Infusionslliiere, p. Vjl, Tab. XXXVIIl, lig. I, i, ô
♦ . Infusionslliiere, (i. 521, Tab. XXXIII, lig. VlU. En outre des estomacs, M. Klirenberi; distingue clie/ ce Tracliélien une rangée d<> cellules rougeàircs situées sur le dos, « et reufeiniaiu probablement le suc digestif ou la bile. >' Il n'est guère douteux que ces cellules aient clé les vésioides contractiles, bien i|«e M. Ehrenberg distingue tu outre des vésicules contractiles au nombre de deux.
.H. Différent de l",4)«;j/i((cy)(».5 y»fc/cflSC(S Ehr., qui est svuoiiyine il" l.oaoïiliylliiiii .}!< Iftiliris Ihi]. Voyez à ce sujet I:' première partie de ce mémoire. (Note de ISlifl).
provenait sans doute uniquement de la quantité de nourriture que l'animal avait dans le corps au moment oîi il s'était enkysté. Elle pouvait dépendre aussi du fait que le cysticole s'était scindé en deux ou trois dans son kyste. Les individus plats et transparents étaient surtout très-propres à l'étude. On reconnaissait chez eux un très-grand nombre de vésicules contractiles (plus de 10) disposées sur le pourtour du corps (fig. 10 et 11). Les cils étaient distribués en rangées longitudinales à la surface, comme cela a lieu d'ordinaire chez les infusoires ciliés. Le nucléus rond et clair était en général double (fig. 9 et 10). Parfois cependant il était unique. Nous avons cru remarquer quelquefois que, lorsque le cysticole s'était divisé en deux dans le kyste, chacun des Amphileptus qui résultait de la division ne possédait qu'un seul nucléus, tandis que l'Amphileptus qui sortait d'un kyste qu'il avait rempli à lui seul, sans se diviser, en possédait deux. Toutefois nous nous gardons de vouloir avancer ceci comme un fait général.
Nous avions fait un pas en avant dans la connaissance de nos kystes. Nous savions tout au moins maintenant que le cysticole rotateur et cilié n'était autre chose qu'un Trachélien du genre Amphileptus. Nous avions de fortes raisons pour croire que cet animal provenait de la métamorphose d'une Epistylis. Toutefois, pour acquérir une conviction à cet égard, il fallait ou bien voir directement cette métamorphose, ou bien constater le retour soit de cet Amphileptus lui-même, soit, ce qui semblait plus probable, de sa progéniture, à l'état d'Epistylis. Nous avions déjà une base qui semblait plus solide que celle sur laquelle M. Stein avait bâti tout son édifice de génération par phases acinétiformes. Et cependant, si, dans notre for intérieur, nous rêvions de la vraisemblance d'une génération alternante, dont l'un des termes aurait été une Epistyhs et l'autre un Amphileptus, nous n'osions pas encore exprimer tout haut cette pensée.
Nous fîmes alors ce qui se présentait tout naturellement à l'esprit. Nous suivîmes avec attention, pour voir ce qu'il ferait, un Amphileptus qui venait de quitter son kyste. Il semblait vouloir se dédommager du long emprisonnement auquel il avait été condamné, et nous tenait en haleine par la célérité avec laquelle il circulait sur la plaque de verre placée sous le microscope. Cependant au bout de quelques minutes son activité se ralentit, sa forme se modifia, se rapprochant toujours plus de celle d'une sphère parfaite, et notre Amphileptus, devenu méconnaissable, commença à tourner sur
ET LES RHIZOKIDES. i 59
place avec un mouvement tout particulier des cils qui recouvraient la surface de son corps. Ce mode de mouvement, nous le connaissions déjà. On l'observe chez la plupart des infusoires ciliés au moment où ils sécrètent un kyste. En effet, un contour trèsdélié se manifesta bientôt tout autour de l'animal, et ce contour devint de plus en plus net. Il n'y avait plus de doute : l'Amphileptus sécrétait un kyste. Deux ou trois autres individus, qne nous poursuivîmes de la même manière, suivirent l'exemple du premier. Au bout d'un quart d'heure environ, ils étaient enkystés.
Nous fûmes d'abord surpris de ce phénomène. On ne peut, en effet, guère comprendre pourquoi un animal quitte un kyste, nage quelques minutes dans l'eau, sans y prendre de nourriture, ni se reproduire et s'enkyste de nouveau. Cependant nous reconnûmes bientôt que les Amphileptus que nous isolions dans un verre de montre ou dans une petite coupe de verre contenant une quantité d'eau suflisante et convenablement protégés contre l'évaporation, nous reconnûmes, disons-nous, que ces Amphileptus restaient plusieurs jours de suite à l'état de liberté sans sécréter de kyste. Il est probable donc que l'observation sous le microscope agissait comme une cause déterminante de l'enkystement. C'était probablement la rapide évaporation de l'eau qui amenait ce résultat, car Guanzati nous a appris que c'est là une circonstance qui cause Iréquemment l'enkystement de certains infusoires '.
Il était important de savoii- si d'autres Vorticellines offriraient des phénomènes semblables, car la répétition d'observations analogues sur d'autres espèces devait, semblait-il, venir appuyer les quelques indices de métamorphose ou même de génération alternante qu'on pouvait trouver dans la succession de faits que nous venons de décrire. Nous nous mîmes donc, le 16 juillet 4855, en quête d'autres espèces de Vorticellines qui pourraient se trouver sur nos Paludines, dans l'espérance qu'elles porteraient aussi des kystes. Nous ne tardâmes pas à trouver un assez grand nombre de familles appartenant au Carchesmm polypmum Ehr., cette élégante Vorticelline, qui, au moindre sujet d'effroi, contracte son pédoncule avec une énergie toute particulière. Après en avoir passé en vain un très-grand nombre en revue, nous eûmes enfin le plaisir
I. Obscrvuziuiii c :i|iL'i'ieu/.e iiitunio ad un |irudigiu.s<i aiiiiiiulucciu dclle iiitii&iuiii, di Luigi Ciiiaiizati, daus les OpiLSruli scelti siille scienze e sulle arli, Tom. XIX, Milaiio. 17;i6, p. ri-2i, et une traduction dans la Zeiisclirifl f. wiss. 7.oologic VI'" Bd., 1855, p. 4ô2.
de trouver quelques kystes égrenés portés par des pédoncules de Carchesimn (V. PI. VIII, fig, 4), et dans leur intérieur, on voyait des cysticoles, les uns immobiles, les autres en proie à un mouvement de rotation. Les rameaux qui portaient les kystes paraissaient avoir perdu leurs propriétés contractiles, car s'ils semblaient parfois se raccourcir, c'était une illusion produite par la contraction d'un individu dont le muscle descendait jusque dans les régions inférieures de l'arbre et entraînait passivement d'autres branches dans son mouvement.
