 pourra se convaincre, par l'étude de cet ouvrage, que les quatre exemples ci-dessus ont été réellement pris au hasard, et non triés sur le volet pour les exigences d'une argumentation avocassière. Bon nombre d'autres passages témoigneront, d'une façon souvent plus significative, en faveur des divergences dont je me suis contenté de donner un aperçu.

La méthode de lecture de M. Boudard et de ses prédécesseurs soulève donc, dans la pratique, des objections si graves et si nombreuses, qu'elles équivalent, à mon avis, à la condamnation radicale du procédé. Je vais démontrer maintenant que l'auteur de la Numismatique ibérienne a abordé son sujet

(4) ld.,lbid., p. 4 66.

(«) /d., Ibid., p. 477.

avec une préparation hisloriquc et philologique tout-à-fail insuffisante.

Sur l'histoire, je veux être bref. Le chapitre IV de la Numismatique ibérienne (p. 301 et s.) traite De V origine de quelques villes anciennes de l'Espagne^ et le § III est consacré aux Villes dùHgine ibérienne. C'est là que M. Boudard range parmi les Ibères bon nombre de peuplades celtiques, notamment les Canteibres (Conisques et Murboges) (p. 310), les Ilergèlcs (p. 31 2), les Lusitaniens (p. 315), les Turdules et les Turdctans (p. 316). Or, j'ai déjà établi la provenance celtique de ces quatre peuples avec le témoignage exclusif des auteurs anciens.

J'arrive à la philologie. Il suffit d'ouvrir la Numismatique ibérienne^ pour se convaincre que M. Boudard accepte, comme un véritable dogme scientifique, la théorie du baron do Humboldt, et qu'il n'a jamais douté de la légitimité de l'interprétation de l'ancienne toponymie espagnole par la langue basque actuelle. Les objections de principe déjà formulées contre la théorie du savant prussien, réfléchissent donc contre l'œuvre de son disciple. Du reste, je ne vais avoir malheureusement aucune peine à démontrer , même en acceptant les idées de Humboldt comme la vérité pure, que les applications faites par M. Boudard décèlent, chez ce numismate, une déplorable ignorance de l'idiome euskarien (1).

Cette ignorance générale, et particulièrement celle des règles de la déclinaison, s'accuse aussi complètement que possible dans l'étrange théorie des suffixes et terminatives, exposée cl appliquée, de la p. 76 à la p. 104 de la Numismatique ibé

(1) Dans la préface de sa Numismatique ibérienne, p. vu, M. Boudard adresse des remerciements à plusieurs savants, et notamment « à M. Léonce Goyetche, pour ses communications si bienveillantes et si précieuses. » J'ai déjà eu à m'expliquer (p. 389, note 4) sur la méthode étymologique de M. Goyetche, dont M. Boudard a subi la déplorable influence.

Tienne. Le premier de ces sufBxes est cn^ dont M. Boudard fait coenj et auquel il consacre tout le § VII. D'après lui, ce suffixe se trouve dans quatre légendes. Ainsi, par exemple, voilà deux pièces dont l'une porterait Nedhn et Vautre Nedhncn, dont M. Boudard fait Nedhena et Nedhena-cny et qu'il attribue aux Nédéniens. Il se travaille ensuite à prouver, Dieu sait comme, que Nedhena signifie en basque le plus complet, et après ce beau résultat il ajoute : « Puisque Nedhena est un mot basque, composé d'un radical et d un augmentatif basques, et en même temps un nom de ville, il doit suivre la règle des noms de lieu, et celle qu'Harriet appelle des degrés de nominatif. Ainsi Bayona fait au locatif fat/onoco; de ce dernier cas on fait dans la langue basque, en ajoutant le suffixe a, un nouveau substantif qui signifie littéralement le de Bayonne, celui de Bayonne, et qui prend toutes les inflexions de la déclinaison. L'on dit donc au génitif singulier Bayonacoaren, et au génitif pluriel Bayonacoen, de ceux dr Bayonne. Par analogie Nedhena fait au génitif singulier Nedhenaco, au premier degré de formation Nedhenaœa^ le de Nedhena, le Nedeniens, et par conséquent Nedhenacoaren et

