CHAPITRE VI
achevée de lactate de chaux. Le tube abducteur du ballon A où elle s'est accomplie (fig- 73) n'est jamais sorti du mercure.
Fig. 73.
Chaque jour on observe le liquide et on le voit progressivement s'éclaircir; on attend ainsi quinze jours. Alors on remplit un autre ballon pareil B de la solution de lactate qu'on porta à l'ébullition, autant pour chasser l'air qu'elle tenait en dissolution que pour tuer les germes de vibrions que le liquide pouvait contenir. Après le refroidissement du ballon B, on mit en communication les deux ballons sans contact avec l'air commun (1), après avoir un peu agité le ballon A pour soulever le dépôt du fond, puis on exerça une pression de gaz acide carbonique à l'entrée du tube abducteur de ce dernier ballon en«. De cette manière, et après avoir ouvert les robinets r et s, le dépôt du fond du ballon A fut lancé dans le ballon B, lequel se trouva par suite ensemencé avec le dépôt d'une fermentation achevée depuis quinze jours. Or, dès le surlendemain, le ballon B a commencé à donner des indices de fermentation. En conséquence le dépôl de vibrions d'une fermentation butyrique achevée con-
(1) Pour cela faire, il suffit de remplir les extrémités recourbées des tubulures droites des ballons, ainsi que le tube de caoutchouc ce d'eau bouillante désaérée.
serve, du moins pour un temps, la faculté d'exciter la fermentation. Il fournit une levure butyrique capable d'être régénérée et d'agir dans un nouveau milieu fermentescible approprié.
Tout lecteur qui aura suivi avec attention les faits que nous avons exposés ne saurait, ce me semble, émettre le moindre doute au sujet de la multiplication possible des vibrions de la fermentation du lactate de chaux hors du contact de l'oxygène de l'air.
Si des preuves nouvelles de cette importante proposition étaient nécessaires, on les trouverait dans les observations suivantes, desquelles on peut inférer que l'oxygène de l'air est capable d'arrêter subitement une fermentation par vibrions butyriques et tout mouvement dans ces petits êtres, circonstance bien propre à nous montrer une fois de plus que cette nature d'organismes ne saurait avoir besoin d'air pour vivre. Le 7 mai 1862, on place à l'étuve une fiole de la capacité de 2llt,58o, pleine de la solution de lactate de chaux avec phosphates, qu'on ensemence le 9 avec deux gouttes d'un liquide en fermentation butyrique : la fermentation se déclare les jours suivants. Le 16, elle est continue, mais faible. Le 18, elle est active. Le 3o, elle est très-active. Le Ier, elle fournit par heure 35cc de gaz, contenant 10 pour 100 de gaz hydrogène. Le 2, j'étudie l'action de l'air sur les vibrions de cette fermentation. A cet effet, je coupe le tube abducteur au niveau du point où il est soudé à la fiole, puis, avec une pipette de 5occ, je retire un égal volume de liquide, lequel est naturellement remplacé par de l'air. Alors je renverse la fiole sur le mercure, et je l'agile toutes les dix minutes pendant plus d'une heure. Voulant m'assurer tout d'abord si du gaz oxygène a été absorbé., je joins sous le mercure, au bec de la fiole, à l'aide d'un tube fin de caoutchouc plein d'eau une petite fiole dont le col a été étiré et également pleine d'eau, puis je relève la grande fiole surmontée de la petite. Une pince de Mohr, qui ferme le tube de caoutchouc et qu'on ouvre alors, laisse écouler dans la grande fiole l'eau que contient la petite, pendant que le gaz passe, au contraire, de la grande fiole dans la petite. On fait aussitôt l'analyse du gaz et l'on constate que,