Nous recourûmes de suite au moyen efficace pour reconnaître la vraie nature du cysticole de nos Carchesium. Nous fixâmes un kyste, et nous ne le perdîmes plus de vue. Son habitant tournait avec énergie autour de lui-même, et l'on pouvait distinguer facilement au travers des parois du kyste que la surface du corps était profondément, striée, comme c'est souvent le cas chez les infusoires ciliés (V. PI. VIII, fig. "2). Le cysticole nous tint plus longtemps encore en suspens que celui des Epistylis, car nous ne pûmes le perdre de vue depuis 10 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir environ. Enfin, le kyste éclata, et nous en vîmes sortir de nouveau un Amphileptus (PI. VIII, fig. 3). Celui-ci, muni d'un double nucléus et d'une dizaine de vésicules contractiles, n'était pas susceptible d'être distingué des Amphileptus sortis des kystes d'Epistylis.
Ce résultat était à la fois intéressant et inquiétant: intéressant, en ce qu'il paraissait confirmer l'existence d'une relation particulière entre diverses Vorticellines et certains Trachéliens, mais d'un autre côté, inquiétant, en ce que l'identité complète des cysticoles chez les deux espèces semblait répondre peu aux différences qui séparent l'un de l'autre les genres Epistylis et Carchesium. Nous nous disions, il est vrai, que les embryons de divers Âcinétiniens offrent souvent entre eux une similitude tout à fait étonnante, bien qu'appartenant à des espèces différentes; mais ces embryons sont de petits êtres dont il est difficile de bien voir l'organisation, tandis que tes Amphileptus sont de gros infusoires, relativement faciles à observer.
Désireux de pousser plus loin ces observations, nous avions établi dans un bassin toute une colonie de Paludines chargées d'arbres d'Epistylis. A l'aide de siphons, nous avions institué un courant qui amenait toujours de l'eau fraîche dans le réservoir. Quelques Lemna à la surface empêchaient la putréfaction de s'établir. Dans ces conditions favorables, le nombre des kystes s'accrut avec une immense rapidité. Nous
eûmes bientôt des arbres de ces Vorticellines sur lesquels le nombre des kystes dépassait de beaucoup celui des Epistylis. Il était parfois quintuple ou sextuple.
Parmi ces kystes, nous en trouvâmes bon nombre qui offraient une image trèsdin'érente de ceux que nous avions observés d'abord. Le premier de ces kystes singuliers fut découvert par M. le professeur Johannes MûUer, qui suivait avec intérêt nos observations, et s'était jusque là assuré par ses propres yeux de leur exactitude. Dans ce kyste (PI. VIII, fig. 8), on voyait le cysticole ordinaire, l'Amphileptus se livrant à son mouvement de rotation habituel et remplissant exactement la cavité du kyste. Mais dans l'intérieur de l'Amphileptus, on voyait sans peine un second individu qui, entraîné par ses mouvements, tournait avec lui. Dès le premier abord, on reconnaissait dans ce second individu une Epistylis sans pédoncule. Le disque vibratile, le vestibule et lœsophage se laissaient facilement reconnaître; la vésicule contractile présentait ses pulsations rythmiques, et l'on apercevait obscurément le nucléus dans l'intérieur. De plus, de temps à ;iutre, l'Epistylis se contractait spasmodiquement, comme le fait une Epistylis sur son pédicule lorsque quelque objet étranger vient à la toucher ou qu'elle est efirayée par une autre cause quelconque. On voyait alors la membrane conique musculaire, que nous avons déjà signalée, se raccourcir et les téguments se plisser profondément dans la partie postérieure du corps.
C'était là un singulier phénomène, en apparence bien diflicile à expliquer. L'opinion qui semblait la plus probable, c'était que l'Epistylis était engendrée par l'Amphileptus, car, dans l'hypothèse inverse, on eût été forcé d'admettre que l'Epistylis avait formé le cysticole, extéiieurement à elle-même, sur toute la surface de son corps. Un animal sécrété par un autre. ... ce serait assurément là une idée fort peu en harmonie avec une saine physiologie. Supposé que l'Amphileptus fût engendré d'une manière quelconque par l'Epistylis, probablement au moyen d'une métamorphose de cette Vorticelline dans son kyste, il était loisible de s'attendre à ce que cet Amphileptus donnât à son tour naissance à des Epistylis. C'était là sans doute le but que devaient atteindre les cysticoles qui quittaient leurs kystes pour vivre librement de la vie d'Amphileptus. Ils devaient, semblait-il, reproduire tôt ou tard, soit par gemmation externe, soit par production de gemmes internes des Epistylis ou des individus destinés à se métamorphoser en Epistylis. N'était-ce pas tentant d'admettre que nous avions là sous les yeux
précisément ce phénomène de la reproduction d'une Vorticelline dans l'intérieur d'un Amphileptus? Ce serait quelque chose d'analogue à certaines particularités du développement du Protococmis pluvialis que M. Cohn ' nous a fait connaître. Suivant ses observations, toute nouvelle cellule produite par la division d"un Protococcus est typiquement destinée à se munir de deux flagellum et à vivre un certain temps d'une vie errante, semblable à celle d'une monade, avant de passer à l'état de repos. Mais il arrive souvent que les circonstances extérieures en décident autrement. Les nouvelles cellul-es enjambent alors la phase errante, passant ainsi directement à l'état de repos dans l'intérieur de la cellule-mère, sans avoir jamais vécu de la vie de zoogonidies. — Ce serait aussi là quelque chose d'analogue à ce que nous voyons chez les Trématodes, où, pour nous servir de la nomenclature de M. Steenstrup, le ver passe d'ordinaire par une ou plusieurs phases de nourrice, une phase de cercaire et une phase de Trématode parfait. Ces phases ont, il est vrai, des valeurs diverses, puisque le passage de l'état de cercaire à celui de trématode parfait est une simple métamorphose, tandis que les autres termes du cycle sont séparés les uns des autres par une génération. Mais peu nous importe ici. Nous voulons seulement remarquer que chez les Trématodes aussi il arrive souvent qu'une de ces phases est enjambée. C'est ainsi que le Loncochloridium paradoxum des succinées engendre directement des distomes, lesquels n'ont, par conséquent, pas besoin de passer par l'état de cercaire. — Il ne nous semblait donc pas impossible que le cysticole que nous avions sous les yeux passât sa vie 4' Amphileptus à un état quasi latent, eraprisomié dans le kyste, et qu'il y reproduisît des Epislylis sans avoir jamais mené de phase errante. N'avions-nous pas présent à' l'esprit l'exemple de nombre d'Acinétiniens qui n'engendrent qu'un seul embryon à la fois, ce qui n'empêche point leur multiplication, puisque le parent, une fois délivré de son embryon, en produit un second, puis un troisième et ainsi de suite?
