‹ Études sur la infusoires et les rhizopodes; (volume 2)Chapitre 40 sur 65 · L. ACINETA CUCULLUS · texte numérisé non relu

L. ACINETA CUCULLUS

Un jour que nous nous étions livrés à la pêche pélagique dans les environs de Bergen, dans le but de recueillir des animaux de la haute mer, comme des larves d'échinodermes, des Appendiculaires, des Acanthomètres , etc., nous trouvâmes dans l'eau recueillie à l'aide de notre petit filet, une magnifique Acineta. Sa coque régulièrement conique, reposait par la pointe sur un pédicule très-long et très-mince. Ce dernier

était libre. Sans doute le lilet l'avait détaché violemment de quelque Zostera ou de quelque algue. La relation entre le diamètre de la base du cône et sa hauteur était à peu près celle qui existe dans un pain de sucre ordinaire. La base du cône, c'est-à-dire l'ouverture de la coque était fortement échancrée d'un côté. La surface de cette coque dont la forme ressemblait donc assez à celle d'un casque à mèche, était recouverte de petits cils ou plutôt de petites épines courtes, roides mais très-fines (V. PI. IV, fig. 42). Peut-être n'était-ce là qu'une production étrangère , un végétal parasite. Cependant l'excessive régularité de ce ce revêtement d'épinules semble parler contre cette hypothèse.

Le corps de l'animal était lui-même conique, bien qu'il ne remplît pas exactement l'intérieur de la coque qui restait vide dans le bas et n'était en contact avec le corps de l'Acinèle que dans sa partie supérieure. Les suçoirs étaient disposés en deux faisceaux, un de chaque côté de l'échancrure. Leur longueur ne dépassait pas celle de la coque elle-même. Le corps de l'animal remplissait la coque jusqu'à son bord, mais ne s'élevait pas au-dessus de celui-ci. Dans sa partie supérieure il présentait une grande cavité dont le fond répondait assez bien au contour de l'échancrure du têt. Cette cavité renfermait six embryons, relativement assez gros, dont chacun était déjà muni d'une vésicule contractile. Plusieurs d'entre eux s'agitaient déjà dans l'intérieur de la cavité. Quant à l'Acinète elle-même , il ne nous fut pas possible de reconnaître sa vésicule contractile, ce dont il ne faut accuser que le peu de transparence de l'objet. Nous lestâmes dans une incertitude tout aussi grande à l'égard du nucléus.

Nous réussîmes à épier le moment oîi le premier de ces embryons sortit de la cavité et gagna le large. Sa forme rappelait celle de plusieurs embryons d'Acineta déjà connus. C'était un cylindre ou plutôt un ovoïde, muni d'une vésicule contractile (V. PI. IV, fig. 13). La partie antérieure est parfaitement nue. La partie postérieure est ornée de plusieurs ceintures vibratiles superposées les unes aux autres et insérées chacune dans un sillon particulier.

Largeur de la coque de l'Acinela Cucullus 0""",'26

M. ACINETA NOTONECT/Ë.

Nous n'amenons cette espèce sur le tapis que comme un argument de plus contre la théorie de M. Stein. Ce savant eût en elîet été embarrassé de trouver une Vorticelline propre à lui être rapportée. Cette Acinète habite entre les poils qui ornent les pattes ou rames de la Notonecta glauca. Sa coque est allongée, en forme de cornet et ouverte vers le haut (V. PI. II, fig. 44). Le corps de l'animal, dont la couleur est d'un vert jaune très-vif, la remplit assez exactement. Les suçoirs sont portés par deux tubérosités et paraissent peu mobiles. Le nucléus est ovale. Nous laissons à M. Stein le soin de trouver une "Vorticelline douée d'une coque semblable.

Longueur de la coque de VAcineta Notonecta,.. . 0'""',44

Largeur maximum 0'"'",048

Longueur moyenne des suçoirs 0'"™,04.

A'. DENDHOSOMA RADIANS.

