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LES BASQUES D APRES LES CHANTS HKROIQOES

Me voici Qnfin parvenu au dernier chapitre de cet ouvrage, à l'examen des prétendus chants héroïques des Euskariens. J'ai déjà publié, en 1866, une Dissertation sur les Chants héroïques des Basques (Paris, A. Franck), tirée à petit nombre, et dont le succès a dépassé mon attente. Dans ce travail, j'ai nié formellenoent l'authenticité du Chant des CantabreSj du Chtmt dAltabiscar, du Chant d^Anmbal^ et les érudits français et allemands ont accepté mes conclusions. Un romaniste émînent, M. Gaston Paris, m'a notamment consacré, dans la Revue critique de 186C, art. 83, une étude où les éloges qu'il accorde à l'ensemble de ma Dissertation^ sont tempérés par certains reproches de détail, dont j'ai été le premier à reconnaître la justice et la justesse. Cette brochure n'est plus depuis longtemps dans le commerce, et plusieurs personnes m'ont fiait l'honneur de m'écrire, pour réclamer une seconde édition. Le présent chapitre est destiné à contenter leurs désirs, tout en formant le complément indispensable de ce volume. Il va sans dire que je vais refondre mon premier travail, de façon à proiiler, tout à la fois, des critiques dont il a été l'objet, et à tirer parti, pour la rapidité de ma démonstration, de tout ce qui est déjà connu du lecteur.

Voyons d'abord les textes des chants héroïques des Basques,

et recherchons quand et comment ils ont été révélés pour la première fois au public.

Voici d'abord le Chant des Cantabres :

Leio ! il Lelo ; Lelo ! il Lelo, Leloal Zarac Il Leloa.

(0) Lelo I Lelo (est) mort ; (0) Lelo I mort (est) Lelo, (0) Lelo ! Zara A tué Lelo.

Roraaco aronac Alogoin, eta Yizcaiac daroa Cansoa.

Les étrangers de Rome Veulent forcer la Biscaïe ; et La Biscaïe élève Le chant de guerre.

Octabiano Hunduco jauna, Lecobidi Vizcaicoa.

Octavien (est)

Le seigneur du monde ;

Lecobidi

Des Biscaïens.

Ichassotatic Eta leorrez Imini deuscu Molsoa.

Du côté de la mer, Du côté de la terre, (Octavien) nous met Le siège (à l'entour).

Leor eelaiac Bereae dira, Mendi tantaiac Leusoac.

Les plaines arides

Sont à eux ;

(A nous) les bois de la montagne,

Les cavernes.

Lecn ironean Gagozanean Norberac sendo (Dau) gogoa.

En lieu favorable Nous étant postés, Chacun (de nous) fisniie A le courage.

Bildurric guitchi Arma bardinas Oramaia, zu Guexoa,

Petite (est notre) frayeur, Au mesurer des armes; (Biais) ô notre arche au pain, vous (Êtes) mal pourvue) t

Soyac gogorrac Badirituis, Narru billosta Surboa.

Bost urteco Egun gabean Gueldi bagaric Bochoa.

Guereco bâta Il baldaguian, Bost amarren Galdua.

Aecanis ta Gu guichitaia ; Azquen indugu Lalboa.

Si dures cuirasses Ils portent (eux), Les corps sans défense (Sont) agiles.

Cinq ans durant, De jour et de nuit, Sans aucun repos, Le siège dure.

Quand un de nous Eux tuent, Quinze d'eux (Sont) détruits.

(Mais) eux (sont) nombreux et Nous petite troupe.

A la fin nous faisons Amitié.

Gueurre lorrean, Ta aan errian, Biroch ain bateo Zamoa.

Ecin gueyago

Tiberlecua Goeldico zabal, Uchin tamaio Grandoja.

(Illisible.)

Andi arrichac Guesto sindoas Betigo naiaz Nardoa.

Dans notre terre Et dans chaque pays (Il y a] une manière de lier Les fardeaux.

Davantage (était) impossible.

La ville du Tibre (Est) sise au loin :

Uchin

(Est) grand.

Des grands chênes La force s'use Au grimper perpétuel Du pic.

Ce poëme a été publié, pour la preoiiëre fois, en 1817, par le baron Guillaume de Humboldt, dans le supplément au Mithridates d'Adelung et Valer (1 ). Ce n'est que la reproduction d'un manuscrit de Juan Ibanez de Ibarguen, savant espagnol chargé, dit-on, d'explorer, en 1 590, les archives de Simancas

(4) Willelm von Humboldt, Berichtigungm und Zusatze zum ersten AbschrUtte des zweiten Bandes des Mithridates Uber die CarUabrische oder BaskischeSprache, p. 94 et s. Berlin, 4817.

cl de là Biscaye. Ce manuscrit d'Ibanez n'aurait été lui-même qu'une copie d'un parchemin fort ancien. Tel est du moins l'avis de Huroboldt, et après lui celui de Fauriel (1). Le prétendu parchemin n'a été vu par aucun paléographe, mais il est parlé du manuscrit de 1 590, dans VHistoire générale de la Biscaye d'Ituriza, publiée en 1785, et dans une lettre de Don Juan Antonio de MogueU adressée à Don José de Vargas Ponce, el insérée dans le Mémorial historico espahol de 1802 (2). Par l'honorabilité de son caractère, comme par l'évidence des faits, le baron G. de Humboldt est au-dessus de tout soupçon. Les idées du savant prussien sur le Chant des Cantabres se trouvent

(4)Faubiel, Hist. de la Gaule méridiùnale, t. II, p. 524. (2) Renseignements empruntés au livre de M. Francisque-l^Iichel : Le Pays Basque y p. 234 . — Dani ma Dissertation sur les chants hénfiques des BasqueSy p. 20, j'ai écrit : a L'existence du manuscrit de 4590 est un poiat hors de doute, » et j'ai renvoyé le lecteur aux publications dlturiza et de Mo guel. M. Gaston Paris {Revue critique, 4 866, p. 220) aurait souhaité plus de détails sur cette copie : • Où se trouvait-elle et depuis combien de t«mps? Où est-elle maintenant? M. Bladé ne le dit pas, et nous aurions voulu le savoir. Nous avons quelque peine à croire que ce document soit du xvi« siècle ; nous y reconnaîtrions plus volontiers la main d'un amateur du xvni® siècle. B Je serais au moins aussi désireux que M. G. Paris d'obtenir sur la copie attribuée à Ibanez les renseignements qu'il demande, et j'ai fait à cet égard des démarches demeurées sans résultat. Quand j'ai imprimé que o l'existence du manuscrit de 4690 est un point hors de doute» j'ai suivi la foi d'Ituriza et de Moguel, et j'ai voulu mettre surabondamment en lumière la bonne foi de Humboldt. Quant à l'époque de la rédaction de ce document, je conviens qu'à ne s'en tenir qu'à la traduction française et au ton général du poème, on pourrait penser, sans témérité^ comme M. G. Paris. Mais la langue de l'original est antérieure à cette époque, et rapportable à la fin du xyi» ou au commencement du xvu« siècle, époques pour lesquelles il existe d'assez nombreux termes de comparaison. — Un peu pins bas, H. G. Paris me reproche, à bon droit, de n'être pas assez explicite snr les « archaïsmes » que je signalais dans le Chant des Cantabres. Ces . « archaïsmes », que j'ai eu le tort de croire volontaires, sont tout simplement des formes de langage vieillies, dont il est impossible de pousser l'étude plus haut que la fin du xvi* siècle. Voilà ce qui résulte aujourd'hui pour moi de l'examen approfondi du Chant des Cantabres ; et ma confession pénitente prouvera, une fois de plus, qu'il ne faut rien exagérer, pas même la défiance envers les pièces apocryphes.

très exactement reproduites dans le passage ci-après, qoe j emprunte à V Histoire de la Gaule méridionale de Fauriel, comme je lui ai déjà pris la version française du poème basque ci-dessus.

i( Cette version, dit-il, est aussi littérale, que possible, et a été entreprise à l'aide de celle que M. de Humboldt a faite sur les lieux, aidé lui-même des érudits du pays (1).

» Auguste ayant fait la guerre aux Cantabres, et les ayant vaincus, ceux-ci, sous le commandeinent d'Uchin, leur chef, se retirèrent sur une haute montagne, où les Romains les bloquèrent, dans Tcspoir de les contraindre en leur coupant les vivres. Cette espèce de blocus dura plusieurs années, et se termina par une paix glorieuse pour les Cantabres.

)) D'après les traditions du pays, le général cantabre, Uchin, serait allé, après la paix, s'établir en Italie, où il aurait fondé la ville d'Urbino. Ces traditions ne méritent certainement aucune foi ; mais il est pourtant singulier, comme l'observe M. de Humboldt, que le nom A'Urbino (Urbinum) soit un mot basque qui signifie (m7{e), entre deux eaux, et qu'il y ait en Biscaïe une ville d'Urbina. Après le départ d'Uchin, les Cantabres se donnèrent un autre chef nommé Lecobidi. Tels sont, vrais ou faux, les événements auxquels le chant qui précède fait très vaguement et très obscurément allusion.

