‹ Etudes sur la celluleChapitre 1 sur 21 · Etudes sur la cellule · texte numérisé non relu

Etudes sur la cellule

Les progrès accomplis au xix^ siècle dans toutes les branches de la Botanique, ont eu pour résultat de multiplier les points de rapprochements entre le règne animal et le règne végétal (1).

Les découvertes les plus récentes sur la cellule, sur les phénomènes intimes de la fécondation, sur le développement des organismes inférieurs, tendent toutes à nous faire admettre une origine commune pour les deux règnes. Il est dès lors intéressant de rechercher cette origine, de se demander lequel des deux règnes a précédé l'autre, d'essayer d'entrevoir la cause qui a provoqué la distinction en animaux et végétaux. On peut se demander pourquoi il y a eu ainsi deux courants principaux qui, partant d'une même source, s'éloignent l'un de l'autre, accentuent leurs différences et donnent fi nalement des êtres

(1) J. Sachs : Histoire de la Botanique, traduction Henri de Varigny, Paris, mî.

2 P.-A DANGEARD

aussi dissemblables par leur organisation et leur manière d'être, que les plantes supérieures et les vertébrés.

Lorsque la pluie tombe sur un de ces hauts plateaux qui séparent deux bassins, c'est une simple différence de niveau qui détermine la direction que prendra la goutte d'eau allant se perdre dans la Méditerranée ou l'Océan; trouvons-nous quelque chose d'analogue au début des deux règnes ?

Nous répondons par l'afïirmative ; nous pensons que la différenciation en animaux et végétaux correspond aux différences qui se sont manifestées au début delà vie dans le mode de nutrition.

Il peut paraître téméraire de poser la question dans ces termes : nous croyons cependant qu'elle ne peut blesser aucune conviction ; la marche de l'évolution tout entière repose sur des idées du même genre : sélection naturelle, adaptations diverses; nous nous bornons à faire intervenir d'une manière plus directe un facteur dont l'importance semble avoir été trop négligée jusqu'ici.

Ce n'est pas d'ailleurs la première fois que nous formulons cette idée (1) ; elle n'a pas été sans avoir eu déjà quelque influence sur la classification ; nous voulons, s'il se peut, entraîner la conviction ; nous désirons tout au moins développer notre pensée assez clairement et assez explicitement pour qu'on n'ait plus l'excuse de nous avoir mal compris.

S'il devenait prouvé que l'organisation générale de la plante a été commandée par le « mode de nutrition», nous n'aurions plus la même difficulté à faire admettre son rôle et sa signification à l'origine de la vie; nous allons donc essayer cette démonstration.

Nous n'ignorons pas sur quel terrain nous nous aven-

(1) P. -A. Dangeard : Notice bibliographique sur nos publicalions en botanique (Le Botaniste, 4» série, janvier 1895).

l'influence du mode de nutrition 3

turons; nous nous y sommes engagé presque malgré nous ; en voulant écrire quelques pages d'introduction à un Traité des Champignons, des questions se posaient les unes après les autres et demandaient une réponse. Nous avons cherché les solutions ; nous croyons en avoir trouvé quelques-unes et nous les soumettons à nos lecteurs ; la plupart sont des collègues dans l'enseignement des Universités; ils nous aideront par leurs critiques à faire la part de ce qu'il peut y avoir d'exact et d'utile dans ce mémoire. ,

Nous aurions voulu donner une place plus grande à la bibliographie ; dans ce but, nous avons parcouru un grand nombre d'ouvrages consacrés à l'évolution, ceux de Darwin, Heeckel, L. Agassiz, de Quatrefages, Spencer, Delage, Perrier, Saporta et Marion, Werworn, Le Dantec, etc.

Les tendances de quelques-uns de ces livres sont nettement matérialistes : nous avons le vif désir que nos idées sur l'influence du mode de nutrition dans l'évolution de la plante ns puissent encourir le même reproche.

Aucun des auteurs dont nous venons d'énumérer les noms ne s'est placé au même point de vue que nous, ou, s'il l'a fait, c'est à notre insu. Si certaines de nos conclusions se rapprochent de celles qui ont été formulées par Spencer dans ses « Principes de biologie », on voudra bien reconnaître que nous y sommes arrivé par une voie différente et qui nous est personnelle.

Influence du mode de nutrition.

L'ensemble des végétaux est formé par deux séries d'importance inégale.

La première comprend les plantes dépourvues de chlorophylle : elle est composée des Champignons et de la presque totalité des Bactériacées.

La seconde renferme toutes les plantes colorées en

4 P. A. DANGEARD

vert par la chlorophylle : ce sont les Algues, les Muscinées, les Cryptogames vasculaires, les Gymnospermes et les Angiospermes.

Dans les deux séries, la nutrition est superficielle : la digestion et l'absorption ont lieu au contact des surfaces externes; l'organisme n'introduit à son intérieur que des substances à l'état liquide ou gazeux qui sont ensuite modifiées au sein du protoplasma et incorporées à sa masse.

La nutrition superficielle est un caractère commun à toutes les plantes, de même que la structure cellulaire est un caractère commun à tous les êtres vivants; mais, tandis que les Champignons ne possèdent que ce mode de nutrition, les plantes à chlorophylle ont, en outre, une nutrition dite « holophytique » ; elle leur permet de fixer dans leurs tissus le carbone de l'air sous l'influence des rayons solaires.

Ces différences dans la nutrition ont déterminé des différences considérables dans l'évolution des deux séries; elles ont produit deux types d'organisation qui s'éloignent à tel point l'un de l'autre que certains auteurs font des Champignons ou Mycètes un règne à part.

Page 1