Ned

hen

co

Au complet

plus

le

de

des

OU de ceux de Nedhena, des Nedhenicns , puisque c'est un nom de lieu (<). »

Ce raisonnement, d'une tournure un peu trop négligée, prouve d'abord l'extrême libéralité de M. Boudard à s'octroyer loules les facilités dont il a besoin. Le mot qui, d'après sa

(t) Numisnuit. ibér., p. 78.

méthode, devrait se lire Nedhn devient Nedhena, sans qa*il prenne la peine de légitimer l'introduction de deux voyelles. Le prétendu suffixe en. se change docilement en cœny où Vheureux numismate trouve réunis les suffixes caractéristiques du locatif et du génitif pluriel basques.

Voilà qui est en vérité trop commode. Mais je veux bien supposer que Nedhena soit un nom basque, et j*admets aussi qu'il faut lire coen. Ce suffixe violerait, à lui seul, quatre des règles les plus essentielles et les plus élémentaires de h déclinaison basque.

Et d'abord, Tabbé Darrigol fait de la désinence co à l'indéfini et au singulier, eietaco au pluriel, la caractéristique non pas du ((locatif)) mais du desiinatif. a Cette désinence, dit-il, appartient spécialement à la déclinaison d'un nom de chose inanimée (1).)) M. Boudard s'est donc mépris sur le véritable nom du cas, et de plus il n'a pas pris garde qu'il ne faut pas l'appliquer aux gens de Nedhena, qui sont des êtres animés. Il î>'a pas remarqué davantage qu'une fois cette faute commise, il fallait, du moins, être logique, et indiquer le pluriel par l'emploi d'e(aco, et non par celui de co, caractéristique du singulier.

Ainsi, même en acceptant le système de déclinaison dont je vais démontrer l'absurdité, M. Boudard aurait déjà trouvé lo moyen de condenser deux solécismes dans le seul suffixe cœn^ La réunion de ces deux syllabes constitue une troisième fauto du même genre, car, ainsi que le remarque fort bien le capitaine Duvoisin, (( un cas étant établi, il peut bien recevoir un affixe qui formera un dérivé, mais non deux signes casuels

(<) Dissertation sur la langue basque. — M. Vjln Ets, Essai de gramme de la langue basque^ p. 74, ne comprend pas œ cas dans la déclinaison, el fait, avec raison, de co, go au singulier, au pluriel etaco, de simples suffix*^ correspondant à notre de (repos). M. Duvoisin ne le range pas non plus parmi ces cas, dans son Étude sur la déclin, basque.

successivement Tun sur l'autre (1). » Or co et en auraient précisément ici, d'après Tauteur de la Numismatique ibérimne, la méroe signiGcation génitive, et Tune des deux syllabes aurait par conséquent suffi à Texpriraer.

(( Puisque Nedenha est un mot basque et en môme temps un nom de ville, il doit, dit.M. Boudard, suivre la règle des noms de lieu et celle qu'Harriet appelle les degrés de nominatif. » Le passage que j'ai transcrit plus haut tout entier contient encore une autre grosse erreur. Il ne s'agit pas, en effet, de /( suivre la règle des noms de lieu » , mais de rechercher comment se forment ceux des habitants. Ils se forment en ajoutant au radical fourni par le nom de lieu la terminaison ar ou tar : mendi-tor, montagnard; Arail ar^ Alavaîs; fiijsfcat-ar, Biscaïen ; Gutpujs/co -ar, Guipuzcoan ; Laphurtar^ Labourdin ; Nafar-tar^ Navarrais ; lAhero-iar^ Souletin, etc. Ces noms se déclinent comme tous les autres. Telle est la règle suivie. Par conséquent, en prenant Nedhena comme radical, les habitants de cette ville seront désignés, au génitif pluriel, par Nedhena 'tar-en, et non par celui de Nedhenacoen, adopté par M. Boudard, et qui n'est qu'une accumulation de solecismes (2).