» Le premier couplet n'appartient pas au sujet ; il se rap-

(0 « W. de Humboldt (Prûfang) a donné ce chant celtibérien (sic) dont .nous rétablissons le sens. » — Ainsi s'exprime, avec sa circonspection et sa modestie habituelles. M. Mabt-Lâfon, dans le tome I de son Histoire du Midi, p. 64, où il donne, à sa façon, une version française du Chant des Cantabres. M. Mary-Lafon a reçu, je n'en doute pas> mission et grâce spéciale pour corriger le baron de Humboldt et les érudits basques qui Font aidé ; mais il aurait dû mettre le lecteur à même de juger de la valeur de ses corrections, en donnant le texte en regard. Pourquoi donc ce critique, si .justement convaincu de sa supériorité, a-t-il négligé de traduire les couplets 4, 12, U, 44, et de mentionner que le quinzième était illisible dans le manuscrit ?

porle à une vieille histoire basque, d'une élrange ressemblance avec celle du meurtre d'Agammennon. 11 y eut, selon cette tradition, enBiscaïe, un chef très-brave et fort aimé, nommé Leio. Ce chef ayant été obligé de sortir pour faire une expédition de guerre en pays étranger, un certain Zara en profila pour séduire sa femme Tola. Lelo, son expédition terminée, étant revenu chez lui, les deux amants se concertèrent pour le tuer, ot le tuèrent. Le crime fut découvert et fit du bruit. Il fut décidé dans l'assemblée du peuple que les deux coupables seraient bannis du pays. Quant à Lelo, il fut décidé que, pour lionorer sa mémoire et perpétuer les regrets de sa mort, tous les chants nationaux commenceraient par un couplet de lamentation sur lui. Si singulière que puisse paraître cette histoii-e, il y a un proverbe basque qui s'y rapporte et semble on attester, sinon la vérité, du moins la popularité. Betioo Leloa ! c'est Yéternel Lelo! ou éternel romme Lelo! dit-on de toute chose trop répétée. M. de Humboldt cite, en outre> le refrain d'une vieille chanson en l'honneur de Lelo.

» Encore quelques mots sur la découverte et l'âge de ce fragment. Il fut trouvé, vers 1590, par J. Ibanezde Ibarguen, savant biscaïen, chargé de visiter les archives du pays. Il était écrit sur une feuille de vieux parchemin, tout rongé des vers, et consistait en un grand nombre de couplets, dont Ibanez ne copia que seize, ou plutôt quatorze. Cette copie, comme perdue au milieu de papiers du même genre, était restée inédile jusqu'en 1817, où M. Guillaume de Humboldt la publia dans son supplément à l'article de la langue basque dans \eM%thridate$ d'Adelung.

» Les érudits basques n'hésitent pas à regarder le iragment comme aussi ancien que le fait auquel il se rapporte. — En indiquer précisément l'époque, c'est chose impossible { mais on peut, à l'aide d'un rapprochement facile, s'assurer que, sans être antique, il est du moins fort ancien.

» Il existe un autre fragment basque dans le dialecte du Guipuzcoa qui, avant la publication de celui-ci, passait pour le plus ancien qu'il y eût dans la langue basque; c'est le premier couplet d'un chant historique composé, en 1322, sur une victoire remportée, cette même année, sur les Navarrais par les Guipuzcoans ; ainsi donc, le fragment dont s'agit a plus de six cents ans d'ancienneté. Toutefois, la diction ne présente ni difficulté ni obscurité, et la langue n'en difTère point sensiblement delà langue actuelle.

)) Si maintenant on rapproche le chant cantabre du chant guipuzcoan, le premier a Tair d'appartenir à un autre idiome, tant il abonde en archaïsmes, en mots perdus et inconnus dont il faut deviner le sens. Si l'on veut évaluer par approximation le temps indispensable pour amener une différence aussi marquée entre les deux fragments, on peut dire, avec assurance, que ce n'est pas trop de cinq ou six cents, et peutêtre prouverait-on que ce n'est pas assez (1). »

Il est impossible, je le répète, de mieux reproduire que Fauriel le système de traduction et les idées de Humboldt au sujet du Chant des Caniabres. Deux historiens littéraires de la France, J.-J. Ampère et M. Demogeot, ont accepté l'aulhenticité de ce chant, et leur exemple a entraîné beaucoup d'autres écrivains.

Chant d'Altabiscar. Ce chant a été publié pour la première fois, par M. Garay de Monglave, dans le Journal de rinstitut hiatorique de 1835, t. i, p. 176. J'adopte pour le texte une autre orthographe que celle de l'éditeur, mais je copie fidèlement sa version française dans la note ci-dessous (2).

(I) Faubiel, Hist. de la Gaule méridionale, t. Il, 3^ appendice.

[%) «Un cri s'est élevé — du milieu des montagnes desEscualdunacs; — et i'Etcbeco-jauna {maître de la maison)^ debout devant sa porte, — a ouvert Toreilie, et il a dit : « Qui va là? que me veut-on?» -*>Bt le cbian qui

Oyhu bat aditua izan da

Escualdunen inendien artetic ,

Eta etcheco jaunac, bere athearen ainticinean chutic^

Ideki ta beharriac, eta erran du : « Nor da hor? Cer nabi dautet? v

Eta chacorra, bere nausiaren oinetan lo zaguena,

Alcbatu da, eta karassiz Altabiscarren ingurruac bethe ditu.

dormait aux pieds de son maître — s'est levé, et il a rempli les environs d'Altabiscar de ses aboiements.

» Au col dlbaneta, un bruit retentit ; — il approche en frôlant à droite et à gauche les rochers ; — c'est le murmure d'une armée qui vient. — Les nôtres y ont répondu du sommet des montagnes ; ~ ils ont soufflé dans leurs cornes de bœuf, — et l'Etcheco-jauna (maître de maison) aiguise ses flèches.

» Ils viennent ! ils viennent I Quelle haie de lances ! — Gomme les bannières versicolorées flottent au milieu I — Quels éclairs jaillissent dés armes ! — Combien sont-ils? Enfant, compte-les bien I — Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, — treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt.

9 Vingt et des milliers d'autres encore. — On perdrait son temps à les compter. — Unissons nos bras nerveux, déracinons les rochers, — lançonsles du haut des nontagnes — jusque sur leurs tètes. — Écrasons-les ! tuons-les !

B Et qu'avaient-ils à faire dans nos montagnes, ces hommes du Nord ? — Pourquoi sont-ils venus troubler notre paix? — Quand Dieu fit ces montagnes, c'est pour que les hommes ne les franchissent pas. — Mais les rochers en roulant tombent ; ils écrasent les troupes ; — le sang ruisselle, les chairs palpitent. — Oh 1 combien d'os broyés ! quelle mer de sang I

» Fuyez I fuyez I ceux à qui il reste de la force et un cheval. — Fuis, roi Carloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge* — Ton neveu, ton plus brave, ton chéri, Roland, est étendu mort là-bas. — Son courage ne lui a servi à rien. — Et maintenant, Escualdunacs, laissons les rochers; — descendons vite en lançant nos flèches à ceux qui fuient.

» Us fuient I ils fuient I Où donc est la haie de lances ? — Où sont ces bannières versicolorées flottant au milieu ? — Les éclairs ne jaillissent plus de leurs armes souillées de sang. —Combien sopt-ils? Enfant, compte-les bien. — Vingt, dix-neuf, dix-huit, dix-sept, seize, quinze, quatorze, treize, — douze, onze, dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un.

» Un! il n'y en a plus même un. — C'est fini. Etcheco-jauna, vous pouvez rentrer avec votre chien, — embrasser votre femme et vos enfants, — nettoyer vos flèches, les serrer avec votre corne de bœuf, et ensuite vous coucher et dormir dessus — La nuit, les aigles viendront manger ces chairs écrasées, — et tous ces os blanchiront dans 1 éternité. »

Ibaâetaren lepoan harabotz bat aghertcen da, Urbilteen da» arrokac esker eta escun joten dituelaric; Hori da orruntic heldu den armadabaten burnuna. Mendien capetaric guriec erepuesta eman diote; Bere tuten seinuia adiarazi dute, Eta etcheco jaunac bere dardac zorrozten tu.

Heldu dira ! heldu dira I cer lantzasco sasia I Noia cer nahi colorezco banderac heien erdian agherlcen diren ! Cer simitzac atheratcen diren hein armetaric !

Bat, biga, hirur, laur, bortz, sei, zazpi, zortzi, bederatzi, hamar, hameca,

[hamabi].

Hamahirur, hamalaur, hamabortz, hamasei, bamazazpi^ hemezotzi, hemeretzi,

[hogoi].

Hogoi eta milaca oraino.

Hein condatoea demboai^n galtcea liteke.

Urbilt ditzagun gure beso zailac, errotic athera ditzagun arroca horiec^

Botha ditzagun mendiaren patarra behera

Hein buruen gaineraino ;

Leher ditzagun, herioaz jo ditzagun.

Cer nahi zuten gure mendietaric Norteco ghizon horiec?

Certaco jin dira gure bakearen nahastera?

Jaungo coac mendiac in dituenean nahi izan du bec ghizonec ez pasatcea,

Bainan arrokac biribilcolica erotzcen dira, tropac lehertcen diluzte,

Odola churrutan badoa, haraghi puscac dardaran daude.

Oh 1 oembat hezurr carrascatuac ! cer odolezco itsatsoa.

Escapa ! escapa ! indar eta zaldi dituzuenac,

Escapa hadi, Carlomano erreghe, hire luma beitzekin eta hire capa gonarek;in;

Hire iloba maitea, Errolan zangarra, hantchet hila dago ;

Bere zangarrartassua berretaco ez du izan.

Eta orai, Escualdenac, utz ditzagun arroca horiec ;

Jautz ghiten file igor ditzagun gure dardac escapatcen diren contra.

Badoadi ! badoadil non da bada lantzesco sasi hura?

Non dira heien erdian agherri ciren cer nahi colorezco bandera bec? i

Ez da gehiago simitzaric atheratcen heien arma odolez bethetaric |

Hogoi, bcmcrelzi, hemezortzi, hamazazpi, hamasei, hamabortz, hamalaur,

[hamahirurj. {

Hamabi, hameca, hamar, bederatzi, zoUsk, zazpi, m^horlL, laur, hiror,

[bigat, bat].

Bat! ez da bihiric aghertcen gehiaho.

Akhabo da. Etcheco jauna, joaiten ahaizira zure chacurrarekin, Zure ematzearen eta zure haurren besarkatcera,

Zure darden garbitcera eta alchatcera zure tutekin, eta ghero heien gainean

[etzatera eta lo itéra].

Gabaz, arranoac joanen dira haaghi pusca lehertu borien jatera, Eta hezurr horiec oro cburituco dira eternitatean.