Notre attention une fois attirée sur ce sujet, nous ne manquâmes pas de trouver un plus grand nombre de ces kystes singuliers. Mais parmi eux, il s'en rencontra bientôt toute une série qui paraissait ne pouvoir se soumettre que bien difficilement à l'expli-
r. Naclitràge zur Naiurgêscliichle des Prolococus pluvialis Kiitz. Nova acla Akadcmia' (ïes. Leop. natur%' «'uriosonim, 1S50. ! ' ■
cation que nous avions tentée. Dans quelques-uns, le cysticole se livrait à son mouvement de rotation , en n'ayant dans son intérieur qu'une boule sans organisation apparente (PI. VIII, flg. 6). Lorsque, dans cet état, il venait à se scinder en deux, la boule se partageait également, et les deux individus, ainsi formés, contenaient chacun une boule semblable à la première, seulement plus petite (PI. VIII, fig. 7). Ceci n'était pas une difiiculté pour la théorie que nous avions ébauchée, avec doute en nous-mêmes, car cette boule pouvait être le premier rudiment d'une Epistylis. En revanche, il était dilTicile, pour ne pas dire impossible, d'admettre un semblable mode de formation pour certains kystes (PI. VIII, fig. 9) où l'Epistylis était parfaitement bien constituée, très-vivace, se contractant fréquemment avec énergie, et laissant reconnaître une vésicule contractile à pulsations tout à fait normales, mais où cette Epistylis était fixée sur le pédoncule, bien qu'entourée par l'Amphileptus, lequel se présentait sous la forme d'une mince bordure tout à l'entour. Ce dernier laissait apercevoir un grand nombre de vésicules contractiles, et sa surface était ciliée, de sorte qu'il n'y avait pas de doute sur sa véritable nature d'Amphilepte. En face d'un pareil kyste, notre théorie retournait subitement dans le néant. Nous y renonçâmes sans hésiter, bien que nous ne sussions trop comment la remplacer. L'Epistylis était évidemment l'organisme primaire. C'était la même Epistylis qui avait sécrété le pédoncule sur lequel se trouvait le kyste, pédoncule avec lequel elle contractait encore son mode d'union normal. Mais alors d'où venait l'Amphileptus? Etait-ce lui peut-être qui était un produit secondaire, résultant d'un bourgeonnement de l'Epistylis? Dans ce cas, il n'y avait qu'une seule manière de se représenter une production de l'animal enveloppant par l'animal enveloppé : l'Amphileptus, né d'abord comme un bourrelet à la base l'EpistyHs, avait cru peut-être peu à peu de manière à l'envelopper complètement. — Cette seule interprétation plausible nous semblait plus que hasardée et même fort improbable.
L'Amphileptus, dans ces kystes problématiques, se livrait à son mouvement ordinaire de rotation. Seulement l'union de l'Epistylis avec son pédoncule l'empêchait de s'y abandonner avec toute la facilité ordinaire. Il faisait donc un demi-tour de gauche à droite, puis, revenant sur lui-même, il faisait un demi-tour de droite à gauche, puis de nouveau un demi-tour de gauche à droite, et ainsi de suiie. Nous eûmes de nouveau recours à notre svstème d'observation suivie sur un seul et même individu, bien
précisément ce phénomène de la reproduction d'une Vorticelline dans l'intérieur d'un Amphileptus? Ce serait quelque chose d'analogue à certaines particularités du développement du Protococcus pluvialis que M. Cohn ' nous a fait connaître. Suivant ses observations, touie nouvelle cellule produite par la division d'un Protococcus est typiquement destinée à se munir de deux llagellum et à vivre nu certain temps d'une vie errante, semblable à celle d'une monade, avant de passer à l'état de repos. Mais il arrive souvent que les circonstances extérieures en décident autrement. Les nouvelles cellules enjambent alors la phase errante, passant ainsi directement à l'état de repos dans l'intérieur de la cellule-mère, sans avoir jamais vécu de la vie de zoogonidies. — Ce serait aussi là quelque chose d'analogue à ce que nous voyons chez les Trématûdes, où, pour nous servir de la nomenclatm^e de M. Steenstrup, le ver passe d'ordinaire par une ou plusieurs phases de nourrice, une phase de cercaire et une phase de Trématode parfait. Ces phases ont, il est vrai, des valeurs diverses, puisque le passage de l'état de cercaire à celui de trématode parfait est une simple métamorphose, tandis que les autres termes du cycle sont séparés les uns des autres par une génération. Mais peu nous importe ici. Nous voulons seulement remarquer que chez les Trématodes aussi il arrive souvent qu'une de ces phases est enjambée. C'est ainsi que le Loncochloridium paradoxum des succinées engendre directement des distomes, lesquels n'ont, par conséquent, pas besoin de passer par l'état de cercaire. — Il ne nous semblait donc pas impossible que le cysticole que nous avions sous les yeux passât sa vie d' Amphileptus à un état quasi latent, emprisonné dans le kyste, et qu'il y reproduisît des Epistylis sans avoir jamais mené de phase errante. N'avions-nous pas présent à l'esprit l'exemple de nombre d'Acinétiniens qui n'engendrent qu'un seul embryon à la fois, ce qui n'empêche point leur multiplication, puisque le parent, une fois délivré de son embryon, en produit un second, puis un troisième et ainsi de suite?
