‹ Études sur la infusoires et les rhizopodes; (volume 2)Chapitre 38 sur 65 · Loe. cit · texte numérisé non relu

Loe. cit

Nos observations sur la Podophrya Cydopim concordent avec celles de M. Stein. Seulement, tandis que ce savant n'a observé que des embryons excessivement petits, équivalant à peine peut-être à 1/10 de la masse de l'animal-parent, nous avons vu presque constamment de gros embryons, qui souvent n'étaient pas inférieurs en taille à la moitié du corps de l'organisme-parent. C'est du reste là, ainsi que" nous le verrons chez d'autres espèces, un fait sans grande importance. — L'embryon possède déjà un nucléus et une vésicule contractile. — Une fois même nous avons trouvé ce dernier organe double (PI. II, fig. 6), l'une des vésicules étant au-dessus de la ceinture de cils vibratiles, tandis que l'autre, beaucoup plus petite que la première, se trouvait audessous.

Une fois nous avons remarqué qu'après la sortie d'un embryon par une déchirure de l'organisme-parent, le nucléus, qui était d'abord simple et unique, se partagea en deux. Il est fort probable, comme le montrera la suite de nos observations, que cette division spontanée du nucléus n'était que le prélude de la formation d'un embryon nouveau. Nous ne pûmes toutefois poursuivre cette Podophrya jusqu'au moment oîi l'une des parties du nucléus dût prendre les caractères d'un nouvel embryon.

Sur les racines delà Lenina minor, nous trouvâmes plusieurs fois, et en grande abondance, des Podophrya (PI. II, fig. 7, 8 et 9), que nous crûmes d'abord appartenir à l'espèce que M. Stein a désignée sous le nom à'Acinète de la lentille d'eau (Acinete der Wasserlinse). Mais en les comparant attentivement avec la Podophrija Cyclopmn, nous sommes convaincu qu'elles concordertt parfaitement avec cette dernière, de sorte que nous les considérons comme identiques. Parmi ces Podophrya , les unes n'avaient qu'une seule vésicule contractile, tandis que d'autres en avaient deux. Les embryons de ces dernières avaient également deux vésicules contractiles, comme leurs parents. Par contre, les individus, beaucoup plus rares, qui n'en avaient qu'une, renfermaient des embryons munis comme eux d'une seule vésicule contractile.

Nous avons vu très-fréquemment l'acte de la parturition. Une fois même l'embryon avait contracté une adhérence intime avec la paroi interne de la cavité qui le renfermait dans son parent, et lorsqu'il fut mis au monde, il en résulta une procidence de cette

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membrane paroi (V. PI. 11^ fig. 8), ensuite de laquelle le corps de la Podophrya s'affaissa considérablement.

Nous eûmes plusieurs fois l'occasion de poursuivre jusqu'au bout le développement des embryons de ces Podophrya. Afin de pouvoir faire nos observations avec plus de sûreté, nous choisissions une Podophrya renfermant un embryon qui se livrait déjà a un mouvement de rotation très-animé , et nous la placions dans une goutte d'eau , après nous être assuré que celle-ci ne renfermait ni Acinétinien, ni Vorticellien, ni embryon d'Acinétinien. Nous vîmes ainsi plusieurs fois l'embryon quitter le corps de son parent, et h l'aide d'un faible grossissement, nous pûmes poursuivre, sans trop de difficulté, ses mouvements saccadés et rapides. Une fois, au bout d'une demi-heure, nous vîmes ses mouvements devenir plus lents. Bientôt il devint parfaitement immobile; sa ceinture de cils disparut, et peu de temps après , il étendit assez rapidement plusieurs suçoirs au dehors. L'embryon était devenu une Podophrya semblable à son parent.

Quelques autres essais furent plus difficiles , quant à l'exécution , parce que les embryons nageaient avfec énergie pendant près de deux heures avant de passer à l'état de repos. Notre figure 40 (PI. II) représente un embryon muni de deux vésicules contractiles, que nous voyons (fig. 9) quitter le corps de son parent. La figure 11 représente le même embryon au moment où il fait saillir ses suçoirs. Enfin dans la figure 13, nous voyons une jeune Podophrya, munie d'une vésicule contractile, qui est issue de la métamorphose de l'embryon de la figure 1^^.

M. Cienkowsky ' a fait connaître quelques observations qui ont probablement rapport à la même Podophrya qui nous occupe maintenant. Lui aussi a vu quelquefois un embryon engendré par une Podophrya se transformer de nouveau en Podophrya".

