CHAPITRE VI
utilisent L'oxygène de cel air donl ils ne pourraient subitement se passer. Faut-il croire que ces vibrions diffèrenl absolument de ceux des fermentations butyriques? Il serait peut-être plus
naturel d'admettre qu'il v a adaptât ion à la vie avec air pour les uns et pour les autres adaptation à la vie sans air; chacune des sortes périrait par le passage brusque de sa condition habituelle à l'autre, niais, par une progression dans le changement, ils pourraient se modifier les uns dans les autres (i).
"Nous savons qu'en ce qui concerne les levures alcooliques, quoiqu'elles puissent vivre sans air à la rigueur, leur propagation est singulièrement favorisée par la présence de petites quantités d'air, et j'ai lieu de penser, d'après quelques expériences inédites, que ce n'est pas impunément qu'on les exposerait tout à coup, sortant des conditions de leur vie sans air, à l'influence de grandes quantités d'oxygène.
N'oublions pas toutefois que les torulas aérobies et les levures anaérobies nous ont offert l'exemple d'organismes d'apparences identiques et que nous n'avons pu découvrir entre eux des liens d'origine. Nsous avons dû les croire d'espèces distinctes. Peutêtre existe-t-il également des vibrions aérobies et des vibrions anaérobies, sans passage possible des uns aux autres.
On a agité la question de savoir si les vibrions, notamment ceux que j'ai reconnus être le ferment de la fermentation butyrique et de beaucoup d'autres fermentations, étaient de nature animale ou végétale. M. Ch. Robin attache même à la solution qu'elle comporte une importance telle qu'il s'expinme en ces termes (2) :
« La détermination de la nature animale ou végétale, soit des êtres entiers, soit de leurs éléments anatomiques végétatifs ou reproducteurs, toujours représentés par une ou plusieurs cel-
(1) On pourrait facilement lever ces doutes et résoudre ces questions par des expériences directes.
(2) Roms, Sur la nature des fermentations, etc. [Journal de V Anatomie et de la Physiologie, juillet et août, 1870, p. 386).
Iules, est possible aujourd'hui et déjà depuis plus d'un quart de siècle. Elle l'est à un assez grand degré de précision, autant expérimentalement que théoriquement, pour que ceux qui s'occupent de sciences organiques considèrent dans toute observation et expérience comme indispensable de préciser, avant tout, si l'objet qu'ils étudient est de nature animale ou végétale, adulte ou non. Ne pas le faire est pour eux aussi grave que le serait pour le chimiste de laisser indécise la question de savoir si c'est de l'azote ou de l'hydrogène, de l'urée ou de la stéarine, qu'il retire d'un tissu ou dont il suit les combinaisons dans telles ou telles opérations. Or, presque tous ceux qui s'occupent des fermentations proprement dites et des putréfactions ne tiennent pas compte des données précédentes. ...Parmi les observateurs auxquels je fais allusion se trouve même M. Pasteur, qui, jusque dans ses Communications les plus récentes, ne se prononce pas d'une manière formelle sur la nature animale ou végétale de plusieurs des ferments qu'il a observés, à l'exception bien entendu de ceux qui rentrent dans le groupe crvptogamique dit des torulacées. Toutefois, divers passages semblent bien montrer qu'il considère les cryptogames dits bactéries , et ceux appelés vibrions, comme étant des animaux (voir Bulletin de l'académie de Médecine; Paris, i8jJ,p. 249, 201, a56 surtout, 266, 267, 289 et 290). Ils seraient fort différents même, au moins phvsiologiquement, les premiers étant aérobies, tandis que les vibrions seraient anaérobies, c'est-à-dire, n'auraient pas besoin d'air pour vivre et seraient tués par l'oxygène, s'il venait à se dissoudre dans le liquide en trop grande quantité. »
Je ne partage pas la manière de voir de mon savant confrère ; c'est se livrer à une grande illusion, à mon sens, que de penser « qu'il est tout aussi grave de ne pas se prononcer sur la nature animale ou végétale d'un ferment que de confondre l'azote avec L'hydrogène, l'urée avec la stéarine ». L'importance des solutions des questions controversées dépend souvent du point de vue sous lequel on envisage celles-ci. En ce qui concerne le résultat