Ce bel animal a été décrit par M. Ehrenberg le 11 décembre 1837 dans le Monaisbericht der K. Akadcmie der Wissenschaften zu Berlin, mais ce savant n'en a jamais publié de figures. Nous en avons trouvé malheureusement un seul exemplaire (V. PI. II, fig. 15) durant l'hiver de 1854-4855'. Cet individu était d'ime grosseur réellement extraordinaire, dépassant un millimètre en longueur, si bien que nous n'avons pu le représenter sur notre planche qu'à un grossissement de 150 diamètres.

La Dendrosoma se présente sous la forme d'iuie espèce de buisson ou d'arbuscule, dont les branches deviennent plus minces vers l'extrémité. La couleur générale du corps est brunâtre; celle de l'extrémité des branches est rougeùtre ou même incolore. Parfois ces branches se renflent en une tête terminale un peu plus épaisse que le reste. De ce renflement partent des suçoirs plus ou moins nombreux, munis chacun d'un bouton à leur extrémité. M. Ehrenberg cioyait que dans chaque branche se trouvait une vésicule contractile isolée. Comme il n'avait pas reconnu la vraie nature des suçoirs, la vésicule contractile (vésicule sperniatif/ueîx&es yeux) lui semblait être le seul organe spécialisé dans chacun des membres de son individu composé. Il avait en etïet reconnu que le nucléus s'étend comme un lubau continu dans le tronc tout entier. Mais la vésicule contractile, centre du système circulatoire, n'est point particulière à chacun des capitules terminaux du Dendrosoma. On trouve en elfet encore d'autres

t. Depuis Inr.s, iioiis eii avons reUûuvé nu autre, mais niiini il'iiu iioiulire de iauiilU:ilimis Ix-aiicoup lunins oonsi- (léral)le.

ET I,ES RHIZOPODES. i 41

vésicules contractiles semées dans tout* l'arbuscule, et rie plus ces différentes vésicules sont reliées les unes aux autres par un vaisseau qui envoie des rameaux dans chaque branche du Dendrosoma.

Le seul procédé de multiplication que nous ayons constaté jusqu'ici chez les Dendrosomes, est la formation de gemmes ou de stolons, qui ne contribuent qu'à augmenter l'arbie acinétinien, la l'amilie en un mot, mais qui ne peuvent engendrer directement d'autres familles distinctes. Nous trouvâmes en effet sur le tionc du Dendrosoma de petites verrucosités, dont la plupart portaient déjà quelques suçoirs. Sur l'une d'elles cependant, on n'en voyait encore aucun. Il n'est guère possible de douter que ces verrucosités munies de tentacules ne se développent peu à peu en branches (individus). Sur le tronc commun, nous trouvâmes aussi un gros stolon, qui, à en juger par son sommet simplement arrondi et dépourvu de toute espèce de renflement ou capitules, n'avait probablement jamais porté de suçoirs, mais qui était probablement destiné comme les stolons des polypes, 'des Gampanulaires, par exemple, à croître un certain temps avant de se munir des appendices caractéristiques '.

Nous ne nous permettons pas de décider si les premières ramilications de notre Dendrosoma s'étaient également formées par une véritable gemmation. A en juger par leur distribution exactement dichotomique, on pourrait être tenté de croire qu'elles s'étaient développées par fissiparité longitudinale.

Epaisseur du tronc principal 0""",0()

Epaisseur des ramifications 0""",17

Longueur de la famille entière 1""",''2.

i M. Sleiii ^l)el■ Oryuiiisinus (1er Inrnsiiiii.slliictc Lei|i/.i'^, iii'iit, p. 93) se rcluso à considiiror li" Ocnrirasoma radians comme une lyniille li'individii.s agyréfîcs. Ce n'est pour lui qu'un seul et unique iudividn. Nous n'ajoutons pas une pins grande importance à l'une des manière des manières de voir qu'à l'autre, car cet évidemment un cas o(i la (piestion est aussi ditlieile, ou nième impossible à trancher que dans une éponge, où l'on a aussi maintes raisons pour admettre la multiplicité des individus, .sans pouvoir cependant déterminer les limites de chacun d'eux. (Note dr ISKO).

