‹ Études sur la infusoires et les rhizopodes; (volume 2)Chapitre 9 sur 65 · V. Liunsea. 1S43, p · texte numérisé non relu

V. Liunsea. 1S43, p

♦. Nova acla Academiae Caes. Leopold. naluraecuriosorum. Vol. 11. Pars 2. ^

nom que nous venons d'employer. C'est un végétal parasite ; on le rencontre sur les animaux morts qui se trouvent accidentellement dans l'eau, ainsi que sur divers animaux aquatiques vivants, chez lesquels il détermine des maladies et même souvent la mort. M. Unger a vu les zoogonidies se former dans l'inléiieur des utricules. Ceux-ci finissent par se rompre, et la gonidie supérieure en sort. Elle est bientôt suivie par une seconde, une troisième, etc., jusqu'à ce que tout l'utricule soit évacué. Ce n'est qu'à l'égard des gonidies qui sortent les premières qu'on pourrait se demander si elles ne sont pas plutôt poussées passivement au dehors que sorties spontanément, car leur succession est si rapide, que la première vient à peine de quitter l'ouverture que la seconde s'y engage déjà. Mais la sortie des autres, surtout des dernières, semble bien montrer que c'est là un phénomène tout spontané. Ce fait est, il est vrai, contesté par M. Braun '. Suivant lui, la cellule est distendue par la pression intérieure, qui va en augmentant graduellement par suite d'endosmose, et elle réagit en conséquence. Sans contester l'exactitude de ce fait, nous pensons devoir admettre en outre un mouvement spontané, comme le prouve du reste la suite de la vie libre.

M. Unger considère ces zoogonidies comme recouvertes d'un épithélium vibratile, à la manière des zoogonidies des Vauchéries ; mais M. Thuret " reconnut qu'elles sont, au contraire, munies de deux longs cils flagelliformes placés sur le rostre, disposition que M. Thuret avait déjà décrite et figurée ' chez deux conferves (C. t/lomerata et C. crispata) et qu'il constata chez diverses autres algues '.

D'après M. Unger, la vie animale dure chez les zoogonidies de VAchhja proliféra moins longtemps que chez celles des Vauchéries. Les phénomènes de la mort se manifestent bientôt. L'agonie se laisse reconnaître aux mouvements commlsifs de la sporidie, et la faculté motrice s'éteint à jamais. La vie de la plante commence. — Cependant il arrive parfois, selon M. Unger, que la vie animale se prolonge au-delà des limites

1. Alexander liraun. Ueber die Erscheiiimig dcr Verjiiiiguiig in dei- Natiir. Leipzig, 1S51, p. 174.

2. Gustave Thuret. Note sur les spores de quelques algues. Annales des Sciences naturelles, ô" série, t. 3, 18*5.

3. G. Thuret. Recherches sur les organes locomoteurs des algues. Annales des Se. nat., 2" sérif, I. 19, 1845, f>. 266, pi. X.

i. MM. Pringsheim et Cohn ont fait sur VAcMya prolifciu des observations qui diDèrent de celles de M. Thuret, eu ce sens qu'ils n'ont pu apercevoir qu'un seul cil flagelliforme chez les zoogonidies (V. Cohn. Untersuchungen ûber die Entwikiungsgeschichte der Algen und Pilze, i8.-.3, p. 150), M. Alexandre Braun paratt Mre dans le même cas 'Ueber die Erschejnung der VerjUngung, p. 198).

habituelles. On voit alors la zoogonidie modifier sa forme ; ses mouvements changent de nature, et ressemblent tellement à ceux de beaucoup d'infusoires ciliés, qu'il devient difficile de distinguer cette zoogonidie, issue d'une Achlya, d'un Cyc/iclium Glaucoma Ehr. (??). M. Ungér avoue que l'idée lui vint qu'il avait peut-être confondu sa zoogonidie avec un véritable infusoire, et c'est ce que nous croirions aussi volontiers, si le célèbre botaniste n'avait eu l'idée de donner une figure de ce soi-disant Cyclidium. Or, nous devons ajouter qu'il faut posséder une imagination des plus vives pour trouver quelque rapport entre cette spore contractée et les infusoires du genre Cyclidium.