Le § VIII do la Numismatique ibérienne va de la p. 81 à la p. 87 , et est consacré au Suffixe khoem ou choen. « Onze légendes appartenant à des villes ou à des peuplades différentes étaient terminées, selon M. Boudard, par le suffixe khm » formé de deux lettres, dont la première comprend le c et \% et correspondrait au x gfec. Ce numismate vérifie son hypothèse sur six exemples, et pour lui choem est Téquivalent du suffixe précédent cœn. Par conséquent, toutes les critiques dirigées

(1) Duvoism, Etude sur la déclin, basque^ p. 2fi.

(2) Une ligne avant Nedhenacoeiiy M. Boudard exprime le génitif pluriel par Nedhenacoaren, Il ne nous dit pas comment il arrive à se débarrasser de la syllabe ar.

conlre ce dernier sont aussi applicables à choem, M. Boudard explique Tinlroduction de Yh par son usage fréquent dans le dialecte de la Navarre. Je conviens que les Navarrais ont autant de propension à ajouter Yh à certains mots, que les Biscayens et les Guipuzcoans mettent de soin à Vécarter. Mais là n'est pas la question, car les Navarrais n'introduisent jamais Yh à la suite du k, dans les suffixes tels que kin et tako, qui caractérisent les cas nommés unitif et destinatif par l'abbé Darrigol. Ils disent mendirekin, avec la montagne, menditakoy pour la montagne, et non mendirekhiny mendiiakho^ çlc. Quant au changement de Ym finale en n, M. Boudard ne se donne pas la peine de l'expliquer.

Le § IX de la Numismatique ibérienne va de la p. 88 à la p. 92, et traite de la Terminative m khiz. « On trouve , dit l'auteur, sept légendes différentes, appartenant à des peuplades diverses, et terminées par les deux lettres chz » , car le ceiYh sont réunis en un seul signe. M, Boudard intercale, sans façon, la voyelle i, et il obtient ainsi la terminative khiz. «Les Basques, dit-il, se servent du mot ghiz pour exprimer l'idée de troupe^ petite population : les Ibères prononçaient khits , d'après les médailles, mais quelques peuplades du Sud prononçaient aussi ghizy d'après Yllourgis de Ptolémée (i ). »

Je me contenterai de relever dans cette phrase une grosse erreur. Les Basques ne disent pas ghiz, mais ghiza (g dur). Ce mot ne signifie point « (roupe, petite population >y , mais réunion d'hommes (mâles), cohorte, bataillon, parti. Il a le môme radical que ghizon ou gizon, homme.

Passons à la Terminative tan, dont j'ai promis plus haut de rn'occuper. et à laquelle M. Boudard consacre le § qui va de la p. 88 à la p. 96. Entre le t et Yn d'une légende, ce savanl ajoute la voyelle a dont il a besoin, et il se procure ainsi le

(1) BocDARD, Numismat. ibér., p. 88.

suiBxe qui, d'après Tabbé Darrigol, caractérise lo cas locatif. Exemples : handi-tan, dans le grand (indéfini); handi-ariy dans le grand (singulier); handi-etan, dans les grands (pluriel) ; =r mendi'tan^ en montagne (indéf.) ; mendi-an, dans la montagne (sing.) ; mendi-eton, dans les montagnes (plur.). Appuyé sur ces exemples, empruntés à Tabbé Darrigol, H. Boudard prend la légende blbtn^ dont il fait Bilbiian, lequel , par Taddition gratuite de ac^ devient BilbitanaCy les Bilbitans (les dans Bilbilis).