Il est probable que si l'on vient à connaître un jour les embryons de tous les Acinétiniens, le mode suivant lequel les cils sont distribués à leur surface , donnera les caractères les plus sûrs pour diviser cette famille en genres, ou du moins pour établir des sous-genres dans les genres déjà existants. En effet, chez les uns, les embryons sont munis d'une simple zone ou ceinture de cils vibratils (pouvant former cependant plusieurs rangs) ', chez d'autres, ils poitent une espèce de calotte ciliée à l'une de leurs extrémités "; chez d'autres enfin, la surface entière est ciliées- Dans la plupart des Acinétiniens connus, dont nous n'avons pas spécialement traité, la forme des embryons n'est qu'inexactement ou môme pas du tout connue. Ainsi parmi les .acinétiniens, dont nous devons une étude exacte à M. Stein, nous n'avons aucune notion sur les embryons de la Podophrya qui vit en parasite sur VEpistylis hranchiopkila Perty et de celle ' que M. Stein croit être la phase acinétiforme de Zoothamnium affine. Nous ne connaissons pas davantage les embryons de la Podophrya digitata, ni ceux de la Podophrya qui vit en parasite sur VOphrijdium versatile. Les Acinétiniens que M. Stein considère comme des phases du développement de VOpercularia arliculata Ehr. et de VOpercularia Lichtensteinii St. paraissent avoir des embryons ciliés sur toute leur surface. L'embryon du Dendrocometcs paradoxus, observé par M. Stein, a la forme d'un coussin muni de franges (les cils vibratiles) sur tout son pourtour. Chez \di Podophrya {Actinophrijs Weisse) ovata, ainsi que chez VAcineta Notonectœ, la forme de l'embryon est encore totalement inconnue. Chez VAcineta patula, la Podophrya Lynghyi et la Trichophrya Epistylidis, il est à désirer qu'on la constate plus exactement.

1 . Sous ce premier chef viennent se ranger, par exemple, les embryons des espèces suivantes : Podophrya fixa, P. Cyclopum, P. quadriparlila, P. Carchrsii, P Pyrum.

2. Ainsi, par exemple, VAcineta Astaci {Acinele des Flusskrebses de M. Stein), et peut-être aussi VAcinela Cucullus, quoiqu'on pût aussi ranger cette dernière dans la division précédente.

3. Ainsi la Podophrya coihurnala, la P. Unguifera (Acinele mil dent zungenfôrmigen Fortsal: de M. Stein), la P. Trold (auxquelles on peut ajouter aussi la P. Ferrum equinum. — 1860).

4. M. Stein croit devoir rapporter celle Acinète à VAcinela luberosa Ehr., bien que celle-ci soit, à proprement parler, une espèce marine.

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REPRODUCTION DES ACINETINIENS.

( O P R R Y O D E IV D R O ^ A B 1 E T 1 IV V iW.

Durant les mois de septembre et d'octobre 1855, nous nous trouvions à Glesn;!sholm, sorte d'écueil isolé de la mer du Nord, non loin de Sartor-Œ, île voisine des côtes de Norvège et située à peu près à. la latitude de Bergen. La mer abonde en Zostera dans ces contrées et ces plantes sont oi'dinairemenl couvertes d'une foule d'animalcules raai"ins, de Campanulaires en particulier. Sur ces polypes, nous découvrîmes un parasite singulier, que nous allons décrire ici en détail, car nous pensons devoir le considérer comme un infusoire et nous avons eu le plaisir d'étudier diverses particularités relatives à son développement. Nous avons en effet observé chez lui soit une gemmiparité externe, soit la production d'embryons internes.

Les premiers de ces animaux auxquels nous eûmes à faire avaient la forme de vers, surtout d'hirudinées (V. PI. V, fig. 2J. Tantôt ils se trouvaient sur les polypes euxmêmes, et dans ce cas ils semblaient choisir de préférence la surface externe des cellules du polypier pour y fixer leur résidence, tantôt ils étaient fixés sur des algues parasites qui croissaient sur les Campanulaires.

