SYSTÈME REPRODUCTEUR
Tous les infusoires sont munis d'un organe reproducteur au moins, auquel M. Ehrenberg donnait le nom de testicule ou glande séminale, et pour lequel l'école unicellulaire a créé le nom de nucléus, aujourd'hui si généralement en honneur. Nous ne voulons pas nous étendre ici sur ce. sujet, parce que le prétendu nucléus sera suffisamment étudié, au point de vue anatomique et physiologique, dans la troisième partie de ce Mémoire.
Affinité des Infusoireis avec les groupes voisins.
La position des infusoires dans le système n'a pas, en général, été définie d'une manière bien précise dans les traités de zoologie. — L'école des philosophes de la nature avait assigné à ces animalcules une place sur le dernier rayon de l'échelle des êtres. Elle en faisait les protozoaires, et ce nom a subsisté jusqu'à ce jour. Sans vouloir contester que les infusoires doivent être relégués parmi les animaux les plus simples, nous prétendons cependant que les protozoaires ne forment pas un anneau tout-àfait isolé à l'extrémité de la chaîne des êtres, mais que cet anneau est enlacé de la manière la plus intime dans ceux qui le précèdent.
ET LES RHIZOPOOES. 59
C'est, avant tout, avec les polypes et les méduses que les infusoires ont une analogie incontestable; et nous avons ici particulièrement en vue les infusoires ciliés, qu'on peut considérer comme formant la partie de l'anneau enlacée dans celui qui le précède (celui des polypes). — Déjà Blainville et Cuvier avaient mentionné l'analogie qui rapproche les Polypes et les Acalèphes, mais ce n'est que plus tard que la découverte de faits embryogéniques, jusqu'alors peu soupçonnés, vint rendre obligatoire la réunion de ces deux groupes en une seule classe. M. Leuckart a eu, le premier, le mérite d'opérer cette réunion complète en fondant la classe des Cœlentérés.
Si nous esquissons rapidement le type de la classe des cœlentérés, nous dirons que ces animaux sont caractérisés par la présence d'une cavité générale spacieuse, remplissant la plus grande partie du corps et communiquant avec l'extérieur, tantôt directement, tantôt par l'intermédiaire d'un tube ouvert à ses deux extrémités. L'ouverture qui se trouve ainsi formée à la surface du corps est la bouche. La cavité générale sert de cavité digestive, ou, si parfois il existe une cavité digestive spéciale, elle est en communication ouverte avec la cavité générale. C'est cette disposition du système digestif qui justifie le nom de Cœlentérés.
Or, cette définition des cœlentérés s'applique parfaitement aux infusoires, et, si l'on ne spécifie pas le type de la classe, il faut considérer les infusoires comme formant une simple subdivision des cœlentérés. Chez eux, en effet, on retrouve cette même cavité générale qui communique avec l'extérieur, tantôt directement, tantôt par l'intermédiaire d'un tube ouvert à ses deux extrémités.
La classe des cœlentérés proprement dits' se distingue cependant facilement de celle des infusoires. En effet, les cœlentérés ont une structure radiaire ; les infusoires sont, au contraire , asymétriques ou bilatéraux ; les cœlentérés n'ont pas d'ouverture anale, leur bouche sert à la fois d'ouverture d'ingestion et d'égestion; les infusoires, au contraire, ont toujours un anus distinct de la bouche. — Ces différences ne sont pas, du reste, aussi essentielles qu'elles le paraissent au premier abord. En effet, il existe des infusoires qu'on pourrait être tenté de regarder comme ladiaires. M. Du-
1. Nous disons cœienlérés proprement dilf, parce que d'après le sens slricl ilii mot, le nom de rœlfnlèré.t devrait s'appliquer aussi aux iofusoires^.
jardin a déjà formé chez les infusoires deux sous-classes, l'une renfermant les infusoires symétriques, l'autre les infusoires asymétriques. La première est formée uniquement par le genre Goleps. Mais cette division de M. Dujardin repose sur une erreur. Si l'on peut, en effet, être tenté d'admettre chez le Co/eps hirtm une distribution symétrique autour d'un axe longitudinal, c'est-à-dire une symétrie radiaire, l'examen d'autres espèces (C. omphacanthm, G. uncinatus) suffit à montrer que les Coleps possèdent, comme les autres infusoires, un côté dorsal et un côté ventral. — Les Prorodon, chez lesquels on pourrait aussi admettre une structure symétrique, sont loin de satisfaire tous aux conditions scrupuleuses d'une nature radiaire. Chez beaucoup d'entre eux, la bouche n'est pas placée exactement au pôle antérieur, ma is sur l'un des côtés, et même chez ceux dont la bouche est réellement terminale, l'œsophage n'est point placé suivant l'axe théorique de l'animal, mais il incline d'un côté ou de l'autre. En somme, si quelques infusoires, en particulier les Prorodon et certaines Enchelys et Lacrymaires, semblent se rapprocher du type symétrique radiaire, on peut cependant se convaincre que ce n'est là au fond qu'une pure apparence. On trouvera, en général, soit dans la position de la bouche, de l'œsophage et de l'anus, soit dans la disposition de l'appareil circulatoire, des arguments parlant contre la symétrie supposée.