Notre attention une fois attirée sur ce sujet, nous ne manquâmes pas de trouver un plus grand nombre de ces kystes singuliers. Mais parmi eux, il s'en rencontra bientôt toute une série qui paraissait ne pouvoir se soumettre que bien difficilement à l'expli-
1. Naclitràge zur Naùirgêschiclite des Prolococus plucialii Kiitz. Nova acia Akademia' O.es. LfOp. iiaUiia; euriosoMim, 1S50.
cation que nous avions tentée. Dans quelques-uns, le cyslicole se livrait à son mouvement de rotation , en n'ayant clans son intériour qu'une boule sans organisation apparente (PI. VIII, i\g. 6). Lorsque, dans cet état, il venait à se scinder en deux, la boule se partageait également, et les deux individus, ainsi formés, contenaient chacun une boule semblable à la' première, seulement plus petite (PI. VIII, fig. 7). Ceci n'était pas une difficulté pour la théorie que nous avions ébauchée, avec doute en nous-mêmes, car cette boule pouvait être le premier rudiment d'une Epistylis. En revanche, il était ditficile, pour ne pas dire impossible, d'admettre un semblable mode de formation pour certains kystes (PI. VIII, fig. 9) où l'Epistylis était parfaitement bien constituée, très-vivace, se contractant fréquemment avec énergie, et laissant reconnaître une vésicule contractile à pulsations tout à fait normales, mais oîi cette Epistylis était fixée sur le pédoncule, bien qu'entourée par l'Amphileptus, lequel se présentait sous la forme d'une mince bordure tout à l'entour. Ce dernier laissait apercevoir un grand nombre de vésicules contractiles, et sa surface était ciliée, de sorte qu'il n'y avait pas de doute sur sa véritable nature d'Amphilepte. En face d'un pareil kyste, notre théorie retournait subitement dans le néant. Nous y renonçâmes sans hésiter, bien que nous ne sussions trop comment la remplacer. L'Epistylis était évidemment l'organisme primaire. C'était la même Epistylis qui avait sécrété le pédoncule sur lequel se trouvait le kyste, pédoncule avec lequel elle contractait encore son mode d'union normal. Mais alors d'où venait l'Amphileptus? Etait-ce lui peut-être qui était un produit secondaire, résultant d'un bourgeonnement de l'Epistylis? Dans ce cas, il n'y avait qu'une seule manière de se représenter une production de l'animal enveloppant par l'animal enveloppé : l'Amphileptus, né d'abord comme un bourrelet à la base l'EpistyHs, avait cru peut-être peu à peu de manière à l'envelopper complètement. — Cette seule interprétation plausible nous semblait plus que hasardée et même fort improbable.
L'Amphileptus, dans ces kystes problématiques, se livrait à son mouvement ordinaire de rotation. Seulement l'union de l'Epistylis avec son pédoncule l'empêchait de s'y abandonner avec toute la facilité ordinaire. Il faisait donc un demi-tour de gauche à droite, puis, revenant sur lui-même, il faisait un demi-tour de droite à gauche, puis de nouveau un demi-tour de gauche à droite, et ainsi de suite. Nous eûmes de nouveau recours à notre système d'observation suivie sur un seul et même individu, bien
i64 ÉTUDES SUR LES INFUSOIRES
décidés à ne pas abandonner le kyste choisi avant de voir ce qu'il advenait de ces deux êtres singuliers. Nous poursuivîmes de cette manière bon nombre de kystes, et toujours nous arrivâmes au même résultat. Au bout de fort peu de temps, les demi-rotations de notre cysticole gagnaient en excursion. Le mouvement de rotation atteignait bientôt une étendue de trois-rjuarts de tour, un tour entier, et même davantage, avant de revenir sur lui-même. Le point d'union de l'Epistylis et de son pédoncule subissait évidemment une torsion prononcée, tandis que l'Epistylis elle-même se contractait avec énergie. Le résultat était facile à prévoir. Il arrivait un moment où l'excursion du mouvement de rotation devenait telle, que l'Epistylis était arrachée à son pédicule. L'Amphileptus, délivré dès-lors des entraves qui s'opposaient auparavant à ses inclinations, se mettait à tourner autour de lui-même avec sa célérité habituelle. Pendant ce temps, l'Epistylis perdait évidemment de sa vivacité. Ses contractions devenaient plus rares ; les pulsations de sa vésicule contractile ne se répétaient qu'à de plus longs intervalles; elles finissaient même par cesser tout à fait. La forme d'Epistylis devenait de plus en plus méconnaissable, et bientôt l'on ne pouvait plus distinguer qu'une boule sans organisation apparente dans l'intérieur de l'Amphileptus. Au bout de quelques heures, celte boule avait diminué de volume, et le kyste était alors parfaitement semblable à ceux que nous avons mentionnés plus haut, en disant qu'ils renfermaient un cysticole ayant dans son intérieur une boule sans organisation appréciable (PI. VIII, fig. 6). Cette boule elle-même finissait par disparaître complètement, et le kyste ne semblait plus renfermer qu'une matière granuleuse homogène. Le cysticole se reposait de sa longue activité et nous avions ainsi sous les yeux un kyste parfaitement semblable au premier de ceux qui avait attiré notie attention.
On pouvait se demander si telle était bien la succession normale des phénomènes. Nous avions appris à nous défier des conditions anormales qui résultent pour les infusoires de l'observation prolongée sous le microscope dans une quantité d'eau fort minime. Nous avions soin de n'ajouter que de l'eau distillée, lorsque la goutte venait à s'évaporer trop rapidement, afin d'éviter une trop grande concentration du liquide, concentration qui n'aurait pas manqué de se manifester rapidement si nous avions ajouté un liquide aussi chargé de sels que l'eau de fontaine ordinaire. C'est là une précaution indispensable en été, où l'évaporation de l'^au est si rapide et où l'on doit par
conséquent ajouter très fréquemment du liquide. Sans cette mesure prophylactique, les infusoires ne tardent pas à périr par suite de la trop grande abondance de sels qui s'accumule dans la goutte d'eau. Mais malgré cela, les conditions dans lesquelles se trouvaient nos Epistylis sous nos microscopes étaient loin d'être normales et l'on pouvait se demander si la mort et la dissolution des Epistylis dans les kystes ne provenaient pas d'influences extérieures.
C'était une chose possible, mais cependant fort improbable. En effet, la majeure partie des kystes trouvés sur les arbres épistyliens offraient dès l'abord la même apparence que finissaient par présenter, au bout de quelques heures, ceux qui avaient renfermé, au moment où l'observation avait commencé, une Epistylis et un Amphileptus emboîtés l'un dans l'autre, c'est-à-dire, l'apparence d'un contenu homogène, dans lequel on finissait cependant, avec un peu d'attention, par découvrir çà et là une vésicule contractile noyée dans la substance.