L'extrémité antérieure de ces espèces de vers présentait une espèce d'enfoncement spécial, que nous crûmes d'abord devoir considérer comme une bouche ou comme une ventouse de succion, mais que nous leconnûmes bientôt n'être qu'une fossette indi-

^/^/t ÉTUDES Sun LKS INFUSOIRES

quant l'ouverture d'une cavité dans laquelle était logé un long organe rétiactile que nous aurons à décrire plus loin.

L'extrémité antérieure était assez transparente, tandis que la partie postérieure était en général beaucoup plus sombre et opaque. Cette extrémité antérieure s'agitait d'une manière toute particulière et en tous sens, à peu près comme le bras d'un aveugle qui cherche avec inquiétude quelque chose à tàton. Le corps tout entier pouvait se contracter, de manière à produire de profondes rides à sa surface. Dans l'intérieur de l'animal on apercevait ordinairement de petits corpuscules tout à fait semblables aux organes urticants des Campanulaires. Ils étaient dispersés dans toutes les parties du corps. Ces corpuscules étaient du reste extrêmement variables quant à 'eur nombre. Parfois, et c'était le cas le plus rare, ils manquaient totalement; parfois aussi ils remplissaient le corps de l'animal au point de lui enlever toute transparence.

Nous ne réussissions en général à découvrir aucun organe chez cet animal singulier, à l'exception d'un corps obscur, dont on pouvait apercevoir parfois vaguement les contours. C'était probablement le nucléus. Çà et là l'on rencontrait des individus plus transparents, dans lesquels on pouvait distinguer une place relativement claire, dans laquelle il ne nous fut cependant pas possible de reconnaître avec certitude des contractions.

En compagnie de cet animal à forme de ver, s'en trouvaient d'autres dont le corps était pour ainsi dire plus trapus, offrant l'apparence d'un œuf dont la pointe serait tournée vers le bas. Quelquefois aussi l'on rencontrait des individus, qui, tout en présentant également une forme ovoïde étaient cependant plus allongés, si bien qu'on trouvait tous les passages possibles de la première forme que nous avons décrite à la seconde. Chez les exemplaires de forme ovoïde, on remarquait un enfoncement situé un peu sur le côté, non loin du sommet de l'extrémité libre. A cette place, l'animal pouvait faire saillir un long organe comparable à une trompe (V. PI. V, fig. 1). Lorsque cet organe était complètement retiré dans l'intérieur du corps, on ne pouvait le discerner que comme un corps ridé, en forme de massue, qui s'étendait jusqu'à l'enfoncement, ou fossette, que nous venons de mentionner. Faisait-il au contraire, saillie au dehors, sa longueur égalait celle du corps ou même était parfois double et davantage. Cette sorte de trompe allait s'amincissant graduellement vers son extrémité. Dans sa partie libre, sur une longueur, qui, dans le moment de la plus grande extension, équi-

valait à un tiers environ de la longueur de l'animaK elle présentait 15 à 40 petits ramuscules qui s'écartaient d'elle sous un angle plus ou moins aigu. Ces ramuscules surtout lorsque la trompe était dans son état d'élongation maximum, présentaient un mouvement des plus vifs, s'élevani et s'abaissant à peu près comme les piquants d'un oursin. Gela formait un spectacle des plus intéressants. En somme cet organe singulier présentait quelque analogie avec un sapin implanté sur un rocher. De là le nom à'OpImjodendron abietinum que nous avons donné à notre animal. — La trompe était intérieurement munie de stries longitudinales et sa surface externe présentait des rides profondes, qui se marquaient surtout dans le moment de la contraction. La partie du corps de l'animal qui formait comme une espèce de bosse au-dessus du point d'insertion de la trompe était parfois comme excavée, ou même rejetée en arrière (PI. V, fig. 1 et 6).

Il n'était pas rare non plus de trouver un individu fixé sur le dos d'un autre (PI. V, iig. 4) et dans ce cas il arrivait fréquemment qu'un individu appartenant à la première forme que nous avons décrite fût fixé sur un individu appartenant à la seconde. On pouvait facilement se laisser aller à supposer que l'un était issu de l'autre au moyen d'un bourgeonnement. Si c'était bien réellement le cas pour ces individus là, c'est ce que nous ne saurions afiirmer positivement, mais néanmoins c'est un fait certain que nos animaux étaient susceptibles de produire des bourgeons.