Je renonce à me récrier sur l'adjonction gratuite et capricieuse des voyelles, et même des syllabes comme li et ac. Si H. Boudard avait pris la peine de réfléchir la déclinaison basque des notns de lieux, dont j'ai fourni deux paradigmes (p. 293)^ daprès le capitaine Duvoisin, il ne serait pas tombé dans Terreur grossière que je suis forcé de relever. Il aurait vu que le positif de ces noms se forme par la simple postposilion au radical d'un n, que l'euphonie fait parfois précéder d'un e, 5ora, Sara-n, dans Sara ; Larrun, Larrun'(e)nj dans Larrun ; Bidarray, Bidarray-n^ dans Bidarray, etc. Par conséquent, Z^tI6t7i devrait donner Bilbili-n au positif, et non Bilbili-ian. Quant à jffti6iK-ton-ac, c'est un gros solécisme, et c'est Bilbilitarak qu'il faudrait dire, conformément à la règle que j'ai sxposée tout-à-l'heure (p. 411).

Le § sur le Suffixe aren va de la page 96 à la p. 98. Deux légendes, dit M. Boudard, se terminent par m. Si l'on ajoute un a on obtient arien, qui, d'après Harriet, est un des deux suftixes caractéristiques du génitif. « Les nominatifs des choses, des endroits et des adjectifs, dit ce grammairien, font un cas en double, comme Enoma, Rome, qui fait, au génitif, Erromaren et Erromaco ; et Bandi, gand , Handiaren ou Handico. Erromaren, Handiaren signiBent la propriété commune, Erromaren tcena, le nom de Rome; tandis qu'J?rromaco, Hapdiko^ Etcheko^ etc., servent pour dire lorsque la

chose n^apparlicnt pas à un aulre : Etcheko yauna, le maître de la maison. »

Harriel a eu tort de s'exprimer ainsi, et iM. Boudard d'ajouter foi à ses paroles. Je ne veux point examiner si ko est vraiment un signe du génitif, et je restreins ma critique à aren. Ce n'est pas ce suffixe, mais en, et ren^ par l'addition de r euphonique, qui caractérise le génitif basque à TindéOni, au singulier et au pluriel. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau des Signes déclinalifs des noms œmmuns^ imprimé aux pages 14 et 15 de V Étude sur la déclinaison basque du capitaine Duvoisin. Ainsi !ana, travail, fait au génitif indéfini lan-iny au génitif singulier lan-aren^ et au génitf pluriel lan-én. La qui précède ren dans ian-aren, ne Caractérise pas le génitif, mais bien tous les cas du singulier, de même quee caractérise tous les cas du pluriel, sauf le passif qui est on ak. Il faut donc distinguer trois éléments dans tout mot décliné au mode défini : 1*> le radical ; 2<» la voyelle qui exprime le nombre ; 3° le suffixe qui marque le cas. Exemple : idiy bœuf, géhit. indéf. idi-{r)en; génit. sing. idi'Hi-(r)en ; génit. plur. idi^-ren. Voilà qui prouve que Harriet, et après lui M. Boudard, ont eu le tort de ne pas pousser assez loin l'analyse de la déclinaison basque, et de prendre pour le signe général du génitif cette terminative aren, qui indique spécialement le génitif singulier. Les noms propres de lieux (sauf ceux des maisons) ne se déclinant qu'à l'indéfini, il ne peut y avoir que ceux dont le radical finit en a qui paraissent avoir le génitif en aren : Erroma, Rome, Erromar{r)enj Bayona , Bayonne, Bayona-^r)en^ etc. Mais il ne faut pas se laisser duper par les apparences. L'a appartient bien à ces noms de lieux ; et la preuve, c'est que lorsque le radical toponymique finit par une autre lettre, comme Larrun, Bidarray^ le génitif est Larrun'{er)en (er euphonique). Bidarray-en.

Je me dispense d'examiner le § XII, consacré au Suffixe en

z, s, cl je crois avoir suffisamment établi, parla discussion qui précède, que M. Boudard a trop imparfaitement étudié les règles de la déclinaison basque pour pouvoir en tirer le moindre parti. Il me reste à démontrer que Tauteur de la Numismatique ibérienne ne s'est pas mieux préparé, par l'étude de la géographie historique et celle des radicaux, à la décomposition et à rinterprétation de Tancienne toponymie espagnole.

Forcé de me restreindre, je prends les § V et chapitre IV. Ce paragraphe a pour titre . Noms significatifs des peuplades de ÏEispaniey et va de la p. 67 à la p. 72.