M. de Monglave (1) a cru devoir enrichir sa publication d'une notice où il explique sa découverte, tout en cherchant à déterminer les caractères particuliers de la poésie nationale des Euskariens. (( J'ai vu autrefois, dit-il, une copie du chant d*Altabiscar, chez M. Garât, ancien ministre, ancien sénateur et membre de l'Institut. 11 la tenait du fameux La Tour d'Au-

(4) Le lecteur jugera, par la notice suivante empruntée au Dictionnaire des Contemporains, de Yafereâu, de l'autorité historique et philologique de l'éditeur du Chant d'Altabiscar :

« Monglave (François-Eugène Garay dit de), littérateur français, né à Bayonne, le 6 mars 4796, se rendit au Brésil après les événements de 4844, prit du service dans l'armée de Don Pedro, et passa en 4 849 en Porlugal. où il se mêla au mouvement constitutionnel. Rentré en France, il se jeta dans la petite presse, fonda, en 4 823, Le Diable boiteux, journal qu'il fit revivre en 4 83îet en 4 857, et fit, par ses articles et ses livres, une guerre continuelle à la Restauration. Il expia plus d'une fois son opposition par la prison et de fortes amendes, et fut obligé de se cacher sous divers pseudonymes.

» Outre ses brochures et ses traductions du portugais, nous citerons de lui les romans : Mon Parrain iVtcofcw(4 823) ; les Parchemins et la Livrée (4826), avec M. Marie Aycard; Octavie ou la maîtresse dun Prince [\%lh) ; le Bourreau (4830) ; les biographies ou plutôt les fiamphlets des Dames de la Cour, des Pairs de France, des Quarante (4 826), et quelques travaux historiques, tels que le Siège de Cadix en 4840 (4 823, in-8o); Résumé de Vhistoire du Mexique (4 825); Conspirations des Jésuites en France (4 825, in-80], etc. En 4 835, il fonda l'Institut historique, société dont la création fut autorisée l'année suivante, et en fut élu, le secrétaire perpétuel. Depuis 4830, il a principalement écrit des brochures administratives et des notices. »

vergne, le premier grenadier de France, lequel, pendant les guerres de la république, se délassait de ses fatigues en travaillant à un glossaire en quarante-cinq langues. I.a Tour d'Auvergne avait été chargé de traiter de la capitulation de Saint-Sébastien, le 5 août 1794, et c'était au prieur d'un des couvents de cette ville qu'il était redevable de ce précieux document, écrit en deux colonnes, sur parchemin, et dont les caractères peuvent remonter à la fin du douzième ou au commencement du treizième siècle, date évidemment postérieure de beaucoup à ce chant populaire (I). » — « Les Escualdunais ont peu écrit ; ils ne se nourrissent (sic) que de traditions verbales. Parmi les poésies qui se sont ainsi conservées de génération en génération, on cite un poëme assez étendu sur la religion des Cantabres, des chants guerriers et allégoriques, et quelques chansonnettes supérieures peut-être en naïveté à celles de Métastase, et des romances populaires qui datent, d'après AI. de Humboldt, de l'invasion des Romains, et qui ne sont pas inférieures aux plus beaux chants des Grecs modernes. Viendra peut-être un Macpherson qui les recueillera (2). »

Le Chant d'AHabiscar, a été reproduit par M. Francisque- Michel, à la suite de sa Chanson de Roland, et il a été cité depuis par plusieurs écrivains, entre autres, par Wilhelm Grimm (3), qui soupçonna seulement une strophe d'être interpolée.

(i) Journal de l'Institut historique, t. I, p. 4 76.

(2) Id. Ibid. — Personne n'ignore aujourd'hui, sauf M. Garay de Monglave, que les poésies attribuées à Ossian sont l'œuvre d'un mystificateur habile et lettré, qui opérait sur des traditions populaires. Cette supercherie a été démasquée dans cent publications, dont une des plus remarquables est assurément celle de lord Neaves, publiée, en 1856, dans deux journaux d'Edimbourg : The Courant, n^iuH juillet, et The Scotsman, n® du ^6 du même mois.

(:i) Ruolandes liet, p. XCIII.

Chant d'Annibal. Il a été, pour la première fois, question de celte pièce dans TiineJ, journal de Bayonne, numéro du S janvier 1845. L'auteur de rarticleest Augustin Chaho, sur lequel le lecteur sait assez à quoi s'en tenir. A propos du couplet que je reproduis ci-dessous (I), malgré son orthographe défectueuse, Chaho forge un conte à dormir debout, sur l'expédition des Gantabres en Italie, à la suite d'Annibal. Néanmoins on voit assez qu'il ne s'agit encore que d'une fiction à laquelle Tauteur a voulu donner les couleurs de la vérité, en supposant l'existence d'un chant basque sur les conquêtes du général carthaginois. Hais patience, et sans sortir de cette même année 1845, nous allons voir comment ce conte va recevoir de M. Mary-Lafon un brevet d'authenticité.

c( Voici maintenant, dit-il (2), un chant ibérien, qui, tout en fournissant un sujet de comparaison entre la littérature des deux races (gauloise et ibérienne), nous reporte à l'un des événements les plus profondément gravés dans la mémoire des peuples.

» I. Oiseau, chantre délicieux du pays, où fais-tu entendre à présent ton ramage? Depuis longtemps, je prête en vain roreille à ta voix mélodieuse; il n*est point d'heure dans ma vie où tu ne sois présent à ma pensée.

9 II. Un soir, il passa au pied de nos montagnes, l'étranger africain, avec une foule de soldats étrangers, et il dit à nos vieillards; « que nous, leurs enfants, nous étions braves (comme cela est vrai),

( 4 ) Tchori khantazale eïgerra,

Noun othe his khantatzen ?

Hirebotzic aspaldian

Nie eztiat entzuten^

Ez orenic^ ez mementic

Nie eztiat igaraïten

Noun ehitzaitan orhitzen.

{%) Mart-Lâfon, Hist, du Midi de la France^ 1. 1, p. 85-86.

et qu'il oq venait pas contre nous, mais contre les Romains, nos ennemis. •

» m. Et alors, les jeunes lui répondirent : « Annibal, si tu dis vrai, nous marcherons devant toi, et nous nous mêlerons à tes soldats étrangers. Les Romains ont voulu soulever les Gaules contre nous, e^ ils n'ont pas réussi : nous te suivrons au bout du monde. >

> IV. Et nous sommes partis pendant que les femmes dormaient tranquillement, sans réveiller les petits enfants qui dormaient sur leur sein \ et les chiens qui pensaient que, suivant la coutume, nous reviendrions avant le jour, n'ont pas aboyé.

» V. Et bien des jours, bien des nuits ont passé, et nous ne sommes pas revenus. Courageux Gantabres, au jarret souple, au pied léger, nous avons suivi l'étranger africain, nous avons traversé les Gaules comme un trait, nous avons franchi le Rhône plus furieux que TAdour, les Alpes plus droites que les Pyrénées.

» VI. Et, partout vainqueurs, nous sommes descendus dans la belle Italie, où il y a des campagnes fertiles, des villes dorées et des femmes belles. Mais tout cela ne vaut pas nos montagnes, nos mères, nos sœurs et nos bien-aimées.

» VII. Ils disent que dans un mois nous serons dans la capitale des Romains, et que nous y amasserons de Tor à plein casques (4). Moi je leur réponds: « je ne veux pas; c'est assez; j'aime mieux revenir dans mes montagnes et revoir celle qui possède mon cœur. Le pays est loin d'ici et il y a longtemps. »

» VIII. Oiseau, joli chanteur, chante doucement! Je suis le plus malheureux qui soit au monde. J'ai quitté la montagne sans faire mes adieux, et je m'abreuve de mes larmes. »

(1) Les Basques ne pouvaient « amasser de l'or à pleins casques» , par la raison décisive qu'ils n en portaient pas.

Nec Cerretani, quondam Tyrinthia castra, A ut Yasco insuetus galeae, ferre arma morati. Sa. iTàLiG. Punie. y 1. II.

Gantaber, et galea; contempto tegmine Yasco. W., Itnd.y 1. X.

Le premier (1) elle dernier couplet de cette rapsodie sentimentale, renvoient à deux notes que je copie fidèlement. Par ces deux citations, M. Mary-Lafon semble vouloir se borner à traduire les couplets initial et final d'une poésie qu'il serait censé posséder intégralement, car il ajoute aussitôt :

« Le texte dont nous ne donnons que le premier et le dernier couplet, a été copié, le 7 octobre 4824, dans la bibliothèque du couvent des capucins de Fontarabie. La tradition en a conservé les principaux passages qu'on chante dans les montagnes. {Extrait dune Histoire inédite des établissements des Basques sur les deux versants des Pyrénées.) »

Dans son Histoire primitive des Euskariens- Basques , p. 17-19, Chaho donne, avec certaines différences d'orthographe et même de texte, les mêmes couplets que M. Mary-Lafon. Entre ces couplets, il intercale une prétendue traduction française que je ne crois pas devoir reproduire. Celte traduction présente, avec celle de M. Mary-Lafon, des différences notables, et Chaho ajoute dans une note : « Les critiques attribuent le Chant d'Annibal à quelque poète du xvii® siècle. A vrai dirQ, pour notre part, nous ne connaissons, en texte, de

(4) Chori, cantatzate eigena

Non othe his cantatzen ?

Âspaldian bire botzic Ni er diat ent znten.

Ez orenic ez merentic Ez diat igaraiten Non chizaitan.

Chori, cantari cigerra, Canta eçacez lite; Malerousic mundiala Ez tu sorthn ni baiçi.

Adioni erran gabe.

Phartitu niz hirriti Nigarrez arinis bethi.

cette improvisation, que deux couplets; nous avons cité le premier, voici le dernier (4). »

Le Chant dAnnibal est une mystification si grossière, que peu de gens y ont été pris ; mais je considère comme un devoir de démasquer une des nombreuses supercheries historiques de Chaho et de H. Mary-Lafon.

Le lecteur est maintenant fixé sur les textes et sur les circonstances des prétendues découvertes des chants héroïques des Basques. 11 s*agit maintenant d'apprécier Tauthenticité de ces pièces.