Chez quelques-uns, en effet, on remarquait sur l'espèce de bosse déjà mentionnée une sorte d'excroissance. Chez d'autres individus, cette excroissance possédait déjà une trompe rétractée, impossible à méconnaître (V. PI. V, fig. 7). Enfin, on envoyait aussi quelques-uns où cette trompe faisait saillie au dehors, tandis que le corps de la gemme était dans un état de communication organique continue avec le corps de l'animal-mère.

C'est en vain que nous nous eiforçàmes de surprendre nos Ophryodendron dans le moment où ils prenaient leur nourriture. Ces animaux singuliers avec leur trompe en forme de sapin dépourvu de branche dans la partie inférieure, dressaient le tronc de cet organe droit et raide, tandis que les ramuscules s'agitaient avec grâce, ou bien ils le raccourcissaient ou même le rétractaient complètement. Parfois ils le recourbaient et semblaient chercher quelque chose à tâtons autour d'eux, mais jamais nous ne pûmes les voir saisir de proie, ni prendre d'aliments d'aucune espèce.

Dans l'origine, nous pensions que les corpuscules fusiformes décrits précédemment dans le corps de YOphryodendronabietmum, n'étaient pas autre chose (jue les organes urticants de Campanulaires qui auraient été dévorés par notre animal. Mais nous dûmes bientôt laisser tomber cette hypothèse. En effet, à cette manière de voir s'opposait déjà le fait qu'on trouvait un nombre vraiment extraordinaire de ces corpuscules dans des individus réunis au nombre de trois à six sur la loge d'une Campanulaire qui n'en vivait pas moins parfaitement intacte et qui ne paraissait nullement en souffrance. De plus, nous découvrîmes plus tard que les jeunes emhv^Qn% à^VOphrijodendron abietinum renferment déjà, tandis qu'ils sont encore renfermés dans le corps de leur parent deux ou trois de ces corpuscules. Ceux-ci sont alors contenus dans une ou deux vésicules spéciales.

Il nous paraît fort probable que les branches mobiles de la longue trompe abiéliniforme de l'Ophryodendron, sont analogues aux rayons des Acinètes et fonctionnent partant comme des suçoirs. Cet animal aurait par conséquent ses plus grandes affinités avec le groupe des Acinétiniens.

Chez quelques individus nous eûmes l'occasion d'observer la formation d'embryons internes. Le corps sombre dont nous avons déjà fait mention et que nous considérons comme le nucléus contenait parfois une grosse boule, composée, à ce qu'il nous sembla, de petites cellules. Cette boule remplissait à peu près complètement l'intérieur du nucléus et se partageait bientôt en deux (V. PI. V, tîg. 9). Chez certains individus on pouvait distinguer dans cette grosse boule deux genres de corps différents : d'abord les petites cellules qui la composaient d'ordinaire, puis deux corps vésiculiformes plus gros (V. PI. V, tig. 5), dont chacun renfermait de deux à douze de ces corpuscules déjà plusieurs fois mentionnés, et ressemblant aux organes urticants des Campanulaires.

•Chez d'autres Ophryodendron on trouvait quatre de ces corps vésiculiformes au lieu de deux. Ils étaient un peu allongés et enveloppés dans une membrane. L'une des moitiés de leur surface était ciliée, et à l'aide de ces cils ils se tournaient assez vivement autour de leur axe. C'étaient évidemment là des embryons, nés dans l'animal qui les contenait, comme chez les Acineta. Il arrivait ordinairement que ces embryons, doués d'un mouvement de rotation, se divisaient spontanément chacun en deux. Nous les obligeâmes artificiellement à sortir de la cavité de leur organisme parent, au

moyen d'une pression qui fit éclater celui-ci, et ces embryons (V. PI. V, lig. 10) se montrèrent sous la forme d'animaux ovales ou allongés, dont l'une des faces était assez aplatie et l'autre légèrement convexe. La face aplatie était couverte de cils, qui se trouvaient être plus longs aux deux extrémités de l'animal qu'à son milieu. Dans l'intérieur de l'embryon on remarquait déjà le corps à apparence cellulaire qui enfermait les vésicules. Du côté cilié se trouvaient deux taches claires, qui ne se contractaient cependant pas. Les embryons ne résistèrent du reste pas à ce mode de parturition un peu anormal, et ils ne tardèrent pas à périr.