(( Le nom d'Iberia, dit M. Boudard, était emprunté à la langue des Indigènes; en eflTet, en basque ibay-erri veut dire pays du fleuve. » Je conviens qu'en eskuara ibaya veut dire rivière, et j'accorde même qu'à la rigueur erria peut signifier pays. Mais alors nous devrions avoir Ibayeria et non Iberia. J'ai longuement prouvé, dans le chapitre III de ia première partie de ce livre, qu'/6ena vient d'/6eri4s, nom de fleuve dont lantiquité nous fournit des similaires ou analogues pour d'autres pays que l'Espagne. J'ai démontré aussi que les bords de I76erttô étaient habités par des Celtes, et qu'/bem constitue une simple désignation géographique. Dans ce mot, le radical /6erest fourni par Iberus. Quant à la terminaison ta, on la trouve également en grec et en latin dans une foule de noms de lieux , et il n'est pas nécessaire de recourir à Verria basque.

Les Cerrétans, dit M. Boudard, u fesaient (sic) des jambons, qui ne le cédaient pas à ceux des Cantabres... Or, le mol chenil en basque, veut dire porc^ et cherrietan, dans les porcs. » L'excellence des jambons des Cerrétans est, en effet, proclamée par Strabon ; et mes voyages en Cerdagne me permettent d'attester que si ce genre de charcuterie n'a pas conservé son antique réputation, il continue pourtant à la mériter. Mais là n'est pas la question. Dans cherria ou charria^ le ch est doux, et

M. Boudard aurait dû démontrer comment il représente l^itimemenl le c de Ceiretani. J'aurais été bien aise d'apprendre aussi en vertu de quel procédé d'élimination, dûment établi et légitimé, lY. de cherrietan a disparu. Quant à traduire Cerretant « dans les porcs » , parce qu'ils exportaient des jambons, c est ce que l'auteur de la Numismatique ibérienne ne fera accepter par personne. Les Cerrétans auraient été tout au plus dans les jambons, absolument comme nos commis-voyageurs sont dans la quincaillerie ou dans la parfumeriey s'ils ne Font dans les draps ou dans les liquides. — Tout ceci n'est pas sérieux, j'en conviens. Mais la faute en esta M. Boudard, qui aurait dû remarquer que dans Cerretani, Cerret {Ceretes, Acroceretes d'Aviénus) appartient seul au radical (v. p. 317) et que tant est une terminaison latine.

Au dire de ce numismate, le nom des Varduli « Bardouloi, est formé des deux mots basques Barde (Barade, voisin, et par syncope Barde et Olha^ cabanes voisines. » Le lecteur est prié de remarquer d'abord que le b initial de BapSo«Xo\ ne se trouve que dans les auteurs grecs, tandis que les latins écrivent Varduli, qui est la forme correcte. Mais les Basques n'usent point du v : par conséquent ce mot n'appartiendrait pas à leur langue. — Barade, je le confesse, signifie voisin ; mais c'est par extension du mot 6an'a, clôture, qui appartient à la basse latinité. Mon voisin est celui qui confine à ma clôture, à mon fossé (gascon barat). Barade n'a donc pas une origine basque, et ne se trouve pas représenté dans BapBouWt par la. prétendue syncope barde. — Olha et mieux ola signifie cabane, mais il faut expliquer comment. Etche veut dire maison, et etchola petite maison, cabane. Ce dernier mot est donc formé de ete/ie, et du diminutif oia, qui représente exactement la lerminalive ulus a, um^ dont il dérive. Il arrive assez souvent que pour désigner une cabane on supprime etche^ et qu'on ne ne se sert que d'o/a. Mais ola a une origine latine, et ne pou-

Alphabet Ibéricn.

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vait par conséquent être connu des ancêtres des Basques avant la diffusion du latin dans la Péninsule.