Les raisons qui militent contre l'authenticité des prétendus chants héroïques des Basques sont générales ou spéciales. Commençons par l'examen des raisons générales.

Et d'abord, les manuscrits originaux manquent pour chacune des trois pièces. Voilà déjà une très-forte cause de méfiance, que la langue des documents suffit à convertir en une complète incrédulité. Le Chant des Cantabres est à peu près inteU • ligible à un Basque moderne ; le Chant d'Altabiscar est en dialecte du Labourd, et celui d^Annibalen dialecte de la Soulc, tels qu'on les parle actuellement dans ces deux pays. Le basque a subi , depuis le xv' et le commencement du xvi® siècles, de telles altérations que les documents de cette époque sont rarement intelligibles, car il n'y a pas lieu de s'arrêter à l'exception purement apparente qui semble résulter du frag-

(4) Tchori khantazale eïgerra,

Khanta ezac eztiki ; Mundu hountan maleroosic Eztuc sorthu ni baïzi.

Maitenobat ukhen eta Phartitu nintçan herriti, Nigarrez ari niz bethi.

ment relatif à la bataille de Beotibar (v. p. 260, note 1). Comment admettre, dès lors, que parmi les trois textes examinés, dont deux auraient deux mille ans environ et le troisième mille, le Chant des Cantabres soit à peu près intelligible h un Euskarien actuel, et que le Chant d'Altabiscarei le Chant d'Annibal soient conçus, l'un dans le labourdin, et Tautre dans le soulelin le plus moderne.

En voilà assez sur les raisons généralp^s. Passons à l'examen de détail.

Chant des Cantabres. — Écartons d'abord les contes bleus de Leio, de Tota et de Zara, dont on voudrait faire le pendant de la légende d'Agamemnon , d'Égisthe et de Clytemnestre. M. Francisque-Michel a parfaitement raison de ne voir dans ce Lelo il Lelo qu'un refrain analogue à notre La faridondaine et à nos Tra h la (1), et le fragment du Romancero Castellano qu'il cite à ce sujet (2) se trouve corroboré par le texte ci -dessous (3), dont je dois l'indication à M. Gaston Paris. Que l'on dise d'ailleurs de ce refrain étemel comme Lelo ! cela ne m'étonne pas, et se pratique tous les jours pour les répétitions banales et fastidieuses.

(1) Francisque-Michel, Le Pays Basque, p. 230.

(2) I Helo» helo, pordo viene El Infante vengador Caballero a la gineta,

En un caballo corredor !

Romancero Castellano, Romance del Infante Vengador.

(3) On trouve dans V Aperçu de l'histoire des langues néo4atines en Espagne de MM. Ad. Hblfaigh et G. de Clebmont (Madrid, 4 857), p. te, la mention d'un manuscrit du xvi« siècle, intitulé Planeta, et conservé à Tolède. L'auteur célèbre les vertus de l'archevêque Rodrigue, et affirme qu'il surpasse : « Gallsecos in loquela, Legionenses in eloquentia. Campesinos in mensa , Castellanos in pugna, Sarranos in duritia^ Arragonenses in constantia, Cathalanos in laetitia, Navarros in leloa, Narbonenses in invitatura (l. sans doute invitiatura), etc. » Le prologue d'où ces mots sont extraits se termine ainsi : « Auctor vivehal an no 424 8. » Leloa est bien le même que lelo, et répond h peu près à ballade ou chanson populaire.

Quant au voyage en Italie d^Uchin, fondateur d'Urbino, et à Tanalogie de ce nom avec VUrbina d'Espagne, la chose nest attestée par aucun historien de l'antiquité; et c'est là une (le ces rêveries extravagantes, comme on en trouve beaucoup dans les écrivains du xvi^ siècle, et même des temps postérieurs. Sans doute, Urbinaei Urbinum sont deux noms de villes, et Humholdt a signalé de nouveau cette analogie dans son livre sur les Basques ; mais nous savons à quoi nous en tenir sur la valeur de ces rapprochements toponymiques.

Si le Chant des Cantabres remontait à Tépoque d'Auguste, c'est-à-dire au moment même de la conquête, alors que la Cantabrie n'était pas encore romanisée, il ne devrait pas contenir de mots latins tels que arma (7® couplet), grandoja (1 4« couplet), munduco (2® couplet), etc. L'idée complexe de monde, munduco, n'aurait pu d'ailleurs entrer, dans la tête des Euskariens de l'époque d'Auguste; et dans tous les cas, comme le remarque judicieusement M. Gaston Paris, ils auraient dû prendre aux Romains le mot orbis et non celui de mundus^ qui ne se trouve pas dans ce sens à la bonne époque. Pour le même motif, le Chant des Cantabres devrait être exempt de ternies romans tels que cansoa, chant, chanson, {2* couplet), et zamoa{i2^ couplet), qui signifie bête de somme et non fardeau, comme l'ont prétendu Humboldt et Fauriel.

Ces deux auteurs paraissent avoir mal transcrit ce poème au point de vue de la versification, qui parait assez curieuse à M. Cf. Paris. « La rime, dit-il, porte, non sur le vers deux et quatre de chaque quatrain , mais sur le quatrième vers de tous les quatrains, et ce n'est pas une assonnance, mais bien une rime très-exacte qui rejoint ainsi les strophes en un seul tout. » Cela me rappelle ces chansons que j'ai souvent entendu chanter, et même improviser, en basque et en espagnol. Chaque couplet se compose d'un nombre variable de syllabes avec un temps d'arrêt vers le

milieu. Les vers riment parfois exactement, plus souvent par assonnance (1), et Tair est à peu près celui des vêpres espagnoles. Hais alors l'histoire de Lecobidi est moderne, et il est difficile d'admettre que ses exploits aient été chaulés, sur Tair des vêpres, avant la naissance de Jésus-Christ.

L'histoire positive prouve aussi, comme la philologie et la rythmique, la fausseté du Chant des Cantabres. Le lecteur se souvient, en effet, que Tévénement célébré dans ce poôme apocryphe a eu lieu, non pas chez les Vascons, mais chez les Cantabres (I part., ch. I, § 2, p. 19, 20, 21), dont j'ai démontré l'origine celtique (I part., ch. 1, § 1, p. 6).

Je lis dans le second couplet :

Romaco aronac Les étrangers de Rome

Aleguin eta Veulent forcer la Biscaîe, et

Yizcaiac daroa La Biscaïe élève

Cansoa Le chant de guerre.

Mais nous savons qu'à l'époque d'Auguste, les Romains étaient déjà maîtres de la Cantabrie comme du pays des Vascons : ils ne faisaient que ramener les rebelles à l'obéissance. La Biscaye n'a pu élever le chant de guerre pour deux motifs : le premier, c'est que le territoire devenu plus tard la Biscaye des Euskariens, appartenait encore aux Cantabres; et que les Vascons, ancêtres des Basques, et demeurés constamment soumis, sauf la révolte partielle de Calagorris, ne s'en sont emparés et n'y ont propagé leur langue qu après la chute de la domination romaine en Espagne (v. p. 20-21).

Seconde raison bien supérieure à la première : la Biscaye est un nom quf appartient exclusivement à la géographie féodale

(4) M. Gaston Paris demande des exemples de ce genre de versification. Je n'en ai malheureusement noté ni en basque ni en espagnol ; mais je fais appel aux souvenirs de ceux qui ont quelque connaissance des provinces vascongades, et je suis certain de n'être pas démenti.

(le TEspagnc (v. p. 34). Elle ne pouvait donc rien cnlonner du tout sous Auguste.

Troisième couplet.

Octabiano Octavien est

Munduco jauna. Le seigneur du monde,

Lecobidi Lecobidi

Yizcaicoa Des Biscaïens.

Auguste était, en eflet, le seigneur du monde ancien, y compris les Vascons et les Canlabres, et la preuve c'est que ceux-ci voulurent reconquérir leur indépendance. Mais il est fâcheux que Dion Cassius, Suétone, Strabon, Florus, etc., n'aient pas soufflé mot de Lecobidi, seigneur des Biscayens, à peu près un millier d'années avant qu'il y eût une Biscaye.

Quatrième couplet.

Ichasotatic Du côté de la mer,

Eta leorrez Du côté de la teire

Imini deuscu (Octavien) nous met

Molsoa. Le siège (à Ventour).

Auguste n'a mis le siège, ni du côté de la mer, ni du côté de la terre. Il se retira malade, et ses lieutenants firent tout pour lui (v. p. 49-2). Voilà probablement pourquoi il refusa le triomphe à son retour à Rome. A partir de ce couplet, jusqu'au dixième exclusivement, nous voyons en outre que l'auteur du poëme apocryphe s'est inspiré du récit d'Orose sur le siège du mont Médulius, et qu'il a fait arriver, non pas chez les Vascons, mais chez les Cantabres, un siège qui a eu lieu en Galice (v. p. 19-20).

Onzième couplet.

Aec anis ta (Mais) eux (sont) nombreux et

Gu guitchitaia Nous petite troupe.

Azquen indugu A la fin nous faisons

LalboH. Amitié.

Nous savons que les vaincus s'élaienl empoisonnés, entreégorgés, brûlés, qu'Agrippa avait fait nnelire à mort tous les homnnes en étal de porter les armes et déporté le reste dans la plaine (p. 20). Comment auraient-ils pu faire amitié?