1. Bulletins de la classe physico-mathématiquo de l'Académie de St-Pétersbourg, 1855.

2. Chez \aPodophryafixu, chez laquelle M.CiekowsUy a égaleineiil observé la formation d'eHibi'yous,eesavaiit a vu se former un kyste des plus intéressants. Ce kyste, qui nous est du reste bien connu, présente des plis circulaires trèsréguliers, et a été décrit par M. Weissc (Bulletins de la classe physico-mathématique de l'Acad. de St-Pétersbourg, 1845, Tome V, p. 223) comme un infusoire particulier, sous le nom d'OrcuJa Trochus. M. Stein, qui a également rencontré ces kystes, a supposé qu'ils appartenaient à la Vorlicella microsloma . Ce ne serait, suivant lui, qu'une modification pathologique des kystes de ce cette Vorticelline. Il a pris, comme M. Cienkowsky l'a montré, le moment où la Podophrya fixa commence à former son kyste pour celui où le kyste de Yoilicelle devient une Podophrya. Or, comme l'opinion de M. Cienkowsky, qui voit dans VOnula Trochus un kyste de Podophrya fixa, repose sur une observation directe et continue de tout le phénomène d'enkystcment, l'hypothèse de M. Stein sur le passage des kystes de la VorticeUa microsloma à l'éial de Podophrya fixa se tion\e privée de toute base solide.

d15 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES

Des mesures prises sur des individus appartenant à la Podop/mja Ci/clopum, et trouvés sur des racines de Lemna minor, nous ont donné les résultats suivants :

Longueur et largeur des adultes 0""'', 05

Longueur de l'embryon à l'état de liberté. 0, 03

Largeur 0, 013

Largeur de la toute jeune Podophrya 0, 017

Longueur du pédicule 0, 013

B. PODOPHRYA CARCHESII.

Le 2 décembre 1855, nous avions été puiser un verre plein de Callitriches dans un étang du parc de Berlin, bien que ce bassin fût déjà à peu près complètement revêtu d'une couche de glace assez épaisse. Les feuilles et les tiges de la plante étaient recouvertes d'une masse énorme de Carchesium polypimim qui avaient fixé là leur résidence. La colonie se composait, en majeure partie, d'individus isolés, et ceux-ci atteignaient, pour des Carchesium polypimim ^ une taille vraiment surprenante. Outre cette gracieuse Vorticelline, nous trouvâmes sur les feuilles de Callitriche plusieurs autres espèces appartenant à la môme famille, douées de pédicules contractiles, en particulier la Vorticclla Campamda , tandis qu'une foule d'autres infusoires s'agitaient à l'entour. Nous ne mentionnerons parmi ceux - ci que de magnifiques exemplaires du Trachelius Ovum et de la Lacrymaria Olor, quelques individus appartenant au Paramecium Bursaria, les uns colorés par de la chlorophylle, les autres non, puis des Pleuronema Chrysalis, des Paramecium Aurélia, des Glaiicoma sciutillans, des Euplotes Patella, des Stylonychia pustulata, des Stentor polymorphus, etc. Ceci soit dit en passant pour prouver que la vie infusorielle ne s'éteint point avec l'arrière-saison et que quelques

ET LES RHIZOI'ODES. \iS

espèces du moins monlrent à cette époque de l'année un développement considérable et une grande fécondité.

Sur les familles de Carchesium, où nous n'avions jusqu'alors, à l'exception d'une fois ' , jamais trouvé de parasites, et qui semblent en effet, vu la grande contractilité de leur pédicelle, devoir rester à l'abri d'hôtes incommodes, sur ces familles, disons-nous, nous trouvâmes une espèce d'Acinétinien jusqu'alors inconnue. Ce serait donc là, d'après M. Stein, l'état acinétiforme du Carchesium polypinwn. Aussi, en mémoire de la célèbre théorie de ce savant, et en considération de ce que nous n'avons trouvé jusqu'ici ce parasite que sur des Carchesium, nous lui avons donné le nom de Podophnja Carckesii. Ces Podophrya atteignaient une taille à peu près égale à la moitié de la longueur des Carchesium sur les pédicules desquels elles avaient fixé leur demeure. Quelques-unes n'atteignaient pas même une taille égale à la moitié du diamètre de l'organe vibratile de ces Vorticellines. A l'aide d'un pédicule (V. Pi. IV,fig. 6, 7 et 8) court et épais, qui paraissait être formé par une simple prolongation des téguments, elles étaient fixées sur les pédicules, bien plus gros, des Carchesium. Il n'est pas besoin d'ajouter que les pédicules des Podophrya ne possédaient pas la moindre trace de la contractilité qui caractérise ces derniers. Le corps avait la forme d'un ovoïde allongé, dont la pointe était dirigée vers le bas, et il se distinguait immédiatement de la Podophrya des Cyclopes et des lentilles d'eau par le fait qu'un faisceau de suçoirs peu dense naissait toujours d'un seul côté de l'animal, côté que nous désignerons par suite comme étant le côté ventral. En raison de cette circonstance, ces Podophrya paraissent être munies d'une espèce de bosse qui atteint surtout un développement fort grand chez les individus renfermant un embryon. C'est à cette place qu'a lieu la déchirure par laquelle ce dernier quitte le corps de son parent. Le corps de ces Podophrya est d'un gris pâle. Leur aspect varie du reste beaucoup, comme cela se comprend, suivant la masse de nourriture qu'elles ont prises. Elles cherchent fréquemment leur pâture dans ces Carchesium que, dans la théorie de M. Stein, on serait à coup sûr tenté de considérer comme des membres de leur propre famille. Dans l'intérieur de la bosse, se trouve une assez grosse vésicule contractile, et à peu près vers le milieu du