M. Fresenius ', dont les observations ont porté principalement sur les Chaetophora, se refuse à voir avec M. Unger des animaux dans les zoogonidies végétales. Il reconnaît que ces zoogonidies ne se distinguent par aucun caractère essentiel de certains vrais infusoires de M. Ehrenberg, soit pour ce qui touche à leur organisation, soit pour ce qui concerne leurs mouvements ; mais il se demande si, dans ce cas, il ne serait pas plus rationnel d'exclure ces infusoires de la série animale et de les considérer comme des végétaux.

M. Kiilzing est aussi du nombre de ceux qui ont voulu faire produire des animaux par des plantes °. En 1842, il observait une Ulothrix {U. zonata ]\\iVl.) et vit que les corpuscules verts mobiles, soit dans l'intérieur des utricules, soit en dehors de ceuxci, étaient munis d'un point oculaire. Il prétendit même reconnaître chez eux une bouche et ne pouvoir les distinguer d'une monade de M. Ehrenberg, la Microglena monadina. Ces prétendues monades finirent par se fixer quelque part à l'aide de leur trompe (flagellum) et se développèrent en Ulothrix. v II était ainsi démontré, s'écrie M. Kùtzing, qu'il existe des germes mobiles d'algues, que M. Ehrenberg lui-même a déclaré être des infusoires ! ' »

M. Kùtzing avait fait preuve dans celte observation d'une finesse d'organe visuel vraiment inouïe jusqu'alors. Tout le monde n'a pas, en effet, été favorisé au point de voir ainsi du premier coup les bouches des monades. Beaucoup contestent même (à

1. Fresenius. Zui- Cuntroversc ùber die Verwaiidlungeii voii liifusorieu in Algen. Krankfurl-a.-Meiii, 1847.

2. Ueher die Verwandlungen der Infusorien in niedere Algenfonnen, von D'' Friedericli TraugoU Kiilzing. Nordhausen, 1814.

7>. Ueber die Verwandlungen, etc., page 5.

tort, i lest vrai, pour certaines espèces) leur existence. M. Ehrenberg, en personne, ne concluait en général à leur présence, que parce qu'il voyait des matières colorées de provenance étrangère dans les soi-disant estomacs de ces prétendus polygastriques. M. Focke ' a, en conséquence, cru de son devoir de réfuter un peu vivement M. Kùtzing ; mais il s'est, de son côté, avancé un peu inconsidérément, en mettant un point de doute devant le point oculaire que le fameux algologue disait avoir observé chez les zoogonidies d'Ulothrix. M. Focke, en effet, qui est d'accord avec M. Ehrenberg pour voir dans le point rouge qu'offrent beaucoup de monades et de volvocinées un organe visuel, aurait bien de la peine à établir une différence valable entre cet œil prétendu et le point rouge qu'on trouve dans diverses zoogonidies d'algues '. Si l'on adopte la dénomination de point oculaire dans l'un des cas, il faut l'admettre aussi forcément dans l'autre; mais que cette tache soit liée à des fonctions visuelles, c'est une question plus que douteuse. M. Fresenius ^ remarque déjà que la présence d'une tache pigmentaire rouge, non plus que l'existence d'organes locomoteurs en forme de cils, ne peuvent être des caractères d'animalité d'un être quelconque. Ces soi-disant yeux sont sans doute tout simplement des gouttes d'une huile colorée, à en juger par leur ressemblance avec les points louges et oranges qu'on trouve chez les Polyedrium, et que M. Nsegeli "* considère comme des gouttelettes d'huile. Ce qui semble confirmer cette manière de voir, c'est un fait rapporté par M. Morren \ Ce savant remarque que la tache pigmentaire des genres Lagcnella, Cri/ptofjlena et Trachelomonas ne peut être un œil. En effet, suivant ses observations, le rouge peut s'étendre de la tache pigmentaire sur tout le corps, et l'on n'admettra cependant pas que l'animal entier puisse se transformer en un œil. M. Focke ^ lui-même a montre que la Paiidorina Mormn et d'autres