Le Chant des Cantabres est donc une pièce fausse. Sa date peut être approximativement déterminée. Et d'abord, Tusage répété du mot Biscaye ( Vizcaiac, Viscaicoa), ne permet pas de la reporter plus haut que le commencement de Vépoque féodale. Mais si Ton songe que c'est surtout à partir du xv<^ siècle que les historiens du nord de l'Espagne donnent volontiers le nom de Biscaye, tantôt à la Biscaye proprement dite et à l'Alava, tantôt à tout le Pays basque transpyrénéen; si Ton songe que, pour ces auteurs, le nom de Cantabrie est synonyme (le Biscaye, et que cette dénomination s'est maintenue jus- (]u'aux xvii^ et xvm^ siècles, nous pouvons légitimement descendre jusqu'à cette époque. Il ne serait donc pas impossible que cette pièce remontât à l'époque d'Ibanez de ibarguen. En activant ses recherches, ce savant aurait peut-être pu découvrir, aussi, en Biscaye, un document beaucoup plus curieux, une histoire de la conquête de la Cantabrie, rédigée, disait- on, par Auguste lui-même, et que Von prétendait encore exister an xvu** siècle. Oïhénart traite avec raison cette histoire de rêve de gens éveillés (mera vigilantium somnia% et il faut en faire autant du Chant des CantabreSj dont la philologie, la rhythmique et l'histoire, s'accordent à démontrer la fausseté et la fabrication récente.

Chant d'Altabiscar. Le lecteur sait que dans l'argument dont il a enrichi le poëme, M. de Monglave parle d'une copie qu'il aurait vue chez Garât, et que celui-ci aurait reçue de La Tour d'Auvergne. Il aurait été naturel d'opérer sur cette copie, dont Garât n'a pourtant soufflé mot, ni dans ses ouvrages imprimés, ni dans son histoire nianuscriio des Basquos. M. de Monglave ne fait cependant usage que d'un texte censé formé «i des

meilleures variantes » par un cerlain M. Duhalde, d'après plusieurs versions qui seraient traditionnellement conservées a sur la montagne (4). »

M. Duhaldc n'a pu recueillir « sur la montagne » ni thème ni variantes du poème en question, parce qu'il n'en existe pas. J'ai parcouru plus d'une fois la Soûle, la Basse-Navarre et le Libourd, interrogeant les lettrés et les illettrés, curés, instituteurs, aubergistes et paysans. Sauf le dénombrement ascendant et descendant sur lequel je m'expliquerai tout-à-l'heure, pas le moindre vestige du Chant d'Altabiscar ni d'aucun autre poème historique. J'ai vainement essayé de recueillir aussi quelques bribes du « poème assez étendu sur la religion des Cantabres », dont parle M. de Monglave, qui confond à tort, comme beaucoup d'autres, les Cantabres et les Vascons. Si ce littérateur ne prend la peine de publier ce précieux document, nous serons donc forcés de nous contenter, comme par le passé, des renseignements trop sommaires donnés par Strabon sur les croyances religieuses des anciens peuples du nord de l'Espagne (2).

De cette enquête infructueuse, je crois pouvoir déjà conclure que H. de Monglave est dans le vrai plus encore qu'il ne le pense, quand il prophétise l'avènement d'un Macpberson

(4 ) Dans le tome I de son Histoire du Midi de la France, p. 398, note 4 , M. MiaT-LiFON nous apprend qae le Chant d'Altabiscar a a été traduit, en 1834, par M. G. de M. v Pourquoi cetledate de 4 834, puisque la pièce n'a para qu'en 4 835? Pourquoi M. Garay de Monglave n'est-il désigné que par ses initiales ?

{%) 'Evtoi de Touc KaXXaVxou^ aOioiK 90^^ Touc Ôà KsXx{6y]pa( xa\ xohç ;cpooô6pou( T&v 6p.6p(j>v xivt 6so) (6'jeiv) latc TcavosXijvoiç vtSxtfup np6 Ttuv 7n)Xfov, îîovotxfouç Ts x.opewsiv xat «owii^î^eiv. Strab. Geog.^ 1, IV. •— Ghaho n'a pas manqué de s'étayer des paroles de M. de Monglave, sur le prétendu poème relata à la religion des Cantabres, pour donner, une fois de plus, ample carrière à son penchant inné pour le faux. Y. notamment, dans VHist. primit, des Euskariens- Basques, les chapitres intitulés : Les Pyrénées occidentales et Aïtor, légende cantabre.

cuskaricn, qui pourrait seul, en cii'et, révéler aux candides lecleurs du Journal de rinslitut historiqucj les richesses historiques et littéraires dont il est question dans l'argument du Chant (TAliabiscar, Je ne crois pas, néanmoins, que lU. de Monglave soit à la hauteur de ce rôle, car plusieurs Bayonnais, ses compatriotes, m'ont dit el écrit que, malgré son nom et son origine Basques, cet écrivain est étranger à la langue du pays(l). Cela étant, il n'aurait pu traduire le poème sur la déroute de l'armée de Charlemagne qu'avec le secours d'autrui. Mais la notice citée plus haut est bien l'œuvre de M. de Monglave, et il y est parlé des chants des Grecs modernes, en même temps que des poésies d'Ossian. En 4835, les chants Grecs étaient, en effet, connus depuis longtemps du public français, grâce à la publication de Fauriel (i). Eh bien, j'en fais juge quiconque compare, sans prévention, les poèmes ossianiques et palikares avec le Chant (TAliabiscar^ ce dernier ne parait-il pas inspiré des livres indiqués par M. de Monglave lui-même? N'est-ce pas le même bruit nocturne d'armées, lo:; mêmes chiens vigilants, les mêmes aigles anthropophages, les

{\) Voilà le sentiment des gens bien informés, et pourtant De MiCK, dont les faux historiques sont innombrables, a écrit dans ses Additiotm et Notes annexées à la réimpression de VHist. du LangtiedoCj \\l\^ livraison^ p. 34 : a M. de Monglave, qui connaît mieux peut-être que tout autre homme de lettres de notre époque la langue des Escualdunacs, ses compatriotes. »

(2)Fauribl, Chants populaires de la Grèce moderne^ 1824. M. de Monglave a bien pu être informé, par le Bulletin des sciences historiques de Férussac, t. XIII, p. 301-303, de l'existence d'un chant bohémien du xv« siècle, intitulé : Défaite des Saœons^ dont le texte original avait été publié à Prague , en 1 829 : Die KQningin Handschrift...^ p. 72. Je copie dans le Pays basque de M. Fb. Michel, p. S35, la traduction du dernier couplet du chant bohémien ; a Wenesh escalada la montagne, — il leva son épée vers la droite. — C'est là que se lance l'armée, — et de là sur le rocher; — et du haut de ce rocher on jetait des pierres sur les Germains. — L'armée se précipite du haut du rocher dans la plaine, — et les Germains gémissaient, — et les Germains fuyaient, — et ils succombèrent. »

mêmes osseoients blanchis, dont la génération romantique de 1835 a fait une si effrayante consommation? Et que dire de Charlemagne qui détale, avec ses plumes noires et son manteau rouge, le costume du héros de Topera de Robin des Bois? Que dire de cette maxime philosophique, placée dans la bouche des montagnards des Pyrénées du viii« siècle? n Quand Dieu fit ces montagnes, il voulut que les hommes ne les franchissent pas. »

Il me semble que toutes ces réflexions ne sont pas de nature à inspirer une très -vive confiance dans le Chant (TAUabiscar. Je ne veux pas l'examiner au point de vue linguistique, ni relever une foule de mots d'origine évidemment latine ou romane. On ne manquerait pas de m'objecter qu'il n'en est pas de cette pièce comme du Chatii des CantabreSy et qu'au vui* siècle la langue basque avait certainement emprunté beaucoup au lexique des idiomes parlés dans les régions voisines. Mais il ne m'est pas interdit de me rabattre sur le rhythme et sur l'histoire.

Sur le rhythme, je serai court. Les Basques n'ont point de prosodie spéciale (v. p. 229 et s.}, et ils ont emprunté, tant pour la poésie littéraire que pour la poésie populaire, les procédés des Espagnols, des Français et des Gascons. Je ne connais qu'une exception à cette règle, et elle m'est précisément fournie par la pièce suspecte, par le Chant dAltabiscar. Ce chant n'est pas en vers, car on ne peut raisonnablement donner ce nom à des séries de mots comprenant un nombre de syllabes aussi variable. Je vais plus loin. On peut couper la pièce comme on voudra; je défie que Ton arrive une seule fois à faire coïncider le sens avec n'importe quel mètre régulier, surtout en maintenant la division en huit strophes de six vers chacune adoptée par H. de Monglave. J'ose à peine parler de la rime. Les prétendus vers, qui riment pour la plupart par assonnance, ne forment qu'une assez faible minorité. Notez aussi que ces

assonnances ne présenlent, pour chaque strophe, aucun retour régulier et périodique, de sorte qu^il est peroiis à quiconque a tant soit peu l'habitude de la langue basque, de les attribuer au hasard plutôt qu'à l'artifice du poète. Le Chant dAUabiscar se présente donc, dans le romancero basque , comme une pièce solitaire, conçue et exécutée dans des conditions si étranges , qu'il est impossible de ne pas l'attribuer à un Taussaire, qui a sacrifié toutes les règles de la prosodie à la nécessité de traduire dans l'idiome euskarien un thème conçu dans une autre langue.

L'histoire s'accorde avec la prosodie pour démontrer la fausseté de cette pièce. En effet, si le Chant (ÏAltabiscar était une poésie héroïque composée, comme on l'assure, aussitôt après la bataille, ou même à quelques années de date, il ne devrait y être question que d'événements historiques ; et, en tous cas, le poète n'aurait pu se rencontrer, dans ses fictions, avec d'autres légendes de formation postérieure. Cela dit, étudions rapidement la déroute de Charlemagne, à son retour d'Espagne, au double point de vue de l'histoire et de l'épopée.