Une idée nouvelle commença alors à surgir dans notre esprit. Peut-être n'y avait-il aucune espèce d'affinité entre l'Amphileptus et l'Epistylis; peut-être n'existait-il aucun rapport génétique entre ces deux êtres d'ailleurs si dilTérents ; peutrêtre n'avions nous sous les yeux qu'un cas de parasitisme fort singulier. N'était-il pas possible que l'Epistylis eût été tout simplement dévorée par l'Amphileptus'/
Toutefois plusieurs objections semblaient s'opposer à cette manière de voir, et tout d'abord la masse énorme de kystes présentés par nos Epistylis, masse telle que les Epistylis avaient fini par devenir l'exception sur les arbres formés par elles, ou même par disparaître à peu près complètement. Cela s'expliquait fort bien en admettant un enkystement normal. Ne voit-on pas des milliers de Vorticellairdcrostoma^ par exemple, s'enkyster simultanément dans une même infusion, probablement par suite de circonstances défavorables à leur vie active dans ce liquide? Le fait que le nombre des kystes de nos Epistylis semblait être relativement beaucoup plus considérable dans le vase à courant continu où nous conservions nos Paludines que dans la Spree, semblait parler ici en faveur de quelque chose d'analogue. D'un autre côté nous savions que des kystes renfermant des Amphileptus se trouvaient aussi sur les Carchesium de notre réservoir. Or, il est difficile de comprendre comment un Amphileptus peut parvenir à dévorer un Carchesium. Ces éléeantes Vorticellines sont en elTet si craintives, que, au moindre
f gg ÉTUDES SUR LES TNFUSOtRES
mouvement dans leur voisinage, elles se contractent avec une énergie toute spéciale. Lorsqu'un individu se livre ainsi à des contractions répétées, ses voisins, inquiétés par la secousse, l'imitent et toute la colonie finit souvent par se contracter à la fois, presque aussi simultanément qu'une famille de Zoothamnium. Au milieu de ces secousses saccadées il est diflicile de se représenter comment un Amphileptus pourrait réussir à s'emparer d'un Carchesium et à l'avaler, car un Carchesium semble être déjà une grosse bouchée pour un Amphilepte. Quant à ce qui concerne les Epistylis, il en est autrement. Leur pédicule n'étant pas contractile, ces animaux n'ont d'autre moyen de défense que les contractions de leur corps, moyen fort peu efficace.
Enfin, le mystère s'éclaircit. Nous observions un jour, dans l'espoir de voir ce qu'il adviendrait de lui, un Amphileptus qui rampait lentement sui- une colonie d'Epistylis. La manière dont il s'approchait de ces Vorticellines, les palpant pour ainsi dire, en les enserrant à moitié de son corps souple, pouvait déjà paraître suspecte. Enfin, il s'attaqua directement à un individu, par la partie supérieure de celui-ci. Il ouvrit sa large bouche, qu'on ne réussit jamais à voir que lorsque l'animal mange (telle est l'exactitude avec laquelle se ferment ses lèvres aussi souples que son corps) et il se glissa lentement sur l'Epistylis, comme un doigt de gant qu'on enfile sur le doigt. Nous vîmes les bords ce cette ouverture buccale, susceptibles d'une dilatation vraiment merveilleuse, passer avec lenteur d'abord sur le péristome, puis sur le corps de la proie, et venir se resserrer autour du point où celle-ci était fixée à son pédicule '. Les cils qui recouvraient la surface de l'Amphileptus se mirent à s'agiter de ce mouvement particulier qu'on aperçoit toutes les fois qu'un infusoire cilié sécrète un kyste. En effet, au bout de quelques instants on vit apparaître tout autour de l'animal un contour délié, qui alla s'épaississant, de manière que le kyste fut bientôt formé. L'Amphileptus commença ses mouvements de rotation de gauche à droite, puis de droite à gauche et ainsi de suite. Nous avions devant nous un de. ces kystes renfermant une Epistylis et un Amphileptus emboîtés l'un dans l'autre, qui nous avaient tellement intrigués précédemment ".
1. Il est pittoresque, en inésence de ces faits, de rapiieler ciuc M. biijardin dénie aux Tracliélies (Amphileptus) toute espèce de bouche.
2. Nous avons eu depuis lors l'occasion de répéter plusieurs fois ces observations, et nous avons pu nous assurer à nouveau de leur complète exactitude. Dans l'intervalle, elles ont été répétées de plusieurs ci'ités. Ainsi M. d"Ude-
ET LES RIIIZOPODES. ^ 67
La montagne était en quelque sorte accouchée d'une souris ; néanmoins le résultat ne manque pas d'un intérêt réel au point de vue de la connaissance physiologique des infusoires. Nous apprenons pai- là à nous défier de toute espèce de kyste dont nous n'avons pas vu la formation de nos propres yeux. Il n'est, en effet, point probable que les kystes dans lesquels les Amphileptus s'enferment pour opérer commodément leur digestion ne se trouvent que sur les colonies d'Epistylis. Nous les avons déjà rencontrés sur les Ciirchesium, et il est probable qu'on les rencontrera aussi ailleurs et dans d'autres circonstances.
Le phénomène est en somme des plus simples. Un Amphileptus s'approche d'une Epistylis, la dévore et s'enkyste sur place, tandis que la proie est encore fixée sur son pédicule. 11 cherche alors à arracher l'Epistylis à son point d'attache par des mouve-^ menls de torsion; lorsqu'il y a réussi, il opère sa digestion et parfois se partage occasioijinellement en deux dans le kyste même. Pendant la fin de cette digestion il se repose un certain temps, puis commence à tourner de nouveau dans son kyste, dans le but de chercher à s'en débarrasser. Comment il arrive à ce résultat, c'est ce que nous ne pouvons pas très bien expliquer. Il est de fait seulement qu'au bout d'un certain nombre d'heures le kyste éclate. L'Amphileptus sort et va chercher au loin une nouvelle proie.
On comprend facilement maintenant pourquoi le nombre relatif des kystes croissait si rapidement dans notre réservoir. Nous y avions mis à la fois les Epistylis et les
kem (Mémoiies de rAcadémie de Belgique, ïom. XXX, ISa", et Annales des Sciences ualurelles, p. 521-534) a reconnu l'AnipLilei»tûs d^ins les kystes, seulement il pense que cet Amphileptus est le résultat d'une métamorpliose de TEpistylis. M. Fr. Wilb. Eugelmann (ZeitscUr. f. wiss. Zbol. X, 1S59, p. 277), qui a observé des kjstes d'Ampliileptus sur les lauiilles de Carcliesium polypinuni, se range an contraire de notre coté, et combat l'hypothèse de M. d'L'dekem. Seulcmenl M. Eugelmann, qui ne connail nos observations que par le bref compte-rendu que nous en avons publi.i, en ISoS, dans les Annales des Sciences naturelles, parait ignorer que nous avons vu de nos propres yeux l'Amphileptus manger l'Epistylis et s'enkyster ensuite. Il croit à une simple hypothèse de notre part, hypothèse qu'il juge du reste fort vraisemblable. — Mais ce sont surtout les observations de M. Cienkowski (Ueber mcinen lievveis t'iir die (jeneratio primaria. — Bulletin de la classe phys.-math. de l'Académie de St-l'étersbourg, Ton). XVII, '.i-l'i Avril 1-aM) que nous tenons à mentionner ici, parce qu'elles furent faites à une époque où l'auteur ne pouvait avoir encore eu connaissance des nôtres. M. Cienkowski ja vu les kystes d'Amphileptus sur les colonies d' Epistylis plicatilis; il a cru par suite, comme nous, au premier aboid, que l'Amphileptus rentre dans le cycle d'évolution de l'Epistylis; mais bientôt il s'est convaincu que l'Amphileptus n'est qu'un ennemi vorace qui avale l'Epistylis pour s'enkyster ensuite sur son pédoncule. Il insiste, comme ,nous, sur le danger qu'il y aurait eu à construire des théories aventureuses sur des laits, au premier abord extrêmement complexes, mais qui deviennent des plus simples et des moins extraordinaires dès qu'on en a la ciel. — La même chose est arrivée à M. le prof. Filippo de Filippi à Turin, comme nous le tenons de sa p.ropre bnnclie (Note de 1860).