Si M. Dujardin veut parler chez les Coleps d'une symétrie bilatérale, cette symétrie se retrouve tout aussi bien chez d'autres infusoires, tels que les Holophrya, les Phialina, les Enchelys, les Prorodon, les Trachelophyllum, les Enchelyodon et bien d'autres. Mais ces genres-là sont, sous tous les rapports, trop proches parents d'autres genres à structure non symétrique, pour qu'on pui sse les réunir dans une sousclasse à part.
La présence et l'absence de l'anus sont des critères d'une valeur encore moins absolue. En effet, M. le pi'ofesseur Sars nous a montré à Chr i stiania, en 1855, un polype de la Méditerranée, pourvu d'un anus. Ce polype était cependant un vrai cœlentéré et pas un bryozoaire. M. Leydig admet également l'existen ce d'un anus chez les Hydres.
L'analogie entre les infusoires et les cœlentérés s'étend encore au mode de reproduction. Beaucoup de cœlentérés possèdent, en effet, la propriété de se reproduire asexuellement par bourgeonnement ou par division. La même chose se voit chez les infusoires. Les individus qui ont été produits asexuellement chez les cœlentérés ont un
sort divers : les uns se séparent plus ou moins rapidement de l'organisme-parent pour mener une vie indépendante et continuer à subsister isolément; les autres restent, au contraire, constamment unis à l'organisme qui les a produits, et, le bourgeonnement se répétant, il en résulte de véritables colonies ramifiées. C'est encore ce qu'on voit chez les infusoires. Nous n'avons, en effet, qu'à rappeler parmi ces derniers les colonies formées par un grand nombre de Vnrticellines et d'infusoii'es llagellés ainsi que par certains Acinétiniens.
Les produits de la génération sexuelle se forment, chez les cœlentérés, dans les parois de la cavité générale. Ils ai rivent par suite d'une déhiscence de la peau à l'extérieur, ou parfois aussi dans la cavité du corps. Les embryons des infusoires, qui sont formés aux dépens d'un organe propre (nucléus), adhérant aux parois de la cavité générale, subissent un sort analogue. 11 est vrai qu'il n'est pas démontré que ces embryons se forment à la suite d'une fécondation.
D'un autre côté, les infusoires montrent quelque affinité avec certains vers, en particuher avec les Turbellariés. M. Oscar Schmidt a déjà signalé le fait que les téguments et le parenchyme des jeunes turbellariés ont une grande analogie avec les tissus correspondants des Paramecium et des Bursaria (Frontonia). M. Perty^ a attribué cette opinion à une observation superficielle, mais bien à tort, selon nous. La structure celluleuse du parenchyme des turbellariés est sans doute incontestable, mais souvent les cellules sont excessivement difliciles à démontrer , témoin la réserve avec laquelle M . Schultze* s'exprime à cet égard. Celui-ci dit, en effet, que les éléments anatomiques (cellules) dont est sans doute composée originairement la peau des rhabdocèles, se fondent avec le temps en une masse unique semblable au sarcode, et il considère le parenchyme du corps comme formé par la même substance contractile que l'on rencontre chez les hydres. Or, à l'époque où écrivait M. Schultzc, les idées courantes sur la substance contractile des hydres étaient celles que représentait surtout M. Ecker : on ne connaissait pas encore de cellules chez ces polypes. Qui sait si le temps ne feia pour les infusoires ce qu'il a fait pour les turbellariés et les hydres? Nous sommes fort disposés à le penser,
t. Perly, p. 50.
2. Beitraege zur Nalurgeschiclite (1er Tuibellarien. Greifswald, 1851, p. 10 et 20.
et c'est aussi là l'avis de M. Leydig. — Quoi qu'il en soit, l'existence d'organes urticants à structure identique dans les tissus des infusoires et dans ceux des turbellariés ne fait qu'augmenter l'analogie. Nous croyons, en effet, que telle est. la fonction à attribuer, soit aux trichocystes des infusoires, soit aux corpuscules bacillaires des turbellariés. On sait, à n'en pas douter, que les corpuscules bacillaires des Meckelia et du Microstomum lineare renferment, comme les trichocystes des infusoires, un fdamont dans leur intérieur, et M. Schultze rapporte quelque chose d'<analogue au sujet des corpuscules de la Convoluta Sclmltzii.