Les historiens de ce temps se sont montrés fort sobres de renseignements sur le fait qui nous occupe, et Éginhard est le seul qui le raconte avec quelques détails. En 778, Charlemagne avait fait uno expédition assez heureuse dans le nord de l'Espagne. « Il ramena, dit Éginhard, ses troupes saines et sauves. A son retour cependant, et au sommet même des Pyrénées, il eut à souffrir un peu de la perfidie des Basques. L'armée défilait sur une ligne étroite et longue, comme l'y obligeait la conformation du terrain resserré. Les Basques se mirent en embuscade sur la crête de la montagne qui, par rétendue et l'épaisseur des bois, favorisait leur stratagème. De là, se précipitant sur la queue des bagages et sur l'arrière^ garde destinée à proléger ce qui la précédait, ils la culbuteront au fond de la vallée, tuèrent, après un combat opiniâtre,

tous les hommes jusqu'au dernier, pillèrent les bagages, et, protégés par les ombres de la nuit qui déjà s'épaississaient, s'éparpillèrent en divers lieux avec une extrême célérité. Dans cet engagement, les Basques avaient pour eux la légèreté de leurs armes et l'avantage de la position. La pesanteur des armes et la difBculté du terrain rendaient, au contraire, les Franks inférieurs en tout à leurs ennemis. Eginbard, maître d'hôtel du roi; Anselme, comte du palais; Roland, commandant de la frontière de Bretagne, et plusieurs autres périrent en cette occasion. Le souvenir de ce cruel échec obscurcit grandement dans le cœur du roi la joie de ses exploits en Espagne (1). n

Voilà donc celte bataille, si exagérée dans les divers romans épiques du cycle karolingien, réduite, par un historien con* teonporain et bien informé, aux simples proportions d'un combat d'arrière-garde, dont l'armée de Charlemagne a peu souffert (parumper). Les Basques ont pillé les bagages, massacré les gardiens et quelques officiers de l'empereur, parmi

(4) « Garolos... salvo et inoolumi exercitu revertitar; pneter qnod ipso Pyrinei jugo Wasconiam perfidiam parumper in redeundo contigit experiri. Nani cum agmine longo, ut loci et angustiarum situs porrectus iret exercitus, Wascones, in summi montis vertice.positis insidiis (est enim locus ex opacitate sylvanim, quarum ibi est maxima copia, insidiis ponendis opportunos) extremam impedimentorum partem, et eos qui novissimi agminis incedentes , subsidio procedentes tuebantur, desuper incursantes, in subjectam vaUem dejiciunt, consertoque cum eis praelio, usque ad unum omnes interficiunt, ac direplis impedimentis, noctis beneficio, quœjam instabat protecti, summa celeritate in diversa disperguntur. Adjuvabat in hoc ÊÎcto Wascones et levitas armorum, et loci in quo res gerebatur situs ; et contra Francos et armorum gravitas et loci iniquitas per omnia Wasconibus reddidit impares. In quo preelio Eggihardus regiœ mensie pnepositus, Anselmus cornes palatii, et Hrnodlandus Britannici limitis praefectus, cmn aliis compluribus interficiuntur... » Eginh., Vita KaroU magni, ap. script, fr. Y, 93, Cf. Eginh., Annal., ibid., 203; Pobt. sax., 1. I, ibid. U3. — Je ne crois- pas devoir citer, sur le même événement, un passage de la Charte d'Alaon^ car la Êtusseté de ce document a été démontrée par M. Rabams ; Les Mérovingiens d'Aquitaine^

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lesquels Roland , qui n'est pas encore , comme dans les légendes postérieures, le neveu de Charlemagne, Tinvinciblc paladin, l'homme à la Durandal et le corniste sans pareil, mais un simple commandant de la frontière de Bretagne {Hruodlandus Britannid limitis prœfectus).

On ignore en quel lieu précis le combat a eu lieu ; mais i^i Ton considère que l'armée s'en retournait vers le Nord, et s^i l'on tient compte /de certaines expressions d'Eginhard {ipso Pirinei jugo... in summi montis vertice... in subjectam mlkm... etc.), il semble que les choses ont dû se passer sur le versant nord des Pyrénées basques. Quoi qu'il en soit, les Espagnols s'attribuèrent de bonne heure cette victoire. Ils firent de Roncevaux le théâtre de la défaite de Charlemagne, et imaginèrent toutes sortes de fables sur l'amitié de l'empereur et d'Alfonse-le^Chaste, l'opposition des barons, les exploits de Bernard de Carpio, etc., etc. (1). En France, au contraire, on mit tout sur le compte des Maures qui n'en pouvaient mais, et avec le temps apparurent, dans les récits légendaires et les romans épiques, une foule de personnages transformés ou fabuleux : l'archevêque Turpin, Roland, neveu de Charlemagne, la belle Aude, sœur d'Olivier, le traître Ganelon, c tutti quanti. Le nom de Roland, dont le corps fut enterré, disait- on, dans le castrum de Blaye, devint surtout populaire en Gascogne et dans les contrées voisines. Il existe, dans notre Sud-Ouest, une foule de traditions relative^ à ce personnage, et l'on prétend avoir son épée à Notre-Dame-de-Roc-Amadour (Lot),

(0 RoDEEic. ToLBTÂN., Réf. in Hisp. gest. Chron., 1. IV. — E lo6 rioos ornes del rey don Alfonso el Casto, quando sopieron lo porque fueron los mandaderos al emperador Carlos, pesoles mucho de coraçon : e consejaron al rey que revocas e aquello que embiara dezir al emperador, synon que )o echarien del reyno, e que ellos catarien otro seilor, etc. Las quatro partes enteras de la Cronica de Espana, cap. X. -^ V. aussi, dans les divers recueils espagnols, les romances sur la bataille de Roncevaux et sur Bernard de Carpio.

sié^e d*nn pèlerinage renommé. Dans les Pyrénées surtout, on compte je ne sais combien de Pas ou Brèches-de-Rolandj et ces dénominations rcmonlent à des époques très-diverses. Si les unes paraissent être assez anciennes , d'autres sont incontestablement très*modernes; et, depuis le commencement du siècle, elles ont été considérablement multipliées par les touristes troubadours et par les guides de la montagne, qui font le commerce des légendes au plus juste prix. J'ai eu maintes fois Toccasion de m'assurer par moi-même de ce fait, que me signalait, il y a déjà plusieurs années, A). Jules Balasque, Tautour Ae^ exceWenies Etudes historiques sur la ville de Bayonne. « A Cambo, par exemple, m'écrivait-il, tous lél^ étrangers, depuis cinquante ans, no manquent pas d'aller visiter le Pas ou Gorge -de- Roland : les indigènes pur sang ignorent ce nom de Pas-^- Roland et rappellent Utheca gaiz^ porte mauvaise, dangereuse. C'est, en effet, un étroit et dangereux défilé. i.e nom de Roland a donc été rapporté tout récemment dans notre Pays basque. »

J'en ai dit assez sur l'histoire et sur la légende, et je vais lâcher d'en tirer parti pour relever, dans le Chant d^ Altabiscar^ trois ou quatre invraisemblances capitales.

Ce chant présente, dans son ensemble, le combat comme une extermination complète des Franks par les Basques. Les Franks étaient arrivés par milliers (hogoi eta milaca oraino), et il n'en reste pas même un (bat ! ezta bihiric agertcen geheiago). Eginhard, au contraire, réduit la chose à un simple combat d'arrière- garde, meurtrier, il est vrai, mais, au demeurant, peu de chose (parumper) par rapport à toute l'armée.

Dans le poème, Charlemagne fuit avec ses plumes noires et son manteau rouge (escapa hadi^ Carlomano erreghe, hire luma beltzekin eta hire capa gorriarekin). Dans Eginhard, il n'est ijuestion ni de la fuite de l'empereur, ni de ses plumes noires, ni d(^ son manteau rouge. Charlemagne devait être naturellç-

ment à la tète de Varmée, et sa place n'était pas en sirrière, avec les soldats du train.

Toujours, d'après le poènoie, Tarmée serait passée par le col d'ibaneta, et le combat aurait eu lieu près du mont Altabiscar. Le col d'Ibaneta ou dlbayeta, est situé un peu au nord de Roncevaui, au levant du mont Altabiscar, Altobiscar^ et plus rarement Altabiscar. De ce col part une vallée qui descend vers Arneguy, Saint-Michel et Saint-Jean-Pied -de-Port. Près du col dlbaneta s'élevait une croix, dite croix de CharleSy sur Templs^cement occupé depuis par la chapelle du Sauveur (1). C'est là que, d'après plusieurs historiens du nord de l'Espagne (2) et de la Gascogne, l'arrière- garde de Charlemagne aurait été exterminée. On comprend que l'auteur du poème ail voulu faire concorder son récit avec les traditions, en y parlant du mont Altabiscar et du col dlbaneta; mais Eginhard ne détermine aucun emplacement 6xc, et désigna seulement les Pyrénées basques comme le théâtre de l'action (3).

Je pourrais relever encore trois ou quatre invraisemblances du même genre ; mais j'aime mieux finir par une preuve certaine qu'au lieu d'être contemporain de la bataille et antérieur aux romans épiques du cycle karolingien, le Chant cV Altabiscar a été composé après eux et d'après eux. Dans Eginhard,

(1) Navarriam usque ad montes Pyrœneos et usque ad crucem Caroli. HuG. MoNÂGH., In Chron. Viseliac. Monast. — Caroli crux sita erat ubi nunc sacellnm Sancti Salvatoris ad Yuainetam, in surarno Pyrœneo. Oîbé-

NÂRT, Not. Utr. V(KC., p. 406.

(8) Parece ser que los Navarros... aguardaron a los Francos en la montana de Altabiscar... en aqnella peqneiia llannada que hay en la antigna Hermita de S. Salvador de Ibaiieta. Morst, Antig, del Reyno de Nacarra, p. 23Y.

(3) Fauriel, Hist. du Midi de la Gaule, t. III, p. S45, ne parle pas du Chant d'Altabiscar, mais il en a eu certainement connaissance. Son ouvrage a para, en effet, en 4836, c'est-à-dire un an après la publication du po^ooe. Or, Fauriel £ait «rouler sur l'armée de Charlemagne des rochers sous lesquels elle fut écrasée, » circonstance omise par Eginhard, et révélée seulement par le poème de M. de Monglave.

Roland est simplement le commanc|ant de la frontière de Bretagne ( Britannid limitis prœfectus ) , et Thistoire ne nous apprend pas autre chope sur ce personnage. Dans le poème, au contraire, c'est-à-dire à une époque réputée antérieure à la légende, il est déjà le personnage légendaire, le neveu de Charlemagne, le plus brave, le chéri (hire iloba moitea, Erroland xangarra).

