La trace foliaire du Tubigaulis solenites
Le genre Tubicaulis est le plus ancien genre connu de la famille des Zygoptéridées. Il fut séparé par Corda (| 4) du reste de cette famille, parce qu’il avait une trace foliaire en croissant, et non en H ; la ressemblance que cette trace foliaire offrait avec celle des Anachoropteris , découverts par Corda dans les sphérosidérites de Radnitz, conduisit la plupart des auteurs à ranger, provisoirement au moins, les Tubicaulis dans la famille des Anachoroptéridées.
Malheureusement, tandis que la structure des frondes d’ Anachoropteris a pu être complètement élucidée, il subsistait toujours et il subsiste encore quelque doute au sujet de celles des Tubicaulis. O11 connaît plusieurs stipes de Tubicaulis , appartenant à des espèces différentes, mais tous assez
mal conservés. Nous citerons : T. solenites et T. dubius : le
G ranima topteris Rigolloti de Renault (27) pourrait être aussi un stipe de Tubicaulis ; en outre entre les racines des gros Psaronius de Chemnitz, 011 aperçoit fréquemment des stipes de Tubicaulis ; mais en général, 011 ne peut pas suivre la fronde assez loin du stipe, c’est-à-dire jusqu'à un niveau où la trace foliaire deviendrait intéressante.
Nous ne nous occuperons que du T. solenites , qui est Le mieux connu. Cette espèce n’est représentée que par un seul exemplaire, dont la majeure partie est conservée au Musée Minéralogique de Freiberg. Des plaques polies, détachées du même exemplaire se trouvent à Chemnitz, à Dresde,
à Berlin et à Londres. C’est un magnifique tronc de fougère arborescente de 40cm de haut et de 20cm de diamètre à la base; ce tronc a conservé toutes les bases de ses frondes attachées autour de lui.
Le stipe possède une masse de bois pleine à contour circulaire, apparemment dépourvue de trachées. Les masses sortantes destinées aux frondes, prennent naissance à la périphérie de la masse ligneuse. Elles sont d’abord ovales et à peine courbées ; puis elles s'allongent et prennent en pénétrant dans la fronde la forme d’un croissant, dont la convexité est tournée vers le stipe. Le diamètre de la fronde augmente en s’éloignant du stipe ; sur les frondes les plus externes, le croissant est plus développé; ses extrémités subissent une courbure brusque, qui les rabat vers l’axe de symétrie de l’organe (fi g. 25 du texte). C’est à ce niveau, à
Fig. 25. — Tabicaidis soleniles. Trace foliaire sur une fronde très éloi- ^ gnée du stipe.
3 Api., apolaire médiane.
^ R, R, renflements récepteurs.
1, 2, 3, états successifs de la sortie. Les tâches noires indiquent la situation probable des pôles ligneux.
peu près que se trouve le point d’émission des pièces sortantes, destinées aux rachis secondaires de la fronde. Si l’on suit une pièce sortante, on remarque qu'avant de quitter la fronde, elle se divise en deux ; mais la ligne de division est perpendiculaire à l’axe de symétrie du rachis primaire et non parallèle (Sg, flg. 106, pl. XV). Ceci laisse supposer, que la pièce sortante se ramifie perpendiculairement à la pièce mère, c’est-à-dire qu’elle est tournée de 90°. Ce phénomène était déjà bien visible sur la figure très fidèle publiée par Stenzel notamment sur les frondes marquées : 22, 25, 32, 33, etc. (1); il s’observe sur toutes les frondes en voie de
(1) N oir lig. 2, pl. 1 du travail de Stenzel (3T).
CLASSIFICATION DES Z Y GOPTERIDEES .
ratification, que l'on peut voir sur les différents fragments du TubicavMs solenites. C’est donc un fait bien établi, qu’il paraissait difficile d’expliquer, tant que bon croyait que les lubicaulis étaient voisins des Anachoropteris ; car chez ces derniers les rachis secondaires sont parallèles au rachis primaire, qui les porte. Mais la question change complètement d’aspect dès que l’on connaît la structure du Gyropteris sinuosa ; il est clair en effet que le mode d’émission des pièces sortantes et leur orientation sont pareils dans ces deux frondes.
