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CHAPITRE III. -il

M. Gayon. Ses recherches ont prouvé, en outre, que la putréfaction spontanée des œufs est toujours le produit de la multiplication de ferments organisés, ce qui a heureusement rectifié les résultats contraires annoncés par M. Donné et par M. Béchamp, qui avaient cru observer que l'altération des œufs s'accomplissait hors de toute action des vihrioniens ou des mucédinées (i).

Il est presque superflu de faire remarquer combien les résultats de ces expériences au sujet du sang, de l'urine et des principes de l'œuf sont directement contraires à la doctrine des générations spontanées, aussi bien qu'à la plupart des théories modernes sur la génération des ferments. Tant que les expériences relatives à la question des générations dites spontanées ont porté sur des matières cuites, les partisans de l'hétérogénie pouvaient prétendre que ces matières ne satisfaisaient point aux conditions de la vie spontanée, mais qu'il en serait autrement avec des liquides organiques naturels ; que ceux-ci exposés au contact de l'air pur seraient propres sans doute à la production d'êtres nouveaux non issus de parents semblables à eux. Cette nouvelle expression de l'hypothèse de la génération spontanée, et c'était la seule, à mon avis, qu'on pût invoquer encore après la publication de mon Mémoire de 1863, est condamnée parles faits qui précèdent.

Ces mêmes résultats rendent complètement inadmissibles les hvpothèses émises dans ces derniers temps par MM. Fremy et Trécul au sujet des causes de la fermentation :

« A côté des principes immédiats définis, dit M. Fremv, que la synthèse peut former, tels que le glucose, l'acide oxalique et l'urée, il existe d'autres substances beaucoup moins stables que les précédentes, mais aussi beaucoup plus complexes quant à leur constitution; elles contiennent tous les éléments des organes : on y trouve du carbone, de l'hvdrogène, de l'oxygène, de

(1) Gayon, Comptes rendus de l' Académie des Sciences et Anncdes scientifiques de l'Ecole Normale supérieure ; 1 8y ^— i S7.5.

l'azote, même du phosphore, du soufre, souvent de la chaux et des sels alcalins. Ces corps sont les albumines, la fibrine, la caséine, les substances vitellines, etc. La synthèse chimique ne les reproduit pas. Il est impossible, selon moi, de les considérer comme des principes immédiats définis; je les désigne sous le nom général de corps hémiorganisés , parce qu'ils tiennent le milieu entre le principe immédiat et le tissu organisé.

» Les corps hémiorganisés, qui contiennent tous les éléments des organes, peuvent, comme la graine sèche, se maintenir dans un état d'immobilité organique ; mais aussi ils peuvent en sortir lorsque les circonstances deviennent favorables au développement organique. En raison de la force vitale qu'ils possèdent, ils éprouvent alors des décompositions successives, donnent naissance à des dérivés nouveaux et engendrent des ferments dont la production n'est pas due à une génération spontanée, mais à une force vitale, préexistant dans les corps hémiorganisés, et qui s'est simplement continuée en se manifestant par les transformations organiques les plus variées. »

Après avoir développé ces opinions hypothétiques et confuses, M. Fremy continue :

« Je ne les considère donc pas (les corps hémiorganisés) comme servant simplement de nourriture à des animaux et à des végétaux qui seraient les seuls agents des fermentations ; mais je leur attribue un rôle direct, et j'admets que, sous les influences que j'ai citées précédemment (1), elles peuvent éprouver une organisation véritable et complète, et produire des ferments qui ne dérivent, comme on le voit, ni d'une graine, ni d'un œuf, mais d'un corps hémiorganisé dont la force vitale est devenue active (2).

» On voit que ces opinions sont bien différentes de celles que M. Pasteur a développées dans ses travaux, puisque nous fai-

(1) Parmi ces influences, « une des plus importantes, dit M. Fremy, est celle de V entraînement organique » : autre hypothèse gratuite.

(2) Fremy, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LVIII, p. 1167; 1864.

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