Loc. cit., p
qui n'a point su leur trouver d'état acinétiforme, ou bien la Spirochona, cette autre forme si élégante que M. Stein a été également le premier à signaler. Il est vrai qu'il a su lui trouver une phase acinétiforme aussi élégante que la Spirochona elle-même, à savoir le Dendrocometes.
Puisque nous nommons les Spirochona {S. yemmipara St.) et les Dendrocometes (D. Paradoxus St.), et que M. Stein fait grand bruit de la circonstance qu'il ne les a jamais trouvés l'un sans l'autre sur les Gammarus, nous remarquerons en passant que pendant deux ans, soit à Wiirzburg, soit à Gottingen, l'un de nous a en vain cherché la Spirochona gemmipara, bien qu'il trouvât bon nombre de Dendrocometes. Depuis lors nous les avons trouvés tous deux ensemble à Berlin, localité où M. Stein les avait également observés. Pourrait-on en déduire que les Spirochona de Berlin ont pris l'habitude de se transformer temporairement en Dendrocometes, tandis que celles de Wiirzburg et de Gottingen passent toute leur vie à l'état de Dendrocometes ?
Du reste nous n'avons pas de raison pour chercher tous les infusoires auxquels on pourrait rapporter la Podophrya du Gammarus Pulex à aussi bon droit qu'au Zoothamnium affine, puisque en nous demandant, la main sur la conscience, si nous voyons la moindre raison pour rapporter un Acinétinien à un autre infusoire qu'à lui-même, nous devons répondre par la négative. Nous ne connaissons aucune observation, ni de nous, ni de M. Stein, qui nous autorise à un rapprochement quelconque entre une Vorticelline et une Acinète.
Nous ne pensons pas devoir pousser plus loin nos citations, car nous croyons avoir suffisamment montré par celles qui précèdent que l'ingénieuse combinaison imaginée par M. Stein pour expliquer la propagation jusqu'ici inconnue des Vorticelhnes, nous croyons, disons-nous, avoir suffisamment montré que cette combinaison manque de tout fondement solide. Nous laissons aux faits le soin d'achever cette réfutation. Nous décrirons plus loin ce qu'il advient des embryons des Acinétiniens et nous exposerons le véritable mode de reproduction des Epistylis. Ce sera, pensons-nous, la meilleure réponse à faire à M. Stein.
Bien des personnes se sont déjà laissé séduire par la manière attrayante dont M. Stein a représenté ce développement, un peu trop théorique, et par l'exactitude qui caractérise les observations proprement dites de ce savant niicrographe ; toutefois nous
sommes convaincus que tout observateur impartial qui se donnera la peine de répéter ces recherches, le microscope en main, arrivera au même résultat que nous'.
Quand l'imagination prend les devants, la raison ne se hâte pas comme elle et la laisse souvent aller seule, a dit quelque part, Jean-Jacques Rousseau, le philosophe de Genève".
i. M. Cientowsky, qui a clierclié à répéter les observations de M. Stein sur une Podophrya (probablement la P. Cyclnpum), a observé comme nons le retour des embryons à l'état de Podophrya et non leur transformation en Vorticellines. — V. Bulletins de la classe physico-mathématique de l'Académie de St-Pétersbourg, 1854.
2. Plus de quatre années se sont écoulées depuis la rédaction de ces lignes, et nos objections à la théorie de M. Stein n'ont fait que se corroborer ; mais pendant ces quatre années aussi, nous avons pu nous convaincre tous les jours davantage que notre critique n'attaque que la théorie et pas les observations de M. Stein. Celles-ci dénotent toujours le savant scrupuleux. Loin donc de notre pensée toute attaque contre le mérite du niicrographe, car quel est l'homme qui ne s'éprendrait d'amour pour une théorie qui semble expliquer dans tous les détails des phénomènes jusqu'alors enveloppés d'un voile mystérieux? Dans l'intervalle, du reste, M. Stein (V. Tagbiatt der 32. Versamniluug deutscher Naturforscher und Aerzte in Wien im .lahre 1856, n" 5, et der Organismus der Infusionsthiere .Leipzig 1859.) a reconnu toute l'importance des objections élevées pai' M. CieiikowsUi et par nous contre la théorie de la reproduction par phases Acinétiniennes. Il a reconnu, avec une franchise digne d'éloges, qu'il est devenu peu probable, à la suite de ces objections motivées, que les Vorticellines se transforment jamais elles-mêmes eu Acinétiniens. Toutefois il hésite encore à considérer les Acinétiniens comme des êtres indépendants du cycle d'évolution d'autres infusoires. Ses doutes sont surtout basés sur le fait que les embryons des Paramecium et des Oxytrichiens sont munis de [)etits suçoirs semblables à ceux des Acinètes, suçoirs à l'aide desquels ils peuvent se lixer à des corps étrangers pour les sucer.