i. Nous en toucherons quelques mots plus loin à propos des kystes de VEpislylis pUcatilis.

corps, le nucléus gros et granuleux.. Chez un individu, nous vîmes ce dernier organe comme partagé en deux par un étranglement. C'était là probablement, comme nos observations sur d'autres infusoires le rendront tout à fait vraisemblable, le premier indice de la formation d'un embryon*.

Le corps (nous ne parlons pas du pédicule) de cette Podophrya est très-contractile : il se resserre souvent en produisant de profondes rides à sa surface, et change parfois subitement de forme par une contraction vive. Les suçoirs, dont la longueur atteint en général une fois et demie celle du corps, ne sont que très-faiblement renflés à leur extrémité et s'agitent vivement en sens divers.

Chez plus de la moitié de nos Podophrya, l'on voyait un embryon contenu dans la bosse déjà mentionnée. Il dépassait en grosseur le nucléus placé à côté de lui (PI. IV, fig. 6). Tel était du moins le cas dans tous ceux de ces corps chez lesquels on reconnaissait avec évidence les caractères d'un embryon, c'est-à-dire dans tous ceux qui possédaient déjà une vésicule contractile et un nucléus, et qui étaient déjà susceptibles de se mouvoir. D'autres, qui étaient peut-être issus seulement depuis quelque temps d'une division du nucléus, et qui n'étaient pas encore bien caractérisés en tant que jeunes individus, ne dépassaient pas la grosseur de ce nucléus lui-même. Lorsque les embryons s'étaient retournés pendant longtemps dans la cavité qui les renfermait, le sommet de la bosse se déchirait, et les jeunes individus commençaient à se faiie voir par l'ouverture. Dès que la couronne ciliaire dont est muni chaque embryon arrivait au dehors, celui-ci s'aidait de ses vibrations , et l'accouchement était bientôt terminé. Les Podophrya conservaient leurs suçoirs étendus pendant toute la durée de l'opération.

, L'embryon, une fois né, se distingue, au premier coup d'œil, de. ceux des espèces voisines. Ces derniers (par exemple celui de la Podophrya Cijclopum) possèdent bien en effet une ceinture ciliaire, mais ils sont cylindriques, tandis que les embryons de la Podophrya Carchesii sont discoïdaux, ou, pour parler plus exactement, ont la forme d'une calotte (PI. IV, fig. 9 et 10). Le côté qui est situé en avant de la ceinture ciliaire est en effet plane ou même quelque peu concave, tandis que le côté opposé est légèrement voûté. L'embryon possède naturellement, comme son parent, une vésicule con-

I . Nous avons déjà mentionné un fail .inalogue à propos de la Podophrya Cycloputn.

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tractile. Ses mouvements ne sont pas très-rapides, et semblent toujours comme chancelants, si bien qu'il nous fut facile d'en poursuivre un pendant longtemps, même à un grossissement de 300 diamètres. Cette poursuite dura une demi-heure, mais malheureusement au bout de ce temps, l'embryon devint plus lent dans ses mouvements, et ne tarda pas à périr, de sorte qu'il ne nous fut pas possible d'observer ses métamorphoses subséquentes.

Des mesures micromélriques nous on donné, pour la Podophrija Carchesii, les résultats suivants :

Longueur du corps 0°'"\026 à 0,07

Longueur du pédicule 0,013

Embryon vu de face 0,035

Embryon mesuré d'avant en arrière 0,018

Il peut paraître intéressant, comme contre-partie des déductions que M. Stein base sur la taille des Acinétiniens et des Vorticellines qu'il leur rapporte, de comparer (cf. fig. 11) les dimensions des énormes Carchesium sur lesquels se trouvaient ces Podophryes avec celles de ces Podophryes elles-mêmes.

Longueur du corps des Carchesium . 0'°'",109

Largeur maximum 0, 09

Épaisseur du pédoncule en dessous de la base du corps. 0, 017

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