170 ÉTUDES sur. LES INFUSOIRES
mot à un abcès ouvert. La généralité du phénomène était digne d'attirer noire attention. Quelques individus présentaient même deux de ces tumeurs.
Au premier abord nous croyions avoir k faire à une affection pathologique. Bientôt .cependant nous aperçûmes dans la cavité du corps d'une Epistylis un petit corpuscule arrondi (flg. 1) dont le pouvoir réfringent était à peu près le même que celui du nucléus. Une place plus lucide se laissait apercevoir dans son intérieur. Au bout de quelques instants cette place lucide avait disparu. Mais ce n'était pas pour longtemps. Elle se laissa promptement voir de nouveau, sous la forme d'un petit point, qui alla grossissant jusqu'à ce que la vésicule (car c'en était une) eût atteint son volume primitif. C'était une vésicule contractile dont nous piimes constater les pulsations rhythmiques. Nous avions vu là pour la première fois un embryon d'Epistylis.
Avec un peu d'attention, nous nous assurâmes bientôt que toutes les Epistylis qui présentaient la tumeur distinctive renfermaient un ou deux embryons, parfois même trois, quatre ou cinq. Chacun étaij. muni de sa vésicule contractile et paraissait logé dans une cavité particulière pleine de liquide, au milieu du chyme plus dense qui remphssait la cavité générale du corps de l'Ejiistylis. Quelques-uns se tournaient, quoique pas très rapidement, auiour de leur axe. On pouvait distinguer la présence des cils qui produisaient ce mouvement, sans pouvou' cependant décider s'ils tapissaient loifte la surface ou bien s'ils n'en revêlaient qu'une partie.
Nous étions naturellement fort désireux de voir sous quelle forme nos embryons deviendraient libres, car il n'y avait pas à douter que ce ne fussent là des vrais em- ^bryons. Nous les voyions en elfel s'agiter depuis si longtemps dans leur loge, qu'il n'v avait pas possibilité d'admettre que ce fussent de petits infusoires avalés par les Epistylis. Ils auraient dû être digérés depuis longtemps. D'ailleurs la nourriture prise par cesVorticellines ne se compose jamais que de particules excessivement fines. L'analogie avec la manière dont les embryons des Acinétiniens sont enfermés dans le coips de leuiparent ne pouvait guère nous laisser de doute sur la véritable signification de ces petits êtres.
Nous prîmes le plus droit chemin pour arriver à notre but. Nous eûmes de nouveau recours à la pratique qui nous avait été déjà si utile lorsque nous désirions arriver à découvrir quels étaient les cysticoles des Epistylis. Nous choisîmes un des plus gi os em-
ET LES RHIZOPODES. 17i
bryons, et, le plaçant dans le centre du champ visuel du microscope, nous ne le perdîmes plus de vue jusqu'à ce qu'il se décidât à quitter l'abri que lui ollrait le corps de l'animal parent. L'embryon se livrait toujours à un mouvement plus ou moins lent de rotation, tout en se rapprochant de la tumeur, dont l'ouverture devait jouer le rôle d'os uteri. Enfin au bout de cinq ou six heures d'attente, l'acte puerpéral eut lieu. L'embryon se trouva libre, n'étant plus réuni an corps de son parent que par un fdament d'apparence muqueuse. Il continua à tourner sur place pendant un temps assez long, cherchant évidemment à se débarrasser de cette entrave, ce qui linit par lui réussir. Une fois libre, il se comporta durant les premiers instants d'une manière assez tranquille, comparativement à l'impétuosité avec laquelle les embryons d'Acinétiniens font en général usage de leur faculté locomotrice pour inaugurer leur entrée dans la vie libre. Toutefois il ne tarda pas à commencer sa course vagabonde, et, vu sa petitesse, nous l'eûmes bientôt perdu de vue sous les conferves qui, par malheur, se trouvaient dans son voisinage.
Cet embryon (PI. VU, tlg. 2) atteignait nne taille de 0""",0'131. Il était muni d'une seule vésicule contractile. Son corps à peu près cyhndrique, un peu étranglé vers son milieu en horloge de sable, rappelait la forme des embryons de beaucoup d'Acinétiniens', ou, si l'on veut, d'une Vorticelle microstoma à l'état contracté, lorsqu'elle est munie d'une couronne ciliaire postérieure et nage librement dans l'eau. — Il n'était point cilié sur toute sa surface, mais ne présentait qu'une zone de cils, située dans l'étranglement équatorial du corps. Nous n'avons pu statuer avec certitude si cette zone se composait de plusieurs rangées de cils, comme la zone vibratile de beaucoup d'Acinétiniens. Nous avons cru cependant n'en reconnaître qu'une seule.
Nous eûmes bientôt l'occasion de rencontrer un certain nombre d'arbres d'Epistylis prolifiques. Toujours ils se présentaient avec les m.êmes circonstances. Dès que nous apercevions un individu présentant la tumeur caractéristique, nous pouvions être sûrs qu'une grande partie, ordinairement même la plus grande partie des individus appartenant à la même famille étaient affectés d'une particularité identique. Nous devons
1. Il ne faut pas que ce fait surprenne le lecteur. Na-t-on pas ailleurs rexeniple U"enil)ryons d'animaux trèsilivers qui offrent de grandes ressemblances les uns avec les autres? Ainsi, par exemple, les Planula de divers Hydroïdes.
mentionner le fait que les Epistylis prolifiques que nous avons rencontrés appartenaient toutes sans exception à la forme grêle de V Epistylis plica/ilis. Si cette forme est constamment en rapport avec le phénomène de la propagation, si les Epistylis ne la présentent que lorsqu'elles forment des embryons, «ou bien lorsqu'elles s'apprêtent à en former, c'est ce que nous n'osons décider. Il est seulement de fait que jusqu'ici nous n'avons jamais vu d'Epistylis prolifique appartenir à la forme épaisse.