Nous avouons ue pouvoir partager les doutes de M Stein, sans contester cependant l'exactitude des observations sur lesquelles ils reposent. Nous avons nous-même constaté , comme les observateurs qui nous ont précédés (MM. Focke, Cohn, Stein), l'existence des petits filaments, terminés par un bouton, qui s'élèvent sur la surface des embryons du Paramniuni Bursaria, et bien que nous n'ayons pas vu ces embryons faire usage de ces filaments comme de suçoirs, nous sommes volontiers disposés à croire qu'ils fonctionnent comme tels. Les embryons de Stylouychia et d'Urostyla, que M. Stein a décrits en 1856 et 1859, ceux de la Nassula elegans, que M. Cohn a fait connaître en 18S7 (Zeitschrift f. wiss. Zool. IX, p. Ii3), ont tous les caractères de notre Sphœrophrya pusilla (V. Études, Tome Ii", p. 085, et Tome II, PI. I, fig. M et 12), tellement que nous ne sommes pas éloignés de croire que cette Sphœrophrya était l'embryon d'une Oxy trique (PI. I, lig. H), abondante dans la même eau. Il est vrai que nous avons vu plusieurs fois ces Spha;rophrya s'accrocher à des Oxytriques passant près d'elles et se laisser emporter par elles pour les sucer; mais il n'y a rien d'impossible à ce que les enfants sucent la mère. Toutefois tout cela ne prouve point que les Acinétiniens ne soient point ues êtres indépendants; il en résulte seulement qu'ils sont un type inférieur de la classe des infusoires, et (pie certains types supérieurs présentent, durant la période embryonnaire, quelques caractères qui les en rapprochent. Du fait que divers arthropodes se rapprochent à certains égards, durant leur jeune âge, du type des vers, on n'oserait conclure que les vers ne sont pas des individus indépendants. D'une part, ni nous, ni M. Stein (il le reconnaît lui-même maintenant), ni M. d'Udekem, sur les observations duquel nous reviendrons ailleurs, ni personne d'autre, n'a vu de Vorticellines se transformer en Acinétiniens; d'autre part, nous voyons tous les jours se multiplier les exemples d'embryons d'Acinétiniens devenant des Acinétiniens, sans qu'on ait cité un seul exemple d'une Acinète qui se soit transformée en quelque autre iufusoirc. En face de "ces faits, n'est-ce pas vouloir nager à pleine voile dans l'a priori et même l'improbable que de refuser aux Acinétiniens une existence indépendante?
Il est vrai ([ue M. Stein admet maintenant que les embryons acinétiformes des Paramecium se développent en Podophryes après s'être fixés quelque part; si bien que les Podopluyes, après avoir dû rentrer dans le cycle d'évolution des Vorticellines, s'en trouvent arT'achces pour être transplantées dans celui des Paramecium. A cette nouvelle
Il no u S reste maintenant à montrer quel est le véritable cycle de développement des Acinétiniens et des Vorlicellines. C'est ce que nous prendrons à tâche de faire dans les pages qui suivent.
théorie, nous objecterons les observations récentes de M. Balbiani {Journal de la Physiologie, 1858, p. 3i7), qui a pu suivre ces embryons assez longtemps, après qu'ils se furent détachés du corps maternel, et se convaincre qu'après avoir perdu leurs suçoirs, s'être entourés de cils vibraliles et avoir obtenu une bouche qui commence à se montrer sous la forme d'un sillon longitudinal, ils revêtent définitivement la forme de la mère, sans a\oir subi de plus profondes métamorphoses.