L'allinité qui existe entre les infusoires et les turbellariés a déjà attiré l'attention de M. Agassiz'. Mais ce savant se laisse emporter beaucoup trop loin, lorsqu'il veuf faire d'une simple analogie une parfaite identité. Il prétend, en effet, s'être convaincu, par une observation directe, que les Paramecium, les Bursaria et la plupart des infusoires ne sontque desvers d'eau douce, et il aflirme avoir vu de ses yeux quelques espèces d'infusoires sortir d'œufs de Planaires récemment pondus. Nous ne nous arrêterions pas à réfuter une pareille manière de voir, si ce n'était l'autorité de celui qui Ta lancée dans le monde. Quiconque a observé avec quelque soin un Paramecium ou une Buisaria, saura distinguer ces infusoires d'un embryon de turbellarié. Aussi, rien de plus hasardé que l'assertion de M. Agassiz, par laquelle il déclare que la classe des infusoires doit être rayée du système, et que les êtres qu'on y a rangés jusqu'ici doivent être répartis entre les Arthropodes, les Mollusques (bryozoaires), les radinires et les plantes (!).
M. Agassiz^ s'appuyait sur l'analogie des embryons pour réunir les Planaires ;ut groupe des Helminthes. M. Giraid lui objecte que les embryons des Méduses ressemblent tout autant à un Paramecium que ceux des Turbellariés. M. Girard a raison sans doute ; mais nous eussions été encore plus de son avis, s'il se fût exprimé un peu différemment et s'il eût dit que les embryons des Planaires ressemblent aussi peu à des Parameciums que ceux des méduses. A-t-on jamais trouvé chez ces embryons l'œso-
1. Tlio iiatural relations bclwccn animais ami tho denieiils in wirli llicv livc, by Agassi/.. — Silliman's .American Journal of Science and Arts, N" 27. Maj WM).
2. Embryonic developement of Planocera elUplica, by C.liarles Girard. — Journal ol tlie Acadcui) of natural Scieuoes of Pliiladelpliia. Ild. Séries. Vol U, 1850—54.
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phage, les vésicules rontractiles, le nucléus des ParameciumV Du reste, chacun oonvienrlia que les aualogies dont M. Girard parle ne sont pas bien profondes. Des larves de Planocères', (ju'il trouve lessembler tout-à-fait à des Colpoda, sont comparées, quelques i)ages plus loin, les unes à des dromadaires, les autres à des chameaux^. Qui eût jamais pensé qu'on irait comparer des Paramecium à des luminants! D'autres larves, que M. Girard lapproche des Paramecium \ sont, durant ce stade de leur développement, aplaties, munies de deux yeux et d'une longue épine en avant !
Nous sommes loin de songer à des rapprochements aussi peu fondés que ceux de MM. Agassiz et Girard. Nous croyons que la classe des infusoires doit subsister comme classe bien déterminée, mais que cette classe ofîre des points de contact nombreux avec deux classes voisines : celle des vers et surtout celle des cœlentérés. Quant aux rapports aussi incontestables qu'elle présente avec les rhizopodes, nous les exposerons en détail, dans la partie de ce Mémoire qui est consacrée à ces derniers.
C'On««idérations sur la i-lasslficalioii tles Infusoires en ja;énéral.
La répartition des infusoires en génies et en familles laisse, à l'heure qu'il est, encore bien à désirer. On peut même affu-mei' qu'une classification naturelle de ces animaux fait encore, pour ainsi dire, complètement défaut. Deux tentatives d'une répartition des infusoires dans des groupes naturels ont bien été faites par MM. Dujardin et Perty, mais ces tentatives ont été en somme peu fructueuses.
M. Wliewcll ' remarque avec raison que toute science naturelle proprement dite commence par une période où régnent des connaissances dépourvues de toute espèce de systématisation, à laquelle .succède une époque d'érudition mal comprise; puis commence la découverte de caractères déterminés; plus tard apparaissent divers systèmes, qui essaient tour à tour de se faire jour et qui amènent bientôt un combat soutenu
1. Vu,<v. (.ii-ûril, l'i. XXXII, lig. itf — lOô el paije 5ô"2. ±- Ihid., p. ô-iO el .">-2o.