Parfois les embryons au lieu d'être dispersés isolément dans le corps du parent étaient réunis au nombre de deu.x à trois dans une cavité commune (PI. Vil, lig. 12). Parfois aussi leur nombre était beaucoup plus considérable (fig. 13). Toutefois ces embryons là offraient une forme parfaitement identique à celle des premiers.
Les embryons de V Epistylis plicalilis doivent leur origine première à une division spontanée du nucléus. Cet organe est chez la plupart des Vorticellines un corps allongé en ruban, en général assez contourné, moins peut-être chez V Epistylis plicatilis que chez toute autre (V. PI. Vil, fig. 4, un nucléus isolé). La formation d'un <'mbryon se manifeste d'abord par un étranglement dans ce nucléus (fig. 5). Cet étranglement devenant toujours plus profond, l'extrémité du nucléus se trouve séparée du reste et semble former pendant un certain temps comme un second nucléus à côté du premier. Cependant il ne tarde pas à se former dans son intérieur une petite vésicule dont les contractions régulières sont le premier indice de vie de l'embryon. Il est probable que les nombreux embryons qu'on rencontre parfois en même temps dans une cavité commune, sont issus également d'une division simultanée du nucléus en plusieurs fragments. (l'est du moins ce que l'analogie d'observations que nous avons faites sur d'autres infusoires nous permet de présumer.
On doit se demander maintenant ce qu'il advient de ces embryons à ceinture ciliée une fois qu'ils ont parcouru un certain temps les eaux sous cette forme. Vu leur petitesse, il ne nous a malheureusement jamais été possible de les poursuivre bien longtemps Restent-ils peut-être sous cette forme particulière et ne sont-ce que les individus auxquels ils donnent eux-mêmes naissance qui sont appelés à reproduire des Epistylis V C'est possible, mais cependant peu probable. N'avons-nous pas l'analogie des Acinétiniens donnant naissance à des embryons qui vagabondent un court espace de temps dans les eaux, puis se fixent quelque part pour se transformer eux-mêmes en Aciné-
tiniens? Ces embryons paraissent même être déjà des Acinétiniens dans le corps de leur parent. Us semblent y être déjà munis de leurs suçoirs : ces organes sont seulement rétractés et nous savons que tout Acinétinien peut les rétracter à volonté. Le jeune embryon étale parfois ses suçoirs avec une rapidité telle qu'on est obligé d'admettre leur préformalion. Un organe rétractile compliqué (c'est un tube creux à parois contractiles et armé d'une ventouse à son extrémité) ne peut pas surgir subitement comme une Pallas du cerveau de Jupiter. A notre avis il est donc vraisemblable que nos embryons se transforment directement en Epistylis ou même qu'ils en ont peut-être la forme dès l'origine, étant simplement des Epistylis contractées, avec une couronne ciliaire postérieure, et qu'il suffît au jeune animal de se fixer quelque part, d'ouvrir son péristome et de mettre enjeu son organe vibratile pour ressembler parfaitement à son parent \
Nous ne pouvons, il est vrai, présenter cette vue que comme une hypothèse à laquelle nous sommes toutefois disposés à accorder une grande probabilité. Qu'une alternance de génération soit ici possible, c'est ce que nous n'avons nullement la prétention de contester. Nous savons par exemple fort bien que les polypes du groupe des hydroméduses se présentent en général sous deux formes différentes, l'une hydraire et l'autre médusienne, qui sont entre elles dans les rapports de parent à produit et que néanmoins un polype, qu'on pourrait du reste considérer comme le type des hydres appartenant à ce groupe, à savoir la célèbre hydre de Trembley fait précisément exception à celte alternance de génération. Una semblable anomalie est par conséquent possible aussi chez les infusoires. Mais jusqu'ici nous ne connaissons chez les infusoires à animalité non contestée rien qu'on puisse interpréter comme une génération alternante proprement dite. Le seul développement complet d'un embryon que l'on connaisse jusqu'ici, à savoir celui des embryons d'Acinétiniens, observé une fois par M. Cienkowski et mainte et mainte fois par nous ", nous a fait connaître dans la famille d'infu-
i . Depuis iitie nous avons tait counaitre les traits essentiels du développemeut de V Epistylis plicntilis (Annales des Sciences naturelles, iSbf), M. Slein (Der Organisimis der Infusionstliiere, Leipzig, 1859, p. llU) a décrit chez VEpistylis crassicoUis St. et la VorlicMa nebulifera Elir. quelques points isolés de la formation des embryous qui semblent indiquer im parallélisme avec les phénomènes étudiés par nous chez VEpistylis plicalilis. M. Fr. W. Engelmann (Zeitsclirift (. «iss. Zoologie, X, p. 277) décrit aussi d'une manière concî niante les premiers stades de la formation des enibrvons chez VEpistylis rrassicollis (yole de iSfiO).
i. Depuis lors aussi par M. d'Ldekeni. (Note de ISfiO;.
soires en question une génération fort simple : le parent y produit des individus qui n'ont besoin de subir qu'iuie métamorphose peu importante pour devenir semblables à lui. Nous n'avons donc jusqu'ici aucune raison de supposer qu'il en soit autrement chez les Vorticellines.
Il ne faut pas chercher une objection au passage direct de l'embryon à la forme d'Epistylis dans la petitesse de cet embryon. Il est en effet très fréquent de rencontrer des Vorticellines d'une petitesse excessive, dont la taille ne dépasse souvent pas de beaucoup celle de nos embryons. 11 n'est malheureusement pas possible de distinguer à quelles espèces ces petites formes appartiennent, car elles se ressen;blent toutes plus ou moins. Il n'est dans tous les cas pas probable qu'on doive les considérer comme spécifiquement différentes des Vorticellines connues jusqu'ici.
En outre de cette reproduction par embryons internes, les Epistylis offrent d'autres modes de multiplication déjà connus depuis longtemps, savoir la gemmiparité externe et la fissiparité. La fissiparité est le phénomène le plus fréquent. C'est par ce moyen que l'arbre épistylien se développe, qu'il se ramifie. Voici en peu de mots comment la chose se passe :
Une Epistylis se divise longitudinalement emieux, de sorte qu'vm seul rameau de l'arbre se trouve porter deux individus. Chacun de ceux-ci prolonge le rameau ou pédicule pour son propre compte, ce qui donne lieu h une bifurcation, et après être arrivé à une certaine distance de cette bifurcation il se divise à son tour. Une nouvelle bifurcation est ainsi formée sur chacune des branches issues de la première et ainsi de suite. 11 en résulte, comme nous l'avons déjà fait remarquer un type d'édification purement dichotomique. En outre les rameaux croissent avec une vitesse qui est toujours la même pour tous et ils élèvent par suite toutes les Epistylis au même niveau. De là une sorte d'inflorescence en corymbe.