Chez quelques individus de VOphryodendron abietinum, nous trouvâmes un nombre d'embryons beaucoup plus grand, qui pouvait bien varier de 46 à 20, et même davantage. Lorsqu'on venait à écraser l'un de ces individus, on voyait ces embryons, devenus libres , s'agiter dans l'eau pendant une demi-heure, ou même une heure entière. Cependant leurs mouvements, d'abord très-vifs, ne tardaient pas à devenir plus lents, et les animacules finissaient par périr. Leur forme était semblable à celle des embryons déjà décrits, seulement ils étaient, comme cela s'entend de soi-même, notablement plus petits. On pouvait souvent reconnaître chez eux, avec une parfaite évidence, l'existence (Vuiie vésicule contractile. Toutefois, nous ne saurions garantir qu'il n'y en eût pas davantage.

Avant d'avoir observé ces embryons, nous pouvions être encore dans l'incertitude à l'égard de la véritable place à assigner à notre Ophryodendron dans la série animale. L'absence de tout organe visible nous faisait cependant présumer, avec une grande vraisemblance, que nous avions à faire à un infusoire. Mais la présence d'embryons munis d'une vésicule contractile, associés à l'existence d'une gemmiparité externe, venait nous enlever toute espèce de doute à cet égard. V Ophryodendron abietinum ne pouvait être qu'un infusoire. On connaît, il est vrai, des embryons ciliés appartenant à d'autres classes d'animaux, tels que les Planula des Polypes, la grande nourrice du Monostonum mutabilc, etc. ; mais aucun de ces embryons ne possède de vésicule contractile. C'est là un caractère purement infusoriel.

S'il en est ainsi, les Ophryodendron devront bien prendre place dans le système à côté des infusoires. Les corpuscules particuliers qu'ils renferment sont peut-être comparables aux trichocysles d'autres infusoires.

Nous regrettons vivement que la saison froide nous ayant forcés de quitter les côtes de Norwège peu après avoir découvert cet intéiessant animai, il ne nous ait pas été possible de poursuivre plus loin le développement de ces embryons et de constater si, une fois devenus libres, ils vont se fixer sur une Gampanulaire pour s'y développer immédiatement en Ophryodendron , ainsi que l'analogie avec les autres Acinétiniens permet de le supposer'.

Nous faisons suivre quelques mesures relatives à YOphriiodendron abietitnm.

Longueur des individus vermiformes 0""", 431-0, 166

Largeur 0, 030-0, 044

Longueur moyenne des individus ovoïdes avec ou sans embryons. 0, 083-0, 131

Largeu;- 0, 039-0, 059

Longueur de la trompe 0, 09-0, 16

Longueur d'un des plus gros individus renfermant des embryons. . 0, 227

Largeur du même ^^ ^92

Longueur de la trompe 0, 481

Longueur des ramuscules de la trompe 0, 021-0, 023

Longueur des corpuscules (organes tricbocystes?) 0, 006-0,0087

Longueur d'un embryon de la grosse variété 0, 043

Largeur du même 0, 028

Diamètre des globules (cellules?) dans cet embryon 0, 004

Diamètre des cellules renfermant les corpuscules 0, 006

Longueur d'un embryon de la petite variété 0, 022-0, 026

Diamètre transversal du même 0, 008-0, 012

Diamètre d'avant en arrière (du dos au ventre) chez le même 0, 013

1. L'Ophinodindnm nbiediium a vtv observé depuis nous par M. Slrelliill Wright, qui TUi a douno le nom de Corelliria Sertulariœ (V. Ediuburgli iiew Pliilosopliieal .lournal, ncw séries, Jiilv I83;l). Le nom d'OpliryodeiuJron ayant déeidémenl la priorité, nous n'avons pas hésité à le conserver. (Note de I.S6U.)

KYSTES DE I/EPISTYLIS PLICATILIS

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