Aussi nous avons fait tout ce qui dépendait de nous, pour arriver à préciser la structure delà trace foliaire du T. solenites. M. de Solms Laubacli a eu l’extrême obligeance de mettre à notre disposition ses meilleures préparations. Malheureusemenl la conservation du T. solenites est très défectueuse et nos efforts n'ont pas été entièrement couronnés de succès ; bien que sachant d’avance où nous devions trouver les éléments de protoxylème, nous n’avons pas réussi à les voir.
Voici ce que nous avons constaté (fig. 106 et 107, pl. XV) ; 'la lame ligneuse, en forme de croissant, a sensiblement la même épaisseur sur toute son étendue ; il n’y a pas sur sa convexité de saillies, qui puissent faire croire à l’existence de pièces réceptrices antérieures rudimentaires semblables à celles du G. sinuosa , ou de pôles en cupndes comme ceux des Anachoropteris (voir chap. I, 4e partie). Iln'y a rien non plus, qui révèle l’existence de groupes trachéens en voie de translation. La pièce sortante prend naissance par un bourgeonnement, qui se produit à une petite distance de l’extrémité de la lame ligneuse (Srf, fig. 107). Sur les frondes les plus externes, c’est à l’endroit où la lame ligneuse subit une courbure brusque, qu’apparait ce bourgeonnement (fig. 25 du texte). Le bourgeonnement n’est donc pas terminal, iln’est pas non plus latéral, comme chez Anachoropteris (fig. 108, pl. XV) ; relativement à ces derniers, le point d’émission de la pièce sortante est certainement beaucoup plus voisin de l’extrémité de la lame ligneuse.
La pièce sortante, de forme ovale, est libérée parallèlement à la pièce mère ; mais bientôt on la voit tourner de 90°, de manière que sa face antérieure regarde la pièce mère ; plus tard elle se coupe en deux (Sÿ, fig. 106) ; il est problable que ce n’est pas là une simple dichotomie, mais qu’il y a en réalité émission d’une ramification hâtive destinée à un rachis tertiaire.
Tout ceci nous conduit à considérer la lame ligneuse du Tubicaulis solenites , comme composée d’une apolaire médiane ApL, et de deux pièces réceptrices postérieures Rp (fig. 25, texte). Les pièces réceptrices antérieures déjà très réduites chez G. sinuosa , ont disparu ici sans laisser de trace ; quant aux antennes et aux renflements récepteurs postérieurs, ils s’alignent de manière à constituer avec l’apolaire médiane une seule lame ligneuse à courbure inverse. Si la conservation était meilleure, on trouverait très probablement des trachées devant les renflements récepteurs, c’est-à-dire devant la région, qui bourgeonne pour donner naissance à la pièce sortante.
Nos connaissances actuelles sur le Tubicaulis solenites , demeurent assurément fort incomplètes. Telles qu’elles sont, elles ne permettent plus de laisser les Tubicaulis au voisinage des Anachoropteris (1) ; c’est auprès du Gyropteris sinuosa, que nous devons les placer. La trace foliaire de ce dernier genre est d’ailleurs déjà très suggestive; elle nous montre qu’il est possible, en partant de la trace zygoptéridienne normale, de réaliser par des déformations appropriées une lame ligneuse unique, mince et allongée, à courbure inverse, d’épaisseur uniforme sur toute son étendue et qui représente en réalité : une apolaire médiane, deux antennes et deux renflements récepteurs, tous placés dans le prolongement les
(1) La quatrième partie de notre étude nous fournira l’occasion de décrire la trace foliaire de Y Anachoropteris Decaisnei, et de préciser les différences profondes, qui obligent à séparer les Tubicaulis de la famille des Anachoroptéridées.
CLASSIFICATION DES ZYGOPTERIDEES.
uns des autres (1). Pour passer du G. sinuosa au T. solenites , il suffit d’exagérer la courbure inverse de la lame ligneuse.
En résumé, il existerait une série de Zygoptéridées, la série III, comprenant les termes suivants :
Clepsydropsis — Metaclepsydropsls — Diplolabis — Gy r opte? is — T ubiccmlis .
Cette série à partir du 4e terme est caractérisée : 1° par la perte du plan de symétrie accessoire ; 2° par la suppression des pièces réceptrices antérieures ; 3° par l’allongement de la lame ligneuse restante et par la courbure inverse de cette lame.
Nous croyons pouvoir affirmer l’existence de cette série malgré les lacunes dues au mauvais état de conservation des Tubicaulis.