M. Stein nous a montré l'abnégation scientifique du véritable savant, de l'observateur scrupuleux, en abandonnant sa première théorie de la reproduction par phases acinétiformes, dès qu'il a reconnu le peu de solidité des bases sur lesquelles il l'avait établie. Nous ne doutons pas qu'il n'abandonne de même un jour la seconde. (Note de 1860).
408 ÉTUDES SUR LES liNFUSOIRES
REPRODUCTION DES ACINETINIENS.
(PODOPHRYA, ACIIVETA, DElVDROiîiOIVIA.
il. PODOPHRYA CYCLOPUM.
Cette espèce, découverte d'abord par M. Stein, est extrêmement abondante, surtout au printemps, sur le Cyclope des étangs {Cyclops quadricornis) . On peut la rencontrer sur toutes les parties du corps de ce crustacé; mais elle semble rechercher avant tout les places où elle est le plus à l'abri des injures extérieures. C'est ainsi qu'on la trouve de préférence entre les pattes du Cyclope ou à la base des antennes. Il n'est pas rare non plus de la trouver entre les appendices pennés qui ornent la partie postérieure de l'animal. Elle est ordinairement dans la société de VEpistylis digitalis , cet autre parasite du Cyclope, dontRôsel avait déjà constaté la présence sur ce crustacé. Cette Podophrya (PI. II, fig. 5) présente un corps globuleux, ou plutôt oviforme, aminci vers le bas. Sa partie supérieure est parfois arrondie (fig. 2) ; parfois aussi elle est munie de deux, trois ou quatre bosses qui laissent entre elles une dépression (fig. 5). C'est de cette partie supérieure que partent les suçoirs. Ceux-ci sont d'ordinaire réunis en plusieurs faisceaux, dont chacun est implanté sur l'une des bosses en question. Il résulte de là une grande ressemblance de forme avec la Podophrya quadripartita dont
nous aurons à parler plus loin ; mais elle s'en distingue cependant facilement par la brièveté de son pédicule. Celui-ci dépasse en effet rarement le tiers de la longueur totale de l'animal, tandis qu'il est fort long chez la Podophrya quadripartita, dont il atteint parfois jusqu'à trois ou quatre fois la longueur totale.
Nous avons toujours vu le corps de cette Podophrya rendu tout à fait opaque par l'accumulation dans son intérieur de particules ou gouttelettes qui faisaient songer à une émulsion oléagineuse. M. Stein paraît, lui aussi, avoir toujours trouvé cette même apparence .
Parfois, lorsque la partie supérieure est simplement arrondie et non bosselée, les suçoirs sont dispersés sur toute la surface sans former de faisceaux (fig. 6). Au travers de la substance à apparence oléagineuse, on voit percer, lorsqu'on observe avec attention, les contours mal définis d'un nucléus ovale, noyé dans le parenchyme de l'animal. Une vésicule contractile est toujours présente.
M. Stein prétend avoir toujours trouvé une immobilité complète dans cette Podophrya et semble vouloir lui dénier toute espèce de mouvement actif. Mais nous avons vu son corps se contracter, au point de se rider assez profondément à sa surface, et les suçoirs s'agiter d'une manière fort marquée.
C'est dans cette espèce que M. Stein a vu pour la première fois l'embryon d'un Acinétinien. « Lorsque je voulus, dit-il', déterminer la forme exacte du nucléus, j'aperçus avec étonnement à la place de celui-ci, dans la partie antérieure de l'animal, un corps à peu près cylindrique, arrondi, soit en avant, soit en arrière, et assez profondément étranglé dans son milieu. Ce corps tournait avec assez de vitesse au milieu de la substance qui remplissait le corps de l'Acinète. Au bout de fort peu de temps, il était parvenu à s'avancer jusqu'à la paroi antérieure du corps de l'Acinétinien, et il se mit à presser avec tant d'énergie contre celle-ci, qu'elle finit par rompre. A peine un tiers de l'animal était-il sorti par cette ouverture, que je le vis mettre tout à coup en jeu une ceinture de cils vibratiles que je n'avais ;o)u distinguer jusqu'alors. Quelques coups de ces cils suffirent pour mettre l'embryori en liberté, tandis que la déchirure du corps de l'Acinète se referma sans laisser de blessure. »