Je crois que cela sufGt, et il me semble avoir à la fois démontré la fausseté du Chant (ÏAltabiscary par Tenquète infructueuse à laquelle je me suis livré pour le retrouver, par ses affinités évidentes et significatives avec certaines poésies littéraires et populaires, par Tétrangeté de sa prosodie, et par sa comparaison avec les récits historiques et légendaires. Je vais maintenant essayer de déterminer 4a date de la fabrication de cette pièce.

Dans le tome xiii du Dictionnaire de la conversation, p. 14- 29, publié en 1834, M. G. Olivier a inséré un article sur les Chants populaires^ dont j'extrais littéralement ce qui suit : (( Que dirai-je des chants basques, parexemplc, et d'où vient à ces tribus exilées entre le ciel et la terre, une telle franchise de^ rhylhme et d'intonation ? Tout ce que je connais d'airs Basques est d'un ton grandiose et décidé , mais aucun nest plus frappant sous ce rap|)ort que le chant national des Escualdunac, comme ils se nomment eux-mêmes dans leur idiome. Ce beau chant n*a cependant pour paroles que des nombres cardinaux déclinés depuis un jusqu'à vingt, et, dans le second, répétés dans l'ordre inverse. — Souvent, en écoutant cet air d'une si pure et si franche mélodie, je me suis demandé ({uel sens caché pouvait couver sous ce texte bizarre; d'hypothèses en hypothèses, je suis remonté jusqu'aux souvenirs héréditaires du temps où les races Vascones {sic)y acculées au pied des Pyrénées par l'invasion celtique, durent, chercher sur leur sommet un refuge infranchissable aux dévastations

de cette marée. Alors il s'offrit à ma pensée que ce chant avai t retenti dès les premiers âges comme une ode guerrière où les aïeux , après avoir désigné par leur simple dénomination numérique les dures années de l'exil, appelaient une à une, par une sorte de symbolique progression décroissante, celle de la vengeance. »

Ce passage dénote, chez M. G. Olivier, une puissante imagination, et une singulière aptitude à remonter d'hypothèse> en hypothèses, pour découvrir les a sens caches qui couvent sous des textes bizarres. » Au lieu de s'épuiser en conjectures ingénieuses, je crois qu'il aurait aussi bien employé son temps à remarquer qu'en Gascogne, comme dans le Pays basque, les noms de nombre figurent dans plusieurs chansons en progression croissante, et qu'ils sont ensuite repris dans l'ordre inverse (1).

(I) Je prends quelques exemples, au hasard, parmi les chants populaires du Sud-Ouest de la France :

Soui soulet de un moutoun ,

Soui soulet

Junte,

Mas amouretos,

Soui soulet ,

Juntô,

. Mas amouretos reposez.

Soui soulet de dus moutous , etc.

En aquesto danso Ta plan danson nau Goumo detze nau.

En aquesto danso Ta plan danson hoeit Goumo detz e hoeit, etc.

A Granado i a nau pins.

A Granado holi ana,

Bese lous pins coumo berdejon ;

Quoi quil en soit, M. G. Olivier a raison quand il dit que les noQibres cardinaux de un à vingt et de \ingt à un et de un à vingt sont chantés par les Basques, et c'est là le seul fragment que j'ai retrouvé, comme je l'ai dit plus haut, dans mon enquête sur le Chant d^Altabiscar. Mais n'est-il pas étrange de rencontrer cette singularité, signalée pour la première fois en 1834, dans le poème édité en 1835? N'est- il pas surprenant que ces nombres de un à vingt et de vingt à un, forment précisément les deux derniers vers des troisièmes et septièmes strophes. Le faussaire ne manifeste-t-il pas assez IMntention de rendre sa fraude plus acceptable, par deux fragments véritables et récemment signalés au public, intercalés dans le poème sorti de sa féconde imagination (1)?

A Granado boli aiïa Bese lous pins a berdeja.

Noos ans em naa dounzelos, Marcham sur la estelos

Leagè, leagé.

Sur la punto de l'herbe

Paasam lou pè.

Ce n'est pas seulement en Gascogne que les choses se passent ainsi, et tout le monde connaît l'interminable chanson que les soldats chantent pour oublier les longueurs de l'étape :

Ma poule a fût un poulet, Filons la route, gai, gai.

Filons la route gaîment.

Ma poule a fait deux poulets, etc.

Je ne crois pas devoir multiplier les exemples.

(4) J*ai déjà dit (p. 466, note 4], que M. Mârt-Lafon, collaborateur de M. de Monglave au Journal de l'Institut historique (v. le Dict. de Vâpbrbâu, art. Mabt-Lafon), affirme que M. de Monglave, qu'il désigne simplement par ses initiales G. de M., a traduit le Chant dAltabiscar en 4 834, quand tout le monde peut se convaincre qu'il a paru en 4835. Quel est donc ce mystère? Pourquoi « traduit » au lieu de puhUél Pourquoi 4834, date de la mise en

Un autre indice de la fabrication très- récente du Chant dAltabistary s'évince du mot Carlomano appliqué à Gharlemagne. Ce nom de Carloman (Karl-mann), homme fort) est à peu près celui que Charlemagne a porté de son vivant Cest ce qu'a très-bien démontré J. Grimm, en 1831 (1), mais ce qu'on ignorait généralement en France, et particulièrement en Gascogne avant 1833, époque où M. Michelet inséra, dans son Histoire de France, une note sur le vrai nom de Charlemagne (2). Il n'est donc pas surprenant qu'en 1835 le nom de Carloman ait été appliqué à cet empereur; mais cette désignation, impossible à retrouver dans les romanceros espagnols et dans les traditions basques et gasconnes, démontre une fois de plus que le Chant (ÏAltabiscarj sur lequel je me suis trop arrêté, est une pièce apocryphe, et que sa fabrication est de très-peu antérieure. à la publication de M. Garay de Monglave.

Chant d'Annibal. ^ Le lecteur n'a pas oublié que, dans le numéro de ri4ne{ du 5 janvier 4845, Chaho présentait le Chant d'>l nni&a2 comme une fiction. Comment a-t-il donc pu le donner comme authentique en 1847? Comment s'y est-il pris, lui qui confesse ne connaître « en texte » que le premier et le dernier couplet du poème, pour donner de tous les autres une traduc-

ventedu tome XIII du Dictionnaire de la Conversation, an liea de i>)3P, date de la publication du Chant dAltahiscar? On dirait que M. Mary- Lafon tient beaucoup. à rajeunir d'un an le Chant lïAltabiscar^ et à le &ijv contemporain de l'article de M. Olivier. À-t-il voulu confirmer l'authenticité du poème, en donnant à croire que M. de Monglave ne pouvait connaître le travail de M. G. Olivier ? A-t-il redouté, pour ce poème, les défiances qui pouvaient naître de similitudes jugées d'abord défavorables et ensuite inopportunes? J'aimerais mieux pouvoir croire que l'auteur de Sylvia ou le Boudoir a tout simplement ajouté une erreur de plus à celles qui fourmillent dans son Histoire du Midi. •

(4) V. Jacobus Grimm, Deutsche Grammatik^ t. Ill, p. 3t9-?0. Gottingen, 4834.

{t) MiGHBLST, Hist. de France, t. i, p. 307, aux notes.

lion qui diffère si rfolablement de celle de M. Mary-Lafon? C'est là un problème dont j'abandonne la solution à la sagacité du lecteur ; mais M. Mary-Lafon aurait dû nous faire connaître le nom de Fauteur de cette Histoire inédite des étabUs'sements des Basques, qu'on est tenté de lui attribuer. Il aurait dû surtout, après l'article de VAriely s'attacher à dissiper de légitimes déBances par la publication intégrale d'un texte que je le défie de 'soumettre à l'examen des critiques. Quant à dire que ce texte aurait été copié, le 7 octobre 1821, dans la bibliothèque du couvent de Fontarabie, c'est ce que M. Mary-I.afon ne persuadera jamais à personne. Les deux couplets qu'il donne, après les avoir préalablement estropiés, sont en souletin, qui est un dialecte cispyrénéen, et ils seraient en guipuzcoan si on les avait copiés à Fontarabie. M. Mary-Lafon n'a pu lui-même faire cette copie le 7 octobre 1821. Il est né, si j'en crois Vapereau, le 26 mai 1812; et je ne puis admettre que sa précocité soit allée jusqu'à exécuter un pareil travail à l'âge de neuf ans quatre mois et onze jours.

M. Mary-Lafon n'a pu entreprendre aucune traduction, totale ou partielle, du Chant d'Annibal^ parce qu'il ne sait pas le basque, ce que je vais démontrer à suffisance, et même en sacrifiant la moitié de mes raisons.

Si M. Mary-Lafon avait su le basque, il n'aurait pas écrit, dans le premier vers du premier et du dernier couplet, eigena et dgerra. Ces mots ne signifient rien : il aurait fallu ^erra ou mieux ejerra (charmant). Il n'aurait pas écrit non plus (couplet I, vers 4} : nie er diat^ ni mermtic (dernier couplet, vers 5), mais nie ez diat et tnementic (moment). Chitxailan ne veut rien dire : il aurait fallu ehitzaitan. H en est de même de ez lite (dernier couplet, v« 2), et il aurait fallu mettre eztiki : chante doucement, canta ezdk eztiki, Ez tu n'a aucun sens, et il était facile de le remplacer par eztuc^ et mieux par er duc.

