‹ Etudes sur la bièreChapitre 24 sur 201 · CHAPITRE III. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. il

pareils hôtes, la vie deviendrait promptement impossible; témoin le cortège des maladies que beaucoup des meilleurs esprits sont portés aujourd'hui à attribuer à des développements parasitaires de celle nature. Des médecins très-autorisés s'accordent maintenant à penser que les questions de contagion et d'infection trouveront, dans une élude approfondie des ferments, des solutions aux obscurités qu'elles soulèvent, que l'Hygiène et la Médecine doivent poursuivre par tous les moyens possibles la destruction des germes des ferments et s'opposer à leur multiplication et à leurs ravages quand ils sont développés. Dans celte direction, de grands progrès ont été accomplis, et c'est un insigne honneur pour mes recherches qu'elles soient considérées, par les auteurs mêmes de ces progrès, comme la source à laquelle ils ont puisé leurs premières inspirations. On m'excusera d'en fixer ici le souvenir par quelques détails historiques, nécessaires d'ailleurs à l'intelligence des principes que j'expose dans cet Ouvrage.

Je suis le premier, toutefois, à regretter qu'on étende outre mesure les conséquences des faits acquis. Les exagérations des idées nouvelles amènent infailliblement une réaction qui, ellemême, dépassant le but, jette la défaveur sur ce que ces idées ont de juste et de fécond. Déjà, par divers symptômes et comme contre-coup des exagérations dont je parle, on peut pressentir un entraînement irréfléchi vers la négation que certaines maladies puissent être dues à des ferments spéciaux, de la nature de ceux qui ont été découverts dans les vingt dernières années, ferments organisés et vivants. De part et d'autre on devrait s'en tenir aux faits, contrôler ceux qui ont été annoncés si l'on est porté à les mettre en doute, en rechercher de nouveaux et ne déduire, des uns et des autres, que des idées qui leur soient adéquates pour ainsi dire, car le sujet commence à peine à être exploré.

Malheureusement les médecins se plaisent volontiers dans les généralisations anticipées. Beaucoup d'entre eux sont des hommes d'une rare distinction naturelle ou acquise, doués d'une intelligence vive , d'une parole élégante et facile ; mais

plus ils sont éminents, plus l'art les absorbe et moins ils ont de loisirs pour le travail d'investigation. Poussés, néanmoins, par la passion du savoir, propre aux esprits d'élite, et qu'entretiennent les relations de la haute société de plus en plus curieuse des choses de la Science, ils s'emparent avidement des théories faciles , spécieuses , d'autant plus générales et appropriées aux explications vagues qu'elles sont mal établies par les faits.

Lorsqu'on voit la bière et le vin éprouver de profondes altérations parce que ces liquides ont donné asile à des organismes microscopiques, qui se sont introduits d'une manière invisible et fortuitement dans leur intérieur, où ils ont ensuite pullulé, comment n'être pas obsédé par la pensée que des faits du même ordre peuvent et doivent se présenter quelquefois chez l'homme et chez les animaux? Mais si nous sommes disposés à croire que cela est parce que nous le jugeons vraisemblable et possible , efforçons-nous aussitôt, avant de l'affirmer, de nous rappeler l'épigraphe de ce livre : le plus grand dérèglement de l'esprit est de croire les choses parce tpion 'veut quelles soient.

Un des membres les plus distingués de l'Académie de Médecine, M. Davainne, qui s'est occupé le premier de recherches expérimentales rigoureuses sur l'influence des ferments organisés dans la production et la propagation des maladies infectieuses, rapporte que l'idée de ses recherches sur le sang de rate et la maladie charbomieuse lui fut suggérée par la lecture de mon travail sur la fermentation butvrique, publié en 1861.

En i85o, M. Raver et lui avaient constaté dans le sang des animaux atteints de ces affections l'existence de petits corps filiformes auxquels ils avaient donné peu d'attention et dont le souvenir revint à l'esprit de M. Davainne, lors de la présentation de mon Mémoire. Il eut alors cette prévision d'inventeur sagace, qui fut confirmée bientôt par ses recherches, d'une manière décisive, que la maladie connue sous le nom de sang de rate pourrait bien être le produit d'une fermentation analogue à la fermentation butyrique, dans laquelle les petits corps fili-

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