Il arrive parfois que deux individus résultés de la division longitudinale d'un seul se divisent de nouveau chacun pour leur compte avant d'avoir sécrété un pédoncule spécial. lien résulte un bouquet de quatre Epistylis à l'extrémité d'une même branche. Parfois la répétition de la division va plus loin encore et chacun de ces quatre individus se divise de nouveau en deux suivant un plan médian longitudinal. On a alors un bouquet de
huit Epistylis serrées les unes contre les autres à l'extrémité d'un même rameau. Les individus, résultant de cette division binaire trois fois répétée, sont naturellement bien plus petits que les autres membres de la famille. Lorsque les divers individus du bouquet se forment chacun un pédicule particulier, il en résulte une irréa;ularité dans le type dichotomique de l'arbre. Mais ce n'est là qu'une lare exception. Nous n'en avons rencontré jusqu'ici, comme nous l'avons déjà indiqué, qu'un seul exemple. En général les petites Epistylis qui forment le bouquet se munissent d'une couronne ciliairo postérieure, se détachent de l'arbie et vont fonder ailleurs d'autres colonies.
La production des ijenimes a déjà été signalée chez VEpislylis flicatilis par M. Ehrenberg. Elle a lieu le plus souvent, comme c'est en général le cas chez les Vorticellines, à la base de l'animal, vers son point d'attache sur le pédicule. Mais ce n'est point là exclusivement la place où les bourgeons paraissent prendre naissance. Nous les avons constatés en diverses parties du corps de l'animal (V. PI. VII, tlg. 14, 15 et 16). Parfois ces gemmes se détachent alors qu'elles ne sont pas plus grosses qu'un embryon.
Comme nous l'avons déjà indiqué les Epistylis, et on le sait, toutes les Vorlicellines ', peuvent se trouver aussi bien libres que fixées. Elles quittent leur pédicule en général après une division, ou bien, si ce sont des gemmes, elles se détachent du corps du parent. Lorsque cette séparation a lieu, on voit se former comme un sillon circulaire dans la partie postérieure de l'animal et dans ce sillon on commence au bout de quelque temps à apercevoir des cils, sans qu'on puisse bien voir comment ils ont été formés (PI. Vil, fig. 17). Ce sont probablement des excroissances des téguments. Les cils se mettent à s'agiter d'abord très lentement, mais leur motion devient de plus en plus accélérée et finit par produire un vrai tourbillon. Enfin vient un moment où le corps de l'animal se détache du pédicule, la place de déhiscence restant parfaitement nette et comme coupée. L'Epi.stylis nage alors librement. Sous cette forme elle est complètement méconnaissable. Elle est contractée d'avant en arrière sous la forme d'un large disque \fig. 18). Le péristomè est fermé et l'organe vibratile complètement rétracté dans l'intérieur, où, grâce à la transparence de l'animal, on peut encore l'apercevoir.
I. Les Tricliuiliiies seules soiil libres Imite letii \ie duiaiit.
L'Epistylis nage ainsi avec une excessive rapidité, tantôt tourbillonnant, tandis que la couronne ciliaire (partie postérieure) est tournée vers le bas, et alors elle fait l'impression d'un disque cilié sur son pourtour, tantôt se portant en avant et dans ce cas le disque affecte une position oblique par rapport à la verticale, la partie postérieure de l'animal étant dirigée vers le bas et l'avant. L'Epistylis ne reste qu'un temps assez bref sous cette forme. Elle va bientôt se fixer quelque part pour sécréter un pédicule et rentrer dans la vie sédentaire.
Une seule fois nous avons eu l'occasion d'observer un cas de conjugaison chez VEpistijHs plicaiilis, et, chose curieuse, cette conjugaison avait lieu entre une gemme encore attenante à l'organisme parent et un individu adulte (V. fig. 44). Nous en reparlerons plus tard.
Avant de quitter les Epistylis, nous voulons signaler quelques particularités de forme que nous avons rencontrées plusieurs fois chez ces Vorticellines, sans que nous soyons en état de faire la moindre supposition sur leur signification réelle. Quelques individus (PI. VII, fig. 19, 20, 21) présentaient un sillon circulaire extrêmement profond, qu'on aurait pu interpréter au premier abord comme une exagération du sillon qui précède l'apparition de la couronne ciliaire postérieure. Mais outre que nous ne pûmes jamais voir apparaître de cils dans cet étranglement, celui-ci était, chez beaucoup dindividus, placé infiniment trop près du péristome pour avoir une semblable signification. On pouvait songer plutôt au commencement d'une division transversale; parfois même la vésicule contractile était allongée en forme de biscuit, présentant le même étranglement que les téguments, ce qui semblait indiquer chez elle une tendance à se diviser. Mais ce n'était là probablement qu'un résultat de la profondeur du sillon extérieur. D'ailleurs nous ne vîmes jamais ces individus là se diviser réellement, bien que nous les ayons observés pendant plusieurs heures consécutives. De plus on trouvait des individus munis de deux ou trois sillons transversaux semblables (PI. VII, fig. 24), ce qui n'est guère en faveur de la probabilité d'une division, car on ne connaît pas jusqu'ici de division spontanée multiple et simultanée chez les infusoires. Nous n'aurions pas ajouté grande importance à ces anomalies, si l'on ne trouvait des familles, chez lesquelles la grande majorité des membres sont affectés de celte particularité singulière. L'avenir décidera s'il y a là-dessous un phénomène physiologique de quelque importance.
ET LES RlIIZOrODES. 177
Les mesures suivantes ont rapport au développement de l'Epistylis plicatilis.
Longueur des plus petits individus observés 0""",039
Largeur 0, 01 3
Longueur habituelle de la variété grêle 0, I'18 — 0, 14
Largeur . . . • 0, 035
Longueur des embryons 0, 011 — 0,013
Longueur maximum de la variété épaisse 0, 18
Largeur 0, 07
Largeui- du peristome 0, 054
Diamètre de la gemme représentée fig. 16 (PI. VII).. 0, 055
Diamètre de la gemme conjuguée (fig. 14) 0, 021
.Supplément aux deux chapitres précédents '.
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