1. Physiologische StHtIien, von Gustav \Val(ieiii.ir Focke. Ersies Heft. Breiiicn, 18i7.

ii. « Si, dit M. Focke, M. Kiilzing avait comparé le prétendu point oculaire d'une gonidie d'Ulothrix avec le vra point oculaire d'une Clilamydoinonas, il y aurait trouvé une difl'érence dans le genre de celle qui distingue le bleu d'une violette de celui d'un myosotis. » L'argument est certes encorte plus l'ailile que cette différence !

3. Zur Controverse iiber die Verwandlung von Infusorien in Algen. Fraiiklurt-a.-iMoiu, 1847.

4 Nsgeli. Gatlungeu einzelliger Algen. Ziiricli, 1849, p. 9.

o. Ch. Morren. Recherches sur la rubéfaction des eaux et histoire de la Tracheloînonas. — Mémoires de l'Académie des Sciences et des Lettres de Bruxelles. 1841.

6. Kericlil iiber die Versammiung der Naturforscher und Aerzte zu Mainz, Sept 1812, p il! .

" KT LES RHlZOrODES. "23

organismes flagellés, changent de couleur suivant la saison et la température, et passent au rouge '. , ;

M. Kùtzing ne se contente, du reste, pas de donner à une plante une progéniture animale ; il fait encore naître des végétaux d'un organisme considéré en général comme bien et dûment animal, la Chlamijdomonas Pulviscuhts ^. Celle-ci donne en eifet naissance, d'après lui, au Stigeoclonium stellare et à d'autres algues. C'est, comme on le voit, toujours la même idée qui domine M. Kiitzing. Nous en toucherons quelques mots encore à propos du mode de reproduction des Protococcus, et, à notre avis, ces observations ne prouvent pas grand' chose, si ce n'est qu'elles dévoilent les tendances de M. Kùtzing. Nous croyons à peine devoir réfuter ce qu'il dit des transformations de la Ch/amijdomonas Pîi/vùailus. La meilleure réponse qu'on puisse lui faire, c'est un court exposé du mode réel de propagation de cet organisme, ainsi qu'il a été étudié par M. Alex. Braun, exposé que nous nous proposons de donner dans le chapitre suivant.

Après les diveis travaux dont nous avons parlé, l'existence des zoogonidies était un fait acquis à la science. Nombre de botanistes se mirent à l'œuvre pour enrichir le catalogue des genres où le phénomène était constaté. M. Nsegeli nous fit connaître les zoogonidies des Cystococcus ^ des Characium ^ ; M. Agardh celles des Bryopsis ; M. Crouan celles des Ectocarpus '■' ; M. Braun celles des Chytridium '' genre d'algues parasites, voisin des Saprolegnia ; M. Solier ' celle des Derbesia, etc., etc. Dans l'im-

1. iM. Alex, liiami dil a\oir observé le soi-disaiil œil de M. liliicidierg chez les i^onkiies d'Hydrocticlyon, Ulolhrix zonala, l'I^'Ilraunii Kiitz., Ilormidixim rariabUe Kiilz., dans diverses espèces de Draparnaldki, de Chcetophnra, de Sligcoclanium, dans le Coleoclutle pulcinalu et la Cladophorn glomerala, indépendamment des organismes à position douteuse: Yolvox, Pandorina, Bo(ryocyslys Moruni? Kiilz.; ainsi donc dans des familles très-diverses d'algues indubitables (Verjiingung, p. 225).

2. Nous verrons, il est vrai, que M. de Siebold et quelques autres en lonl un végctal. :î. Cari Na?geli. Gattnngen einzelliger Algen. Ziiricli, 1849, pageHi.

Page 1