La traduction est à la hauteur de la grammaire et de Torthographe, que je suis forcé de rétablir. Voyez pjutôt. Chori, cantq,tçale qerra^ oiseau, chanteur charmant. M. Mary-Lafon (lit : ((Oiseau, chantre délicieux du pays. » Le (c pays» est là de trop. Nun othe his canîatçen^ où peux-tu être chantant? M. Mary-Lafon trouve plus élégant et plus exact : (( Où fais-tu entendre à présent ton ramage ? » Aspaldian hire botçic^ nie a diat entçuten, mot à mot : Depuis longtemps de ta voix, moi je n'en entends plus. Cela devient : (( Depuis longtemps, je prêté en vain l'oreille à ta voix mélodieuse. »

Il est inutile de poursuivre. Je crois avoir démontré que M. Mary-Lafon ne mérite pas le prix de grammaire basque, et qu'il n'a que des droits fort contestables à un accessit en version. Je crois aussi que cet examen me dispense de mettre en lumière les nombreuses bévues historiques- des second, troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième couplets français, dont personne n'a jamais vu le texte euskarien, et à les écarter comme notoirement apocryphes.

Restent les premier et dernier couplets, qui auraient la rime et la mesure si M. Mary-Lafon les avait écrits correctement. Mais à qui persuader que le petit poème, qui remplit ces conditions essentiellement modernes, est contemporain d'Annibal ? A qui persuader que cantatçale (chanteur), cantatçen (chantant), botçic (voix), orenic (heure), mementic (momeni), mundiala (au monde), malerousic (de malheureux), adio (adieu), phartitu (parti), (1) ne sont pas autant d'emprunts plus ou moins récents, faits par le basque aux glossaires de la Gascogne et de l'Espagne ?

M. Mary-Lafon dit, à la fin de sa note sur le CharU d'Annibaly que a la tradition en a conservé les principaux passages, qu'on chante encore sur les montagnes. » Il ne s'agit que

(4) En basque f^^;>.

de s entendre. Si M. Mary-Lafon veul insinuer par là qu'on chante les couplets dont il n'a pas donné le texte, mais seulement une prétendue traduction, je m'inscris en faux contre son dire. Qu'il m'indique une seule paroisse, un seul hameau du Pays basque, où la poésie populaire ail conservé lesou* venir d'Ânnibal, des Romains, et de l'expédition des Cantabres en Italie, et je pars aussitôt pour m'en assurer, et publier le résultat de mon enquête. Puisqu'il possède le texte des couplets intraduits, qu'il l'imprime, et qu'il livre à la critique des philologues un document déjà si monstrueux sous le rapport historique. Je n'insiste plus sur ce point; mais je confesse très-volontiers que les premier et dernier couplets, expurgés des fautes que j'ai relevées en partie dans le texte de M. Hary- Lafon, se chantent souvent dans la Soûle. Cette vallée, qui a son dialecte particulier, touche à celle d'Aspe, où on parle béarnais. Voici le texte et la traduction (1):

Chori, cantatçale ejerra, Oiseau, chanteur joli.

Non othe his cantaticeQ ? Où peux-tu être chantant ?

Aspaldian hire botçic, Depuis longtemps de ta voix

Nie ez diat entçuten ; Moi je n'en entends plus ;

Ez orenic, ez memeniic Ni heure ni moment

Ez diat igaraiten Je ne passe

Hi gabe gogora. Sans t'avoir à l'esprit.

Chori, cantari ejerra, Oiseau, chanteur joli,

Ganta ezac eztiki : Chante plus bas,

Mundiala malerousic Au monde de malheureux

Ez duc sorthu ni baicic. II n'en est point d'autre né que moi.

Erran gabe adio eni, • Sans dire aucun adieu,

Phartitu hiz herriti Tu as quitté le pays,

Nigarrez ari niz bethi. Depuis lors je suis toujours daus les larmes.

Dans ce petit poème, probablement incomplet, un amant pleure Tabsence de sa maîtresse, et il appelle un oiseau qui

(0 Fbancisqub-Michel , Le Pays basque, p. 84t-4 3.

d'abord semble avoir disparu avec elle. Cette donnée n'est pas rare dans la poésie populaire du Sud-Ouest.

Chante, rossignol, chante,

Dondaine, Tu as ton cœur en gai

Dondé. •

Le mien est en tristesse

Dondaine, Ma mie m'a quitté,

Dondé.

Rossignol prend sa volée,

La la deran la, Au château de roi s'en va.

— r Votre ami vous envoie dire,

La la deran la, Que vous ne l'oubliiez pas.

Nous partons, adieu nos belles.

N'oubliez pas vos amants ; Vous aurez de nos nouvelles Par les rossignols chantants.

Ce thème a été traité, avec bien d'autres, au xviu* siècle, par un lettré, le chevalier Despourrins, dont les poésies béarnaises se sont rapidement vulgarisées dans le pays à Tégal de la poésie populaire. .

Roussignouletque cantes Sus la branque pausat, Que't platz e que't encantes Auprès de ta mieytat.

E you pie de tristesse, Lou co tout enclabat,

En quittan ma mestresse.

Parti désespérât (4).

Notez que le chevalier Despourrins composait ses poésies à Âccous, dans la vallée d'Âspe. J'ai déjà dit qu'on parle béarnais dans cette vallée, et qu'elle est contiguê à la Soûle, où commence ridiome^ basque, et où se chantent précisément les deux couplets en question. Ces couplets ne sont, évidemment qu'une paraphrase de ceux de Despourrins, et les équivalents basques de m heure ni momenty le plus malheureux du monde^ sans me dire aucun adieu, sentent assez leur xvui® siècle.

Voilà, quoi que puisse dire ou insinuer M. Mary-Lafon, les seuls passages « conservés » par ce qu'il lui plait d'appeler <( la tradition ». Encore, si l'on compare les deux derniers vers du second couplet chanté dans la Soûle, est-il facile de remarquer qu'ils ont subi le remaniement exigé par la mystification projetée. « Tu as quitté le pays, et depuis je suis toujours dans les larmes » n'était pas en situation. Il a fallu modifier et mettre ;

Phartitu nitçan herriti, Nigarrez ari niz bethi.

a J'ai quitté le pays, et depuis lors je suis toujours dans les lamnes. »

Je m'arrête, et je crois avoir suffisamment démontré que le Chant d'Annibal est apocryphe et de fabrication très-récente, et qu'en dehors des premier et dernier couplets, il n'existe pas de textes basques sur lesquels les traducteurs aient pu s'exercer. On a tiré parti de ces deux couplets pour rendre la mystification plus acceptable, et pour faire croire que l'intervalle est comblé par un texte original qui n'a jamais existé.

( 4 ) Chansons et airs populaires du Béam recueillis par Frédéric Rivarês , p. 49. Je rectifie Torthographe. Les poésies de Despourrins ont longtemps été conservées par la seule tradition. C'est M. Rivarès qui les a, le premier, recaôllies et publiées.

Voilà tout ce que j'avais à dire sur le Chant des CaniabreSy le Chant dCAltabiscar el le Chant d'Annibal. Je crois avoir démontré le caractère apocryphe et la date de la fabrication récente de ces poèmes, dont il n'y a, par conséquent, à tirer aucun parti pour l'histoire politique et littéraire des Euskariens <4).

(<) J'ai déjà visé (p. Î64-65) la brochure de M. Cénac-Moncaut intitulée Lettre à MM. Gaston Paris et Barry sur les Celtes et les Germains, les chants historiques des Bajoues et les inscriptions Vasconnes des Convence. Les douze dernières pages (le la première lettre sont consacrées à exterminer ma Dissertation sur les chants héroïques des Basques, et à défendre l'authenticité de ces poèmes. M. Cénac-Moncaut est assurément un excellent homme ; mais c'est vouloir perdre son temps que de discuter avec lui n'importe quel point d'histoire politique ou littéraire. Je me bornerai donc à relever ici les principales erreurs matérielles de mon censeur, sans insister sur les feules d'orthographe. — M Cénac-Moncaut a tort de donner (p. 48 et 29) le titre de » Chant de Lelo i> au Chant des Cantabres, et celui a « Altatnscar cantua » au Chant d'Altabiscar. Le premier de ces titres n*a jamais été employé, et le second constitue un abominable solécisme, qu'il est fecile de corriger par Altabiscarraco cantua. — M. Cénac-Moncaut imprime, à la p. 26, que « M. Bladé est bien oblieé de reconnaître (p. 4 01 et 4 09) qu*il a lui-même entendu chanter les couplets de la numération ascendante et descendante dans les environs de Saint- Jean-Pied -de-Port.... seulement il l'ensevelit (cet aveu) dans une phrase de deux lignes perdue au milieu d'une réfutation de soixante |)ages. » Ma Dissertation n'a que soixante pages, en effet; mais alors je n'ai pu rien confesser aux p. 4 04 et 4 09. C'(«t des p. 44 et 49 que M. Cénac-Moncaut a voulu parler; mais je n'ai dit nulle

Eart que c'est a aux environs de Saint-Jean-Pied-de-Port » que j'ai entendu i numération ascendante et descendante. — Je lis à la p. 48 : a Mon opinion à cet égard fie Chant d'Altabiscar) vient d'autant moins de l'ignorance de l'opinion de M. Bladé, que ce paléographe, mon compatriote, m'avait fait connaître les conclusions de son travail avant sa publication. » Les souvenirs de M. Cénac-Moncaut le servent ici imparfaitement. Je suis intéressé à mieux choisir mes confidents scientifiques et littéraires, et je me suis borné à lui dire un jour, à Auch, où je le rencontrai fortuitement, que je ne croyais pas à l'authenticité du Chant d^Altabiscar. Voilà ce que M. Cénac-Moncaut appelle une communication de «conclusions ». — M. Cénac-Moncaut affirme (p. 26 et 27; que le Chant (f'i4/ta6tscar est populaire en Soûle, et qu'il peut opposer, sur ce point, son enquête positive à mon enquête n^ative. Il suffit de lire les deux pages en question, ainsi que les p. «8 et 19, pour s'édifier sur la rigueur et l'exactitude des procédés d'investigation employés par l'auteur des Lettres. Je maintiens donc ma négation plus fort que jamais, et je plains de tout mon cœur M. Cénac-Moncaut d avoir affirmé, sous sa garantie personnelle, un fait dont tout le monde peut vérifier la feusseté — M. Cénac-Moncaut m'attribue ;p. 27) des Contes gascons. La vérité est que je n'ai publié que des Contes et proverbes populaires rtcueiUis en Armagnac.

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