CHAPITRE VI
abstraction faite de l'acide carbonique et de l'hydrogène, il ne renferme plus que i4>2 pour ioo d'oxvgène, ce qui correspond à une absorption de 6CC,6 ou de 3CC, 3 d'oxygène pour les 5occ d'air employé. Enfin on rétablit au moyen d'un tube de caoutchouc le tube abducteur de la grande fiole, après avoir reconnu par L'examen au microscope que les mouvements des vibrions sont très-atf'aiblis. La fermentation a été diminuée sans être nulle, sans doute parce que toutes les parties du liquide n'ont pas été mises en rapport avec l'oxygène de l'air, malgré l'agitation prolongée qu'on avait fait subir à la fiole après l'introduction de l'air. Quoi qu'il en soit, le sens du phénomène n'est pas douteux. Afin de mieux m'assurer toutefois de l'effet de l'air sur les vibrions, j'ai rempli deux tubes d'essai, à moitié de leur capacité, avec le liquide fermentant d'une autre fermentation également arrivée à son maximum d'intensité : dans l'un d'eux, j'ai fait passer un courant d'air, dans l'autre du gaz acide carbonique. Au bout d'une demi-heure, dans le tube à air, tous les vibrions étaient morts, du moins sans mouvement, et la fermentation n'y reprit point. Dans l'autre, après trois heures d'action du gaz carbonique, les vibrions étaient fort agiles, et la fermentation continuait.
L ne observation des plus simples prouve l'influence mortelle de l'air atmosphérique sur les vibrions. Par le mode d'examen au microscope, à l'aide de la lentille décrite et figurée page 288, nous avons reconnu combien étaient remarquables et faciles à mettre en évidence les mouvements des vibrions quand on les prive absolument du contact de l'air. Répétons cette observation, en même temps que, sur le même liquide, on fera l'examen microscopique à la manière ordinaire, c'est-à-dire en déposant une goutte du liquide sur une lame de verre qu'on recouvre ensuite d'une petite lamelle, toutes manipulations qui placent forcément la goutte liquide en contact avec l'air, ne fût-ce qu'un instant très-court. On sera aussitôt surpris de la grande différence d'intensité des mouvements des vibrions observés dans la lentille de verre et sous la lamelle. Bien plus, sous la lamelle on voit promptement cesser tout mouve-
29i ÉTUDES SUR LA BIERE.
nient sur les bords, là où la goutte de liquide subit l'action de l'air, tandis que les mouvements se conservent au centre d'autant plus longtemps qu'il y a plus de vibrions pour absorber une plus grande quantité d'air sur les bords. Il ne faut même pas une grande habitude de ces observations pour reconnaître manifestement que dans les premiers instants, après que la lamelle a été déposée et que la totalité de la goutte vient d'être touchée plus ou moins dans toutes ses parties par l'air atmosphérique, les vibrions sont tous languissants, certainement malades (je ne vois pas d'autre expression pour rendre ce qu'on observe), et que, peu à peu, ils reprennent plus d'agilité vers le centre, au fur et à mesure qu'ils l'entrent dans une portion du milieu mieux dépouillée d'oxygène.
Rien de plus curieux qu'une observation corrélative et inverse de celle-ci, à laquelle donnent lieu les bactéries aérobies ordinaires. Place-t-on une goutte de liquide pleine de ces bactéries sur le porte-objet du microscope, on ne tarde pas à voir toutes les bactéries sans mouvement dans les régions du centre de la lamelle, où l'oxygène disparait promptement par suite de la vie même des bactéries qui s'y trouvent. Au contraire, le mouvement est extraordinaire surtoutle pourtour delalamelle, parce que l'air y arrive constamment. Malgré la mort prompte des bactéries au centre de la lamelle, on voit la vie se prolonger dans cette région si le hasard y a enfermé une bulle d'air. Tout autour de cette bulle viennent se grouper en une couronne épaisse et grouillante une foule de bactéries qui tombent sans vie apparente et se dispersent sous l'action des mouvements du liquide, dès que tout l'oxygène de la bulle a été absorbé (i).
Qu'on me permette d'ajouter ici, à un point de vue purement historique, que ce sont les deux observations dont je viens de
(i) Je trouve ce fait, que j'ai publié depuis iS63, confirmé dans le travail de H. Hoffmann deiSGt), intitulé : Mémoire sur les bactéries, et qui a paru en français, t. XI de la 5e série des Annales des Sciences naturelles. A ce propos, je citerai une observation encore inédite. Les bactéries aérobies perdent tout mouvement dans le gaz acide carbonique où on les plonge tout à coup; mais, comme si elles n'étaient qu'anesthésiées, elles le reprennent ensuite si on les remet à l'air.