TÉMOIGNAGE DE L'ANCIEN TESTAMENT
venue. Dieu se rend sensible aux hommes qui l’ignorent ou le méconnaissent. Mais sa manifestation est une lutte; ses œuvres sont des victoires; pour pouvoir Jeter dans l'humanité les fondements de son royaume, Dieu est obligé d'en interrompre le développement naturel, et chaque progrès du bien est un miracle. Le péché est donc le sombre arrière-plan de ces grandes actions divines; la doctrine de la dépravaüon de lhumanité est la base de la théologie de l'Ancien Testament.
Si nous entrons dans les détails, nous trouvons d’abord toute une série de passages proclamant d’une manière très-énergique l’universalité du péché. «Nul n’est juste devant Dieu» (Ps. CXLIIT, 2; Koh. VII, 90 etc.). «il n'y a point d'homme qui ne pèche» (1 Rois VIIT, 46). « Tous ont failli, tous sont pervertis, il n’y a pas un seul qui fasse le bien» (Ps. XIV, 2 et suiv.). Si l'humanité est dépravée, c’est parce que le cœur de l’homme est mauvais: «Tout ce que le cœur de l’homme forme et conçoit (VX? fo est mauvais depuis son enfance.» C’est le jugement que Dieu prononce et sur la génération qui par ses vices surhumains mérita le châtiment du déluge (Gen. VI, 5) et sur la famille du Juste qui seule avait été épargnée (VIII, 21). L'homme est pécheur dès son origine, il naît dans la faute; déjà au moment de sa conception le péché souille sa nature (Ps. LT, 7). Le cœur de l'homme est donc toujours «malicieux et perverti » (Jér. XVII, 9). Tout ce qui est humain est impur, indigne de s'approcher de Dieu, et doit trembler devant le feu dévorant de-sa sainteté (voy. p.ex. Exode XIX, 49 et suiv. ; Lévitique XVI, 9; Esaïe VI, 5). Le péché
et la mort sont deux maux inséparables l’un de l’autre et inséparables de la nature humaine actuelle; tantôt la mort est présentée comme la conséquence et le châtiment du péché (Ps. XC); plus souvent c’est le péché qui paraît comme une suite naturelle de la condition misérable de l’homme.
L'homme né de la femme
Est bref d'années et abreuvé de tribulations; Comme une fleur il éclot et se fane,
Il fuit comme une ombre et ne demeure pas.
Æt sur un tel être tu aurais levé ton regard? Avec moi tu entrerais en contestation?
Qui peut sortir pur d’une souche impure?
Pas un! etc. (Job XIV, 1-4.)
Comment un homme serait-il juste devant Dieu? Comment serait innocent le rejeton de la femme? Voici, même la lune ne brille pas,
Et les étoiles ne sont pas pures devant toil L'homme le serait-il, ce ver,
Le fils de l’homme, cet insecte? (XXV, 4-6.)
L'homme est-il juste devant Dieu ?
L'homme est-il pur devant son Créateur ? —
Voici — il n’est pas sûr de ses serviteurs,
Il accuse ses anges d’erreur!
Que faut-il penser de ceux qui habitent des huttes d'argile, Dont le fondement est dans la poussière? . . . (IV, 17-49.)
Comp. encore Job IX, 2 et suiv.; Ps. LXXXIX, 48; CIIT, 14 etc.
Cependant, au milieu de cette humanité dépravée, il y a un peuple qui est pour Dieu un objet d'affection et de satisfaction, un peuple élu pour conserver dans la ruine générale et garder pour un avenir meilleur les ütres de l'humanité, l'histoire de son origine, le souvenir de sa voca:ion, la foi en Dieu et l'espoir du salut.
TÉMOIGNAGE DE L'ANCIEN TESTAMENT. 63 Mais Israël çau col roïde » (Deutér. IX, 6) n'a pas mérité celte distinction. La grâce de Dieu l’a tiré de la boue du péché (Ézéchiel XVI), et ce qui en fait le peuple aimé de Dieu, ce ne sont pas ses vertus nationales, ce sont les institutions religieuses et sociales dont Dieu Fa doué, c’est avant tout le décret irrévocable de sa vocation. Lorsque la contemplation de la loi divine fait tressaillir de joie le cœur d’un Israëlite, il a moins en vue le contenu de cette loi que la faveur de posséder uu code révélé, preuve de l'existence de Dieu et gage de son amour. Lorsqu'un Israélite se glorifie de ses œuvres, c’est pour dire qu'il se sent digne d’être et de rester un membre du peuple de Dieu. — Pour garder sa position privilégiée, ce peuple n’a qu’à conserver ses istilutions, à se laisser diriger par Dieu et à se soumettre avec confiance à sa volonté. La foi, l'acceptation pleine et joyeuse de la révélation divine est à chaque moment de lhistoire religieuse la condition du salut de la nation et des individus (Genèse XV, 6; Psaume CVI, 12. 31; Isaïe XX VIII, 16; Habac. I,6). — Aussi les écrivains sacrés racontent avec une étonnante sincérité les défaillances de leurs saints les plus vénérés et de leurs plus glorieux héros. C’est chez eux que nous trouvons les plus émouvantes confessions de péché; l'humanité prie encore aujourd'hui par leur bouche et retrouve ses souffrances morales dans les gémissements du Psalmiste. Le fond de la piété juive est le sentiment de la misère morale ; les Israélites fidèles se plaisent à s'appeler les misérables (2%35), les humiliés (D3P2IK, Psaume XXII, 25; XXXVII, 11; LXIX, 33 et suiv.; EXXII, 2 etc.), les misérables de Dieu (Ps. LXXIV, 19), et sont persuadés que la contrition est le senti-
ment religieux le plus vrai et le plus nécessaire (Is. LVIL, 46; LXVI, 2, Ps. XXXIV, 49; LI, 19 etc.).
Les institutions juives ne font toutefois qu’arrêter pendant peu de temps le progrès du mal; le péché refoulé conserve et redouble sa puissance ; les manifestations de la bonté divine alternent avec les recrudescences de la . corruption. Pour guérir la volonté, il faut plus qu'une loi, il faut une circoncision du cœur (Deutér. XXX , 6), une effusion de l'esprit de Dieu (Joël IE, 1), une régénération (Psaume LI, 12; Jérémie XXIV, 7; Ézéch. XI, 19; XXXVI, 25). Par la bouche d’un de ses plus grands prophètes, le peuple châtié, effrayé de sa misère morale, crie à Dieu: « Convertis-moi, pour que je me convertisse ! Guéris-moi, pour que je devienne sam!» (Jérémie XXXI, 18; XVII, 14), et le même prophète console du présent par la perspective d’une nouvelle alliance, dans laquelle la loi morale ne sera plus une lettre morte gravée dans la pierre, mais où elle sera gravée dans le cœur, le sentiment qui l’anime, la disposition de la volonté (XXXI, 33).
Les nations, les autres peuples sont sous la domination du péché par le fait qu'ils sont abandonnés à leur propre développement, et déplaisent à Dieu par cela seul qu’ils sont en dehors de l’économie d'Israël. L’exs clusivisme de la nation juive, la certitude si profondément enracinée dans son cœur qu’elle est seule le peuple chéri de Dieu et qu’en dehors d'elle il n’y a que ténèbres et péché, la tendance fondée dans sa législation, favorisée par sa position géographique et historique, encouragée par ses prophètes, de se fermer autant que possible à toute influence extérieure, la conviction enfin qui se lit sur chaque page de l’Ancien