M. Boudard explique par Hurdetan « dans les porcs » le nom des Turdekini^ et par nHurde^ olha^ porc (cabane de porc), » celui des Turduli. Rien ne prouve que ces deux peuples, que certains auteurs anciens réunissent en un seul, aient jadis élevé des porcs, comme le faisaient les Cerretans. Cette élymologie serait donc parfaitement gratuite, alors même que Torigine celtique' des Turdétans et des Turdules ne serait pas établie (v. p. 208-9). Mais puisque c'étaient des Celtes, il n*est pas permis d'expliquer leurs noms par le basque. — On est en outre prié de remarquer que c'est urde et non kurde qui signifie porc en eskuara. Mais M. Boudard avait besoin de cette h initiale, dont il fait, sans justifier de son droit, le t qui lui est nécessaire. — Je ne reviens pas sur olha, que ce numismate traduit par cabane, et je me suis assez expliqué là- dessus à propos des Varduli. \

Ces exemples me paraissent suffire, pour juger et condamner la méthode d'interprétation de M. Boudard. Tout lecteur sagace et patient n'a besoin de personne pour continuer ce travail, et je garantis une ample récolte d'erreurs et de témérités (1).

(1) Le succès inexplicable de la Numismatique ibérienne ne me paraît pas devoir persister, et je trouve même le présage d'une réaction aussi légitime que nécessaire dans la note suivante de M. Barbt. a L'auteur (M. Boudard) ne s'est point contenté de compléter, de rétablir et d'expliquer, suivant le système d'interprétation adopté par lui, les légendes de ces monnaies énigmatiques écrites en consonnes et (quand elles ne le sont point en siglesj dans un alphabet à peu près oublié dont ils traduisent les mots, il a essayé de les restituer ou de les attribuer, comme on dit en numismatique, aux anciennes villes de la Gaule méridionale, dont il croit y retrouver les noms; mais nous sommes forcés de reconnaître, malgré notre estime pour ce livre et notre amitié pour l'auteur, que la plupart de ces attributions, à commencer par celle de Nedhena (le Narbo de l'époque grecque ou romaine, p. t87-«48) et de Nemi (le Nemos ou Nemaus des Wolkes Arécomiques, p. S64-I55), soulèvent à leur tour des difficultés et des objections dont

Les conclusions qui mo semblent découler de ce chapitre seront bientôt formulées.

Il est certain que Tancienne toponymie de TEspagne a été imparfaitement recueillie par les auteurs classiques, el qu'elle s'est trouvée depuis exposée à de nombreuses erreurs (le copistes. Il est également incontestable que, depuis lo xv^ siècle, Tidiome basque s'est tellement modifié, qu'il est toujours difficile, quand il n'est pas impossible, d'expliquer les premiers textes connus qui remontent à cette époque. Ainsi, même en admettant, contre le témoignage unanime des auteurs anciens, qu'il n'ait été parlé jadis qu'une seule langue en Espagne, nous ne pouvons avoir confiance ni dans la matière à interpréter, ni dans le moyen d'interprétation. — Je crois avoir aussi démontré, par un nomlire suffisant d'exemples, que Humboldt et ses disciples ont abordé ce travail avec une étude très-incomplète du basque, et qu'ils ont pris pour des mots purement euskariens des termes évidemment empruntés aux glossaires latin et roman.

Le procédé de lecture des inscriptions qui se trouvent sur les médailles dites ibériennes est, jusqu'à un certain point, acceptable en théorie; mais les inconvénients qu'il présente dans la pratique équivalent à sa condamnation absolue. Les objections soulevées par cette portion du livre de M. Boudard militent aussi contre les travaux antérieurs. Enfin, la méthode d'interprétation des légendes, infirmée par les mêmes raisons générales qui s'élèvent contre la théorie de Humboldt, l'est encore davantage par l'insuffisance évidente des connaissances historiques et philologiques de l'auteur de la Numismalique ibérienne.

l'examen excéderait de beaucoup le cadre que ces notes nous imposent. > ïliat. gén. du Languedoc (en préparation), t. II, note 408. — M. Barry s'est, dit-on, montré jadis partisan beaucoup plus chaud de la Numùtmati' que ibériennef et il y a déjà lieu de constater sa conversion partielle.

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