CHAPITRE VI
kyste ou d'un germe déterminé, lorsque, après avoir déposé dans une eau Limpide de ces poussières puncliformes indéterminées on voit apparaître tout à coup, après une heure ou deux seulement d'attente, un vibrion adulte qui traverse le champ du microscope, sans le moindre passage entre le point apercevable et ce vibrion?
Les différences dans l'aspect et la nature des vibrions avec leur âge plus ou moins avancé, ou sous l'influence des conditions de milieu où ils se propagent, n'apporteraient-elles pas des changements correspondants dans le développement de la fermentation et la nature de ses produits? Je suis porté à le penser, sij'en juge par les variations dans les proportions des gaz hydrogène et acide carbonique dans les fermentations butyriques. Bien plus, l'hydrogène n'est même pas un produit constant de ces fermentations. J'ai rencontré des fermentations butyriques de lactate de chaux qui ne fournirent pas la plus petite quantité d'hydrogène, uniquement de l'acide carbonique. La fig. j4
représente les vibrions que j'ai observés dans une de ces fermentations. Ils n'offrent rien de particulier.
L'alcool butylique est, d'après mes observations, un produit ordinaire, quoique variable et nullement nécessaire cependant de ces fermentations. On pourrait penser, puisque l'alcool butylique peut prendre naissance et l'hydrogène faire défaut, que la proportion du premier de ces produits atteint son maximum quand le second fait défaut. Jl n'en est rien et même dans les rares fermentations que j'ai rencontrées où l'hydrogène faisait défaut, il n'y avait pas eu formation d'alcool butylique.
De l'ensemble des faits exposés dans ce paragraphe nous pouvons conclure en toute certitude, d'une part, que, dans les cas de fermentation butyrique, les vibrions qui y pullulent et en sont le ferment vivent sans air, sans oxygène libre ; d'autre part, que la présence de l'oxygène gazeux supprime leurs mouvements et leur activité.
Est-ce à dire que la présence de faibles quantités d'air mises au contact d'un liquide en fermentation butvrique empêcherait celle-ci d'avoir lieu, que même elle la ralentirait? Je n'ai pas encore fait d'expériences directes à cet égard. Je ne serais pas surpris que, loin de nuire, l'air pût favoriser la propagation des vibrions et activer la fermentation. C'est déjà ce qui arrive pour la levure de bière. Mais comment donc concilier cette hypothèse, si elle se trouvait fondée, avec le fait que nous venons de rappeler au sujet du danger de mettre au contact de l'air les vibrions butyriques ? C'est qu'il se pourrait que la vie sans air résultât d'une habitude, et la mort par l'air d'un brusque changement dans les conditions de l'existence des vibrions. On connaît cette remarquable expérience : dans un bocal de verre de iht ou i de capacité on introduit un oiseau, puis on ferme le bocal; après un certain temps l'animal montre tous les signes du plus profond malaise et de l'asphyxie. Longtemps avant qu'il ne meure, on fait pénétrer dans le bocal un autre oiseau pareil, de même taille : la mort de celui-ci est instantanée, tandis que la vie du premier peut se prolonger au contraire longtemps encore, et même il est facile, en le retirant, de le ramener complètement à la santé. Comment se refuser à admettre qu'il y ait eu adaptation de l'organisme à ce milieu progressivement délétère? lise pourrait également que les vibrions anaérobies d'une fermentation butvrique, qui naissent et se multiplient absolument sans gaz oxygène libre, périssent aussitôt, lorsqu'ils s mt placés tout à coup hors de leur milieu privé d'air ; mais qu'il en serait autrement si de petites quantités d'air leur avaient été fournies progressivement.
Nous sommes bien obligés d'admettre que des vibrions pullulent fréquemment dans des liquides exposés à l'air et qu'ils